Glanes amphoriques (I) : Région de Béziers et Narbonne
Glanes amphoriques (I) : Région de Béziers et Narbonne
Catherine LAMOUR et Françoise MAYET (Bordeaux, Centre Pierre Paris)
p.3 à 16
* Nous adressons tous nos remerciements aux conservateurs des musées où nous avons travaillé, tout particulièrement Y. Solier qui nous a réservé le meilleur accueil à Narbonne, ainsi qu’aux collectionneurs privés, surtout G. Fédière qui a eu aussi l’amabilité de nous accompagner dans tous les musées de la région.
Dans le but de poursuivre la constitution des fichiers du Centre Pierre Paris sur les marques d’amphores hispaniques, nous avons effectué une visite des musées de Béziers, Agde et Narbonne et de quelques collections particulières (G. Fédière à Saint-Chinian, Abbé Giry et M. Deloupy à Nissan-lez-Ensérune). La révision d’un matériel parfois bien connu déjà, est un travail austère qui peut comporter quelques joies lorsqu’on améliore la lecture de marques difficiles, quand on peut compléter la diffusion d’un type ou d’une marque célèbre, quand on identifie mieux le type d’amphore portant des marques publiées depuis longtemps.
Nous jugeons utile de faire connaître les résultats de cette mission aux archéologues de la région qui, par leurs recherches, leurs fouilles et leurs prospections, sont amenés à compléter cette collection. Pour éviter un catalogue descriptif, long et ennuyeux, nous avons choisi de présenter les marques sous la forme de tableaux, accompagnés de dessins de chacun des documents (sauf les numéros 10 et 11). Les conventions adoptées dans l’illustration allègent les renseignements donnés dans les tableaux : les marques sont dessinées grandeur nature les lettres en relief apparaissent en blanc sur fond noir, les lettres en creux en noir sur fond blanc. Dans un bref commentaire, sont réunis les problèmes d’interprétation qui se sont posés à nous, les nouvelles lectures et les marques inédites.
Voici la liste des abréviations que nous avons utilisées dans les tableaux. :
- M. BELTRÁN LLORIS, Las ánforas romanas de España (Monografías arqueológicas VIII), Saragosse, 1970. (= BELTRÁN).
- F. BENOIT, L’épave du Grand-Congloué (XIVe supplément à Gallia) Paris, 1961. (= BENOIT, Grand-Congloué).
- M.H. CALLENDER, Roman Amphorae with index of stamps, Londres, 1965. (CALLENDER).
- Ephemeris Epigraphica (= EE).
- R. ETIENNE, A propos du vin pompéien, dans Neue Forschungen in Pompeji, Berlin, 1965. p. 309-316. (= ETIENNE, Vin pompéien).
- GIRY (Abbé) et G. FEDIÈRE, Répertoire et carte archéologique de l’Hérault, I, Cantons de Béziers, dans Bulletin de la Société Archéologique de Béziers, 5e série, VIII, 1972, p. 67-121. (= GIRY-FEDIÈRE).
- D. MANACORDA, The ager cosanus and the production of the amphorae of Sestius : new evidence and a reassessment, dans J.R.S., LXVIII, 1978, p. 122-131 (= MANACORDA).
- R. PASCUAL GUASH, Las ánforas de la Layetania, dans Méthodes classiques et méthodes formelles dans l’étude des amphores (Colloque CNRS, Rome, 1974), Rome, 1977, p. 47-96. (= PASCUAL).
- Y. ROMAN ET G. RANCOULE, Les amphores de Sestius de La Lagaste (Aude), dans R.A.N., X, 1977, p. 247-262. (= ROMAN – RANCOULE).
- B. SCIARRA, Alcuni bolli anforari brindisini, dans Epigraphica, XXVIII, 1966, p. 122-134. (= SCIARRA).
- A. TCHERNIA, L’atelier d’amphores de Tivissa et la marque « Sex Domiti », dans Mélanges offerts à Jacques Heurgon, II, Rome, 1976, p. 973-979. ( TCHERNIA, Tivissa).
- A. TCHERNIA, Premiers résultats des fouilles de juin 1968 sur l’épave 3 de Planier, dans Études Classiques, III, 1968-1970, p. 51-82. (= TCHERNIA, Planier 3).
- A. TCHERNIA, Les amphores vinaires de Tarraconaise et leur exportation au début de l’empire, dans A.E.A., 44, 1971, p. 38-85. (TCHERNIA, Amphores vinaires).
I. - Marques d'amphores de provenance italienne
1. - Amphore gréco-italique
Le nombre de marques sur amphores gréco-italiques est extrêmement faible : nous n’en avons identifié qu’une seule (n° 1) RV, sur une lèvre nettement courte et triangulaire (pl. VII), recouverte de poix sur sa face interne. La marque est située sur la partie supérieure de la lèvre, dans un cartouche rectangulaire avec des lettres retro très bien dessinées. Nous n’avons trouvé aucune référence à cette marque dans les grands manuels.
Nous sommes moins certaines de l’identification de la lèvre (pl. VII) marquée L.ANI.L.F. (n° 2) ; la marque est légèrement oblique sur la lèvre dans un cartouche rectangulaire dont la partie supérieure droite est légèrement détériorée ; les lettres sont petites et moins hautes que le cartouche. Trois points séparent les différents termes.
2. - Amphores Dressel 1
Toutes les marques sur amphores Dressel 1 sont déjà connues et recensées, encore qu’on puisse douter que la marque 681 de Callender (HA) corresponde exactement au poinçon que nous présentons (n° 5). C’est la lèvre Dressel 1A qui est la plus abondante, 6 ou 7 exemplaires pour deux exemplaires de Dressel 1B, et peut-être un exemplaire de Dressel 1C (n° 13) portant une signature peu connue 1 (latine ou grecque ?).
Les trois marques de Sestius sont loin d’être inédites mais les cartes de répartition 2 ne mentionnent pas l’existence de ces marques au musée archéologique de Narbonne. Les trois marques sont différentes, l’une est suivie d’un bipenne, l’autre d’une palme, la troisième d’une couronne. Notre propos vise seulement à compléter la carte de répartition de ce producteur en ce qui concerne les différents problèmes, nous renvoyons à une bibliographie déjà fort abondante 3. Nous attirons cependant l’attention sur la dernière découverte de ce qui a toute chance d’être l’atelier de Sestius près de la ville antique de Cosa (Étrurie) 4.
3. - Amphores Lamboglia 2
Pour les deux marques d’amphores Lamboglia 2, la première fragmentaire (n° 14) se retrouve dans Callender alors que la seconde (n° 15) n’y figure pas en tant que telle, car on ne peut l’assimiler avec la marque PHILO sur amphores Dressel 20. Cette marque est située sur le haut d’une anse très légèrement coudée et de section ovale aplatie, dont la pâte rose et fine est recouverte d’un engobe ocre clair 5. La marque est petite dans un cartouche rectangulaire avec des lettres petites et de hauteur irrégulière. L’absence de ligature empêche à elle seule toute relation avec la marque de Bétique.
4. - Amphores de Brindes
Au musée archéologique de Narbonne, nous avions remarqué sans les identifier exactement un lot de marques sur anses de section ronde présentant une qualité de pâte très différente des amphores de Bétique ainsi qu’un format nettement plus réduit. C’est en voyant l’amphore entière de M.TUCCI.L.F. TRO/GALEONIS (n° 21) qui se trouve au musée du Vieil Agathois que nous avons compris qu’il s’agissait de marques d’amphores de Brindes. Cette amphore déjà publiée 6 présente une panse ovoïde se terminant au fond par un appendice arrondi, un col presque cylindrique surmonté d’une lèvre en bourrelet la hauteur atteint 75 ou 76 cm, le diamètre interne du bord étant de 12 cm. Les deux anses de section ronde portent la même marque (n° 21) déjà analysée tant en France 7 qu’en Espagne 8. Sur les 7 ou 8 marques que nous présentons, trois d’entre elles ont été trouvées à Apani (près de Brindes) et étudiées par B. Sciarra 9 : L. FANNI, MENOPILUS, VEHIL (N° 18, 20, 23). Les autres semblent inédites dans la mesure où nous ne sommes pas sûres que la marque n° 17 DIOC corresponde réellement à celle que signale Callender n° 539. Quant à la marque SABINA qui se trouve incontestablement sur le même type d’anse, les seuls parallèles publiés 10 sont signalés sur des amphores Dressel 1 qui ne sont presque jamais signées sur une anse. Il s’agit très certainement d’un cas d’homonymie.
II. - Marques d'amphores de provenance ibérique
1. - Amphores Pascual 1
Les quatre marques trouvées sur amphores Pascual 1 n’apportent aucune nouveauté réelle si ce n’est que nous sommes désormais assurées que la marque EGNATI déjà connue à Ampurias 11 se trouve effectivement sur les amphores à vin de type Pascual 1 ; nous confirmons la lecture de IULI THEOPHIL incomplète sur l’exemplaire de Saragosse 12 mais bien connue à Port-La-Nautique 13.
Quant au problème de Marcus Porcius, nous renvoyons pour l’instant aux derniers articles qui en débattent. Nous nous contentons d’apporter ici un élément supplémentaire dans la diffusion de ce producteur.
La marque VAS déjà publiée et identifiée en Tarraconaise par Pascual 14 est maintenant bien connue en Narbonnaise 15.
2. - Amphores Dressel 2-4
Trois des marques Dressel 2-4 ne constituent que de nouveaux exemplaires de marques bien attestées : L. VOLTEIL, MCN, QVA. En revanche, nous n’avons trouvé aucun parallèle pour les deux autres AR.IS et QVAIVC : nous les considérons comme inédites.
3. - Amphores Dressel 28
C’est la qualité de la pâte (de couleur ocre blanchâtre et assez grossière) ainsi que le profil et la section de l’anse cannelée qui nous ont permis d’attribuer au type Dressel 28 la marque fragmentaire CASSIOR […] (n° 35) qui n’est pas recensée dans le corpus de Callender. Cette anse rappelle celles qui ont été trouvées dans l’épave Port-Vendres II 16.
4. - Amphores Oberaden 74
L’identification et la forme de cette amphore ont été récemment bien étudiées par A. Tchernia 17 ; la marque SEX DOMITI n’est connue à son avis que sur des amphores Oberaden 74. Il semble donc qu’on puisse maintenant parmi les amphores à fond plat d’origine hispanique opposer le type Dressel 28 qui proviendrait de la Bétique et la forme Oberaden 74 qui serait fabriquée dans les ateliers de Tarraconaise.
5. - Amphores Dressel 20
Les marques d’amphores Dressel 20 constituent l’essentiel de notre collecte. La plupart sont déjà recensées dans Callender. Toutefois quelques-unes nous paraissent encore inédites, tout au moins dans la bibliographie la plus courante, par exemple la marque n° 39 AEMOPT dont la lecture peu évidente ne permet pas une identification certaine : le E est incomplet, pourrait être lu F, le M nettement plus petit que les autres lettres, et la dernière lettre peut être aussi bien un I qu’un T. Pour notre part, nous y verrions AEM (ili) OPT (ati).
Nous n’avons trouvé aucune référence pour la marque n° 54 inscrite en lettres creuses et sans cartouche, elle doit pouvoir être lue CTR suivie d’incisions apparemment sans signification, l’une d’elles recoupant le R comme s’il s’agissait d’une ligature. Pour l’estampille n° 71, nous pensons lire OP. L.E.I. bien qu’elle soit assez mal imprimée sur la fin du cartouche les trois premières lettres très bien dessinées ne posent aucun problème de lecture. Les marques n° 90 constituent peut-être la plus grande nouveauté de cet ensemble ; ces deux poinçons sont situés sur la même anse d’amphore Dressel 20, sur la partie supérieure et de part et d’autre de l’arête ; le premier SEC est constitué de lettres larges et très nettes le second CESAENI au contraire est fait de lettres très fines et moins lisibles. Le premier poinçon n’est pas recensé par Callender sur une anse d’amphore sphérique, et le second n’est pas connu. La marque n° 91 se trouve sur l’anse d’une amphore Dressel 20 dont le col entier permet d’assurer qu’il s’agit d’une amphore Dressel 20 et même d’une amphore de Bétique de haute époque (lèvre lenticulaire, anse au profil coudé) le poinçon est original avec des lettres nettement plus petites que le cartouche, et remarquable par l’absence totale de voyelles.
6. - Amphores Almagro 50-51
Les marques Almagro 50-51 traditionnellement situées sous le Bas Empire 18 portent quelquefois une marque située sur la partie supérieure de l’anse à la jonction presque horizontale avec la lèvre. Elles sont très vraisemblablement originaires de la Lusitanie (Sud du Portugal) 19. La marque n° 95 AEMHEL, recensée par Callender est connue par de nombreux exemplaires au Portugal 20 ; il est difficile de savoir si la marque n° 96 correspond au numéro 976 L.VE ou 977 L. VENULEI de Callender c’est une marque petite et peu lisible dont la dernière lettre est retro. La marque n° 97 est déjà publiée mais ne semble pas connue ailleurs qu’à Narbonne 21.
III. - Marque d'amphore de provenance africaine
Nous n’avons trouvé qu’une seule marque correspondant à une amphore africaine ce qui est dû au hasard de la constitution des réserves de musées. Il s’agit d’une marque située sur le col d’une amphore de Byzacène elle est constituée de lettres creuses placées sur deux lignes sans cartouche : TOP/CHV ; la première ligne est bien connue dans cette série d’amphores en revanche, nous n’avons pas trouvé de parallèle pour la deuxième ligne 22.
IV. - Marques sur amphores non identifiables
Nous avons regroupé à la fin les marques fragmentaires ou entières dont nous n’avons pu identifier avec certitude le type du support et qui ne sont pas recensées dans les ouvrages de base. Dans cette série peu abondante, nous attirons plus particulièrement l’attention sur le n° 99 et 101 qui peuvent appartenir à des amphores de Brindes ; le caractère fragmentaire de la première DA […] pouvant être rattaché à la série des marques DAMA) 23 et le fait que la seconde n’a pas été encore signalée dans le Sud de l’Italie nous ont empêché de les rattacher aux marques qui proviennent à coup sûr de Brindes.
Nous regrettons de n’avoir pu identifier le bord de l’amphore portant la marque n° 100 IVL.FR en raison de la qualité assez exceptionnelle du poinçon ; les lettres petites et bien dessinées sont encadrées d’un filet en relief parfaitement régulier. La marque SARNIA située sur le dessus d’une anse ne peut être rattachée aux amphores Dressel 20.
Notes
1. B. LIOU nous a signalé un exemplaire à Riou 3 épave de Marseille, un autre dans la région de Martigues et un exemplaire au musée d’lstres provenant de Fos.
2. ROMAN-RANCOULE, p- 259-261 et MANACORDA, p. 127.
3. E. LYDING WILL. Les amphores de Sestius, dans RAE, VII, 1956, p. 224-244. F. BENOIT, Typologie et épigraphie amphoriques : les marques de Sestius, dans RSL, XXIII, 1957, p. 247-285 ; Y. ROMAN, La place du couloir rhodanien dans la diffusion des amphores de Sestius, dans RAE, XXV, 1974, p. 125-136.
4. MANACORDA.
5. Nous devons à B. LIOU l’hypothèse qu’il s’agit d’une amphore Lamboglia 2.
6. TCHERNIA, Planier 3, p. 61-62.
7. Id., ibid., et TCHERN IA, les fouilles sous-marines de Planier, dans CRAI, 1969, p. 292-309.
8. GARCIA Y BELLIDO, Marca de Tuccius Galeo hallada en Cadiz, dans CAN XI (Merida 1968) Saragosse 1970, p. 733-734.
9. SCIARRA, p. 127, 129, 133.
10. CALLENDER p.237 n° 1556 d. ; A. NICOLAI, Le Mas d’Agenais sous la domination romaine (Mansio Aginnensis Velanum) et le cimetière gallo-romain de Saint-Martin, Bordeaux, 1896 ; BELTRAN, p. 185 n° 426.
11. BELTRÁN, p. 140 n° 147.
12. BELTRÁN, p. 147 n° 198.
13. A. BOUSCARAS, Marques sur amphores de Port-La-Nautique, dans CAS, III 1974, p. 103-132. (= BOUSCARAS, Amphores de Port-la-Nautique).
14. PASCUAL, p.61 n°68, fig. 13, 7, 11 et 15.
15. BOUSCARAS, Amphores de Port-la-Nautique, p. 128, signale également cette marque à Hauterive.
16. L’épave Port-Vendres II et le commerce de la Bétique à l’époque de Claude, Archaenautica, I, 1977, p. 43-45. D’ailleurs B. LIOU confirme cette identification.
17. TCHERNIA, Tivissa, p. 975.
18. M. ALMAGRO, Las necropolis de Ampurias, vol. II, Barcelone, 1955, p. 312.
19. A. PARKER, Lusitanian Amphorae, dans Méthodes classiques et méthodes formelles dans l’étude des amphores (Colloque CNRS, Rome 1974) Rome 1977, p. 35-46.
20. Maria Luisa VEIGA SILVA PEREIRA, Marcas de oleiros algarvios do periodo romano, dans O Arqueologo Portugues, série III, vol. VII-IX, 1974-1977, p. 243-268, p. 250.
21. A ItáIica, dans le matériel des fouilles existe un col entier d’amphore Almagro 50 portant sur chaque anse le poinçon TAVR (apparemment encore inédit).
22. Pour ce qui concerne ce type d’amphores, nous renvoyons à la mise au point effectuée par F. ZEVI et A. TCHERNIA, Amphores d’Afrique Proconsulaire au Bas Empire, dans Antiquités Africaines, III, 1969, p. 173-214.
23. SCIARRA, p. 126.
