Essai pour une étude sociale de la confrérie des Pénitents Blancs de Montpellier
Essai pour une étude sociale de la confrérie des Pénitents Blancs de Montpellier à la fin du XVIIIe siècle (1780-1792)
Introduction
Les confréries sont dans nos régions méridionales, l’expression d’une forte sociabilité. Ce phénomène connaît son apogée sous l’Ancien Régime, et même encore au XIXe siècle. L’intérêt des confréries de pénitents ouvre la voie à différents thèmes. D’une part, l’histoire des pénitents s’inscrit dans l’histoire des mentalités; d’autre part, elle fait partie aussi de l’histoire religieuse de notre région. C’est pourquoi l’analyse des confréries de dévotion permet plusieurs approches. Ici, il s’agit de souligner l’importance d’une confrérie dans la vie d’une communauté. En effet, la confrérie est caractérisée par deux aspects qui à première vue semblent contradictoires. La confrérie, est avant tout un cadre privilégié : c’est-à-dire qu’elle comprend tous les signes d’un groupe clos. Ces signes sont principalement l’ensemble des confrères, les statuts propres à la confrérie, les officiers, la chapelle, et la forme la plus aboutie est celle de l’entraide mutuelle. Cependant, la confrérie, malgré sa structure fermée, s’ouvre aussi sur la communauté qui l’accueuille. Il suffit de constater la participation des habitants aux processions organisées par la confrérie, ainsi que l’attrait pour les cultes pratiqués dans la chapelle.
La confrérie de pénitents est ainsi un groupe vivant dans une cité, participant à la vie religieuse de cette cité. Elle en fait aussi partie par le groupe social qu’elle représente. Et des différents thèmes que l’étude d’une confrérie soulève, l’aspect social est certainement l’un des plus intéressants pour nous renseigner sur la mentalité d’une ville. Or la composition sociale est sans doute la partie la plus délicate à traiter car les registres de réceptions, utilisés à cette fin, sont souvent incomplets et rares, et s’avèrent insuffisants. D’où le recours à d’autres types de liste pour compléter les informations (les rôles de capitation, par exemple) : le résultat est souvent aléatoire comme pour toute information listes à listes 1.
Ce type d’étude demande une certaine rigueur dans la répartition par groupe et dans la définition des catégories sociales. Ce qui pose le choix de la terminologie.
En ce qui concerne, la confrérie des Pénitents Blancs de la ville de Montpellier, l’absence de sources directes ne se pose pas. La confrérie possède un fonds d’archives considérable et totalement inédites. Il se caractérise par la durée puisqu’il comprend une série de registres, réguliers depuis 1602 jusqu’à nos jours : des registres de délibérations, de réceptions; des registres mortuaires, et des livres de comptes. Tout ceci, complété par divers documents de gestion, d’agrégation, de correspondance, qui ne rentrent pas en ligne de compte pour la présente recherche, mais apportent parfois de bons compléments.
Dans notre étude, l’analyse de la composition sociale de la confrérie des Pénitents Blancs de Montpellier, à la fin du XVIIIe siècle s’appuie sur deux catalogues récapitulatifs des réceptions communes 2. Les réceptions communes correspondent à l’inscription des nouveaux Frères pénitents, adultes et enfants, sauf les Sœurs, qui sont notées dans un catalogue distinct.
Ne sont comptées, ici que les réceptions des frères et celles de leurs enfants (qu’ils soient adultes ou en bas âge), du 9 janvier 1780 au 29 juin 1792 : période choisie à titre d’application d’une méthode pour une recherche plus large dans le temps.
Ces catalogues indiquent : le nom, le prénom, l’âge (seulement pour les jeunes enfants ; quelquefois pour des frères très âgés), l’année de réception, la qualité ou la profession.
Pour faciliter ce travail de classement, la répartition par catégorie sociale des pénitents admis dans la confrérie.est fondée, pour la ville de Montpellier, sur un texte anonyme, intitulé Montpellier en 1768 et en 1836 d’après deux manuscrits inédits 3. Le rapprochement entre les listes des registres de la confrérie, et une structure sociale, urbaine de 1768 (Montpellier en 1768…) permet de dégager des critères sociaux de l’époque et l’analyse sociale d’un groupe religieux inséré dans une communauté urbaine : les Pénitents Blancs de Montpellier.
Le choix de la période chronologique, 1780-1792, s’explique par une rupture : l’interruption de la source en 1792, et propose un contexte riche en mutations de tout ordre. Ainsi, l’étude de cette confrérie, reflet de la vie politique et sociale locale, peut révéler une évolution de la spiritualité, à travers l’évolution sociale. C’est d’ailleurs le sujet de nombreux articles sur les pénitents : la rupture révolutionnaire équivaut-elle à une rupture du phénomène confraternel ?
Il faut tout de même préciser que l’analyse sociale bute sur un certain nombre de préalables : il faut prendre en compte des noms non accompagnés de l’indication de qualité. (Tableau I, 192 de 1780 à1792). De plus ces résultats sont bruts, en ce sens qu’ils ne sont recoupés par aucune autre liste, permettant d’établir une vérification rigoureuse. La présentation de la période en douze années, et non année par année, souligne que l’objectif de ce dépouillement est simplement une ébauche pour cerner la composition sociale de la confrérie des Pénitents Blancs de Montpellier à partir de la source.
La méthode de dépouillement étant présentée, la composition sociale de la confrérie de Montpellier, est abordée de la façon suivante :
- une classification des frères, d’après les catégories sociales en présence à Montpellier, à la fin du XVIIIe siècle ;
- une comparaison des résultats avec d’autres méthodes de classification;
- la composition sociale des officiers de la confrérie;
- les réceptions globales, frères pénitents et fils de frères, pour apprécier la vitalité de la confrérie, à la fin de l’Ancien Régime.
Afin de souligner la place de cette confrérie à Montpellier, à la veille de la révolution, il faut rappeler, que la confrérie des Pénitents Blancs de Montpellier, est par tradition un groupe religieux important dans la population. En effet il compte déjà 500 membres, à la fin du XVIIe siècle. Or dans la période qui nous intéresse, une indication, est donnée, dans une délibération du mois de mai 1791 le frère Thorel, conteste une décision du bureau des officiers, et cite le chiffre de « 1 200 » frères, pour la plupart absents, et qui n’ont pas eu voix au chapitre. Ce chiffre indique, qu’à la veille de la disparition de la compagnie, les Pénitents Blancs constituent encore un groupe numériquement important. On peut apprécier la fréquentation par les frères en étudiant les signatures des pénitents présents aux séances de délibérations. Une étude minutieuse de ces signatures peut seule permettre de valider le chiffre du frère Thorel. Mais ce chiffre reste non vérifié.
Voici un essai de classification sociale des frères de la confrérie des Pénitents Blancs de Montpellier, entrés dans la confrérie de 1780 à 1792, (cf. en annexe le Tableau I), d’après une classification des groupes sociaux de Montpellier, établis en 1768.
Ce premier tableau recense le nombre de réceptions sur 12 ans, à partir de 1780 au sein de la confrérie de Montpellier, jusqu’à sa disparition comme groupe par la non réunion de ses membres (en tout cas la non réunion officielle) en 1792 : 585 frères, nouveaux, sont inscrits sur les registres, auxquels il faut ajouter 168 enfants. Soit un total de 753 nouveaux membres.
La terminologie utilisée est la même que dans l’État de Montpellier en 1768, sauf dans celle des groupes créés à partir de la source mais non envisagés par l’anonyme de 1768 les groupes 2, 11 et 12.
Le groupe 2 par exemple comprend : prêtres, chanoines, vicaires, prieurs, religieux,… Ce groupe n’opère pas de distinction entre les différents niveaux du clergé, il serait difficile de le comparer avec les Tableaux II et III 4.
Le groupe 11, est plus complexe, car il réunit tous les métiers qui ne sont pas retenus dans l’État de Montpellier. Il s’agit de traiteur (5), garçon tonnelier (1), valet de chambre (1), bourrelier (2), courratier (1), facturier (6), assortisseur de laine (3), pareur de couverte (2). Des qualités qui semblent proches des corps de métiers sans maîtrise, mais non comptées dans cette catégorie, dans la référence.
Il apparaît que le recrutement de la confrérie suit le schéma général des résultats de la recherche tels qu’ils apparaissent dans d’autres études : une création par la noblesse, au XVIe siècle, qui s’étend à tous les groupes de la société au XVIIe siècle.
La composition sociale des confréries laisse apparaître, pourtant tout au long, et à la fin du XVIIIe siècle, une diminution des groupes supérieurs.
Le Tableau I, révèle, ce phénomène que l’on peut qualifier d’habituel des confréries de pénitents, d’après les études déjà publiées sur le sujet.
On peut observer, comme pour la Provence, un effacement des groupes supérieurs, au profit des groupes moyens 5.
Par commodité, et pour s’aligner sur les études déjà effectuées sur ce sujet, ces groupes supérieurs sont d’après la classification du Tableau I, les suivants : 1 (« Nobles »), 2 (Ecclésiastiques), 3 (« État Bourgeois »), 4 (« Commerce »), 5 (« Corps Militaire »), 7 (« Arts Libéraux »), et 8 (« Chirurgiens, Professeurs »).
Si l’on comptabilise le nombre de noms répartis entre ces groupes, on obtient, 189 nouveaux venus dans la confrérie, de 1780 à 1792. Les voici par ordre d’importance :
- l’« État Bourgeois» : 48 ;
- le « Commerce » : 38
- les Ecclésiastiques: 36 ;
- les « Nobles» : 26 ;
- les « Arts Libéraux» : 21 ;
- les « Chirurgiens, Professeurs» : 11 ;
- le « Corps Militaire» : 9.
Il est nécessaire de souligner la difficulté qui existe de dresser exactement une ligne de séparation à l’intérieur des groupes supérieurs.
Dans le groupe 1, « Nobles », par exemple nous trouvons principalement, des membres de la Cour des Comptes, Aydes et Finances de Montpellier : (conseillers en cette cour) ; ils exercent une fonction civile, et sont classés dans cette rubrique dans le Tableau I :
- de Joubert (Laurent, Nicolas, reçu en 1784) ;
- de Forton (Jean, Antoine, reçu en 1785) ;
- Lamourier (Jean,Jacques, reçu en 1781) ;
- Duménomé Chevalier (François, Pascal, reçu en 1783, contrôleur à l’Hôpital).
- Ensuite, viennent les « Nobles» exerçant une fonction militaire, comme le sont :
- Montlaur de Murles (Charles, Joseph, Marie, reçu en 1783), officier de cavalerie ;
- d’Albénas Chevalier (Jean Joseph, reçu en 1783), lieutenant au régiment de Touraine Infanterie.
Enfin, les plus difficiles à répartir sont les personnes indiquées simplement, les noms sans indication de qualité : les sans fonction comme :
- Mouton Fontenille de la Clotte (reçu en 1786) ;
- de Lates marquis d’Entraigues (reçu en 1785) ;
- de Polignac vicomte (Louis, Héraclius, Melchior, reçu en 1785) ;
- ainsi que des membres de la famille de Montlaur-Murles-Sénés.
On peut légitimement supposer que ces familles sont suffisamment connues et reconnues à Montpellier pour être ainsi indiquées.
Au point de vue des qualifications sociales employées en 1768 il est difficile aussi de caractériser très rigoureusement 1’« État Bourgeois » par rapport au groupe des « Nobles ».
En effet, toujours selon l’État de Montpellier en 1768, il y une interpénétration entre ces deux catégories. L’auteur le rapporte ainsi : « Depuis que les finances et le commerce ont procuré des fortunes rapides à ceux qui s’y sont donnés, le second ordre (bourgeoisie) s’est acquis par ses dépenses et son luxe une considération que le premier (noblesse) lui a envié inutilement. Il a fallu, par une sorte de nécessité qu’ils se soient confondus. Il n’y a aucune distinction entre eux pour la maison, la table et la parure » (p. 68).
L’assimilation sociale entre « Nobles », exerçant une fonction civile et « bourgeois » ou « négociant » du groupe 3, « État Bourgeois », est reconnu dans la pratique quotidienne de la vie urbaine.
Cette confusion, augmente lorsqu’on aborde la notion de bourgeois 6.
D’une façon générale, le bourgeois du XVIIe siècle, est défini comme l’habitant d’une ville, vivant de ses rentes.
Les frères pénitents blancs enregistrés comme tels, le sont parfois avec cette seule mention. Cela traduit-il effectivement un habitant riche, sans activité professionnelle ? Il faudrait les comparer avec le qualificatif bourgeois du rôle de la capitation de 1789 qui fait état de 157 « bourgeois » 7. Voici quelques noms de frères, mentionnés ainsi, chez les pénitents blancs :
- Atger (Jean, reçu en 1786) ;
- Labat (Jean Pierre, reçu en 1782) ;
- Montjol (Pierre, Auguste, reçu en 1783) ;
- Laurens père (Noël, reçu en 1785).
De même que le rapprochement entre bourgeois et noble exerçant une fonction civile, on note une similitude entre le bourgeois ou le négociant du groupe 3, et certains marchands du groupe 4.
Comme le monde du commerce est très présent à Montpellier, il est possible que de marchands prospères, arrivent à vivre « bourgeoisement ».
Voici un exemple illustrant cette hypothèse :
- Dumois (Jacques, reçu en 1784) : « bourgeois» et « marchand en Amérique ».
Ainsi, nous voyons que les frontières rigoureuses entre ces groupes restent à préciser, en comparant les qualités des pénitents blancs, avec d’autres sources directement liées à l’organisation de la ville. De même que les registres de comptes de la compagnie peuvent aussi indiquer le niveau de richesse, en examinant les legs et dons en faveur de la confrérie.
D’après nos premiers résultats une première remarque s’impose les groupes sociaux que l’on peut qualifier de supérieurs sont représentés chez les Pénitents blancs de Montpellier par trois catégories principales : négociants, marchands et nobles exerçant une fonction civile, entre lesquelles on peut répartir les informations extraites des registres de la période.
Passons maintenant à l’examen du second groupe majoritaire de la confrérie, formé par les groupes moyens, et regardons sa transcription dans deux autres modes de classification celles des Tableaux II et III.
Dans les Tableaux I, II et III, ces groupes moyens de la confrérie correspondent aux groupes 6 (« Administration » et « Emplois »), 9 (« Manufactures et Fabriques »), 10 (« Corps de métiers »), 11 (Métiers divers), et 13 (« Entrepreneur »).
Ici aussi, on peut aussi faire une distinction entre un groupe dit moyen : 6, 9, 10 (corps avec maîtrise, seulement), et un groupe plus populaire, d’après l’État de Montpellier en 1768, c’est-à-dire : 10 (corps sans maîtrise), et 11.
Une seule catégorie se démarque dans le Tableau I, celle des « Corps de Métiers » : pour les corps sans maîtrise : 34, et pour les corps avec maîtrise : 91 soit 125.
Une faible participation pour les membres des « Manufactures et Fabriques » de 13 ; ainsi que pour les employés des « Administrations » : de 13.
En comparant ces données avec d’autres études, on voit une légére supériorité des groupes dits supérieurs au sein de la confrérie, en ce sens que ces groupes rattrapent les groupes moyens. (Cf. le Tableau II : 189 contre 176).
Or cela est différent dans le Tableau III, où une distinction est établie entre les classes traditionnellement aisées et les négociants, parfumeurs 8, marchands. Ce découpage, favorise le rapprochement avec la classe des artisans, et donne pour les groupes moyens, (150 + 27 + 24) 201 contre 129. Toutefois, il ne s’agit pas ici, de mêler les artisans et les négociants-marchands. Néanmoins, la perte d’influence des classes aisées, est plutôt l’apparition d’un groupe plus vaste, qui lui vaut la qualification de populaire.
Mais avec le Tableau II, nous avons une séparation globale, en trois classes, aisées, artisanat, agricole, il montre moins clairement, l’écart entre les notables et ceux qui représentent les groupes moyens : les artisans ; un écart plus flagrant nous l’avons vu, dans le Tableau III.
Le Tableau III, est plus détaillé, en ce sens que les groupes sont classés en fonction du revenu : on revient à l’assimilation possible entre des groupes distincts dans la terminologie. Mais qui en réalité, sont voisins par leur mode de vie.
Certains artisans aisés sont proches de certains marchands.
Comme pour les bourgeois, la notion d’artisan est complexe à utiliser.
D’autant plus difficile à définir que, notre référence, l’État de Montpellier… fait une distinction dans la classe 10 entre les corps avec maîtrise et les corps sans maîtrise.
La diversité des professions des « Corps de Métiers », n’a pas permis une présentation complète de cette catégorie dans le Tableau I il est bon cependant de remarquer que les pénitents blancs figurent un large éventail dans ces catégories :
- « corps avec maîtrise» : perruquier, boulanger, vitrier, plâtrier, tailleur, menuisier, cordonnier, serrurier, teinturier, tondeur, tapissier, maçon, fournier, fondeur, orfèvre,…
- « corps sans maîtrise» : horloger, limonadier, cafetier, chapelier, jardinier, tonnelier, graveur, fenassier, meunier, fontainier, cuisinier, boucher, aubergiste,…
De plus, dans le groupe 11, les Métiers Divers, on compte des professions non mentionnées par l’auteur : valet de chambre, garçon tonnelier, traiteur, bourrelier,… Bien que constituant une partie du groupe moyen, ils en sont les plus modestes.
Il nous reste à dire un mot de la catégorie des « Ruraux » : elle reste faible dans la composition de la confrérie, cela vérifie l’habitude des confréries urbaines de pénitents de ne pas recruter les catégories agricoles depuis leurs origines.
Enfin, malgré la bonne tenue des registres, il demeure un nombre important de frères sans qualité. Cela est sans doute lié à la décision des confréries, et de celle de Montpellier, de ne plus permettre les différences par l’identification sociale. Pour Montpellier, le prieur Cambacérès, prend cette mesure, le 4 juillet 1790. En accord avec le décret de l’Assemblée Nationale, du 19 juin 1790, abolissant toute noblesse héréditaire, les titres et les armoiries. Dans les registres, on supprime effectivement les titres tels que marquis ou vicomte, mais cette mesure semble être appliquée aussi pour les bourgeois, et autre qualité.
Pourtant une vérification permet de réduire le nombre des frères sans qualité du registre d’entrées, par des compléments venus d’une autre source : un Catalogue de la Compagnie des Pénitents Blancs de Montpellier, érigée sous l’invocation de Saint-Esprit, par ordre de réception (impr. Martel, Montpellier, 1804). Néanmoins la prudence s’impose t les critères sociaux utilisés en 1804 sont postérieurs à la Révolution ; ils sont différents de ceux inscrits dans le registre.
Ce catalogue a été utilisé pour rechercher les noms qui ne sont suivis d’aucune mention dans le registre, ainsi que pour préciser la qualité des personnes inscrites dans la rubrique enfants dans le registre d’entrées.
De 1780 à 1792, sur 192 noms sans qualité, 123 ont été retrouvés accompagnés d’une profession (dont 55 enfants) : mais le nombre d’inconnus demeure toujours de 69 :
- « Corps de Métiers» : 38
- « État Bourgeois» : 29
- « Commerce» : 20
- « Entrepreneur » : 9
- « Corps Militaire» : 8
- Ecclésiastiques: 1
- « Administration» : 6
- Métiers Divers: 5
- « Arts Libéraux» : 4
- « Manufactures et fabriques» : 2
- « Chirurgiens, Professeurs» : 1
On constate de plus que la catégorie agricole, n’est plus représentée, de même que celle des nobles.
Quant aux groupes supérieurs, « État Bourgeois » et « Commerce », (29 + 20 = 49), ils sont inférieurs au groupe moyen, « Corps de Métiers » essentiellement, et « Entrepreneur », « Administration », Métiers Divers, « Manufactures et fabriques », (38 + 9 + 6 + 5 + 2 = 60).
Ces chiffres sont évidement à lire avec prudence, car d’une part, ils portent sur un nombre réduit de frères, et il demeure une quantité non négligeable de frères sans qualité.
On retient donc de cette première présentation que les Pénitents Blancs de Montpellier se recrutent parmi deux groupes urbains :
- le groupe supérieur : la bourgeoisie de la ville, au sens large. Celle qui s’occupe de la gestion administrative : les nobles exerçant une fonction civile. Suivie de près par les bourgeois qui s’intéressent à l’économie de la ville : négociants et marchands.
- le groupe moyen : presque exclusivement les « Corps de Métiers», qui entraînent dans leur mouvement des catégories plus discrètes, employés et ouvriers, au sens large.
La confrérie des Pénitents Blancs de Montpellier, réunit en son sein, les groupes ou corps les plus anciennement constitués de la ville. Dans un développement ultérieur, il y aura lieu de comparer avec le recrutement social des autres confréries, aussi bien de pénitents que de dévotion.
Examinons, maintenant l’appartenance sociale des Officiers de la confrérie (Tableau IV). Il s’agit toujours dans cette étude limitée dans le temps de vérifier la capacité opératoire des critères sociaux établis en vue d’une recherche beaucoup plus large. La répartition entre groupes formés par les officiers de la compagnie permet de tester les critères sociaux, une fois de plus.
Nous observons que le bureau de direction se caractérise à la fin du XVIIIe siècle par un nombre important d’officiers. En effet, sa composition comprend de 30 à 40 charges, surtout si l’on prend en compte les directeurs, dont les noms sont inscrits toujours en fin de liste.
On note, dans le Tableau IV un contrôle très large des groupes supérieurs : soit 48 + 46 + 14 = 108, pour les plus nombreux : nobles exerçant une fonction civile, bourgeois et marchands. En additionnant les groupes, 1 + 2 + 3 + 4 + 5 + 7 + 8, nous obtenons 130 officiers sur 193.
Ensuite c’est toujours le « Corps de Métiers », qui se dégage, mais faiblement, 15, sur un total de 22 (groupes 6 + 10 + 11 + 13), pour le groupe moyen.
Les Ruraux sont peu représentés.
Nous voyons que les officiers, sont choisis, dans les groupes les plus aisés de la ville :
- Gache (Antoine, trésorier en 1783-1784) : négociant;
- Aubaric (Jean, trésorier en 1786-1787) : bourgeois, adjoint au maire de Montpellier;
- Guinard (François, trésorier en 1791-1792) : négociant.
- Cette orientation est encore plus visible avec la liste des prieurs :
- de Loys de Marygny (1787) : président trésorier de France ;
- de Cambacéres (1790) : conseiller en la cour des Comptes, Aydes et Finances, député suppléant à l’Assemblée Nationale, procureur syndic de l’administration du district de Montpellier et notable de la commune.
Une remarque s’impose : les officiers appartiennent aux grandes familles montpelliéraines, se renouvelant et formant à l’intérieur de la confrérie, comme de véritables dynasties.
A la fin du siècle, les groupes supérieurs, fournissent presque exclusivement les membres du groupe directeur de la compagnie alors que la communauté des pénitents tend à se recruter plus largement dans les groupes réputés inférieurs de la cité.
Les résultats rejoignent les hypothèses émises pour l’ensemble du phénomène confraternel : la permanence des groupes supérieurs à la direction, malgré une entrée des groupes moyens.
En étudiant la présence effective des officiers lors des séances de délibérations, c’est-à-dire en comptant et en identifiant les signatures, on peut établir un autre critère de classement : celui des frères actifs de la confrérie, définis comme ceux qui assistent régulièrement aux séances de délibérations.
Il faut tenir compte ici, du développement du mouvement maçonnique à la fin du siècle. La participation des frères pénitents peut en être affectée. D’ailleurs, certains officiers rejoignent les loges montpelliéraines : Bourdet (Pierre), est officier jusqu’en 1792 ; de Lequepeys (Antoine), il quitte le bureau dès 1780. Dans ce cas, l’étude de la présence aux délibérations serait révélatrice de l’abandon de la confrérie. La liste des francs-maçons pénitents est importante, car il semble que la majorité des officiers soit attiré par cette nouvelle association, peu éloignée dans sa forme de la confrérie : Auris, Astruc, de Solas, de Monclar, de Fesquet, Lajard, Valedeau, Albisson, Vézian, Cambacérès,…
Après avoir constaté un glissement à l’intérieur des groupes sociaux, il semble se manifester aussi au niveau de l’attrait de la confrérie en tant qu’association, nous pouvons dégager une constante : les confréries, à l’origine, se recrutent parmi les principaux notables de la cité ; or à la fin du XVIIIe siècle, si l’on aborde le problème largement, l’attrait des groupes moyens pour les confréries, notamment les pénitents, est la réalisation de l’objectif posttridentin : uniformiser la société dans des pratiques catholiques romaines de confraternité.
Nous pouvons l’examiner maintenant à travers l’étude de la vitalité de la confrérie des pénitents blancs évaluée par l’analyse des réceptions globales (Tableaux V et VI).
Les divers travaux sur les confréries qui apportent des éléments de comparaison avec la confrérie montpelliéraine indiquent un fléchissement du recrutement à la fin du XVIIIe siècle : or la compagnie de Montpellier, ne se situe pas dans cette perspective.
Sauf le cas extrême de 1792, où on ne compte que deux réceptions : Caffarel (César, 4e fils du frère Pierre) et Estève (Pierre, fils du frère Pierre), sans mention de leur qualité, mais il y a lieu peut-être de ne pas tenir compte de ce nombre pour la bonne raison que la compagnie cesse de se réunir en avril 1792.
En 1791, cette chute s’annonce déjà : 16 réceptions, dont 6 fils de frères.
De 1789 à 1790 : respectivement, on compte 56 et 38 réceptions.
L’année 1789 est cependant inférieure à la moyenne annuelle de la période : 62,75 (Tableau V).
Avec un total de 753 nouveaux frères, de 1780 à 1792, la confrérie montpelliéraine témoigne d’une certaine continuité en tenant compte du nombre élevé d’enfants : 168. Plus les fils de frères adultes : 226.
Cette pratique semble ancienne dans toutes les confréries, et celle de Montpellier, décide de l’institutionnaliser, à partir de 1768 les enfants de frères sont automatiquement inscrits sur les listes à leur naissance.
On constate pourtant que l’inscription demeure un acte volontaire des nouveaux frères : 226 entrées de fils de frère, adultes.
Il faudrait vérifier, sur les registres antérieurs, s’ils ne sont pas déjà inscrits à leur naissance. Dans ce cas, il s’agirait d’une confirmation de leur appartenance à la confrérie. Cette pratique se généralise pour les enfants des nouveaux frères, car la confrérie accepte en même temps les enfants, presque toute la famille semble-t-il, lors de l’inscription du père, comme on peut le voir dans les exemples suivants :
- le 19 mai 1780 : réceptions du sieur Pouget (François, négociant), et de ses fils : Jacques, 14 ans et demi, et François, 9 ans.
- le 21 mai 1780 : réceptions de Massaloup (André, maître boulanger) et de son fils : Pierre, 9 ans;
- le 28 janvier 1788 : entrées de Guinier (Pierre, marchand) et des ses trois fils
Mais l’entrée des enfants n’est pas obligatoirement conjointe à celle du père :
- Gache (Antoine, négociant), inscrit ses enfants en 1781 : Antoine, 9 ans, Esprit Jean François Régis, 8 ans, Louis Auguste, 6 ans, et Jean Baptiste Auguste, 18 mois.
On peut dire toutefois que l’entrée dans la confrérie des pénitents blancs de Montpellier, est un phénomène largement familial qui reste à étudier, et que l’on peut sans doute compléter avec les catalogues des Sœurs pénitentes.
Mis à part ces entrées familiales, la confrérie des pénitents blancs démontre une continuité dans le recrutement :
- 585 nouveaux frères ;
- dont 168 enfants.
La raison est sans doute liée à certaines délibérations de la fin de la période. Elles sont contenues dans le Tome 12, des délibérations. Le bureau est amené à faire face à ce gonflement des effectifs, notamment par la manière de procéder.
En effet, le 25 janvier 1788, le frère Ugla, syndic, remet à l’ordre du jour le problème des effectifs. Il rappelle, pour l’assemblée, le projet de 1787 : l’acquisition de l’église des Pères de la Mercy. La mise au point de cette convention, occupe la plus grande partie des délibérations entre 1787 et 1788. Cette acquisition est très importante pour la confrérie qui fait face aux plaintes des voisins de la chapelle, sur les inconvénients de la proximité des caveaux (exhalaisons malsaines, insalubrité en cas d’inondation). Les plaintes des voisins sont consolidées par les édits royaux qui interdisent les inhumations dans les églises. L’augmentation des membres de la confrérie, pose le problème des sépultures, une tradition jalousement gardée par les pénitents.
Le frère Ugla, souligne un autre problème lié au nombre l’augmentation des pauvres : « Nous avons encore un objet important à traiter. La facilité avec laquelle on fait les réceptions a paru entraîner des inconvénients qui obligent l’assemblée générale du 25 mars 1787 à ordonner qu’il soit fait un nouveau règlement pour rendre les réceptions valides, en renouvelant ou en modifiant les anciens. Comme ce travail peut être long, et qu’on s’aperçoit cependant que le nombre de nos pauvres augmente journellement par les réceptions faites avec trop de précipitation, j’ai l’honneur de vous proposer qu’il ne puisse être fait aucune réception sans l’assistance d’un des chefs ou d’un des quatre syndics, et que toute réception qui manquera de cette formalité soit et demeure comme nulle et non avenue… ». (p. 7, du Tome 12).
L’assistance des officiers pour une réception sera l’apposition de leur signature.
Parallèlement, il propose pour financer en partie l’acquisition des terrains des religieux de la Mercy, d’ajouter une imposition annuelle aux soeurs pénitentes, (24 sols). De plus, aucune nouvelle sœur ne sera admise sans se soumettre à cette contribution.
Ici la confrérie tente de concilier réceptions et gestion. On accorde aux confréries le fait que le recrutement important du XVIIIe siècle, contribue à augmenter les sources de revenus, nécessaires, souvent pour l’embellissement de leur chapelle, ou pour les œuvres de charité. C’est aussi une garantie pour le bon fonctionnement de l’entraide mutuelle.
Il faudrait le vérifier pour Montpellier, à travers les livres de comptes, sur les listes des cotisations, des impayés, et de la charge que représentent les pauvres honteux.
Comme la confrérie montpelliéraine, opte pour un contrôle des réceptions, cela peut remettre en question les Tableaux V et VI. En effet, il existe une possibilité pour que certaines inscriptions ne soient pas officielles, (absence de la signature du syndic). Elles restent à vérifier, avec le versement du droit d’entrée, qui agrée la réception.
Notamment pour les inscriptions des enfants. Le frère Ugla, rapporte dans une assemblée antérieure, le 21 juin 1787 9, une plainte de l’évêque, au sujet de la procession de la Fête Dieu. L’assemblée décide d’appliquer la décision de l’évêque, et « fait deffense de recevoir parmi les frères, des enfants habillés sous toutes sortes de décorations ce faisant que les frères seront avertis qu’on ne pourra recevoir dans le rang que des enfants mâles de frères, revêtus de leur sac et en âge de se conduire par eux mêmes, et que dans le cas on en trouvat qui au préjudice de ladite ordonnance et du présent règlement se fussent chargés d’aucun autre enfant, ils seront priés de se retirer eux et lesdits enfants de la procession » (p. 10 du Tome 12).
La limitation des enfants lors des processions, ne signifie pas forcément une restriction dans les inscriptions d’enfants. Sauf peut-être pour les enfants en bas âge leur inscription n’est pas définitive, semble-t-il, ou tout au moins différée.
Tout de même, il semble qu’une légère faiblesse existe pour le contrôle des enfants : paient-ils le droit d’entrée ? Leur inscription est-elle trop précipitée : à la suite, de celle de leur père ?
Est-ce un constat de la part des officiers, ou une critique sur l’élargissement du recrutement aux groupes moyens ? Ces derniers sont réputés rechercher à l’intérieur des confréries de pénitents, une forme populaire de religiosité, combattue sans arrêt par les évêques.
Leurs remontrances envers les confréries, peut irriter la direction qui tente par un contrôle des réceptions d’endiguer la vulgarisation de la confrérie.
La réorganisation des réceptions, par les officiers de Montpellier, est peut être la constatation d’une réalité irréversible l’augmentation des groupes moyens.
Une conséquence serait l’attrait des groupes supérieurs pour un autre type d’association, qui se développe à la fin du XVIIIe siècle les loges maçonniques, nous l’avons vu précédemment, dont certaines présentent un caractère nobiliaire marqué.
Conclusion
Cet essai de classification sociale, exige une vérification au moyen d’autres sources, disponibles à la confrérie des pénitents blancs de Montpellier, mais non encore dépouillées particulièrement les livres de comptes.
Il serait bon aussi d’établir une comparaison entre les entrées et les décès, pour obtenir des chiffres plus précis.
Quant à la participation de la confrérie dans la vie montpelliéraine, les délibérations et l’examen des questions traitées restent à répertorier.
La confrérie des pénitents blancs de Montpellier, offre diverses approches pour l’étude des mentalités. L’aspect social, est sans doute le plus révélateur, mais aussi le plus complexe à mettre en évidence.
Cependant, malgré les lacunes qui subsistent dans cette étude, la tendance de la confrérie montpelliéraine à la fin du XVIIIe siècle, n’est pas à la désaffection totale.
Le recrutement, seul, n’est pas en cause vraiment. C’est plutôt l’attitude des groupes sociaux qui est à analyser et à expliquer
- une désaffection des groupes supérieurs, dans le corps de la confrérie; mais un maintien à la direction;
- une confirmation de l’élargissement aux groupes moyens, qui se traduit entre autres par le caractère familial des réceptions.
Il faudrait savoir si cela influe sur le comportement de la confrérie pendant et après la révolution. Le changement de la structure sociale provoque-t-il un changement d’attitude, à moins qu’il ne soit l’aboutissement des confréries de pénitents ?
Annexes
Classifications des Réceptions de la Confrérie des Pénitents Blancs de Montpellier 1780-1792
D'après la répartition sociale de M. Ehlinger “Sociologie des pénitents sous l'ancien régime: les deux confréries de Lambesc”. Dans, Provo Hist. Oct-déc. 1971, Tome 21, fasc. 86, p. 421-441.
Remarques: Les “classes aisées”, correspondent aux groupes 1, 2, 3, 4, 5, 7, 8, du Tableau I.
L'“artisanat”, correspond aux groupes 6, 9, 10, 11, 13, du Tableau I.
Les “classes agricoles”, ici, sont le groupe 12, du Tableau I
D'après la répartition de M.-H. Froeschle-Chopard, La religion populaire en Provence orientale au XVIIIe siècle. Beauschene, Paris, 1980, p. 192.
Dans cet ouvrage, il s'agit d'un tableau effectué à partir des revenus des pénitents, en 1772.
Remarques: Les “classes traditionnellement aisées” correspondent aux groupes 1, 2, 3 (sauf les négociants), 5, 7, 8. du Tableau I.
Les “négociants, parfumeurs” correspondent aux groupes 3 (seulement les négociants), 9 (seulement la catégorie “autres”),
Les “marchands”, correspondent au groupe 4 (seulement les marchands).
Les “artisans”, regroupent les groupes, 10, 11, et 13.
Les “ruraux”, sont le groupe 12.
Les “divers”, ici, rassemblent les groupes 4 (sauf les “marchands”), 6, 9 (sauf la catégorie “autres”).
Notes
1. M. Ehlinger, dans Prov. hist., oct-déc. 1971, tome 21, fasc., 86, p. 421-441.
2. Les Catalogues de Réceptions n° 1 et n° 2, de 1602 à 1785 pour le premier, et de 1786 à 1881 pour le second.
3. Impr. Serre et Roumégous, 5 rue de la Vieille Intendance, Montpellier, 1909.
4. Les Tableaux II et III, ne précisent pas la présence du clergé, ni son éventuelle intégration dans une des groupes utilisés.
5. L’auteur de L’État de Montpellier…, emploie les mots, état, métier, corps, ordre, pour classer les habitants de la ville, d’après leur fonction. Pour éviter, toute confusion, dans ce texte nous choisissons le mot, groupe, et nous le qualifions de supérieur ou d’inférieur, pour situer les différences entre tous les cas trouvés dans les registres, et classés dans le Tableau I.
6. M. Peronnet, « “Bourgeois, bourgeoisie” : les définitions du Dictionnaire de l’Académie (1762-1802) », dans Bourgeoisies de Province et Révolution, colloque de Vizille, P.U.G., 1984, p. 13-24.
7. J.-P. Donnadieu, « “Bourgeois, bourgeoisie” : emploi des mots autour des cahiers de Doléances des Sénéchaussées de Béziers et de Montpellier » dans Bourgeoisies de Province et Révolution, colloque de Vizille, P.U.G., 1984, p. 27-39.
8. Cette catégorie est spéciale à la Provence orientale et prend en compte l’activité industrielle de Grasse par exemple.
9. Cette délibération se trouve dans le Tome 11 des délibérations, mais elle est aussi rapportée dans le Tome 12, avec les observations et les décisions du bureau. Il constate que plusieurs frères « conduisaient des enfants habillés sous toute forme de décoration » (p. 10 du Tome 12) ; que la procession a duré trop longtemps, selon l’évêque, et qu’ainsi, en raison du nombre, et de la musique, le cortège a occasionné un certain « scandale » (p. 10 du Tome 12).
