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2.00

Description

Du petit séminaire de l’Enclos Farel
à l’Internat d’excellence de Montpellier (1859-2010)

En 2010, l’Armée a quitté le bâtiment de la rue du 81e Régiment-d’Infanterie qu’elle occupait depuis 1907. Mais sait-on ce que fut cet immeuble avant d’appartenir à la grande muette et dans quelles circonstances s’y fit son implantation ? Cette histoire, qui couvre un siècle et demi, touche de près à celle du diocèse de Montpellier comme à celle de la ville. D’où le double intérêt de cet article.

La difficile construction du petit séminaire du diocèse de Montpellier
à l’Enclos Farel (1861-1878)

Agrandir ou construire (1850-1865)

Le manque de place fut un des problèmes majeurs du séminaire de Montpellier dans les deux premiers tiers du XIXe siècle. Dans l’ancien couvent des Récollets, qui abritera plus tard les archives départementales de l’Hérault, ancien chemin de Castelnau, les grands et les petits séminaristes regroupés depuis 1807 vivaient à l’étroit. Mgr Fournier (1807-1834) avait bien songé à séparer les aînés des plus jeunes. Il avait même recueilli 60 000 francs pour construire un nouveau petit séminaire. Pour permettre aux élèves de s’aérer, il donna au séminaire sa campagne de Bel Air. Il avait acheté ce domaine, appelé aussi La Touzardière, en 1822, pour les sorties des séminaristes. De plus, à sa mort, en 1834, il laissa ses rentes sur l’Etat et la campagne de château-d’Eau (sic) au séminaire – il s’agit du domaine de Puech-Villa qu’il avait acheté de ses deniers, en 1821, pour se délasser et faire de l’exercice, sur l’ordre de son médecin, le docteur Chrestien. On appela désormais ce lieu la « campagne de l’évêque ». Il légua cette propriété à son séminaire de Montpellier, en en laissant la jouissance à ses successeurs. Mais ils devront appliquer les revenus de cette propriété à l’entretien des petits séminaristes pauvres de son diocèse. On voit là le prix qu’il attachait au recrutement du clergé et l’attention qu’il portait à ses séminaristes.

Son successeur, Mgr Thibault (1835-1861) va prendre d’importantes décisions à propos de l’ancien couvent des Récollets. En 1844, il change la direction de son grand séminaire, en le confiant aux Lazaristes qui remplacent les prêtres séculiers. Les deux séminaires vivant sous le même toit, était-il possible que la direction du Petit demeure entre les mains des prêtres diocésains ? Les Prêtres de la Mission furent donc amenés très vite à prendre aussi en main les élèves secondaires. En 1845, le professeur de morale, M. Marion fut choisi comme premier supérieur. Il sera remplacé, trois ans après, par M. Corby qui va être la cheville ouvrière de la construction et de la mise en place du nouvel établissement, durant ses 35 ans de supériorat (1848-1883). En attendant cette réalisation, pour pallier un peu le manque de place dans ce logis que l’on espère toujours provisoire, il fit exhausser les murs du couvent d’un étage, rendant moins aigu le problème de la cohabitation. Mais il fallait aller plus loin. L’espace restant toujours insuffisant, l’évêque songe un instant à installer ce petit séminaire aux environs de Mèze ou de Pézenas, soit à Valmagne, soit à Cassan. Ce projet n’ayant pas abouti, il décide de faire du neuf. Le 12 novembre 1859, il achète le clos Farel à M. Armand-Alfred Boissier qui l’avait lui-même acquis de M. Farrel-Deshours, d’où son nom. C’est là que va s’élever, non sans mal, le nouveau petit séminaire. Il faudra attendre vingt ans pour que s’y installent les premiers élèves. Durant ces longues années, M. Corby ne cesse de plaider pour la séparation des deux cycles. Ce n’est qu’en 1865 que Mgr Le Courtier prend la décision qui se faisait attendre. Il fait ressortir, dans les attendus où il justifie cette entreprise, qu’une simple décision ministérielle pouvait faire fermer le séminaire actuel pour manque de salubrité. Il parle de « pêle-mêle désastreux et malsain ». M. Revoil, l’architecte diocésain, est chargé d’en dresser les plans. L’affaire est lancée. Elle n’est pas prête d’aboutir. La principale difficulté : l’argent.

Mgr Le Courtier demande, dans son Mandement de Carême de 1865, qu’on ouvre des listes de souscriptions paroissiales et que l’on fasse des quêtes pour la construction du petit séminaire. Il s’y inscrit lui-même pour 12 000 francs. La question financière va devenir un problème crucial. Il a vu grand. Or la situation économique n’est pas bonne et la générosité des fidèles semble limitée. De nombreuses lettres font état des difficultés rencontrées et des très faibles résultats obtenus par cette souscription. Quelles sont les principales explications fournies par les curés ? D’abord de mauvaises récoltes dues soit à la longueur et à la dureté de l’hiver, soit à la grêle. S’y ajoutent le bas prix du vin « qui n’a même pas de cours », et une mauvaise année pour les « cocons » (Ganges). Les curés chargés de récupérer les ressources accumulent les doléances dans leurs lettres : pauvreté des paroisses (milieu ouvrier, montagne), chômage (à Ganges) ; impécuniosité de certains prêtres. Ailleurs, ils avancent la nécessité où l’on est de reconstruire ou de réparer l’église du lieu (Maureilhan, Les Aires, Montbazin…). Dans certains villages, ce sont les divisions politiques qui absorbent tout l’intérêt des fidèles. Ils signalent aussi la mauvaise volonté de certains, l’irréligion des riches, voire le fait que les plus aisés du village sont protestants. Tel prêtre met en cause « le luxe effréné (sic) qui s’étale, accablant, dans nos paroisses » (Montbazin). Dans plusieurs localités, les fidèles se plaignent de ce qu’il y a trop de quêtes (Cazouls). L’évêque se heurte aussi à des oppositions systématiques contre lui. Certains prêtres estiment d’ailleurs que l’on pourrait faire des économies en bâtissant le petit séminaire sur le terrain du château d’O. Dans ce cas, l’enclos Farel pourrait être vendu 75 000 francs et fournir ainsi l’argent pour construire le nouvel édifice8. M. Corby, opposé à ce projet, le fait repousser le 10 avril 1865. Les travaux de l’enclos Farel vont pouvoir commencer. [..]

Informations complémentaires

Année de publication

2013

Nombre de pages

8

Auteur(s)

Louis SECONDY

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf