Histoire moderne : Instruments de travail
Histoire moderne : Instruments de travail
Présentation de quelques ouvrages indispensables pour les chercheurs en Histoire : « Dictionnaire du Grand Siècle ; Dictionnaire des Journaux de 1600-1789 ; Les Ventes publiques de livres en France, 1630-1750 ; Revue d’Histoire moderne et contemporaine, etc. »
Dictionnaire du Grand Siècle,
ss, dir . de Fr. BLUCHE. Paris, Fayard, 1990, 1640 p.
L’entreprise était audacieuse, présenter sous forme de notices historiques, biographiques et institutionnelles l’essentiel des informations relatives à la période allant de l’avènement d’Henri IV (1589) à la mort de Louis XIV (1715). Le pari est gagné grâce au renfort d’une équipe de plusieurs centaines de spécialistes et à un système de renvois qui permet une consultation aisée, d’autant que le lecteur dispose in-fine d’une table thématique commode.
Tous ceux qui s’intéressent plus particulièrement à l’histoire du Languedoc au XVIIe siècle trouveront de très nombreuses notices sur ce sujet. Le célèbre intendant Basville croqué par Ph. Joutard précède de peu son rival en Languedoc, le cardinal florentin – le dernier de sa lignée dans cette province -, Pierre de Bonsi, beau-frère du gouverneur de Montpellier René-Gaspard de La Croix de Castries, campé par le regretté M. Feuillas. Les Montmorency que s’est réservé Fr. Bluche ne sont guère éloignés du poète toulousain François Maynard dont J.-P. Chauveau rappellent les liens avec Malherbe. Les hommes qui ont marqué le Languedoc ne sont donc pas oubliés, pas plus que l’ensemble des diocèses civils qui le composent. M. Feuillas en rappelle les évolutions majeures dans une notice particulière que complètent celles consacrées aux principales villes, de Beaucaire à Sète, et au chef-d’œuvre de l’architecture hydraulique française à l’âge classique, le canal des Deux-Mers.
Des lacunes, pourtant, surprennent. Sans aucun chauvinisme, notons qu’aucune des trois grandes villes languedociennes, Toulouse, Montpellier et Nîmes, ne fait l’objet d’une notice. D’autre part, il me semble que l’indication pour chaque article de la bibliographie essentielle aurait valorisé ce dictionnaire dont la consultation régulière apporte une foule d’informations sûres.
Dictionnaire des Journaux, 1600-1789,
ss. dir. de J. SGARD. Paris, Universitas, 1991, 2 vol.
Voilà un outil de première qualité offrant une notice systématique pour chacun des 1267 journaux de langue française parus de l’origine de la presse jusqu’à la Révolution. Pour chacun sont indiqués le titre, la durée et la périodicité de la publication, l’identification de l’imprimeur, du libraire et du directeur ou principal rédacteur et la nature du contenu. Les notices s’achèvent sur des informations relatives à la localisation des exemplaires conservés et à la bibliographie. On le voit, la Bibliographie historique et critique de la presse périodique française qu’avait fait paraître E. Hatin en 1866 a perdu toute utilité en raison de ses notices beaucoup moins nombreuses, 350 pour la même période, et beaucoup moins riches.
Dans cet ensemble, la part du Languedoc est faible. Cette province, en effet, n’a compté entre le règne d’Henri IV et la Révolution que 18 titres, ce qui représente environ 1,4 % du total de ceux qui sont ici recensés. De loin, la capitale, Toulouse, l’emporte, 9 titres, suivie par Montpellier et Nîmes où ont été publiés trois journaux. Enfin deux villes se sont contentées de « flirter » avec la presse, Narbonne et Pézenas. Chacune a publié éphémèrement un périodique avant 1789. Supériorité toulousaine, mais aussi, dans ce domaine, précocité. A Toulouse, dès 1660, paraît le Courrier du temps arrivé à Toulouse, pour disparaître, il est vrai, dès l’année suivante. Mais, à partir de 1673 et jusqu’en 1752 est imprimée la Gazette de Toulouse dont le contenu doit presque tout à la Gazette. A Montpellier, en revanche, où la réimpression de la Gazette sera plus tardive et beaucoup plus irrégulière, il faut attendre 1770 pour qu’y soient imprimées les premières Affiches. Disparues dès 1776, il faut à nouveau attendre 1780 pour que la presse soit solidement établie : sortent alors les premiers numéros du Journal de la Généralité de Montpellier qui est continué à partir de 1791 par le Journal du département de l’Hérault. Reconnaissons-le, c’est peu, même si on ajoute un troisième titre « scientifique » Histoire de la Société royale des Sciences établie à Montpellier. Destinée à faire mieux connaître les travaux de l’Académie locale, cette publication se réduit à deux volumes, l’un paru en 1766 et le second en 1793. Dans cette faiblesse de la presse montpelliéraine que nous connaissons grâce aux travaux de R. Andréani, auteur de ces notices et d’une thèse sur l’histoire de la presse montpelliéraine que par discrétion il omet de citer, n’y voyons pas le signe d’une sous-alphabétisation, ni d’une indifférence à l’information, mais plutôt celui de la capacité de l’élite urbaine de trouver dans les organes avignonnais et parisiens l’essentiel des données dont elle avait alors besoin.
Bléchet Françoise, Les Ventes publiques de livres en France, 1630-1750.
Répertoire des catalogues conservés à la Bibliothèque nationale. Oxford, Voltaire Foundation, 1991, 156 p., 24 cm.
Bien que fondé exclusivement sur les exemplaires conservés à la Bibliothèque nationale, ce catalogue des catalogues des bibliothèques privées vendues aux enchères au cours du XVIIe et du XVIIIe siècle, sera pendant fort longtemps un instrument de travail précieux. Grâce à une très riche introduction, il permet tout d’abord de scander les étapes qui ont conduit à la diffusion et à l’amélioration de cette pratique des ventes aux enchères des différents livres composant les bibliothèques entre la fin du XVIIe siècle et le milieu du suivant. Il permet ensuite de retrouver facilement les références des catalogues de bibliothèques particulières, par exemple celles de quelques-unes du Languedoc.
La dispersion des bibliothèques s’impose en effet difficilement au cours du règne de Louis XIV et au début de celui de Louis XV pour des raisons affectives et économiques. De nombreux érudits, en effet, considèrent qu’elle est injurieuse à la mémoire de ceux qui les ont constituées avec passion et opiniâtreté pendant toute leur vie. Les petits libraires, d’autre part, se plaignent de ces ventes aux enchères qui détournent de leurs boutiques une partie de leur clientèle. A mesure que ces résistances s’affaiblissent, l’élite « savante et dynamique » des libraires abandonne la présentation des catalogues selon les formats et selon l’ordre correspondant à celui de la prisée, au profit de celui déterminé par la célèbre classification des libraires de Paris regroupant les ouvrages à l’intérieur de cinq grandes catégories, « théologie, jurisprudence, sciences et arts, belles-lettres et histoire ». De même, les conditions et les modalités de la vente évoluent lentement. Bien que la première vente aux enchères publiques soit celle de la très riche bibliothèque du « garderolle des offices de France » Claude Boucot qui dure de la mi-novembre 1699 aux premiers jours de janvier 1700, les ventes à l’amiable sont encore pratiquées près d’un demi-siècle plus tard. En revanche, l’habitude de distribuer des affiches – indiculi – pour annoncer la vente s’impose dès les dernières années du ministère de Richelieu.
Par rapport à cette évolution parisienne, celle de la province accuse un retard « notable ». Dans la première moitié du XVIIIe siècle, les survivances du XVIIe siècle sont encore nombreuses et fréquentes. La rédaction des catalogues est encore très souvent caractérisée par les traits suivants : « persistance du latin, multiplicité et imprécision des subdivisions et des descriptions et présentations sous forme de colonnes ». D’autre part, les catalogues provinciaux sont rares, non à cause de l’absence de riches bibliothèques mais sans doute en raison d’un nombre insuffisant d’acheteurs prêts à pousser les enchères. Les catalogues des bibliothèques languedociennes confirment ces quelques remarques générales.
Celui de la bibliothèque de Samuel Petit, orientaliste, professeur de grec à Nîmes correspond à l’exemple languedocien le plus ancien (1635). Les cinq autres exemples appartiennent à la première moitié du XVIIIe siècle. Il s’agit des catalogues des bibliothèques d’Antoine Calvet, juge de Villeneuve-les-Avignon (1709), de l’abbé de La Croix, chanoine à Notre-Dame de Paris (1738), de l’évêque janséniste de Montpellier, Ch.-J. de Colbert de Croissy (1740), de Ch. Le Goux de La Berchère et de R. Fr. de Beauveau, archevêques de Narbonne (1741) et du célèbre publicain Joseph Bonnier de La Mosson (1745). La plupart, il est vrai, étaient déjà connus, mais les voici bien localisés et bien situés dans une production qui ne cesse de croître au cours du XVIIIe siècle.
Dubost J.-Fr., « Absolutisme et décentralisation en Languedoc au XVIIIe siècle ».
Revue d'Histoire moderne et contemporaine, t. XXXVII, juil.-sept. 1990, p. 369-397.
Voici l’absolutisme revisité à. l’heure du Grand Siècle en Languedoc. Sa situation y semble contradictoire : l’absolutisme administratif y triomphe à travers l’action de l’intendant Basville et cependant les institutions administratives provinciales y demeurent « extrêmement vivaces ». Incontestablement, l’autorité royale et le pouvoir de l’État s’y renforce aux dépens des autonomies politiques. Les premiers à en souffrir sont les protestants dès les années 1622-1629, et les États. Mais « pas plus que les protestants, les États n’ont perdu l’intégralité de leurs privilèges ». Ceux-ci ont été bornés afin que l’autorité royale ne puisse souffrir aucune entrave de leurs parts. D’autre part, dès le début de la deuxième moitié du XVIIe siècle, l’aristocratie militaire et les dignitaires des États « sont intégrés plus étroitement à l’administration de la province ». L’intendant Besons peut écrire à Colbert en 1662 : « Il n’y a personne qui souhaite déplaire au Roi », malgré l’augmentation du poids de l’impôt. Ainsi l’autorité royale s’est imposée dans trois domaines qui caractérisent sa force : « l’armée, l’administration et la fiscalité ». Dans cette évolution, J.-Fr. Dubost ne minimise pas le rôle de l’intendant. Mais il montre lumineusement que l’intendant « est un agent non pas centralisateur, mais coordinateur, chargé d’harmoniser l’action des notables provinciaux dans le but de parvenir à l’uniformité voulue par le roi ». Dans cette action, il est aidé par la pratique du clientélisme qui permet de concentrer dans les mains d’un seul groupe l’essentiel des pouvoirs qui peuvent par ailleurs s’exercer selon des modes divers. Il s’agit plus alors d’un centralisme que d’une centralisation. « La mise au pas de la province a été obtenue par l’association d’une fraction des notables à l’entreprise monarchique. » Pour l’auteur, c’est cette association entre l’État monarchique et les dignitaires provinciaux qui donne « la clef du système politico-administratif languedocien du XVIIe siècle ». La contradiction soulignée au départ est donc levée. On l’aura deviné, cet article constitue une référence essentielle pour la compréhension du Languedoc du XVIIe siècle.
Blanchard A., Pélaquier E., Le Languedoc en 1789. Les diocèses civils aux départements.
Essai de géographie historique (Bull. de la Soc. lang. de Géographie, t. 23, janv.-juin 1989, fasc. 1-2).
Cet ouvrage, fruit d’un long, patient et rigoureux travail, n’offre pas seulement des éléments pour nourrir l’inépuisable débat sur le thème des ruptures et des continuités. Il ne retrace pas seulement l’histoire de la constitution des départements languedociens au début de la Révolution. Ce qui en fait tout le prix, c’est qu’il s’attaque au difficile – et même parfois exaspérant – problème des structures administratives du Languedoc à l’époque moderne et qu’il est complété par un inestimable répertoire des communautés languedociennes d’Ancien Régime suivi d’un ensemble de cartes qui permettent de les localiser sans peine. Bref, voici l’indispensable vademecum de tout historien du Languedoc moderne.
Comme l’indique le sous-titre, il s’agit d’une étude de géographie historique dont la nécessité n’est pas à démontrer. Comme le montre la bibliographie, ce type de recherches est quasiment abandonné depuis près d’un siècle, même si la publication depuis une dizaine d’années des séries départementales des Paroisses et communes de France témoigne d’un regain d’intérêt pour ce pan fondamental de l’histoire. Il s’impose d’autant plus en Languedoc que l’existence des diocèses civils rend encore plus complexes les structures administratives. Les diverses mutations qui ont conduit du diocèse religieux au diocèse civil « se sont accompagnées de quelques rectifications de frontières ». Il n’y a en fait que dans la partie centrale du Languedoc, d’Alais à Albi et à Saint-Papoul, où les uns et les autres « coïncident exactement ou peu s’en faut ». Les auteurs se sont aussi intéressés à la communauté, ce qui nous vaut un exposé sur sa diversité à travers la province, depuis le bas Languedoc « où domine la confusion entre communauté et village » jusqu’au cas extrême du Velay où « la communauté rurale n’y existe pratiquement pas » au profit du mandement. La complexité de ces structures administratives languedociennes est bien illustrée par l’analyse minutieuse des confins du Saint-Ponais, du Biterrois et du Castrais que donne D. Catarina (p. 75-80).
Le Languedoc en 1789 de Mlle Blanchard et d’E. Pélaquier constitue désormais un ouvrage indispensable, pour la connaissance précise de la topographie languedocienne d’Ancien Régime comme pour la compréhension de ses structures administratives actuelles.
Michaud Cl., L'Église et l'argent sous l'Ancien Régime.
Les receveurs du clergé de France aux XVIe et XVIIe siècles. Paris, Fayard, 1991, 803 p.
Signalons cette thèse dont l’intérêt dépasse largement le cadre languedocien comme le suggère la lecture du titre. Cependant le Languedoc occupe une place non négligeable en raison de ses capacités financières dont G. Chaussinand-Nogaret avait déjà souligné l’importance. Deux chapitres sont en effet consacrés au très puissant trésorier de la Bourse des États de Languedoc, Pennautier, qui tient, grâce à l’appui de Pierre de Bonsi, la charge de receveur général du clergé de France de 1669 à sa mort en 1711. Dans un premier chapitre (p. 318-334), l’auteur présente la famille Pennautier et ses liens avec le service de la province, afin de montrer que « l’ascension de Pennautier, pour extraordinaire qu’elle semblât, n’en fut pas moins l’aboutissement d’une tradition familiale des métiers de finance remontant au milieu du XVIe siècle ». Son bisaïeul, Pierre Reich, est trésorier de la Bourse des États de Languedoc dès 1560, tout en étant receveur particulier des décimes du diocèse de Carcassonne, où il achète la seigneurie de Pennautier. Ainsi, sauf pendant quelques années sous Richelieu, les Pennautier furent « à la tête des finances des États de Languedoc pendant un siècle et demi », de 1560 à 1711. Claude Michaud présente avec précision les activités provinciales de Pennautier. Il rappelle que les bénéfices les plus importants qu’il en tire proviennent des avances que les conditions de paiement du don gratuit rendaient inévitables, même « en période de paix et d’argent abondant ». Il montre comment il sut faire des avances à la province une entreprise de crédit familial. Enfin, il brosse un portrait de Pennautier en « promoteur de l’économie languedocienne » que ce soit, par exemple, en tant que principal bailleur de fonds de la Compagnie royale des mines et fonderies du Languedoc, du Rouergue et du pays de Foix, ou que ce soit en tant que l’un des 18 actionnaires de la Compagnie du Levant créée en 1670. Sa participation à l’établissement, près de Carcassonne, de la manufacture drapière des frères Saptes n’est pas oubliée, ni celle à la création de la manufacture de Villeneuvette, ni son intérêt pour la bonification des marais de Capestang.
Dans un second chapitre (p. 485-506), l’auteur s’intéresse plus précisément aux activités financières de ce « Languedocien de cœur » devenu semi-parisien et à sa fortune. C’est l’occasion de retrouver quelques-uns de ses « clients », clercs ou civils, et son protecteur, Pierre de Bonsi, dont il est pratiquement l’intendant. Surtout, Claude Michaud montre que Pennautier n’est pas mort ruiné : « une fois les dettes payées, Mme de Pennautier et les autres héritiers se mirent d’accord en 1716 sur un volume de rentes, créances, effets et offices qui atteignait presque le montant de 900 000 L.t. ».
Fondée en grande partie sur des sources parisiennes notariales jusqu’ici peu exploitées, cette présentation du rôle joué en Languedoc par Pennautier renouvelle en grande partie la connaissance que nous en avions déjà.
Gaussent J.-Cl., « La Construction navale en Languedoc au XVIIIe siècle »,
Annales du Midi, t. 103, n° 193, janv.-mars 1991, p. 41-61.
Nous avons déjà eu l’occasion de souligner l’importance des travaux de J.-Cl. Gaussent sur l’histoire maritime du Languedoc moderne. Celui-ci, comme les précédents, s’impose par sa qualité qui tient tout d’abord à une connaissance peu commune des archives. Ainsi, l’auteur peut brosser une géographie et une sociologie de la construction navale en Languedoc où la primauté revient à Agde. Le travail est aux mains des charpentiers de marine et aux maîtres d’ache qui, à partir du milieu du XVIIIe, s’appellent maîtres constructeurs de bâtiments de mer. Ces artisans et leurs ouvriers construisent toutes sortes de bateaux, des simples barques pour la pêche aux brigantins et tartanes pour le commerce. A Agde comme à Sète, le financement est assuré par plusieurs « quirataires » qui se recrutent parmi « des négociants, des possesseurs d’office ». A Sète, les principaux quirataires montpelliérains sont des négociants, Fr. Durand et fils, par exemple, ou encore Vve Sarran et Bazille. Certaines commandes exigent des sommes élevées. A la fin du XVIIIe siècle, elles peuvent atteindre 5 à 12 000 L pour un bâtiment de 50 tx et 17 000 L pour un bâtiment de l’ordre de 150 tx.
Au total, de 1762 à 1789, 140 bâtiments sont construits à Agde, c’est-à-dire en moyenne 5 par an, et 89 à Sète, c’est-à-dire trois environ par an. Cet article très riche s’achève par la liste des bâtiments construits à Sète de 1740 à 1791 et à Agde de 1700 à 1789, avec la mention de la date, du type, du nom de l’embarcation, de celui du constructeur, des dimensions, de la jauge en tonnaux et enfin du nom du capitaine. A elle seule, elle vaut un trésor.
Écoles et Universités de la France méridionale. Des hommes, des institutions, des enseignements.
Actes recueillis par A. Blanchard. Montpellier, Université P. Valéry, Centre d'Histoire moderne, 1990. 134 p.
Longtemps accueillis généreusement par notre revue, les Actes des Journées d’Études annuelles organisées par le Centre d’Histoire moderne de l’université P. Valéry paraissent désormais sous forme de publication indépendante. Les premiers à être publiés sous cette nouvelle forme se rapportent à la journée consacrée en 1985 aux Écoles et Universités de la France méridionale. Ils rassemblent neuf communications. Chronologiquement, le XVIIIe siècle l’emporte largement. Géographiquement, l’équilibre penche en faveur des régions situées à l’est du Rhône. En revanche, aucun ordre d’enseignement ne semble avoir été privilégié. La lecture de ces actes permet en effet d’approcher les réalités, des petites écoles – grâce à l’étude de S. Croste sur les « Enseignants et enseignés à Grenade-sur-Garonne au XVIIIe siècle -, aux facultés – grâce, par exemple, à l’exposé de L. Dulieu sur l’université de Montpellier à l’âge classique, ou à celui du professeur Peronnet sur la faculté de Théologie de Montpellier -. De plus, quelques communications posent des questions générales relatives à l’enseignement. Dans un esprit qui fait penser à celui de B. Lepetit, R. Favier s’interroge sur la relation entre la répartition des collèges et la nature du réseau urbain en Dauphiné. Mme Cubells s’attache à analyser les rapports entre la magistrature aixoise et l’université d’Aix au XVIIIe siècle pour conclure : « si elle a largement recours à l’université d’Aix pour lui fournir ses degrés, la magistrature aixoise du XVIIIe siècle ne lui marque ni beaucoup d’intérêt, ni beaucoup d’égards, ni beaucoup de respect pour ses règlements ». Deux communications soulignent le rôle du politique dans l’histoire de l’enseignement en rappelant les motivations et les conditions d’application de la réforme « éclairée » de 1729 en Savoie et dans l’ancien comté de Nice (cf. D. Feliciangeli, « Une réforme universitaire réussie : celle de 1729 en Piémont, en particulier dans l’ancien comté de Nice » et B. Grosperrin « L’étatisation des collèges de Savoie (1729) »). Deux autres exposés, enfin, abordent la question de la politique française en matière d’enseignement dans des provinces récemment acquises. La première se rapporte à l’enseignement du droit français à l’université de Perpignan à partir de 1683 qu’analyse J.-M. Carbasse et la seconde aux origines de l’enseignement français dans l’actuel département des Alpes-Maritimes au début du XIXe siècle où le professeur Fr.-X. Emmanuelli montre les raisons pour lesquelles cette politique de francisation n’avait pas de chance de réussir.
Pauvres et pauvretés dans la France méridionale à l'époque moderne. Actes recueillis par A. Blanchard et E. Pelaquier.
Montpellier, Université P. Valéry, Centre d'Histoire moderne, 1991. 92 p.
Dans ces Actes, le XVIIIe siècle l’emporte, puisqu’une seule communication, celle d’E. Pélaquier consacrée aux « vrayment pauvres » à St-Victor-de-la-Coste mord sur le XVIIe siècle. En revanche, les contributions relatives aux pays de part et d’autre du Rhône sont réparties d’une manière plus équilibrée.
Les huit communications qui composent ce fascicule permettent par leurs variétés géographique et thématique de mieux connaître le phénomène de la pauvreté dans la France méridionale de la fin du XVIIe siècle au début du XIXe siècle. Nous y retrouvons tout d’abord, ici et là, la délicate question de la définition de la pauvreté dont rend compte à sa manière cette délibération de la communauté de St-Victor-de-la-Coste que cite E. Pélaquier : « Outre ces dix-huit qui mendient, nous en avons six honteux qui n’osent pas mendier… et encore beaucoup d’étrangers qui passent et qui sont quelquefois dix ou quinze en nombre… Ausquels six, nous ajoutons apprès cella les autres qui mendient pas présantement, mais qui sont à la veille de le faire,… ». Parmi les indices de la pauvreté figure la mort à l’hôpital, comme le montre bien A. Degage à partir de l’analyse du mortuaire de l’hôpital St-Charles de Sète entre 1781 et 1791. D’autre part, ces Actes précisent les attitudes personnelles et collectives à l’égard de la pauvreté. Monique Cubells, par exemple, examine celles des parlementaires aixois pour souligner qu’à la veille de la Révolution « l’essentiel des dons va à des institutions collectives de prise en charge de la pauvreté ». Les formes d’assistance se renouvellent entre Mazarin et 1789 comme l’ont montré de nombreux travaux en particulier ceux de J.-P. Gutton. Mais, dans son étude sur « Enfermement et assistance en Dauphiné au XVIIIe siècle », R. Favier souligne l’attachement des communautés à une forme ancienne d’assistance, « la vingt-quatrième des pauvres », qui correspondait depuis 1564 à la « vingt-quatrième partie des fruictz et revenus des Ecclésiastiques » affectée et distribuée aux pauvres de chacune paroisse de cette province. Nous retrouvons cette résistance des formes traditionnelles d’assistance dans le soulèvement des pauvres du Lévezou dans les années 1771-1773, étudiée par J. Frayssenge. Il montre bien comment les pauvres de ce petit pays du Rouergue se révoltèrent quand ils apprirent le rattachement du prieuré bénédictin de St-Léons à l’Hôpital général de Millau. Devant cette opposition séditieuse, le projet de réunion de l’aumône fut abandonné.
Deux communications, enfin, s’attachent à analyser quelles sont les innovations qu’a introduites dans ce domaine la Révolution. A l’exposé général de M. le professeur M. Peronnet sur « Jalons historiques pour une problématique de la pauvreté : la Révolution française », répond l’étude de J.-Cl. Gégot sur les « pauvres à Montpellier au temps de la Révolution ». Dans celle-ci, il remarque qu’en définitive la bienfaisance n’a pas réussi à prendre le relais de la charité.
Par la diversité des approches, par la richesse des informations, ce recueil constitue une contribution à l’étude des pauvres et de la pauvreté dans la France d’Ancien Régime.
Azema, Xavier, « Les confréries du diocèse de Montpellier à la fin du XVIIe siècle », in Les Confréries, l'Eglise et la Cité.
Actes du colloque de Marseille, E. H. S. S., 22-23 mai 1985, réunis par M.-H. Froeschle-Chopard.
Grenoble, Centre alpin et rhodanien d'ethnologie, 1988, p. 221-231.
Grâce à M. l’abbé A. Azéma, nous disposons d’un tableau général des confréries dans le diocèse de Montpellier à la veille de la Guerre de Succession d’Espagne. A partir d’un dépouillement systématique des visites pastorales des dernières années du XVIIe siècle, l’auteur envisage tour à tour les confréries de dévotion, les confréries de métier et enfin celles de pénitents. Parmi les premières, celles du Saint-Sacrement sont les mieux établies puisqu’elles sont présentes dans plus de 90 % des paroisses. Sans aucun doute, elles doivent leur primauté à l’action en leur faveur menée dès 1659 par l’évêque, ci-devant intendant, François Bosquet qui voit en elles « une protestation réparatrice contre le schisme protestant et ses blasphèmes », tout en lui laissant des éléments de « convivialité qui les différencient des confréries de dévotion étroitement définies ». Celles, par exemple, du Rosaire, soutenues par Ch. de Pradel ne semblent exister que dans le quart des paroisses du diocèse à la fin du XVIIe siècle. Au total, « le bilan des confréries de dévotion inspirées directement par la Réforme tridentine est assez contrasté : le succès rapide et quasi général de la confrérie du Saint-Sacrement s’oppose au médiocre développement de celle du Rosaire et plus encore à l’échec quasi complet de toutes les autres dévotions propres à l’Age classique ». Les « greffes » tridentines n’ont pas effacé les dévotions et confréries anciennes comme la confrérie de la Croix dont les statuts remontent à 1294. Mais en général, elles ne jouent plus un rôle de premier plan.
Avares en renseignements sur les confréries de métier, les visites pastorales apportent des renseignements inégaux sur les confréries de pénitents. A la fin du XVIIe siècle, elles semblent encore être presque uniquement localisées au sud-ouest de Montpellier. N’est-ce pas là un signe supplémentaire de l’inachèvement de la reconquête catholique dans le diocèse de Montpellier à la fin du XVIIe siècle, malgré la révocation de l’édit de Nantes. La rigueur de la collecte de l’information à laquelle s’ajoute le parallèle systématique avec la situation à la fin du XVIIIe siècle donne tout le prix à cette étude pionnière pour le diocèse de Montpellier.
Cahiers d'Arts et traditions rurales, n° 3, 1984-1990.
Ce numéro de plus de 400 pages est d’une étonnante richesse qui fait honneur à ceux qui l’ont conçu, A. Durand-Tullou, J.-Cl. Richard et J.-P. Creissac. Consacré à l’histoire et à l’archéologie industrielle, il rassemble avec bonheur des textes anciens, des études importantes déjà publiées, enfin des monographies inédites.
A propos du verdet, par exemple, nous trouvons réunis les écrits de Jacques Montet sur ce sujet, son célèbre article paru dans l’Encyclopédie et son Mémoire publié en 1754 dans l’Histoire de l’Académie royale des Sciences, année 1750, avec celui de Sérane extrait de l’Histoire de la Société royale des Sciences de Montpellier, imprimé en 1766 à Lyon. Le lecteur peut ainsi prendre facilement connaissance de ces sources et les confronter à des études chimiques ou historiques plus récentes, comme celle consacrée aux « caves à verdet de Montpeyroux » par G. Fabre et A. Signoles.
Les autres contributions portent sur diverses activités industrielles. P. David et J.-M. Richard fournissent un dossier très précis sur la tannerie des frères Houel qui ferme ses portes à St-Guilhem-le-Désert en 1863 et sur les moulins à huile dans la même commune du XVIIIe au milieu du XXe siècle environ J.-L. Vayssettes s’intéresse à la tuilerie Dumas située à Aigues-Vives. Grâce à une recherche très approfondie où il montre sa maîtrise des différentes sources, généalogiques, cadastrales et techniques, il n’a pas de peine à convaincre son lecteur que l’histoire de cette tuilerie qui permet de suivre le destin de deux familles de tuiliers, « illustre la transformation d’un atelier artisanal en une petite usine familiale qui a réussi à se maintenir en activité jusqu’en 1959 ». Aucun des autres articles ne laisse indifférent. Ils devraient intéresser un public recruté hors du cercle des passionnés de l’archéologie industrielle. C’est le cas, me semble-t-il, du sujet original que traite le Dr L. Porte sur les fours à cade dans les cantons du sud-ouest du Var.
⁂
Cette chronique ne peut s’achever sans signaler quelques publications qui malgré leur sujet aux marges de l’histoire moderne peuvent intéresser de nombreux lecteurs.
Vers l’amont, indiquons au moins deux ouvrages. Tout d’abord celui de Jean Combes, Montpellier et le Languedoc au Moyen Age, dont nous devons l’impression à M. G. Romestan (Montpellier, Société archéologique, 1990). Au fil des pages, ses anciens étudiants retrouveront tout ce qu’ils aimaient en lui, l’humour et l’érudition inattaquable. Les autres lecteurs les découvriront et pourront méditer à partir de ses études enfin accessibles sur le destin de Montpellier depuis ses origines. Après cette œuvre d’une vie, l’œuvre d’une équipe de l’Inventaire : Montpellier : la demeure médiévale due à B. Sournia et J.-L. Vayssettes (Paris, Imprimerie nationale, 1991) qu’aucun « moderniste ne devrait ignorer. Comment comprendre l’urbanisme du XVIIe siècle sans connaître cet héritage matériel médiéval reconstitué ici en partie de documents notariaux du XVIIe siècle traqués, pour la plupart, sans répit par J.-L. Vayssettes ? La lecture commentée devrait suivre page après page, illustration après illustration, où l’on retrouve entre autres ces fragments de plafonds peints naguère étudiés par J. Peyron. Notons enfin que sont reproduits de nombreux documents de l’époque moderne, cartographiques comme le plan des îliers du milieu du XVIIIe siècle (p. 133) ou notariaux, comme les quatre relations d’expertises données en annexe (p. 224 sq.) relatives à la maison du menuisier P. Flury, 1638, l’hôtel de Gayon, 1660, l’hôtel de Bornier, 1671, et l’hôtel de Manse, 1675. B. Sournia et J.-L. Vayssettes viennent de publier une nouvelle relation, celle de l’hôtel de Jacques Cœur qui est établie en 1632 à la demande des Trésoriers de France qui vont y installer leurs bureaux (« Un nouveau document sur l’hôtel de Jacques Cœur à Montpellier », Archéologie du Midi médiéval, t. VIII-IX, 1990-1991, p. 143-153). A partir des informations qu’elle apporte et de celles que donne l’état actuel, les deux auteurs sont capables de reconstituer les plans schématiques des quatre niveaux de cette demeure qui offre à leurs yeux un exemple « exceptionnel d’hybridation typologique illustrant le double mécanisme de diffusion des grands modèles régnicoles et de résistance des traditions régionales ».
Vers l’aval, les publications ont été encore nombreuses sur les débuts de la Révolution dans le département de l’Hérault et dans l’ancienne province de Languedoc. On pourra retrouver les principales références dans le Bulletin du Comité régional d’Histoire de la Révolution française que dirige M. Peronnet. Celui-ci a rédigé plusieurs articles sur le Languedoc de la veille de la Révolution : ainsi, « Le débat sur les Etats provinciaux : l’exemple du Languedoc », in Aux Origines provinciales de la Révolution. Grenoble, Presses universitaires de Grenoble, 1990, p. 361-372, où il montre que ce débat a permis à la veille de la Révolution de dégager une pratique politique fondée sur la réunion et l’échange de correspondances et de faire émerger des hommes de qualité. Il reprend cette question, mais sous un angle plus large, dans une autre communication consacrée aux « Libertés, privilèges et franchises du Languedoc » publiée dans les Actes du colloque de Besançon, 25-27 nov. 1987, Région, Nation, Europe, p. 485-500. Quant à J.-P. Donnadieu, il s’est attaché à évaluer l’écho de l’assemblée de Vizille en Languedoc dans Aux origines provinciales… op. cit., p. 391-402, aidé dans cette tâche par une connaissance peu commune des pamphlets prérévolutionnaires et des cahiers de doléances languedociens.
Enfin, vient de paraître les Actes du colloque de Béziers des 8 et 9 déc. 1989, intitulés L’An I de la Liberté en Languedoc et en Roussillon. Les quatorze communications forment un ensemble équilibré entre « l’Ancien Régime en question », « les cahiers de doléances » et « vers des Temps nouveaux ». Ouverte sur une communication lumineuse de Mlle Marcet sur le Roussillon à l’aube de la Révolution où apparaissent immédiatement tous les malentendus, la première partie rassemble des exposés précieux, que ce soit celui de Mme Y. Maurin sur les liens de l’abbé Rozier avec le Biterrois où il cherche à réaliser sur le domaine de Beauséjour, des essais et des expériences agronomiques et même à créer une école de viticulture; que ce soit celui de R. Balso sur la Franc-maçonnerie dans le Biterrois à la veille de la Révolution à partir du fonds maçonnique de la Bibliothèque nationale, ou encore celui de J.-D. Bergasse sur l’origine de la Bibliothèque municipale de Béziers. Les autres parties ne sont pas moins intéressantes puisque nous y trouvons des informations sur la « pêche au bœuf » grâce à D. Rouquette, ou sur des notables de cette époque comme Fr.-X. Rey, grâce à J.-P. Donnadieu, mais aussi des exposés généraux comme ceux de G. Larguier sur « Nation, Citoyen, Patrie. Vocabulaires et concepts des cahiers de doléances du Languedoc-Roussillon » et G. Fournier sur « Les municipalités languedociennes face à la crise de 1798 ». En misant sur la qualité de ces contributions, le président Michel Fournier et tous ses amis ont bien servi la commémoration de l’An I de la Liberté.
