Dire et construire la technopôle : Montpellier – Languedoc-Roussillon
Dire et construire la technopôle :
Montpellier – Languedoc-Roussillon
p. 165 à 172
Techno et pole, « tekhnê » et « polis », technique et ville, ville de la technique… Ainsi va Montpellier.
Du technopôle (le pôle technique) à la technopole (la ville capitale aux aptitudes technologiques élevées) on peut voir un peu plus que jeux de langage. Les glissements sémantiques sont clairs et tendent même à la diversion. Effet de mode indispensable après le temps des métropoles régionales et des aires métropolitaines, puis des villes moyennes et des centres de pays, puis des petites villes : renverserait-on la vapeur après cette descente dans l’échelle (« small is beautiful ») ?
L’enjeu : disposer d’une capitale dotée de pouvoirs et de compétences sur le plan économique, notamment en ce qui concerne les domaines de l’innovation et des technologies de pointe. Jusque-là en effet, la région pouvait apparaître comme ayant « manqué » les différentes révolutions industrielles 1 malgré ses richesses énergétiques et humaines. Elle s’est construite, par redistribution d’un vieux maillage de l’espace et par polarisations multiples qui ont concentré, en de nombreuses petites villes, des forces d’organisation. Pas de capitale – ou peut-être trop, à l’image des chefs-lieux départementaux -, et une ville géographiquement centrale, Montpellier, au potentiel de recherche élevé mais au tissu industriel particulièrement indigent. « Longtemps ville administrative dans un océan de vignes et centre universitaire important, l’agglomération montpelliéraine aspire aujourd’hui à devenir un véritable centre d’activités économiques : seule la réalisation de cette aspiration permettra d’ailleurs un développement harmonieux de l’ensemble de la région Languedoc-Roussillon ».
Tout est contenu dans cette simple phrase extraite du paragraphe 1 intitulé « l’enjeu » de l’étude citée : désir de construire un pôle d’industries de haute technicité alors que les activités tertiaires traditionnelles ont toujours été prédominantes, naissance d’une agglomération contribuant au développement harmonieux d’une région où il semble de bonne guerre de laisser volontiers penser que Montpellier joue un rôle abusif dans un « désert languedocien ». Dépassant le cadre strictement local, l’intitulé exact de l’ensemble : « Montpellier-Languedoc-Roussillon Technopole » met l’accent sur les intérêts communs de la capitale et de sa région, ajoute l’idée que la concentration d’un certain nombre d’atouts en un même lieu n’est pas forcément source de déséquilibres.
Les atouts de Montpellier
Montpellier est relativement bien pourvue et dispose de sérieux avantages. Nous ne reviendrons pas sur ceux liés au site et à l’environnement, « l’héliotropisme » et l’attrait des régions méridionales en bordure de la Méditerranée étant bien connus. Il en est de moins spectaculaires mais tout aussi importants.
Images de la Technopole © Jean-Luc GIROD, Montpellier
L’ensemble universitaire : du conformisme à l’innovation
Promouvoir l’Université est certainement une des plus belles réussites publicitaires de ces dernières années. Car l’Université à Montpellier, jusqu’au seuil des années 60, c’est l’assurance et la garantie d’un monde prestigieux mais sans éclat, aux initiatives toujours mesurées, support idéal d’une ville bourgeoise. Depuis, ce monde, certainement pas figé mais réglé par son rythme propre est devenu symbole d’ouverture, d’action, de qualité intellectuelle. L’arrivée de la technologie, déjà amorcée à travers l’I.U.T. qui dérange peu et que l’on installe à l’extrême limite de la ville ne bouleverse pas le bel ordonnancement des disciplines traditionnelles qui se perpétuent dans la vieille ville. Mais l’ancienneté est devenue gage de qualité et non étalage de structure vieillie.
D’autant que désormais, au nord de la ville, dans un magma dit « campus » voisinent auprès des premières installées, sciences et lettres, toute une série de nouveautés grignotant peu à peu sur la campagne, glissant entre friches, pinèdes et vignes des sigles dont l’image rejoint peu ou prou celle des facultés.
Un fort potentiel de recherche
Le Monde du 14 juin 1982 2 titre sur « Montpellier la Studieuse », « championne de « l’informatique ». L’arrivée d’I.B.M. en 1964 aurait-elle à ce point bouleversé l’ordre des valeurs de la capitale régionale ? Les quelque 5 à 6 000 étudiants des années cinquante sont près de 50 000 en 1988 et plus de 10 000 chercheurs animent laboratoires, centres et instituts de recherche. En un quart de siècle, les effectifs ont décuplé.
Cette « industrie de la matière grise » classe Montpellier parmi les 5 premières villes françaises et représente un potentiel étonnant pour une cité de 200 000 habitants. Terrain neuf largement ouvert sur les secteurs innovants de la vie économique, la recherche fondamentale ou appliquée prend appui sur la pharmacie, la chimie, la microbiologie et le génie médical, l’agronomie et l’aquaculture, la physique des solides, des composants et semi-conducteurs, les techniques de communication… Même si les relations avec une industrie régionale souvent défaillante manquent encore d’intensité, le mouvement paraît bien enclenché on assiste à un renforcement des liens avec les industries de pointe, à un essor de la sous-traitance dans des domaines innovants, à la prise en compte de l’idée que la recherche est un des « acteurs » du développement régional.
Une cinquantaine de laboratoires rattachés à l’Université, aux Écoles supérieures ou à des Institutions spécialisées mettent en relief le phénomène urbain majeur des deux dernières décennies à Montpellier, la création d’un complexe scientifique « lourd », de haut niveau, capable d’engendrer ces « fertilisations croisées » identifiées par le plan national. A cette mise en avant de la science comme force productive, il faudrait adjoindre, pour compléter le tableau, les nombreuses manifestations qui, tout au long de l’année, rythment de colloques, rencontres, journées, congrès… les échanges entre les divers partenaires sociaux tout en constituant autant d’instruments de promotion locale.
Le renouveau industriel ou l'effet I.B.M.
Et bien oui, l’arrivée d’I.B.M. bouleverse l’ordre industriel et socio-économique local. Faiblesse de l’emploi et dégénérescence du tissu industriel traditionnel, bien vieilli dans ses structures, passage éclair de « chasseurs de primes » qui font douter de la solidité de l’industrie comme facteur de développement, refus de l’innovation et de la création, telles étaient les caractéristiques dominantes de l’industrie locale, réputée aussi par la médiocrité de ses salaires. Tout un état d’esprit progressivement installé faisait préférer les études, l’administration, les professions libérales, le commerce, voire le B.T.P. à l’engagement dans l’industrie. Ce n’est certes pas le marché local de l’emploi qui a amené I.B.M. à s’implanter à Montpellier, mais l’entreprise a su exploiter à son profit les caractéristiques locales – milieu social accueillant et bon équipement scientifique favorable aux cadres, essor facile de la sous-traitance – et modifier peu à peu les données structurelles de l’industrie montpelliéraine. Même si les effets d’entraînement n’ont pas été à la mesure de ceux escomptés par les édiles locaux, I.B.M., première entreprise industrielle de la région avec près de 3 000 salariés, reste le symbole du changement à Montpellier, d’un renouveau des facteurs de production au sein des mécanismes de fonctionnement économique de la ville. Ce renouveau se traduit aussi par l’impression d’un « anoblissement » du travail industriel, le développement de « l’esprit d’entreprise », la constitution d’un réseau bien structuré de sous-traitants dans les domaines de l’électronique (câblage, montage, maintenance), de l’outillage de précision et de contrôle, de la tôlerie fine, de la micromécanique…, autant de secteurs quasi inconnus jusque-là à Montpellier. C’est aussi la formation professionnelle qui est réorientée, et des mécanismes nouveaux de régulation de l’emploi mis en place. Mais surtout, l’industrie de pointe, riche de stratégies innovantes, a fait naître de grandes espérances et susciter de nouvelles vocations.
L'essor culturel renforce l'effet-vitrine 3
Dans son numéro du 14 avril 1986, le magazine « Murs, murs » classe Montpellier première au palmarès culturel des villes de France devant Strasbourg, Rennes et Bordeaux. Toulouse n’est que 5e, Marseille et Nice 10e et 11e. Quelles étaient les composantes du jugement ? Le pourcentage des dépenses culturelles dans le budget communal, la présence d’équipes créatives, les temps forts de la vie culturelle et artistique, les équipements, mais surtout le dynamisme et le caractère innovant des politiques suivies 4.
Longtemps réputée « désert culturel », la capitale régionale est devenue un creuset exceptionnel à la fois pour la démographie et pour tout ce qui caractérise les consommations dites spécifiques. Les responsables locaux ont fait de la culture, du sport et des loisirs des éléments porteurs pour une dynamique future au-delà des clichés familiers sur les charmes habituels d’une ville méridionale. Musique, chorégraphie, théâtre offrent maintenant un large éventail de choix et des spectacles de qualité. Après la construction d’une salle Zénith, celle du nouvel Opéra ne pourra que consolider cette tendance tout en renforçant, par sa localisation, la « vocation » du centre ville.
La mise en chantier d’un Opéra Régional, en même temps Palais des Congrès (le Corum) rappelle, au-delà de l’événement médiatique (Montpellier ville de « grands chantiers »), que recherche, tourisme, culture et affaires peuvent – doivent – être intimement liés et que le développement ne peut actuellement se concevoir sans cadre de vie attirant. Pari sur l’avenir, les investissements corrélatifs dans les services et les équipements se sont révélés féconds sur le plan économique et porteurs d’une dynamique future le tissu industriel a été considérablement rajeuni, l’économie locale remodelée, les services aux entreprises et l’emploi industriel ont progressé dans un contexte régional pourtant peu favorable.
La pentapole
5 pôles technologiques, générateurs d’emploi, de richesse, de créativité apparaissent bien comme les points obligés du développement économique, les points forts de la croissance et de l’innovation. Ces pôles d’excellence sont : Euromédecine, Agropolis, Antinéa, Communicatique et Héliopolis.
« Euromédecine. Médecine, pharmacie, biotechnologies. Une Rencontre Internationale annuelle de Recherche et de Technologie médicales et pharmaceutiques (une trentaine de colloques, près de 10 000 participants, plus de 30 000 visiteurs). Des centres de recherches universitaires, INSERM, Laboratoire National de la Santé, Laboratoires Sanofi-Clin-Midy, Chauvin Blache, Boiron, Bristol-Myers. Le pôle technologique de génie biomédical. Un réseau d’entreprises de pointe : S.S.I., D.M.S., Elscint, B.B.C., A.B.X…
La faculté de médecine « qui rayonne depuis bientôt 7 siècles sur le monde méditerranéen et occidental » a ses « records » actuels : le C.H.R. est le premier employeur régional avec plus de 8 700 actifs, le centre d’Imagerie Médicale est l’un des plus performants au monde dans l’utilisation de la Résonnance Magnétique Nucléaire (R.M.N.), Clin-Midy-Sanofi et d’autres laboratoires pharmaceutiques emploient près de 2 000 personnes…
☆ « Agropolis. Une association qui unit 18 établissements d’enseignement et de recherche. Spécificité : agronomie tropicale et méditerranéenne. Des Journées Internationales chaque année, des colloques réguliers. Une concentration exceptionnelle de chercheurs : INRA, CNRS, CIRAD, GRIDAMET, CIDARC, CEMAGREF, CNEARC, ENGREF, ORSTOM, SIARC, IAMM, IFREMER, ENSCM, et les laboratoires des universités. Des organismes de transfert efficaces : groupe Verseau, Gridamet, groupe Membrane…
Des industries associées : Calliope, Biotropic, Valorga, Fitamm, Imeca, Irrifrance, Richter, Phitodif, Perrier, Les Salins du Midi, Cnabri…
☆ « Antinéa (Communications modernes) procède de la décision de câbler Montpellier. C’est la pièce maîtresse de l’édifice (Télé soleil) qui a fait naître des entreprises spécialisées. S’y ajoutent divers instituts de recherche dont l’I.D.A.T.E., le Centre de Formation et de Perfectionnement des Journalistes, le Centre International d’Images et des équipements structurants sur le plan médiatique (salle Zénith).
☆ « Informatique, robotique, intelligence artificielle. Construit à partir d’IBM et de sa politique de qualité, d’essaimage, de sous-traitance et de partenariat (usine de 120 000 m2, 2 700 salariés). Des laboratoires et centres de recherche performants Groupe des Semi-conducteurs, Centre de Recherche en Informatique de Montpellier, Laboratoire d’Automatique et de Micro-électronique. Des liens étroits avec l’École Supérieure des Techniques Industrielles et des Mines d’Alès (ENSTIMA), l’Idate, le CEA Valrho et sa Cellule d’Action Régionale pour l’Industrialisation des Techniques Avancées (CARITA), le CNUSC… Sa vitrine annuelle : le Salon de la Communicatique. Des industries jeunes et performantes : Data-Sud System, Datsud Innovation, Eurofarad, Gelbon, Morari, GTE 2, Omicron, Semco-Engineering, Smart, Stim, Intertechnique…
☆ « Héliopolis, dernier-né, boucle la boucle en renvoyant au soleil, profitant de l’Année Internationale du Tourisme et des Loisirs à Montpellier, pour faire de la ville « une grande ville touristique et culturelle en bord de mer » (G. Frêche). Une cinquantaine d’institutions, de sociétés ou d’associations dans le comité d’organisation. Des choix d’aménagement, canalisation du Lez jusqu’à la mer et création de Port-Marianne face à Antigone.
Au total, ces cinq pôles ont vu se créer en deux ans plus d’une vingtaine de petites unités, produits de l’essaimage ou de la sous-traitance, sociétés nouvelles aux noms barbares pour l’homme de la rue, qui créent encore peu d’emplois et ne sont connues que des spécialistes. Mais elles situent bien le nouveau cours du développement économique local et les effets de « synergie » qu’exige l’exploitation industrielle des processus qu’elles mettent en œuvre. Milieu dynamique et effervescent, capable « d’exploits techniques », apte à traiter des marchés internationaux mais encore fragile sur le plan humain et financier (faiblesse des fonds propres, articulation difficile des secteurs de production, commercial et de gestion au sein de l’entreprise).
Jusqu’aux années 80, la croissance démographique de Montpellier reposait sur les migrations d’une population active trouvant assez facilement du travail dans les administrations, les services publics ou privés, les grands chantiers. Les flux d’étudiants, en augmentation régulière et permanente, ont maintenu sur la ville une pression constante face à un marché de l’emploi qui se réduisait peu à peu. Les sources traditionnelles d’attraction se sont progressivement taries et les politiques déflationnistes en matière d’emploi des grandes entreprises et des administrations ont d’autant plus contribué à alourdir le poids du chômage dans le bassin d’emploi que se sont maintenus des courants migratoires positifs. Le résultat en est bien entendu une aggravation du chômage dit « de croissance » en même temps que la technopole montpelliéraine connaît un dynamisme exceptionnel de l’emploi et de la croissance démographique. Situation paradoxale, le solde des emplois et celui du chômage sont tous deux largement positifs entre 1981 et 1986, ce qui place Montpellier au premier rang en France aussi bien pour la création nette d’emplois que pour l’aggravation du taux de chômage
En 1985, selon les sources UNEDIC, la croissance de l’emploi a été supérieure à 2 % dans le bassin d’emploi de Montpellier qui a gagné plus de 1 400 postes de travail notamment dans le tertiaire (services marchands aux entreprises et aux particuliers) mais aussi dans le secteur industriel (BTP excepté) et en particulier dans les industries des métaux, électriques et électroniques. Selon les mêmes sources, le secteur tertiaire riche de 46 000 actifs sur 63 000 a progressé de 3 % par an en moyenne au cours des dernières années (le secteur public administratif et une large part du secteur public à caractère industriel et commercial sont exclus du champ de l’enquête, ce qui induit une forte minoration des données locales concernant le tertiaire). Ce rythme annuel place Montpellier au niveau de Nice et Toulouse mais au premier rang national après Paris lorsqu’on apprécie en valeur relative la croissance du tertiaire de haut niveau.
Mais plus encore que le tertiaire dont on connaît l’importance traditionnelle à Montpellier et le taux d’encadrement élevé, l’industrie surprend par sa relative stabilité, voire sa légère progression. En 1986, le bassin d’emploi de Montpellier prend la première place en Languedoc-Roussillon devançant celui de Nîmes, et Montpellier devient la première ville de la région tant par ses emplois industriels que par le chiffre d’affaires de son industrie. N’y a-t-il point là un effet majeur de la Technopole, de son environnement favorable aux entreprises, des politiques locales actives d’aide, d’incitation, d’assistance et de partenariat ? Se développe à Montpellier un tissu industriel original, nouveau et dynamique, fortement lié aux structures de recherche. Le taux de création d’entreprise (12 pour 1 000 salariés) témoigne de ce dynamisme qu’illustrent aussi quelques réussites étonnantes comme Data-Sud System et ses filiales, Maxitel France créé en 1984, un des premiers centres serveurs français.
De la ville à l'agglomération
L’association Montpellier L.R. Technopole, créée en juillet 1985 à l’initiative du district urbain, de la région Languedoc- Roussillon et des universités régionales, souligne que ses objectifs « dépassent et de loin la création de parcs scientifiques ou de zones spécialisées dans les activités de haute technologie ». Elle réactive ainsi l’idée même de la Technopole en lui accordant une mission régionale de développement par la croissance de l’emploi, la modernisation du tissu productif, la valorisation du potentiel scientifique et technique, la création d’un « tissu tertiaire supérieur compétitif de niveau national ». Elle insiste beaucoup sur « l’affinement de l’image nationale et internationale » ainsi que sur « le maintien et le développement d’une politique de qualité du cadre de vie », comme si dans le concert des technopoles, la compétition exigeait de dépasser les seules réalisations techniques 5.
Cadre de vie, croissance, parcs d'activités scientifiques
Les deux dernières décennies ont si profondément bouleversé l’ordonnance urbaine de la cité qu’il pourrait paraître dérisoire de rechercher dans l’espace construit des options, des réalisations directement liées au choix de la Technopole. Il est bon de constater que, référence ou non au vocable, la ville n’a cessé en 20 ans d’être saisie par une frénésie de construction. Elle conserve toujours cette allure de chantier en devenir qui lui accorde en permanence un air d’inachevé et renforce l’impression de mouvement, de croissance, de transformation.
Il y a à Montpellier comme une remise en ordre permanente du territoire de la ville qui ne surprend en fait que par son ampleur et sa durée pour une agglomération qui exige plus de cinquante communes pour atteindre 350 000 habitants (estimations INSEE 1986 : ville 210 000, agglomération INSEE 230 000, district 270 000).
En quoi la Technopole peut-elle remettre en cause les tendances « lourdes » de la croissance de la ville telles que le POS pouvait les définir ? Il semble bien que le POS des années 80 constitue à la fois un cadre réglementaire suffisant mais contraignant et que les nouvelles orientations économiques exigent maintes adaptations et révisions. Cependant, grâce à une habile politique foncière conduite depuis 1978, l’urbanisme « conservatoire » sous forme de ZAD et de « concertation » avec le passage à la ZAC a débouché sur une véritable « ceinture » de zones d’aménagement, résidentielles ou d’activités qui conviennent fort bien aux projets de la Technopole. Les pôles spécifiques trouvent « vocation » à s’installer dans des zones devenues parcs : Parc Euromédecine (ex ZOLAD), le plus ancien, en liaison avec le complexe hospitalier, Parc Scientifique Agropolis qui bénéficie près des facultés d’une exceptionnelle concentration d’instituts de recherche et de terrains d’expérimentation, Parc du Millénaire situé entre l’usine IBM, le complexe de Grammont (Zénith) et l’aéroport de Fréjorgues, qui a pour vocation d’accueillir des entreprises liées à l’informatique, la robotique, l’intelligence artificielle et aux nouveaux moyens de communication. Chacun offre une gamme de terrains et d’immobilier d’entreprise largement diversifiée à des prix fonciers ou locatifs qui situent favorablement Montpellier sur le plan national. A l’ouest, les « quartiers d’entreprises » de Tournezy et Val de Croze associent selon une formule originale emploi et habitat.
Tableau II
Parcs, quartiers d'entreprises, zones d'activités
☆ « Parc Euromédecine : ancienne ZOLAD, 150 ha dont 75 aménagés et occupés et 75 livrables en 1987-88. 70 entreprises y sont installées, plus de 2 400 emplois y sont localisés. Immobilier d’entreprise et ateliers relais pour plus de 6 000 m2.
☆ « Parc Scientifique Agropolis : près du pôle Agropolis, sur 4,5 ha, plus de 4 000 m2 de locaux polyvalents en première tranche réalisés par Beprim S.A.
☆ « Parc du Millénaire : la première tranche de 80 ha contient l’usine IBM (50 ha), un programme d’immobilier d’entreprise sur 10 ha et 20 ha de terrains aménagés. Immobilier d’entreprise, ateliers technologiques et bureau-club pour plus de 40 000 m2. Une trentaine d’entreprises et hors IBM, plus de 150 emplois. Entièrement câblé en fibres optiques.
☆ « Quartiers d’entreprises de Tournezy et Val de Croze.
☆ « Zones d’activités économiques de La Lauze, du Dévès d’Empènes, de Castelnau 2 000, de Jacou, de Baillargues, de Juvignac, de Prades-le-Lez, Lattes, Pérols… soit plus de 500 ha disponibles.
☆ « Pépinière d’entreprises de Clapiers, CAP ALPHA. Sur 3 500 m2 de SHON, 860 m2 d’ateliers, 1 400 m2 de « plateaux tertiaires », 500 m2 de bureaux, 740 m2 de services communs. Réalisée par Montpellier Technopole dans le cadre du district urbain, sa gestion est concédée à la SERM, Société d’économie mixte de Montpellier, l’animation confiée à Eurosud Technopole Consultant.
Sur une quinzaine de sites de type zones industrielles ou zones d’activités, le district urbain offre une dizaine de milliers d’emplois et près de 25 000 si l’on y ajoute le complexe hospitalo-universitaire et Agropolis. On peut estimer que près d’un quart de ces emplois relève des industries de pointe et un peu plus du quart de la recherche scientifique, soit sans entrer dans le détail plus de 12 000 emplois liés à des « synergies technopolitaines ». Il s’agit d’activités à forte valeur ajoutée qui constituent la meilleure image de marque de la ville. En ce qui concerne la vie urbaine, la ville est attrayante, dotée d’équipements de qualité. Mais au-delà de l’enthousiasme des discours et d’un certain prosélytisme, le bilan, bien que positif, reste modeste. Montpellier attire chercheurs et entrepreneurs mais encore plus de cadres dont bon nombre sont au chômage. Dans sa quête d’un nouveau style pour franchir une nouvelle étape de son développement, Montpellier, capitale, rencontre nombre de préjugés, beaucoup de méfiance, de la réserve voire de la suspicion de la part des diverses collectivités territoriales. N’est-ce pas en fait l’éternelle question de la région qui refait surface avec ses clivages, ses vieilles rivalités et ses lourdes traditions ? La Technopole peut-elle contenir tous les espoirs d’une région en manque d’industrialisation ? Ses contours sont peut-être encore flous mais, comme le précise le vice-président de l’association, « il faut continuer à faire rêver autour de la Technopole : c’est une véritable notion mythique » qui se gorge de discours, d’affiches, de slogans publicitaires, c’est peut-être aussi une occasion » (G. Frêche) pour repenser l’espace régional.
Le grand Montpellier en mutation
C’est dans le cadre du grand Montpellier qu’il convient d’apprécier l’ensemble de ces opérations qui valorisent certaines zones de la Technopole :
☆ « Les échangeurs autoroutiers à l’est et à l’ouest (Baillargues et Saint-Jean-de-Védas) avec de nouvelles zones d’activités relayant les anciennes zones industrielles voisines.
☆ « L’avenue P.-Mendès-France qui relie le centre ville à l’échangeur de Montpellier-Est et à l’aéroport. Longtemps simple cordon ombilical, cet axe devient progressivement un boulevard urbain largement dépendant des projets « technopolitains ». Il s’achève sur les zones d’aménagement (plus de 300 ha disponibles) liées à l’aéroport ou situées à la rencontre du CD 21 (route de la mer).
☆ « L’axe de la mer en devenir, où convergent, autour de « l’espace Richter », du Lez canalisé et du futur Port-Marianne la « tête » d’Antigone, le siège du Conseil Régional, et le cœur du réseau câblé en attendant que s’y fixe le nouveau pôle « Tourisme et Loisirs ».
☆ « Le complexe universitaire longtemps éloigné, comme tenu à l’écart des autres activités économiques, qui trouve à se valoriser dans les orientations en cours (Parcs Euromédecine et Agropolis).
☆ « Les premières garrigues, lieu habituel de résidence des cadres aisés où s’implantent hypermarché, complexes de loisirs et campus universitaire privé (CD 986) et où le district réalise à Clapiers, non loin du Parc Agropolis, avec l’aide de la Communauté Européenne, de l’État, de la région et du département, la Pépinière d’entreprises CAP ALPHA. Cette opération est désignée « comme l’une des actions modèle de l’association Montpellier L.R. Technopole, un élément essentiel de sa stratégie » (Pépinière d’entreprises de Clapiers, Étude générale, District de Montpellier, 1986).
Les logiques de la Technopole ne remettent certes pas en cause l’ensemble des options de développement spatial de l’agglomération mais influent grandement sur les orientations en cours.
L’aéroport prend argument dans la Technopole pour s’agrandir, atteindre le niveau international et servir de point fort dans l’urbanisation de la rive gauche du Lez longtemps délaissée. La grande ceinture s’achève à l’est et à l’ouest sur des zones d’activités peut-être moins liées aux activités directes de la Technopole mais s’ouvre sur les indispensables parcs de loisirs urbains : golf de Baillargues et poumon vert de la Gardiole.
Du 1er janvier 1984 au 1er mai 1986, le bilan des installations apparaît ainsi :
Une vingtaine de ces nouvelles entreprises concerne des activités de haut de gamme et innovantes, dans le secteur de l’informatique, de la bureautique, des automatismes industriels, de l’électronique, de la mécanique de précision et de la pharmacie. Elles représentent quelque 250 emplois, les plus importantes – Elscint, Data Sud, Hytec – ne dépassant pas cependant 50 emplois.
L’installation de l’O.R.S.T.O.M. et une extension par décentralisation du C.I.R.A.D. (300 emplois en tout) justifient la construction sur le pôle Agropolis d’une cité internationale de quelque 200 places. Cette dynamique industrielle et tertiaire explique aussi l’installation des groupes Bourdais, Auguste Thouard, B.E.P.R.I.M…. spécialisés dans l’immobilier d’entreprise.
Ainsi après le Mini-Parc de la Zolad et le Parc Club du Millénaire, un « Europarc » de 3 ha ouvert aux laboratoires, à la santé, aux entreprises de haute technologie est en voie d’installation sur le périmètre de la Zolad. Dans ce climat d’euphorie, les déboires récents d’U.E.I. (matériel industriel) et de Semy-Engineering (électronique et appareils de mesure) nous donnent la mesure plus exacte d’un milieu certes dynamique et capable « d’exploits » technologiques ou commerciaux, mais toujours fragile dans ses structures de production et de gestion. Certes les projets foisonnent, et de nombreuses PME industrielles ou commerciales sont capables de répondre vite à des commandes diversifiées, mais les transferts technologiques encore réduits exigent des efforts d’animation et d’accompagnement permanent.
Le Languedoc-Roussillon est une région entrée largement dans le domaine de la communication, à qui l’on attribue des images, à qui ses propres responsables en proposent. On en connaît l’essentiel, qui repose sur l’exploitation d’un thème, le tourisme ni plus ni moins important qu’en d’autres lieux de la Méditerranée, mais paré ici des plumes de l’aménagement. Un thème récent, qui a relayé tout ce qui avait trait à la vigne, nettement moins « porteuse ».
La capitale régionale, Montpellier, tard venue puisqu’à peine millénaire, émerge à son tour de l’anonymat méridionalo-méditerranéen qui caractérise, vu de Sinus (c’est-à-dire du « Nord ») la France du Sud. Elle émerge, appuyée sur une série de slogans en rupture totale avec le ronron touristico-vinicole évoqué; le dernier en date, celui d’une technopole, vient après une ville d’abord « entreprenante » ensuite « surdouée », comme nous l’ont appris les différentes campagnes publicitaires. Langage radical, représentations qui dérangent, et pour diverses raisons. Montpellier semble canaliser à son profit le dynamisme régional, d’autant plus qu’elle est désormais ville « de gauche » dans une région dotée d’un Conseil Régional « à droite » 6. Éternel dilemme du Moloch et de la locomotive, Montpellier-la-dévorante, ou Montpellier-tirant-les-wagons-de-la-région, et surtout faux problème, car sans remonter – un peu gratuitement – au Moyen Age, on sait qu’à Tucson, à Tokyo, ou plus loin encore, c’est l’Université de Montpellier qui est connue, plus que Palavas-les-Flots ou la Margeride.
Montpellier consacre désormais une part non négligeable à la promotion d’images dont on attend les retombées sous forme d’investissements ; la capitale joue d’autres cartes que la région à cet effet : ni tourisme, ni vignoble, ni soleil, mais les valeurs les plus anciennes reprises comme étant les plus modernes : recherche médicale, agronomie, informatique, communication, soit les quatre idées fortes de « la technopole », une haute technologie consommatrice de matière grise.
Les médias, soigneusement utilisés, ne se contentent plus de proposer une information, quel qu’en soit le référent, mais entrent désormais dans les stratégies sur l’espace, devenant inséparables de toute intervention, action ou « promotion » sur lui. Cela n’est pas nouveau, cela devient simplement de plus en plus évident, sinon caricatural.
Les élus n’ont jamais autant utilisé les représentations d’ordre géographique ; soit de façon résolument volontariste et consciente, soit à la manière de Monsieur Jourdain, en faisant de la géographie sans le savoir. Il y a bien quelque chose de nouveau, et cela sous des façons parfois totalement détournées on songe à la figuration – au premier degré celle-là – des départements sous forme du cinq de devant d’une mêlée de rugby (référence culturelle), qui a longtemps trôné sur tous les panneaux de la région, mais pour ceux qui n’auraient pas compris l’allusion à la force de la poussée, les bandeaux de chacun portaient sur le front le nom de l’un des cinq départements (référence spatiale). On demanderait alors aux départements formant la région de pousser dans le même sens 7.
Les représentations géographiques deviennent peu à peu l’essentiel sinon le seul aspect de la discipline à usage externe ; cela avec et grâce à l’outil que constitue la cartographie : une technique semblant susceptible d’utilisation hors du sérail. Inutile de tenir au maire de la grande ville (tant soit peu au fait des référents spatiaux), le moindre discours sur le site et la situation comme dans les vieux manuels, ou sur le carrefour privilégié et sur le contact entre milieux différents dont bénéficie sa ville, ou plus froidement encore de lui proposer à propos des problèmes qu’il se pose, une brillante « synthèse géographique » ou tout autre autosatisfaction corporatiste ; tout cela, et il faut bien en être conscient, ou il le sait ou il n’en a cure. De la même façon, il sait utiliser à bon escient les enseignements que lui apportent le géologue, l’économiste, le pédologue et bien d’autres, mais ni plus ni moins, et seulement au gré des questions qu’il se pose. Après les graves dissertations sur l’aménagement régional auxquelles il fut parfois convié, on commence à reconnaître le géographe pour ce qu’il reste, quelqu’un qui lit l’espace, qui sait faire la part dans les représentations entre les images qu’elles proposent et les réalités qu’elles promeuvent ou occultent : il s’agit là de « stratégies sur l’espace ». On peut aussi le reconnaître comme quelqu’un, aussi, capable de sortir dans ses analyses du seul langage de l’écrit.
En Languedoc-Roussillon, tout bouge et rien ne change, ou l'arrière-plan de Montpellier
L’image de la région est faite d’ingrédients ayant fait leurs preuves soleil, plage, vignoble, plus retraités et chômeurs, pour l’essentiel; de la même façon qu’émergent en première analyse ces mots-clés, on identifie aisément la région sur la carte, à partir des repères simples que sont les « sud », Espagne et Italie proches, la position littorale, avec deux hésitations autour d’un « sud » large l’option d’un sud-ouest (avec le voisinage de Midi-Pyrénées), ou d’un sud-est (avec la proximité de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur).
Les ajouts et les zones de flou qui escortent les cinq départements ont leur propre logique ; le Tarn, « la montagne », en continuité et pourvoyeur de main-d’œuvre participe du bas-Languedoc ; l’Aveyron prolonge l’ensemble « naturel » des Grands Causses, l’Ardèche s’intègre à l’ensemble historique de la Cévenne ; sur les périphéries, qui dira exactement les limites avec la Haute-Garonne à l’ouest, le Vaucluse à l’est, malgré la présence du seuil du Lauragais et du cours du Rhône ?
Cette région, qui va de Millau à l’Espagne et de Carcassonne à Nîmes, est beaucoup plus perçue de chacun que globalement corsetée dans le cadre rigide de cinq départements. Les creux dans sa lecture sont tout aussi significatifs. La prise en compte de la durée d’installation et du lieu d’origine de celui à qui l’on demande de répondre à la question « qu’est-ce-que le Languedoc-Roussillon ? », s’inscrit selon une sorte de diagonale de l’oubli, qui traduit le gradient de la distance, un observateur des P.O. ignore le Gard, un observateur du Gard ou de l’Aveyron oublie les P.O. Tout comme on ne sait rien d’Alès et de Mende, et peu de chose de Nîmes à partir de Perpignan, de cette ville on ne songe guère à Carcassonne.
Quant à Mende, c’est une sorte de rattrapage permanent pour le département de la Lozère, toujours oublié et qui n’existerait guère sans son chef-lieu, auquel on l’assimile.
A l’inverse, les pleins se renforcent par voisinage; il s’agit d’un effet de taille qui s’amortit rapidement : de Perpignan on cite aisément Prades et Font-Romeu, de Carcassonne Limoux et Quillan. De la même façon, on surestime le poids de la ville proche. Si l’unanimité sur Montpellier est évidente à défaut d’être parfaitement objective, le reste des classements urbains est purement affectif, les chiffres parfaitement fantaisistes. De la même façon, la population est toujours surévaluée de façon affective.
Mais d’autres « oublis » sont plus indépendants du lieu de résidence, renvoyant d’abord à la valeur d’une reconnaissance la logique évidente de l’agrégat que constituent les quatre départements méditerranéens fait qu’à partir d’eux on oublie volontiers la Lozère, mais que l’on rattacherait volontiers les Bouches-du-Rhône. Quant à la modélisation de la vision que les Montpelliérains ont de leur région, elle donne quelque chose d’égocentré qui, en dehors d’un littoral bien connu, répartit à peu près les autres départements en couronne autour d’un Hérault en position centrale. Ce que quelqu’un définit comme « une tête qui enfle et un corps et des membres qui s’atrophient ». Ou, encore, à propos d’un projet d’affiche : « je ne mettrai pas de ville à cause des préjugés et de toute la publicité que les municipalités développent ».
Montpellier vs/. Languedoc-Roussillon
Sur ce fond fluant, car à chacun sa région ou presque, des évidences, et tout d’abord l’incontestable présence d’une capitale, souhaitée ou honnie. Montpellier « capitale pour tout le monde » pose la question des rapports ville (phénomène ponctuel)… espace (extension territoriale). On reconnaît volontiers le poids socio-économique de Montpellier, on constate la présence d’un Grand Montpellier, on voit mal un Montpelliérais sans autre existence que pour une désignation commode d’une périphérie non institutionnalisée sur le plan administratif, on imagine mal un Hérault oriental comme on supporte mal un Languedoc oriental, on oppose volontiers Montpellier au reste de la région.
Il n’y a là rien d’étonnant, et de la même façon assimile-t-on Nîmes et le Gard, Mende et la Lozère, Perpignan au Roussillon. Dès lors on ne s’étonne plus des slogans proposés, qui ont fait sourire, sur l’« entreprenante » – dans un environnement amorphe, la « surdouée » dans une région banalement ensoleillée.
Montpellier est désormais connue et reconnue ; au plan mondial comme centre universitaire ancien ; au plan européen comme ville universitaire et comme ville de la France méridionale ; au plan national comme ville méridionale et comme centre urbain dynamique ; au plan régional comme centre urbain dynamique, vu en positif ou en négatif. Sur cette chaîne de représentations, l’arrivée de la technopole remet l’ensemble de l’image en question. Mais elle s’inscrit à la suite de toute la logique qui l’a précédée. Désormais il faudra compter un peu plus avec Montpellier, et d’autres sites en profitent, qui se situent par rapport à la capitale régionale.
La dernière opinion publiée date du 3 mai 1987, dans « Le Monde » : « Parmi les images ou représentations associées à la ville, l’Université arrive en tête et l’industrie en dernier. Le terme de technopole apparaît pour la première fois. Parmi les travaux et réalisations, le nouveau quartier d’Antigone est en tête pour la notoriété et le salon d’Euromédecine pour les manifestations publiques, juste avant les festivals de musique et de danse ».
Conclusion : Montpellier « capitale AU Sud ? »
Capitale au Sud, et non du Sud : ne lisons pas trop vite. Entre Barcelone et Lyon, Marseille et Toulouse, la ville n’est ni de taille ni de poids comparables. Elle est pourtant une des rares en France sinon la seule à s’identifier pleinement à la Technopole au point d’en reprendre la formule dans son label publicitaire : « Montpellier L.R. Technopole » qui succède à la « Capitale régionale », au « Ruban bleu de l’expansion », à « la Ville entreprenante », au « Berceau du futur » et autre « Montpellier la surdouée ». Plus qu’ailleurs peut-être, l’ensemble du discours sur la ville fait référence à la Technopole et toute la politique urbaine semble s’y rallier, ne serait-ce que pour que « l’image de l’agglomération montpelliéraine soit désormais bien installée dans la Région, en France et à l’étranger » (G. Frêche, Éditorial. Puissance 15. N° 30. Juin 1987). Simple image de marque ou réalité économique plus profonde, le passage à la Technopole semble bien contenir tous les espoirs et toutes les ambitions d’une ville dont le cadre de référence est de plus en plus européen ou méditerranéen que strictement régional.
« Technopole, le mot est lancé… Il fait choc ! Le Japon, les États-Unis, l’Europe… Montpellier sont au rendez-vous… Beaucoup d’images, beaucoup de visions, un peu d’utopie, mais aussi pour ceux qui auraient du souffle, le projet avoué d’être des exemples de vie pour le XXIe siècle » (Montpellier votre Ville N° 93. Novembre-Décembre 1986). Raccourci évocateur du Maire-adjoint de Montpellier, Vice-président de l’Association Montpellier L.R. Technopole qui situe immédiatement l’importance du discours dans la politique suivie.
Après Kumamoto dans la Silicon Island de Kyu Shu en 1986 et Birmingham capitale industrielle des Midlands en 1987, Montpellier recevra en 1988 la Conférence annuelle de l’Association Internationale des Technopoles et Parcs scientifiques. Par ailleurs, la Société Eurosud Technopole, émanation de Montpellier L.R. Technopole se voit confier la réalisation du réseau informatisé des opportunités de transferts de technologies entre les sociétés établies dans les technopoles et parcs scientifiques. Situation pour le moins paradoxale, la dernière-née des technopoles serait-elle en voie de s’imposer dans le concert mondial des « leaders » ?
Notes
1. Montpellier L.R. Technopole. District de Montpellier, juin 1986, chapitre 1.
2. « Le Monde », 8-14 juin 1982. Une semaine en Languedoc-Roussillon.
3. Nous avons montré par ailleurs (« Montpellier L.R. Technopole ». Communication au colloque de Géographie urbaine et industrielle, Toulouse, 1986) l’étendue des thèmes porteurs, créateurs de l’image mythique de la Technopole, cité du futur, thèmes qui exprimaient les vocations et les potentialités de la ville millénaire. La Technopole puise sa substance dans l’histoire et le passé – récent ou ancien – de la cité.
4. Le bulletin municipal « Montpellier votre ville » se prête au jeu de l’interview d’entrepreneurs dont il est intéressant d’examiner les réponses. Montpellier, ville pour managers ? Un directeur d’entreprise est présenté sous « la fougue d’un Méditerranéen et l’efficacité d’un ordinateur ». Origine : Algérienne (« j’ai toujours cherché à retrouver la Méditerranée »), après un long périple par l’Afrique, l’Amérique Latine, l’Europe, il s’installe à Montpellier ; son épouse reprend des études (inscrite en histoire de l’art à l’université Paul Valéry) et, pour ses enfants, il est « désireux qu’ils puissent trouver des racines ». Une impression prédomine : celle d’un environnement marqué par le foisonnement culturel de la ville qui attire de nombreux visiteurs. Ils viennent d’abord en vacances, découvrent la ville et peuvent songer à s’y installer. Les festivals sont des atouts particulièrement séduisants… » Son choix fut donc clair « face à un poste très important à Paris ».
5. L’association s’est dotée d’un Comité Scientifique et Technique et propose une charte de développement centrée sur trois objectifs majeurs :
– mise à niveau du tissu économique de la région,
– création d’emploi,
– élaboration d’un tissu d’activités « tertiaires supérieures ».
6. Voir R. Ferras, Géopolitique des régions françaises : le Languedoc-Roussillon, Lacoste, Flammarion.
7. Sans personnalisation aucune, on rappellera que les municipalités Delmas et Frêche ont compté chacune comme adjoint un géographe, F. Doumenge et R. Dugrand, ce dernier toujours en fonction et délégué à l’urbanisme.
