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2.00

Description

Entre Paris et Montpellier :
deux curieux au XXème siècle, les frères Sabatier d’Espeyran

Organisé à l’université Paul Valéry par le Centre d’histoire moderne et contemporaine de l’Europe méditerranéenne et de ses périphéries, le colloque sur les érudits, collectionneurs et amateurs a été à l’origine de cette étude. Les années écoulées depuis cet événement ont permis d’apporter tout à la fois compléments bibliographiques et archivistiques et précisions factuelles à la communication qui avait été présentée le 15 mars 2003.

La double signification du mot « curieux » se trouve illustrée par deux représentants d’une famille d’ascendance montpelliéraine fixée à Paris, puisque Frédéric Sabatier d’Espeyran se consacre à la bibliophilie tandis que son frère cadet, Pierre, multiplie les expériences, s’essayant à l’analyse littéraire, à la réflexion juridique, à la composition musicale, à la création romanesque, à l’écriture théâtrale, tout en pratiquant le journalisme avant de s’engager dans la voie alors récemment ouverte, de la radiodiffusion. Ces dernières activités, comme la carrière diplomatique qu’avait d’abord entreprise l’aîné, révèlent la volonté de ne pas se contenter d’un enrichissement ancestral dont l’origine remonte au XVIIIème siècle.

C’est en 1727 que Jean Sabatier a fait le choix décisif en entrant dans les fournitures militaires.Mais les affaires familiales prennent une dimension beaucoup plus large avec Guillaume, le fils que lui a donné le 7 septembre 1730 Jeanne Pomier, épousée près de trois semaines plus tard, le 26. Installé en 1762 à Paris, le Montpelliérain s’intègre au groupe, étudié par Guy Chaussinand-Nogaret, des financiers de Languedoc. Ne quittant plus guère la capitale, il voit consacrer son ascension par sa nomination au poste de censeur de la Banque de France. À sa mort, survenue le 18 octobre 1808 dans son château d’Ors près de Palaiseau, il laisse avec une grosse fortune foncière, une collection, bientôt dispersée, de tableaux, première incursion des Sabatier dans le monde des arts. Guillaume n’a pas perdu le contact avec sa ville natale, où la mise en vente des biens nationaux lui a permis de succéder au chapitre cathédral comme propriétaire du domaine de Maurin sur les communes de Lattes et de Saint-Jean-de-Védas. Pour cette acquisition, il avait eu recours à un mandataire qui, après avoir emporté l’adjudication le 30 janvier, s’effaçait dès le 11 février 1791 à son profit et à celui de trois partenaires montpelliérains. L’un de ces derniers, Jean Allut, devait l’aider ensuite à s’assurer le vaste ensemble d’Espeyran où, près du Rhône, l’abbaye de Saint-Gilles pratiquait élevage, agriculture et viticulture. En 1792 c’était au tour de sa vieille mère veuve d’intervenir dans une transaction d’ordre privé de bien moindre envergure, l’achat de trois jardins potagers proches de la maison que la famille possédait déjà, hors des remparts, au faubourg de Lattes.

Parmi les divers héritiers de Guillaume, décédé sans postérité légitime, ses deux sœurs n’ont plus guère de besoins. Religieuse, Marie-Fortunée appartient à l’ordre de la Visitation. Quant à Marie, née le 14 décembre 1739, elle a attendu le 21 septembre 1791 pour se marier avec un cousin, le négociant Jacques-Guillaume Sabatier. Avec sa mère, elle s’est chargée de l’entretien et de l’éducation d’un neveu issu le 7 septembre 1785 de la liaison de son frère Jean-Baptiste et de Marie-Jeanne Bedeau. Cette dernière ne semble s’être occupée de l’enfant que pour en faire reconnaître la filiation le 11 octobre 1794 par un tribunal de famille conformément à la loi du 12 brumaire an II. L’année suivante, le jeune Félix se trouvait donc admis à prendre part à la succession, le 18 octobre 1795, d’un autre Jean-Baptiste Sabatier, un grand-oncle ancien prêtre de l’Oratoire, décédé le 2 mai précédent. Les soins et la fortune de la tante devenue veuve aident à surmonter les obstacles d’une naissance illégitime, du décès précoce du père, et du mariage postérieur de la mère avec le courtier marseillais Charles Corréard. Domicilié chez la septuagénaire, Félix Sabatier exerce la banque à Montpellier lorsqu’il épouse à Lunel, le 10 août 1812, la descendante d’une famille liée aux affaires de l’oncle Guillaume et du grand-père. Mais Aglaé-Jeanne-Sainte-Hermine Fournier de Servant est aussi la nièce de Jean-Antoine-Frédéric Roque, vicaire de Notre-Dame-des-Tables, une parenté qui a peut-être incité la paroissienne à pousser à cette alliance. La tante apporte, en tout cas, une adhésion complète en venant à Lunel, malgré la faiblesse de sa vue, assister le même jour à la cérémonie civile et à la signature du contrat. Ce dernier intègre le cadeau qu’elle fait de sa portion, estimée à 100.000 francs, de l’ancien domaine de Maurin. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2011

Nombre de pages

15

Auteur(s)

Roland ANDRÉANI

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf