L’Abbaye Bénédictine de Saint-Thibéry dans la seconde moitié du XVIIe siècle (I)
D’après le Registre de Délibérations du Chapitre (1633-1717)
L’Abbaye Bénédictine de Saint-Thibéry dans la seconde moitié du XVIIe siècle (I)
D’après le Registre de Délibérations du Chapitre (1633-1717)
p. 17 à 28
L’abbaye de Saint-Thibéry, presque tombée dans l’oubli aujourd’hui et fort déchue de sa grandeur passée, connut son apogée au XIIIe siècle. Son histoire s’achève avec la vente de ses possessions en 1793 comme biens nationaux : les domaines importants, l’Isle, les monts Ramuts, Saint-Martin de Grenouillères furent vendus en totalité ; les parcelles isolées éparpillées entre nombre de propriétaires locaux ou forains. Les religieux durent s’éloigner, certains s’exilèrent, le silence régna sur les bâtiments qui connurent, du moins le croyons-nous, une intense vie spirituelle.
Jusqu’au jour récent où le premier tome des délibérations du Chapitre parvint jusqu’à nous, nous avions peu de détails sur la vie journalière et temporelle de cette communauté religieuse. La vie intérieure et spirituelle des religieux peut être facilement connue par les règles de l’ordre de Saint Benoît. Certes, on possédait aussi des documents isolés, des procès surtout, déposés aux Archives Départementales de l’Hérault ou aux Archives Nationales, mais rien ne permettait jusqu’à aujourd’hui de connaître par le détail, la vie matérielle des moines. Les actes capitulaires contenus dans ce tome, provenant d’une collection privée, nous y autorisent maintenant. Dans ces délibérations du Chapitre de l’abbaye, commencées peu de temps après son intégration à la Congrégation de Saint-Maur appartenant au même ordre monastique, il est fait état d’événements ayant trait davantage au temporel qu’au spirituel.
On y trouve des documents de trois sortes :
- Actes latins qui portent nomination du prieur, du secrétaire du Chapitre, qui émanent tous de l’autorité centrale représentée par les « définiteurs » 1 du Chapitre Général de la Congrégation et par le Très Révérend Père Supérieur Général, nominations du « prébandier » de la Chapelle Rouge et au Canonicat de Sérignan, auxquelles seul le chapitre régulier de l’abbaye avait le droit de procéder en qualité de prieur primitif du chapitre de Sérignan, bulles du Pape approuvant la nomination par le roi de l’abbé du monastère ou concernant le Jansénisme.
- Délibérations du Chapitre touchant la vie matérielle : baux passés avec les fermiers du domaine du chapitre et plus tard de l’abbé, actes d’emprunts nécessaires à vie de l’abbaye pour l’achat de biens, la réparation de bâtiments forts délabrés à cette époque et les constructions nouvelles. Les délibérations relatives aux baux étaient les plus nombreuses, les baux excédant rarement sept ans pour des possessions considérables.
- Délibérations touchant les contestations, différends et procès que le Chapitre eut avec ses propres fermiers, la communauté et les consuls de Saint-Thibéry, diverses autorités religieuses, certains prébandiers de la Chapelle Rouge, le Chapitre de Pézenas au sujet des préséances dans les assemblées diocésaines et même avec son propre abbé.
I – Organisation générale de l’abbaye
Nomination des abbés et situation de l’abbaye au moment de son passage a la congrégation de Saint-Maur
Pendant la période allant de 1633 à 1717, trois abbés réguliers se succédèrent à la tête de l’abbaye, nommés par le roi et confirmés par une bulle du pape. A l’origine l’abbaye dépendait directement de la papauté sous le cens d’un écu d’or ; les moines avaient seuls le droit d’élire leur abbé (Bulle du Pape Serge II, 844-847). Quelques papes, Jean XXII notamment, usèrent et abusèrent d’un droit qui ne leur appartenait pas. Pour le seul Jean XXII on note les nominations de Raymond II (Juin 1316), Bertrand II (1324), Ratier de Lenac (1325), Gaillard II (1329). On vit même Jean IV du Puy, élu par les moines, porter devant le Parlement de Toulouse un différend avec un abbé nommé par le pape ; Jean IV du Puy l’emporta grâce au droit concédé par Serge II. Girard de Corneilhan, élu en 1521 par les moines, eut à lutter contre Guillaume de Laujac nommé par le roi ; les moines l’emportèrent et un arrêt du 23 février 1522 les confirma dans leur droit. La lutte pour les honneurs et les bénéfices était parfois le fait de factions rivales dans l’abbaye même et les préceptes de la morale chrétienne étaient alors bien oubliés.
A l’époque qui nous intéresse, il y eut d’abord Maurice de Bruslet d’Andelot, 49e abbé (1636-1698), Paul Louis Houdéart, musicien du roi, 50e abbé (1698-1703) et Guillaume V Nicolas de Paris, 51e abbé (1703-1730). Ce fut Maurice de Bruslet d’Andelot qui, le 9 janvier 1643, passa un contrat avec le R.P. en Dieu dom Antoine de Lespinasse, abbé de la Daurade à Toulouse, représentant de la puissante et austère congrégation de Saint-Maur, ordre de Saint Benoît. Le procès-verbal de la pose de la première pierre du dortoir des moines, en 1707, fait état, lors de cette prise en charge par la Congrégation de Saint-Maur, des bâtiments de l’abbaye entièrement ruinés. Lors de la construction de la « Mirande » en 1698, sur la nef de l’église, la délibération qui en décide, déclare que cette réfection est absolument nécessaire, la voûte de l’église « estant endommagée par les gouttières ». On pourrait donc penser que c’était le délabrement et la ruine menaçante des bâtiments qui étaient la cause de l’intégration de l’abbaye à la Congrégation de Saint-Maur. Si cela était, il aurait suffi d’un emprunt important, cautionné par d’autres abbayes, pour financer les réparations ou constructions nécessaires. Il existait une véritable entraide entre les monastères : le 14 août 1705, l’abbaye de Saint-Thibéry se porte caution pour une somme de 4 000 livres en faveur de l’abbaye de la Mourguié à Narbonne, et le 20 octobre 1709, à nouveau pour une somme de 1 500 livres en faveur du monastère de Saint-André-les-Avignon. Mais au delà de ces raisons matérielles, le désir de retrouver une discipline régulière qui avait subi bien des relâchements, semble être à l’origine de ce rattachement à la Congrégation de Saint-Maur. Dans le passé déjà, Déodat, Xe abbé (1065), avait dû rétablir la règle de Saint Benoît fortement perturbée, et mettre fin aux infractions occasionnées par les guerres. Sous Seguin d’Authon, XXVe abbé (1361), les religieux, sur les ordres du pape Innocent VI, adoptèrent une réforme plus rigoureuse.
Mésaventure plus déplorable était survenue à l’abbaye de Saint-Roman de l’Aiguille, près de Beaucaire. Grâce aux dons en nature et en espèces de nombreux pénitents, désirant, par leurs largesses, se concilier la clémence du ciel, l’abbaye possédait au XIe siècle, de nombreux domaines. Cette richesse et cette splendeur causèrent sa perte. La foi ne devint qu’une façade, l’abondance altéra l’ascèse primitive, amena la mollesse et le farniente. La venue inopinée de l’Archevêque Gibelin, au cours d’une radieuse matinée, pendant laquelle les moines jouissaient d’un repos réparateur, après une nuit passée à ingurgiter mets excellents et vins choisis, marqua le début d’une ère d’austérité, de privations et de pénitence. Nous n’irons pas jusqu’à dire que les moines de l’abbaye de Saint-Thibéry se conduisirent de manière déplorable. Aucun document n’atteste une dégradation des mœurs monastiques à St-Thibéry, à l’instar de ce qu’il advint aux moines de l’abbaye de Saint-Roman.
Mais l’abbé Maurice de Bruslet d’Andelot eut certainement de sérieuses raisons de faire appliquer aux religieux de l’abbaye les règles de l’ordre plus rigoureux de la Congrégation de Saint-Maur. S’il ne s’était agi que de dégâts matériels faciles à réparer pour qui dispose d’une grosse somme d’argent, le revenu des terres de l’abbaye qui, en 1670, dépassait la somme totale des impositions de la taille du lieu de Saint-Thibéry, devait pouvoir permettre de réparer et relever les bâtiments en ruines, même s’il avait fallu pour cela y consacrer les revenus de plusieurs années. Et point n’était nécessaire de faire appel à la Congrégation de Saint-Maur pour remettre les choses en ordre si ces ruines n’étaient que matérielles ; d’autant que pendant la période de 1655 à 1717, celle-ci n’apporta aucune aide pécuniaire à la communauté religieuse de Saint-Thibéry. Il est donc permis de croire qu’après l’an 1643, la vie spirituelle en l’abbaye de Saint-Thibéry avait repris son cours normal, après avoir été quelque peu perturbée.
Voici comment le regretté chanoine E. Debru a reconstitué les faits : le R. P. Dom Grégoire Tarresse, Supérieur Général de la Congrégation de Saint-Maur, institue pour procureur le 8 novembre 1635, le R. P. Aristide Tarbouriech, Prieur Claustral du Monastère de la Bienheureuse Marie de la Daurade, à Toulouse, pour traiter avec l’abbé et les moines de l’abbaye de Saint-Thibéry des moyens de l’unir, de l’agréger à la dite Congrégation, et d’introduire des moines profès de celle-ci pour y accomplir la réforme.
Un de ceux qui la désiraient le plus ardemment et la prônaient avec le plus grand zèle, était le R. P. Dom François Hondrat, d’une vieille famille de Saint-Thibéry, infirmier et prieur majeur de cette même abbaye. François Richier, Pierre Taillade et Jacques Hondrat, moines, lui prêtèrent main forte.
Il arriva au même moment dans le village, Jacques Barille, originaire de Saint-Thibéry, homme pieux, chevalier d’armes, aide de camp du Maréchal de l’Hospital, sous le commandement du Prince de Condé. Mis au courant de leurs projets, non seulement il approuva Dom François Hondrat et ceux qui partageaient ses sentiments, mais promit, s’il le pouvait, de donner sa collaboration au rétablissement de la discipline régulière dans le monastère. Le 17 Avril 1638, le prieur et les moines réunirent 63 habitants de Saint-Thibéry, avec le concours de Henri de Torches, viguier, Pierre Janin, Honoré Barilles, François Azam, consuls, et Guillaume Barille procureur général de la Communauté de Saint-Thibéry, dans un Conseil Général de cette communauté. Ils prièrent Jacques Barille de se joindre à eux pour agir auprès du R. P. Supérieur Général pour hâter le processus de réforme de l’abbaye. Pour cela les habitants de la ville, et Dom F. Hondrat écrivirent des lettres à celui-ci. Le R. P. Dom Placide de Sarens, commissaire du gouvernement de la Congrégation de Saint-Maur et Dom François de Bousquet, prêtre de la même Congrégation, profès, reçurent pouvoir du R. P. Supérieur Général le 17 Juillet 1638, de voir à Agde, le R. P. Fulcrand de Barrès. Le 15 novembre, avec Dom François Hondrat, agissant tant en son nom qu’en celui des 5 religieux déjà nommés, ils déclarèrent que le monastère de Saint-Thibéry, serait incorporé à la Congrégation de Saint-Maur, et qu’il serait régi dès lors, selon ses statuts et ses constitutions. On laisserait cependant aux moines leur vie durant, les pensions, domaines, offices et bénéfices dont ils jouissaient déjà. Le R. P. Dom Grégoire Baudel, prieur de l’abbaye de Saint-Sauveur d’Aniane, de la même congrégation, prit possession du monastère le 18 mars 1639, au nom du procureur général de la Congrégation assisté de Dom F. Hondrat, Taillade et Dorgières, et ce, malgré les empêchements et les obstacles provenant de 8 religieux et 3 novices, qui étaient opposés à l’introduction de la Réforme dans le monastère. Jacques Barille alors dans l’armée qui venait de se distinguer dans le Roussillon après la bataille de Salses, en Juillet 1639, apprit cette opposition, et profita de la circonstance unique qui lui était offerte pour tenir l’engagement qu’il avait pris. Envoyé au Roi, peu après la bataille à laquelle il avait glorieusement participé, pour lui apporter l’annonce de la victoire remportée sur l’armée espagnole et pour lui offrir les étendards et les drapeaux qu’il avait en personne pris aux mains des ennemis, il répondit à celui-ci qui lui demandait quelle récompense il désirait pour les hauts faits qu’il avait accomplis :
« Roi Très Chrétien, je demande seulement à Votre Majesté de s’occuper attentivement de l’abbaye de Saint-Tibéri, lieu de ma naissance, et d’ordonner qu’on y introduise des moines de la Congrégation de Saint-Maur, moines très observateurs de leur règle ».
Devant ce refus de bénéfices ou d’honneur pour ses mérites, le Roi se réjouit de ce désintéressement rare à cette époque, même et surtout chez les personnes de haute condition, le décora, le combla de louanges, et désirant combler ses vœux, écrivit à l’Évêque d’Agde : « On s’est plaint auprès de nous de la manière de vivre désordonnée des moines de l’abbaye de Saint-Tibéri. Nous déplorons que des hommes de cette profession soient d’un exemple aussi pernicieux que les hérétiques de la Province. C’est pourquoi nous vous exhortons à obtenir avec zèle la réforme de cette abbaye » (18 août 1639).
L’Évêque ne fit-il rien pour porter un terme au conflit qui opposait les moines dans l’abbaye même, ou bien ses efforts sincères n’apportèrent-ils pas le résultat souhaité ? Les moines qui désiraient la réforme, Jacques Richier, prieur de Fenouillet, Pierre Taillade, sacriste, Jacques Hondrat, Jacques de Jesse, Etienne Cruez, François Douzières, prieur de N.-D. d’Affrie, et Antoine Teulon, moine de monastère s’unirent au Syndic Général de la Congrégation et soumirent l’affaire au Parlement de Toulouse qui statua la même année.
En octobre 1641, sont admis avec réticence dans le monastère deux moines, Dom Chaussedic et Dom Augustin Léonard, originaires de Saint-Thibéry, auparavant moines dans cette même abbaye, afin de prendre toutes dispositions pour restaurer les bâtiments tombant en ruines. Il leur fallut un délai de deux ans pour prendre toutes dispositions et rassembler l’argent nécessaire aux réparations. Le chapitre, le réfectoire, le dortoir furent transformés à partir du 26 Janvier 1644, pour le prix total de 2 460 livres.
Le 9 Janvier 1643, un concordat fut passé entre Maurice Bruslet qui avait d’abord abandonné sa dignité abbatiale et l’avait reprise en avril 1642, et le R. P. Dom Antoine Espinasse, prieur claustral de Sainte Marie de la Daurade à Toulouse. Il y fut question des droits de l’abbé)des pensions des moines, de la collation 2 des revenus de l’abbaye. Le R. P. Supérieur Général de la Congrégation approuva le tout le 28 Février 1643.
Enfin, comme les réparations étaient très avancées et que les moines pouvaient se loger, le R. P. Dom Petrus Béziat, « visitateur » 3 de cette province appela en ces lieux le Père Abbé du monastère. Il le fit entrer dans l’abbaye, et, après avoir béni les lieux, le 12 octobre 1647, un office solennel fut célébré il lui confia la gestion de l’abbaye et lui indiqua la manière dont l’office divin devait être célébré désormais.
Le R. P. Dom François Hondrat qui fut à l’origine de la Réforme du Couvent se retira aux Pères Réformés et au séminaire de Notre-Dame de la Daurade, où, après avoir accompli son année de probation, le 23 mars 1653, il fit une nouvelle profession solennelle. Il revint dans l’abbaye de Saint-Thibéry, et rejoignit le Seigneur le 2 janvier 1665.
Organisation intérieure de l’abbaye
Il n’est pas possible, à la lecture des documents provenant du tome I des délibérations du chapitre, d’indiquer le nombre des moines vivant dans l’abbaye à cette époque. Les actes capitulaires portent, en général, trois ou quatre signatures : le prieur, le sous-prieur, le secrétaire ou scribe et accessoirement un « senieur » ou « antiquior ». De plus rares documents, des reconnaissances de dettes, en portent jusqu’à 13. Il est fort probable que les moines, titulaires d’un prieuré éloigné, aient résidé habituellement dans ce prieuré, et ne soient venus que très rarement assister aux assemblées du chapître. Il ne semble pas que leur nombre ait dépassé la vingtaine, depuis que Maurice de Saint-Félix, 46e abbé, avait, le 26 janvier 1553, fixé le nombre maximum des religieux à 20. L’abbé (abbé commendataire) était le plus souvent absent, et intéressé seulement par le revenu de ses terres. Pierre Houdéart, musicien du Roy, résidait toujours au château de Versailles, et c’est pour le remercier de son art d’agrément que le Roi l’avait pourvu de ce bénéfice. Le dernier en date N. Berton de Crillon, 53e abbé, (1740-1786) était Maréchal des Camps des Armées du Roy, et ce n’est certainement pas au cours de ses campagnes militaires qu’il dût mener une vie spirituelle exemplaire.
Le prieur, administrateur du monastère en l’absence de l’abbé, était nommé par les « définitteurs » 4 du Chapitre Général de la Congrégation, lors de la « diette » 5 annuelle, tenue soit au monastère de Marmoutier, soit à celui de Fleury-sur-Loire. Le secrétaire du chapitre était également nommé par la même autorité. Il n’est pas possible de tirer une règle fixe au sujet de l’élection du prieur et du secrétaire. Le premier restait au moins trois ans en fonctions et pouvait se voir renouveler cette charge ; les secrétaires se succédaient plus rapidement, mais ils n’exerçaient qu’une seule fois leur fonction. L’un d’eux, toutefois, le R. P. Dom Glanger, resta en place 14 années consécutives. Les lettres concernant la désignation du prieur étaient remises au secrétaire du chapitre qui en faisait la lecture à « haulte et intelligible voix », devant le chapitre réuni à cet effet. L’acte (tous les actes sans exception) mentionnait que les religieux l’avaient bien entendu. Était-ce une formule habituelle – le préambule et la fin des actes étaient tous rédigés de la même manière – ou bien voulait-on éviter plus tard toute espèce de contestation, en spécifiant que tous l’avaient bien entendu, et qu’aucune opposition ne s’était manifestée après la lecture de l’acte ? La nomination du secrétaire donnait lieu à moins de solennité.
Au bas des actes, les signatures des moines sont presque toujours suivies de la qualité de leurs fonctions prieur, sous-prieur, secrétaire, sindic, sous-sindic, vestiaire, infirmier, « cellerier », « sous-cellerier », « antiquior », « senieur », etc., mais il n’est pas non plus possible de savoir quel critère était requis pour remplir telle ou telle fonction, si celles-ci étaient permanentes ou occupées par roulement. Rien n’est jamais indiqué de l’emploi du temps de leur vie spirituelle. Dans le préambule des délibérations, il est précisé que les moines sont convoqués au son de la cloche, en la manière accoutumée, à l’issue de prime, de tierce, de sexte, de none, ou après la prière du soir.
Dans un autre ordre d’idées, figurent un certain nombre de délibérations touchant la nomination des « prébandiers » de la Chapelle Rouge, ou chapelle de la Vierge, dont le chapitre (et le chapitre seul !) avait pouvoir d’assurer la nomination. Toutefois, si l’abbé manifestait parfois le désir de voir tel ou tel autre prêtre occuper les fonctions de chapelain, le chapître s’inclinait devant le désir ou le souhait de l’abbé, en précisant bien que c’était par respect et pour l’obliger, sans qu’il y ait obligation pour le chapître d’y satisfaire.
Pour les nominations au canonicat de Sérignan, l’abbé n’intervenait jamais. Dès que le chapitre de l’abbaye était informé du décès d’un chanoine, il se hâtait d’en nommer un, car « il était expédient de donner promptement un successeur au défunt pour éviter les sollicitations importunes et les contestations ».
On nommait, en général, suivant les statuts et conventions passés à l’origine entre le chapître de Sérignan et celui de l’abbaye, un enfant du lieu, mais toujours choisi parmi les personnes de bonnes vie et mœurs, formule en ce cas assez étonnante puisqu’on ne pouvait nommer que des clients tonsurés ou des prêtres. En réalité, la hâte avec laquelle le chapître de Saint-Thibéry s’efforçait de donner un remplaçant au défunt, était motivée par la crainte de se voir devancer dans cette nomination par le chapître de Sérignan qui, s’il n’en avait pas le droit, essaya à plusieurs reprises de l’acquérir par l’usage. II revendiqua, d’ailleurs sans succès, ce droit de nomination de ses chanoines devant le Parlement de Toulouse.
Au bas des actes, les signatures des moines sont presque toujours suivies de la qualité de leurs fonctions prieur, sous-prieur, secrétaire, sindic, sous-sindic, vestiaire, infirmier, « cellerier », « sous-cellerier », « antiquior », « senieur », etc., mais il n’est pas non plus possible de savoir quel critère était requis pour remplir telle ou telle fonction, si celles-ci étaient permanentes ou occupées par roulement. Rien n’est jamais indiqué de l’emploi du temps de leur vie spirituelle. Dans le préambule des délibérations, il est précisé que les moines sont convoqués au son de la cloche, en la manière accoutumée, à l’issue de prime, de tierce, de sexte, de none, ou après la prière du soir.
Dans un autre ordre d’idées, figurent un certain nombre de délibérations touchant la nomination des « prébandiers » de la Chapelle Rouge, ou chapelle de la Vierge, dont le chapitre (et le chapitre seul !) avait pouvoir d’assurer la nomination. Toutefois, si l’abbé manifestait parfois le désir de voir tel ou tel autre prêtre occuper les fonctions de chapelain, le chapître s’inclinait devant le désir ou le souhait de l’abbé, en précisant bien que c’était par respect et pour l’obliger, sans qu’il y ait obligation pour le chapître d’y satisfaire.
Pour les nominations au canonicat de Sérignan, l’abbé n’intervenait jamais. Dès que le chapitre de l’abbaye était informé du décès d’un chanoine, il se hâtait d’en nommer un, car « il était expédient de donner promptement un successeur au défunt pour éviter les sollicitations importunes et les contestations ».
On nommait, en général, suivant les statuts et conventions passés à l’origine entre le chapître de Sérignan et celui de l’abbaye, un enfant du lieu, mais toujours choisi parmi les personnes de bonnes vie et mœurs, formule en ce cas assez étonnante puisqu’on ne pouvait nommer que des clients tonsurés ou des prêtres. En réalité, la hâte avec laquelle le chapître de Saint-Thibéry s’efforçait de donner un remplaçant au défunt, était motivée par la crainte de se voir devancer dans cette nomination par le chapître de Sérignan qui, s’il n’en avait pas le droit, essaya à plusieurs reprises de l’acquérir par l’usage. II revendiqua, d’ailleurs sans succès, ce droit de nomination de ses chanoines devant le Parlement de Toulouse.
Possessions de l’abbaye
Lorsque Albilion s’arrêta, en 780, sur le lieu du supplice de Tiberius, les possessions de ce qui devint l’abbaye, devaient comprendre tout juste les surfaces nécessaires à sa subsistance, et, plus tard, à celle de ses compagnons. La foi étant solidement enracinée dans le cœur et l’esprit de ces hommes, pas un seul instant l’esprit de luxe et de possession ne les poussa à acquérir des biens temporels. Les grands vassaux et les rois firent don de certains domaines, et le Duc d’Aquitaine Raphinel (859) ainsi que le roi Charles le Chauve (870) furent les premiers bienfaiteurs de l’abbaye, même si ces donations n’avaient pas un but entièrement désintéressé, comme ce fut d’ailleurs le cas pour tous les donateurs futurs.
Au fil des années et au fil des siècles, les donations devinrent plus fréquentes ; nous n’avons pas tous les actes des plus anciens capitulaires, mais il est certain que nous trouverions la trace de ces donations si nombreuses soit en biens, soit en espèces, faites par de riches pécheurs qui voyaient, dans le don ultime de domaines ou maisons dont ils ne jouiraient plus, le moyen de s’attirer à leur dernier moment la faveur divine. On peut lire dans certaines chartes : « mundi termino appropiquante, cedo… la fin du monde approchant, je cède mes biens…… », ou encore : « Volens satisfacere Deo, pro peccatis meis, pro remedio animae, et omnium parentum eorum, dono… Domino Deo et ecclesiae… » (donation en 1068 au chapitre d’Agde). Ou bien encore dans la charte du 26 février 990, de Guillaume vicomte de Béziers en faveur de l’abbaye : « et propter redemptionem animarum suarum vel parenturn suum ».
L’abbaye, peut-être moins riche à l’époque évoquée que dans les temps plus récents, possédait des terres dans les diocèses de Béziers, Lodève et Saint-Papoul. Mais nous ne traiterons ici, que de celles qui étaient dans le village et ses environs immédiats, dans le diocèse d’Agde. Les possessions lointaines ne devaient probablement appartenir qu’à l’Abbé, et ne trouvent pas place dans les délibérations du chapitre. Les possessions incluses dans ce tome 1 des délibérations étaient partagées entre la manse abbatiale et la manse du chapitre. Les revenus de la première appartenaient en entier à l’abbé, qui en disposait à son gré et à son profit exclusif. Il faisait gérer ses domaines par un fermier général. Les moines avaient la jouissance du revenu des terres du chapître et en disposaient pour le bien de l’abbaye et pour son entretien. Plus tard, en 1669, le chapitre devient à son tour fermier général des terres de l’abbé, mais un désaccord surgit très rapidement entre l’abbé et le chapitre, dû à une mauvaise rédaction et à une mauvaise interprétation de certaines clauses du bail. L’affaire faillit être portée devant les tribunaux. L’abbé Paul-Louis Houdéart voulut, sur les avis de ses conseils de Paris, faire réviser les clauses du contrat, qui paraissaient défavorables à ses intérêts. Sur intervention du Très Révérend Père Supérieur Général de la Congrégation, sans l’approbation duquel aucune décision importante n’était prise par le chapitre, on s’en référa à des amis communs aux deux parties qui choisirent des arbitres. Le chapître resta, malgré tout, fermier général des terres de l’abbé, pour la somme globale de 4 100 livres à verser à l’abbé, ainsi que des avantages en nature, ce qui était généralement la règle dans les fermages de l’époque. Le chapitre, pour défendre ses intérêts, dut se rattraper sur ses fermiers.
En ce qui concerne les possessions de l’abbaye, nous ne donnons que celles qui sont expressément désignées dans les délibérations, car, si l’on consulte la liste des terres vendues comme biens nationaux en 1793, on constate qu’il y en avait davantage, notamment à l’extérieur du village.
On dénombre pour les biens de l’abbé d’abord une partie du domaine de l’Isle (plusieurs propriétaires : MM. Vayssières frères et M. Solericier y possédaient aussi quelques terres et champs que le chapitre finit par acquérir pour rester seul possesseur – 1666), les moulins sur l’Hérault, dont deux meules appartenaient à l’abbé et deux meules au chapître. Ces moulins qui existent encore à l’heure actuelle restèrent longtemps inactifs, car l’eau de l’Hérault, dont la force actionnait les moulins, passait en majeure partie, dans un nouveau lit creusé par l’inondation de 1683 il fallut l’intervention de la Province, qui donna une subvention de 6 000 livres pour colmater la brèche, et faire passer à nouveau les eaux dans leur lit naturel ; les abbés participèrent à ces travaux pour une somme égale. Il y avait aussi la Grande et Petite Condamine, (36 séterées) 6, au delà du chemin de Pézenas, les Cugnolz, les trois Vignasses, le Pred de las Auques, le Pred Neuf, des terres au Pesquié (le Pesquié de l’Abal), le chemin de Béziers (33 séterées), et la pièce de terre de Malinian (36 séterées) ; et, à l’extérieur du territoire de la commune, le prieuré de Saint-Martin de Grenouillères (aujourd’hui la Grenatière). Parmi les autres ressources de l’abbé, un certain nombre de dîmes celle de Saint-Martin de Fenouillet, des Castans, de Bessan, la grande dîme appartenant à la manse abbatiale, les dîmes du Vestiaire, de Saint-Pierre, de Sainte-Colombe, la ferme de Bessan.
Le chapitre, outre la plus grande partie du domaine de l’Isle (en tout 400 sétérées, dont un tiers en bois) possédait la métairie des Monts Ramuts (80 sétérées) et quelques terres voisines acquises de certains habitants de Bessan (10 sétérées), deux meules au moulin, le Pred noble du chapitre, la terre de Majan au terroir de Florensac appelée aussi de Natahut, le prieuré de Saint-Pierre dépendant de l’aumônerie, le prieuré de Sérignan, le prieuré de Saint-Martin de Fenouillet, le prieuré de Saint-Jean Baptiste de Florensac, le prieuré de Sainte-Colombe dépendant de la Sacristie, la pièce de terre de la Sauzède (36 sétérées), le champ du Prieur à Sérignan, les terres de l’aumônerie, l’olivette de Nadailhan dite la Canille, l’olivette de Malinian, l’olivette de las Combes, les champs du « Thrésor », du Pesquié, de la Caille, Bastardel, et la dîme de l’aumônerie. Cette énumération n’est point exhaustive, car on ne parle pas des champs de Nattes, du ferratjal de Nadailhan, de l’église de Sainte-Marie de Nadailhan ni de ses appartenances et autres possessions.
E. MASSAL et R. OLLIER. Clichés des auteurs.
Annexe I
Reproduction du Procès-verbal de la pose de la première pierre
Verbal de la pose de la première pierre posée au bâtiment de ce monastère, le 9avril 1717
— Les Religieux Bénédictins de la Congrégation de St-Maur ayant été établis en l’abbaye de Saint-Thibéry, ordre de Saint Benoît, au diocèse d’Agde, par concordat passé à Toulouse, le 9 janvier 1643 entre le Révérend Père en Dieu, Messire Bruslet d’Andelot, abbé régulier de Saint-Thibéry, et le Révérend Père en Dieu Dom Antoine Lespinasse, prieur du monastère de la Daurade, fondé de procuration de Très Révérend Père Tarisse, Supérieur Général de notre Congrégation, trouvèrent les bâtiments du monastère de ladite abbaye entièrement ruinés. Néanmoins, par des accidents survenus aux bâtiments qui menaçaient d’une ruine totale, et pour prévenir les suites fâcheuses que cela eût causé, lesdits religieux ont été obligés d’abattre partie desdits bâtiments pour en construire d’autres plus solides à quoy ils ont travaillé l’année dernière 1706, et bâti le cloistre, le grenier supérieur et le corps de logis qui est le long de l’enclos du costé de l’Église des Pénitents du lieu de Saint-Thibéry, et, voulant continuer leur dessein, les fondements du grand corps de logis où doit être le dortoir, ayant été creusés avec beaucoup de difficultés à cause des eaux qu’on a trouvées partout. Le 9e Avril 1707, à Saint-Thibéry, dans ledit monastère, régnant Très Chréstien Prince Louys, par la grâce de Dieu, Roy de France et de Navarre sous le pontificat de Nostre Saint Père le Pape Clément II, Monseigneur Philibert Charles de Pas Feuquières y estant Évêque d’Agde, Révérend Père en Dieu, Messire Nicolas de Paris, abbé régulier nommé par le Roy à ladite abbaye, Très Révérend Père Dom Simon Bougis, Supérieur Général de notre Congrégation, et Père Dom Marie Bourgoing, visiteur de cette province, le Révérend Père Dom Jacques de Lagorrec, prieur de ce monastère, Révérend Père Dom Jean Glauger sous prieur, Dom Louys Causape, Dom Jean Lombard, Dom Joseph Sicard Camus, Dom Jean Baptiste de la Ballonière, prestres et religieux conventuels dudit Saint-Thibéry, assistés de Dom Jean François Arnaud, religieux de l’abbaye d’Aniane et de frère Pierre Thibaud, religieux de l’abbaye de Sorèze ; après la grande messe chantée en l’honneur de Saint-Thibéry, patron du monastère, la première pierre du bâtiment angulaire et faisant face au levant et au midy dudit bâtiment a été solennellement bénite devant le Grand Autel, et de là, portée processionnellement audit bâtiment et posée par le R.P. prieur dans le fondement préparé, sur laquelle pierre ont été gravées les paroles suivantes : lapidem angularum dormitorii posuerunt Sancti Tiberii anno Domini millesimo septengentesimo septimo. Le tout faict et passé en présence d’une grande affluence de peuple, parmy lesquels M. Fabry, premier consul, Fabre assesseur, Burgues capitaine de la bourgeoisie, Teulé, maçon et entrepreneur dudit bâtiment, ont signé avec nous prieur et religieux.
Suivent les signatures de fr. J. Lagorrec, fr. Jean Glauger, « soub prieur », fr. Jean Lombard, fr. Loiys Cansapé, fr. Joseph Sicard Camus, fr. Jean Baptiste de la Bellonière, Fabry consul, Fabre assesseur, Teulé.
Annexe II
Vente des possessions de l’abbaye comme biens nationaux
Sérignan. Bénédictins de Saint-Thibéry-maison, cour, écurie et patus. Trois champs. Ferratjal et vigne de 5 sestérées : le tout estimé 9 333 livres et vendu 19 005 à Adrech de Villeneuve, Jamme de Sérignan, Pezet et Valessié, hommes de loi de Béziers.
Florensac. Bénédictins de Saint-Thibéry. Trois champs de 18 sestérées estimés 4 194. Vendu à Fornairon, Marc de Villeneuve et Eustache de Pézenas.
Castelnau de Guers. Bénédictins de Saint-Thibéry. Deux ferratjal et olivette. Vendu 1 900 à Caux et Bondon. Estimé 969.
Saint-Thibéry. Bénédictins. Deux domaines l’Isle : 397 sestérées. Estimé 231 686 livres et acquis pour 283 000 par dame Bernard, Veuve Caulejac, et celui des Monts Ramuts, avec métairie, pigeonnier, écurie champ et vignes 72 sestérées, hermes 27, estimé 21 439 livres et acquis pour 31 000 par Moureau, notaire à Béziers pour Charles Montales chevalier de Saint-Louis à Bessan.
La maison de Bénédictins avec cour, jardins et dépendances, acquis par G. Mas pour 30 100 livres, sur une estimation de 30 000 et partagée entre 22 habitants de Saint-Thibéry de toutes professions, docteur, artisans, agriculteurs.
Vingt-neuf lots, champs, vignes, près, ferrajals, hermes, dont une partie détachée du domaine des Monts Ramuts, d’une superficie de 375 sestérées, estimés 180 227 livres et vendus 308 649. Les acquéreurs sont au nombre de vingt : Combes 3, Caumette 2, Bonnevieille, Boyé, Olivié, J. Soulié, H. Soulié, M. Soulié, Bech, Pagès, Ménard, Bérard, Baidy 4, Hugues notaire, Ribes, Gaussel, Rech, de Saint-Thibéry, viguier, et J. Etienne de Florensac, Andrieu et Donnadieu de Nézignan, Reboul de Pézenas et Guimard négociant à Sète.
Abbaye de Saint-Thibéry. Quatre champs de 17 sestérées estimés 6 746 livres et acquis pour 20 625 par Caumette et Combes de Saint-Thibéry, Fabre de Nézignan et Portes de Florensac.
Vicaire de Saint-Thibéry. Un champ de 2 sestérées acquis par Espérou 711-717.
Chapître. Pré au bord de l’Hérault acquis par Viguier de Béziers pour dame Bernard, Vve Caulejac ; 50-100.
Pèlerins et Pénitents Blancs. Église et Chapelle 4000-5450, acquises par Caumette et Décors.
Diverses chapelles : Saint Crépin de Jean Roques de las Tamponnes, de Jean Mignonat, chapelle rouge du Crucifix, Saint-Sébastien de las Armes. Quatre maisons, une écurie, 49 lots champs et vignes, olivettes, jardins et ferrajals, de 214 sestérées estimés 75 121, et vendus 98 070. Les acquéreurs sont à peu près en proportion égale de Saint-Thibéry et Nézignan, Fabre de Valros et Barbizan de Florensac.
Ermitage et champ de 1 sestérée 1767 à Dauby, d’Agde Vigne de trois sestérées par le Curé 1710 à Combescure de Saint-Thibéry. Olivette de 1 sestérée à Combescure 308. Vieille masure 1080 au même Combescure.
Église champêtre de Saint-Martin 780 à Baumevielle.
Maison, cy-devant presbytère et écurie, 3600 à Combescure.
Pinet : Le domaine de Pinet, dépendant du prieuré commandataire de N.-D. de Cassan avec château, bâtiments d’exploitation 371 sestérées de terre, 194 de vigne rouge et 36 de vigne blanche, estimé 121 333 et acquis pour 130 000 par Toussaint Gaujal négociant à Pézenas.
