La population dans la vallée de l’Hérault
La population dans la vallée de l’Hérault
Repérer l’évolution de la population d’une zone, décrire les composantes des variations de cette population est certainement une approche simple, voire simpliste, des problèmes économiques. Mais il est vrai que toute politique d’aménagement de l’espace s’apprécie par rapport aux hommes : ceux qui y habitent, qui s’y installent, qui en partent, qui y naissent, qui y meurent.
Dans cette optique la description de ces mouvements permet de mieux comprendre les évolutions d’une zone et peut-être d’en maîtriser le devenir.
Nous étudierons successivement :
- la part relative de la vallée de l’Hérault et son évolution depuis un siècle, au sein du département ;
- les composantes des variations depuis 30 ans ;
- l’évolution récente par zone à l’intérieur de la vallée.
La zone appelée « vallée de l’Hérault » dans l’analyse ci-contre est celle pour laquelle le Conseil Général de l’Hérault étudie actuellement un Plan d’Aménagement. Elle est constituée des cantons du département dont au moins une partie se situe dans le bassin versant du fleuve Agde, Aniane, Clermont-l’Hérault, Florensac, Ganges, Gignac, Lodève, Montagnac, Pézenas, Saint- Martin -de- Londres.
I - Part de la vallée dans le département déclin continu depuis un siècle
En 1982, trois chiffres résument la vallée de l’Hérault : 102 000 habitants, 1/7e de la population du département, 1/3 de la superficie du département.
Au début de ce siècle cette vallée comptait 110 000 habitants. En fait de 1881 à 1931 la population a fluctué autour de 105 000 habitants.
Les 20 années qui suivent 1931 voient la population chuter fortement puisqu’à la fin de la dernière guerre et jusqu’au début des années « cinquante » il n’y a plus que 90 000 habitants.
À partir de 1954, la population remonte (à l’exception de la période 1968-1975). Le seuil de 100 000 habitants est de nouveau franchi, mais à la hausse, et la vallée dépasse en 1982 son niveau de population de 1936.
Cependant au delà de ces fluctuations un indicateur est intéressant à suivre : la part relative de la vallée de l’Hérault dans le département. Il chute continuellement depuis un siècle. En 1881, un habitant sur quatre du département habitait cette vallée, il n’y en a plus qu’un sur sept en 1982.
Cette baisse continue signifie que l’évolution de cette vallée ne suit pas celle du département. Quand la population de l’Hérault décroît, la baisse dans la vallée est encore plus forte. Quand la population du département croît, la variation dans la vallée est soit positive, mais de moindre ampleur, soit même négative (par exemple de 1881 à 1891 ou plus récemment de 1968 à 1975). Ce déclin relatif ne s’est pas poursuivi au même rythme durant les 100 dernières années. La baisse de 10 points (la part relative décline de 24 % du département à 14 %) s’est déroulée en deux étapes. De 1881 à 1954, en 73 ans, la chute est de 5,2 points, soit moins un point tous les 15 ans. De 1954 à 1975, en 21 ans, la chute s’accélère et atteint 4,3 points soit moins un point tous les 5 ans. De 1975 à 1982 il y a stabilisation, la vallée de l’Hérault ne perd plus que 0,3 point (le rythme n’est plus que de 1 point tous les 27 ans). Ainsi sur la période récente, la population de la vallée de l’Hérault croît de 7 000 personnes, passant de 95 000 à 102 000 habitants. Le taux de croissance est de + 6,8 %, encore inférieur cependant à celui du département de l’Hérault + 7,3 %.
II - Les composantes des variations depuis 30 ans
Traditionnellement, la variation de la population est décomposée en deux :
- le solde naturel : différence entre les naissances et les décès ;
- le solde migratoire : différence entre les arrivées et les départs.
Quelle est la part respective de ces deux mouvements au cours des 30 dernières années ?
A - De moins en moins de naissances
De 1954 à 1982 le solde naturel s’est dégradé. Le nombre annuel de naissances est resté relativement stable jusqu’en 1968 aux alentours de 1 300 naissances par an. Par contre de 1968 à 1975, il tombe à 1 170 naissances par an et de 1975 à 1982 il n’est plus que de l’ordre du millier. Quand aux décès leur nombre annuel croît d’environ 1 800 décès par an en début de période à plus de 1 300 par an de 1975 à 1982.
Au total le taux de variation annuel dû au solde naturel baisse régulièrement depuis 30 ans. Il est même devenu négatif à partir de 1968 et sans l’installation en 1962 des rapatriés d’Algérie il aurait été négatif dès cette année là. Pour l’ensemble du département le taux est resté stable jusqu’en 1975 et s’il baisse en fin de période il reste tout de même positif.
B - Solde migratoire : des retournements
Contrastant avec l’évolution régulière du solde naturel le solde migratoire parait avoir une évolution plus heurtée. Positif mais faible entre 1954 et 1962, il reçoit un coup de fouet entre 1962 et 1968 avec l’installation des rapatriés d’Algérie dont près de 3 200 y résident encore en 1968. Ces derniers représentent les 2/3 du solde migratoire de cette période. Il devient franchement négatif entre 1968 et 1975 alors que de 1975 à 1982 c’est le retournement. Devenant largement positif, il dépasse nettement le niveau des années 1962-1968. En moyenne 1 annuelle cela représente un excédent d’arrivées sur les départs de l’ordre de 1 200 personnes contre seulement 800 entre 1962 et 1968. Pour la première fois à partir de 1975 le taux de variation annuel dû au solde migratoire est plus élevé dans la vallée de l’Hérault que dans le département.
III - L'évolution récente a l'intérieur de la vallée de l'Hérault
A - Des cantons semblables
Que ce soit pour le solde naturel ou pour le solde migratoire, les 10 cantons évoluent d’une manière homogène.
La dégradation du solde naturel a touché tous les cantons. Partout les décès l’emportent sur les naissances. Seuls se distinguent Aniane et Saint-Martin-de-Londres dont le solde négatif est moins important entre 1975 et 1982 par rapport à 1968-1975 et Agde dont le solde négatif est infime rapporté à sa population.
Quant à la croissance du solde migratoire là encore tous les cantons sont concernés. Quant le solde migratoire 1968-1975 était déjà positif il l’est encore plus entre 1975 et 1982 et dans les cinq cantons où il était négatif, il devient positif. Dans le canton de Pézenas, ce solde passe de -1 595 à +243, à Clermont-l’Hérault il passe de -972 à +1 146 tandis qu’à Gignac, il varie de -717 à +1 139.
De 1975 à 1982 dans 9 cantons sur 10 un solde migratoire positif, quelquefois largement, compense le déficit des naissances sur les décès. Seul Ganges fait exception mais la variation totale n’est que légèrement négative.
Cette relative homogénéité des cantons fait que leur classement selon le chiffre de population n’a pas varié depuis 80 ans. Tout au plus peut-on dire qu’Agde voit sa première place largement confortée, tandis que Clermont-l’Hérault et Pézenas confirment leur part relative. Pour les sept autres cantons les variations, à la baisse, sont très faibles.
B - Les zones de croissance
Dans un contexte de croissance généralisée, peu de communes de la vallée de l’Hérault voient leur population baisser. De 1968 à 1975, 68 communes (sur 103) étaient dans cette situation. Elles ne sont plus que 20 pour la période 1975-1982. Parmi ces dernières Pézenas et Ganges, mais dont la chute se ralentit, Aniane et un ensemble de communes, en général peu peuplées, de faible densité, situées d’Aniane à Ganges le long du cours de l’Hérault.
Une zone de croissance forte se dégage : les communes de la rive gauche de l’Hérault limitrophes du pôle montpelliérain. Elles appartiennent aux cantons de Gignac, Saint-Martin-de-Londres et Aniane. Dans ce dernier canton, le contraste est frappant : à l’ouest dépeuplement, à l’est croissance très élevée. Quant au canton de Gignac dont la quasi totalité des communes était en baisse de 1968 à 1975 la situation est complètement inversée ; la croissance y est générale mais là encore plus forte à l’est qu’à l’ouest.
Une seconde zone de croissance se dessine autour de l’axe Clermont-l’Hérault – Lodève.
Plus au sud, si la densité y est plus forte, la croissance y est moins nette à l’exception du canton d’Agde.
Toutefois ce commentaire, basé seulement sur les taux de variation de la population, demande à être complété. Pour les petites communes un taux de variation élevé ne correspond en fait qu’à une faible variation absolue de la population.
Ainsi les communes du canton d’Agde dont les taux de croissance ne sont pas parmi les plus forts représentent 40 % de la croissance de la population de la vallée de l’Hérault, les cantons de Clermont-l’Hérault et Lodève en représentent 25 % et l’ensemble Gignac – Aniane – Saint-Martin-de-Londres en représente 27 %.
Annexe
(*) La population sans doubles comptes d’une commune se compose :
- de la « population municipale» : elle est formée de personnes ayant leur résidence usuelle dans la commune, c’est-à-dire les « ménages ordinaires ». Elle comprend aussi certaines catégories de personnes vivant en communauté, appartenant aux « ménages collectifs », Il s’agit des maisons de retraite, résidences universitaires, foyers de travailleurs ou communautés religieuses, etc.
- de la « population comptée à part» : il s’agit des personnes vivant dans des établissements particuliers et n’ayant pas de résidence personnelle dans une autre commune. Ces établissements peuvent être des casernes, internats scolaires, sanatoriums ou chantiers temporaires. Dans le cas des hôpitaux psychiatriques et des prisons, tous les pensionnaires sont inclus dans la population comptée à part de la commune.
Note
1 Cette moyenne n’est qu’un artifice permettant une comparaison simple entre les deux périodes. L’installation des rapatriés d’Algérie ne s’est pas réalisée d’une manière régulière de 1962 à 1968, bien évidemment.
