Des Rocozels aux Rosset-de-Rocozels-de-Fleury en passant par les Fleury
Leurs rapports avec l’Église de Lodève (12e-18e siècles)
Des Rocozels aux Rosset-de-Rocozels-de-Fleury en passant par les Fleury
Leurs rapports avec l’Église de Lodève (12e-18e siècles) (*)
p. 29 à 46
(*) Afin d’éviter, en cours de texte, de trop nombreuses répétitions de références bibliographiques, nous avons pris le parti de nous limiter à l’indication, une fois pour toutes, des sources le plus généralement consultées. Quant aux autres, elles trouveront leur place au sein des notes de commentaires correspondantes.
La famille de Rocozels
L’ancienne famille féodale de Rocozels était présente dans le fief de même nom, au plus tard en 1025. Elle y était alors minoritaire. Cependant, elle avait déjà des droits sur Ceilhes et le coseigneur résidant au château voisin de Bouloc lui devait foi et hommage.
En 1331, par un achat aux Thézan-Poujol, les Rocozels devinrent définitivement dominants. Enfin, au 17e siècle, leurs descendants, issus de l’alliance de leur dernière héritière, en 1598, avec une famille du Lodévois, les Rosset de la Vernède et de Gourgas, réalisèrent l’unification des seigneuries de Rocozels, de Bouloc et de Ceilhes 1.
Malgré tous les éléments dont nous disposons, nous ne pouvons, malheureusement pas, jusqu’à la fin du 15e siècle, établir une généalogie cohérente pour la Maison de Rocozels. Hormis quelques filiations certaines dévoilées par des contrats de mariage ou des testaments, on doit se borner à constater, à telle ou telle époque, la présence et la succession des Guillaume, Frotard, Astulphe, Raymond, etc., le prénom d’Astulphe étant le plus fréquent 2.
Cette famille n’était pas seulement dans le diocèse de Béziers. Dès le 11e siècle, on la voit présente dans les diocèses voisins, en Rouergue comme en Languedoc, notamment dans le diocèse de Lodève 3. Ici et là, nombreux furent les Rocozels, et particulièrement dans la religion, qu’il s’agisse des ordres ou du clergé séculier.
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Dans le diocèse de Béziers, au Moyen-Âge, le plus illustre d’entre eux fut Guillaume, d’abord abbé de Saint-Aphrodise et chanoine de Saint-Nazaire (1180-1198) qui devint, en 1198, sous le nom de Guillaume IV, le 36e évêque de Béziers. Il fut assassiné par ses serviteurs en 1205, soit vers la fin de la période de prédication qui précéda la croisade militaire contre les Albigeois.
Dans l’Église de Lodève, dès 1157, on relève aussi un Guillaume de-Rocozels, chanoine. Il intervint dans un différend entre l’évêque Pierre II de Posquières et le commandeur des Hospitaliers de Nébian. Nous ignorons s’il s’agit du futur évêque de Béziers.
Mais, c’est avec Raymond, que l’on voit d’abord chanoine en 1236, puis syndic du chapitre, et enfin évêque de Lodève à partir de 1262, sous le nom de Raymond III, que les Rocozels furent fortement entraînés vers ce diocèse.
Avant de consacrer un chapitre spécial au prélat, signalons que, durant sa présence sur le siège, l’un de ses parents, Paul de-Rocozels, fut son viguier. Il est mentionné en tant que tel dans un acte de 1262 de l’inventaire de Briçonnet (25 mars 1262 – 24 mars 1263). Nous voyons aussi, d’après le cartulaire de Lodève, que, le 18 mars de la même année, frater Bernardus de Rocosello, prédicateur, était présent lors de l’importante charte communale rédigée par Gui Foulques, métropolitain de Narbonne, arbitre entre l’évêque Raymond II de Belin et les habitants. D’après le même cartulaire, en 1273, un Guillaume de-Rocozels était parmi les chanoines. Le 6 mars de cette année, avec Pons Dupont, autre membre du chapitre, il accorda, au monastère Saint-Sauveur, une autorisation en faveur de la construction d’un aqueduc pour amener l’eau de Fonbonne au monastère. Enfin, Briçonnet mentionne, en 1280, Raymond de-Rocozels, viguier et neveu de l’évêque.
Par ailleurs, durant le 13e siècle, Adhémar (alias : Guillaume-Adhémar), peut-être frère de l’évêque, épousa Raymonde de-Malian (alias : Mallian), d’une ancienne famille dont les possessions s’étendaient des Salces jusqu’à Soubès. Raymonde apporta ses droits sur Fozières dans la famille de son mari et celle-ci prospéra dans le Lodévois sans, pour autant, abandonner Rocozels.
Le premier héritier d’Adhémar fut un Astulphe, qui en précéda plusieurs autres. En 1463, l’un d’eux céda sa coseigneurie de Fozières à Guiraud de-Latreilhe, neveu de l’évêque, Pierre IV, de même nom 4.
Il semble que, désormais, les Rocozels n’eurent plus de droits seigneuriaux dans le diocèse. Mais leurs descendants et les familles alliées les plus proches eurent de nombreux rapports avec l’Église de Lodève jusqu’au 18e siècle, qu’il s’agisse des Rosset, des Rosset-de-Rocozels, des Fleury ou des Rosset-de-Rocozels-de-Fleury.
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Raymond III de Rocozels, évêque de Lodève (1262-1280)
Le long épiscopat de Raymond de-Rocozels ne connut pas des épisodes aussi tragiques que celui de son parent Guillaume IV, évêque de Béziers au début du 13e siècle. Il fut même assez paisible, comparé à celui de Raymond de-Belin, son prédécesseur immédiat sur le siège de Lodève, agité par les revendications communales de la ville. Cependant, il fut des mieux remplis.
Mais avant d’apporter quelques informations sur cet épiscopat, il nous faut aborder plusieurs points qui méritent d’autant plus qu’on s’y arrête qu’ils ont donné lieu à des avis divergents de la part des historiens.
Il s’agit, tout d’abord, du nom même de ce prélat.
En effet, pour le désigner, on a écrit, par exemple, tantôt Raimond-Astulphe, dit de Rocozels, tantôt Raymond-d’Astulphe-de-Rocozels, tantôt Raymond-Astulphe, tantôt, tout simplement Astulphe, Astolphe ou même Astolfe, et plusieurs auteurs ont pensé qu’Astulphe était le patronyme.
Après nos recherches approfondies sur l’ancienne Maison des Rocozels, nous estimons que cette hypothèse est à écarter. Astulphe ou ses variantes, doit être pris ici dans le sens de fils d’Astulphe et de Rocozels est bien le patronyme, confondu avec le nom du fief d’origine de la famille. Ceci n’exclut pas qu’ailleurs Astulphe, et ses variantes, aient pu être des patronymes. On connait, en effet, un Astolfe roi des Lombards en 749, un autre, évêque de Catanzaro en 1369, etc.
Sceau de Raymond de Rocozels évêque de Lodève (1262-1280)
Vidimus par Raymond, évêque de Lodève, d’une bulle de Grégoire X, datée d’Orviéto, le 24 septembre 1271, au sujet de quelques personnes qui dissimulaient leur avoir et frustraient l’ordre du Temple des dîmes ou autres revenus qu’elles lui devaient.
Daté du 23 mai 1273.
D’après A. de Hoym de Marien dans : Mélanges de littérature et d’histoire religieuse publiés à l’occasion du jubilé épiscopal de Mgr de Cabrières (Paris 1899) II, p.98.
Sceau en cire blonde appendu sur double bande en parchemin.
S(IGILLUM) R(AMUNDI) MISERATIO(NE DIVIN) A
LODOVEN (sis) EP(iscop(l)
Contre-sceau : ˨ SANCTUS GENESIUS
Dans ces conditions, les seules formules valables, ici, sont Raymond de-Rocozels, ou si l’on veut, Raymond-d’Astulphe de-Rocozels. Pour notre part, nous avons adopté la plus simple.
Les auteurs ne sont pas non plus d’accord sur les dates d’élection et de sacre de Raymond III. De ce fait, la place de celui-ci dans la chronologie des évêques de Lodève varie du 31e rang, que lui attribue H. Fisquet, très incomplet, au 47e que lui donnent Plantavit de-la-Pause et son traducteur H.G. Paris d’après la Chronologia. Ces derniers, comme Bernard Gui, le confondent, d’ailleurs, avec Raymond II de Belin qui l’a précédé de 1259 à 1262. Cette erreur est reproduite, avec celle du nom, sur la plaque de marbre de la chapelle Saint-Michel (alias : des Évêques) dans la cathédrale Saint Fulcran.
D’après les tables de l’Église de Narbonne, le Gallia Christiana place le sacre au 13 janvier 1263, ce qui paraît exact et est admis par E. Martin. Quant à l’élection, ce dernier la situe à juste titre pensons-nous, dans les derniers mois de 1262. C’est donc le 41e rang, attribué par E. Martin, qui semble correct.
Le siège métropolitain étant vacant au début de l’année suivante, c’est Pierre II Raymond de-Fabre, évêque d’Agde, qui reçut le serment du nouvel évêque au chapitre de Narbonne.
Par ailleurs, reprenant Plantavit de-la-Pause, de nombreux auteurs ont fait état de sérieuses difficultés qu’aurait soulevées le comte de Rodez à propos de l’élection de Raymond de-Rocozels, en 1262. En bref, d’après ces auteurs, les comtes de Rodez, en dépit des concessions accordées par leurs prédécesseurs et des importantes libéralités royales concernant les droits et privilèges des évêques de Lodève, auraient protesté, lors de cette élection, du fait que la vacance du siège ne leur avait pas été confiée et que, d’autre part, durant cette vacance, le peuple de Lodève avait recreusé les fossés autour de la ville.
Mais, si, en eux-mêmes, les faits sont véridiques, la date donnée est inexacte, comme l’a bien expliqué J. Rouquette. La faute incombe initialement à Briçonnet dans son inventaire. Il s’agit de 1162 et du début de l’épiscopat de Gaucelin de Montpeyroux, et non de 1262. A cette dernière date, bien qu’il fallut encore attendre un bon siècle pour que l’évêque prit le titre de comte de Lodève, les droits des comtes de Rodez n’appartenaient plus depuis longtemps qu’au passé.
Enfin, il existe des contradictions – moins importantes, il est vrai – entre les auteurs quant à la date finale de l’épiscopat de Raymond III. Les uns croient à l’année 1279, les autres à l’année suivante.
Tous éléments réunis, il nous paraît que l’hypothèse d’E. Martin, confirmée par J. Rouquette, doit être retenue : la transmission du siège ne peut avoir eu lieu qu’entre le 25 mars et le 17 août 1280.
Nous l’avons dit, l’épiscopat de Raymond III fut des mieux remplis, justifiant, s’il en était besoin, l’opinion émise par les auteurs du Gallia Christiana, à savoir que nulle autre Église que celle de Lodève ne doit autant à ses évêques.
Dans les limites de la présente étude, nous ne pouvons rapporter, en détail, toutes les informations connues sur les décisions ou les événements qui ont jalonné la période considérée. Condamné à un choix, nous avons orienté celui-ci sur l’organisation et la puissance temporelle de l’Église de Lodève et, pour ce dernier point, sur quelques-uns des nombreux démêlés de l’évêque avec ses vassaux récalcitrants de Clermont, la puissante famille des Guilhems.
En 1263, Guillaume de Parlatges et son épouse reconnurent à l’évêque tous les droits seigneuriaux qu’ils avaient à Lodève, à Sainte-Eulalie de la Recluse, à Saint-Genès-des-Fours, à Saint-Michel-d’Alajou, à Saint-Pierre-de-la-Fage, à Saint-Maurice, etc., sous la redevance de la quatrième partie d’un cerf, ou, à défaut, la troisième partie d’un bélier, et, pour les trois parties cumulées, d’un bélier entier 5.
Le 5 septembre 1264, Raymond statua que, désormais, l’archiprêtre serait pris parmi les treize chanoines et aurait rang, dans le chœur et au chapitre, après l’archidiacre, le sacristain et le précenteur.
La même année, Bérenger de Guilhem lui reconnut le château de Clermont et ses dépendances, Ceyras excepté. Par ailleurs, Ginalfred de Faugères fit de même pour son château de Malavieille et le village de Salasc, avec leurs tours, portes et clés. Le seigneur de Faugères rendit aussi, au procureur de l’évêque, (le bailli du Caylar), le château de Pégairolles-de-Buèges et Bertrand, coseigneur, en fit autant pour son château de Saint-Privat.
Le 22 juin 1265, Hugues de Sauve, chanoine, arbitra un conflit entre l’évêque et Pierre IV de Sauve, abbé d’Aniane, son parent, au sujet de la justice, des bans, etc., sur le village de Coussenas, sur d’autres lieux des manses de Paulhan et de Mauran (?), sur Saint-André, Saint-Félix, Saint-Saturnin, Ceyras, le château de Montpeyroux, etc. 6
La même année, l’évêque reçut en don, de son cousin, autre Raymond de Rocozels, pour être réunie à la manse épiscopale, la portion de dîmes que ledit Raymond percevait dans la communauté de Saint-Maurice. De même, Aldebert Segnoret, chanoine, donna à Raymond III le domaine de Lambertel (?), dans la paroisse de Loiras et diverses manses de la paroisse de Sainte-Marie-de-Prunet 7.
C’est également en 1265 que Raymond de Vissec reconnut à l’évêque de Lodève le château de Latude.
En 1266, Raymond Pierre, seigneur de Popian, et Brémond Rostaing décidèrent de construire un moulin sur l’Hérault, entre le pont de Gignac et le confluent de la Lergue, sur la terre de Jourmac. Mais, pour réaliser la chaussée, il leur fallait l’autorisation de l’évêque dont la juridiction s’étendait, du côté opposé, jusqu’au milieu du fleuve. La barque au service du moulin devait aussi pouvoir aborder l’autre rive. L’évêque de Lodève leur donna, en emphytéose, les autorisations demandées, sous réserve d’un droit d’acapte et d’un droit d’usage 8.
En 1269, avec l’assentiment du chapitre, Raymond III décida que, désormais, en cas de vacance d’un canonicat, le nouveau titulaire ne percevrait aucun revenu la première année et que ce revenu reviendrait à l’évêque.
En 1270, Raymond de Rocozels présenta au roi Saint-Louis une requête dans laquelle il se plaignait d’avoir été tenu d’aller devant Guillaume de-Cohardon, sénéchal de Carcassonne et de Béziers, pour prêter serment et reconnaître les biens qu’il tenait directement du souverain.
Le 30 janvier de la même année, Bérenger de Guilhem reconnut à l’évêque les droits régaliens que celui-ci avait dans le diocèse, notamment le droit de battre monnaie, la propriété des chemins publics, etc. Il lui reconnut aussi le château de Clermont et tout ce qu’il possédait dans les lieux de Mourèze, de Liausson, de Brignac, de Canet, de Nébian, de Salasc, de Foncasse (?) et, en général, tout ce qu’il avait dans le diocèse : biens, personnes, tours, portes et clés, fossés, etc. Il promit à l’évêque de lui remettre le château et les autres lieux en cas de guerre et de le suivre, avec ses propres vassaux en armes, pour défendre les droits épiscopaux.
La même année, Aymeric de Clermont, seigneur de Lacoste et cousin de Bérenger, reconnut à l’évêque tout ce qu’il avait dans le diocèse et, notamment, à Lacoste, l’Alverne, Leneyrac, Saint-Guiraud, Saint-Félix, Jonquières, Nizas, Ceyras, et Saint-Privat 9.
La même année encore, avec le consentement du chapitre, Raymond III restitua à Bérenger de Guilhem l’universalité des biens bénéficiaires du château de Clermont pour qu’ils soient désormais tenus en fief par Bérenger, sous réserve des droits de l’évêque sur la commanderie des Hospitaliers de Nébian.
En 1271, le sénéchal de Carcassonne et de Béziers décida que le seigneur de Clermont était tenu de rendre à l’évêque son château de Clermont et toutes ses dépendances, Ceyras excepté.
Le 10 juin se termina, par un arbitrage, le litige qui opposait Raymond III à Paul de Clermont à propos du lieu de Celles.
Le 7 février 1272, un autre arbitrage régla un échange de manses avec Bernard de Raymond de Montpeyroux et Pons de-Vailhauquès, seigneurs du Bosc.
Cette même année, Raymond III se joignit aux autres évêques de la province de Narbonne qui écrivirent au pape Grégoire X et aux cardinaux, réunis à Viterbe, pour obtenir que Pierre de Montbrun, archevêque élu de Narbonne, pût venir, le plus tôt possible, prendre possession de son siège métropolitain.
En 1274, Raymond confirma la donation faite aux Hospitaliers de Nébian de l’église du Caylar, par les chanoines de Lodève, de la part de Raymond de Madières, ancien évêque de Lodève.
La même année, il fut parmi les évêques convoqués à Carcassonne, le jeudi après la fête de Saint Nicolas, par le sénéchal, Guillaume de-Cohardon, pour délibérer sur les mesures à prendre pour empêcher la sortie du blé de la province.
Le 27 mars 1275, il ratifia l’échange intervenu entre l’abbé de Saint-Sauveur de Lodève et l’abbesse de Nonenque, au diocèse de Vabres. L’abbé cédait l’église de Saint-Baudile-de-Félis. De son côté, l’abbesse donnait l’église de Saint- Etienne-de-Rongas et l’oratoire de Saint-Vincent-de-Fouscaïs 10.
En cette même année fut réglé un différend entre l’évêque et l’abbaye de Saint-Guilhem-le-Désert, touchant à la paroisse de Sainte-Marie-des-Salces 11.
En 1276, Raymond reçut les reconnaissances de Pierre et Jean Borrassac pour leurs biens à Lavalette.
C’est en 1277 qu’intervint un accord entre le chapitre et les habitants de Lodève, assemblés sur la place Saint-Genès, accord d’après lequel la communauté ne devrait payer au chapitre que la 25e partie de l’huile récoltée, la 20e partie de la première coupe de foin et la 12e partie des autres coupes.
La même année, Raymond III fut convoqué au concile de Carcassonne. En 1279, il fut également invité au concile de Béziers. Mais il dut s’excuser en raison de son extrême vieillesse qui l’empêchait de se déplacer.
Raymond III mourut, chargé d’ans, en 1280. Il fut inhumé dans la chapelle construite sous le clocher de la cathédrale, auprès de ses prédécesseurs sur le siège de Lodève 12.
Ses armes étaient celles des Rocozels : d’azur, à trois rocs d’échiquier d’or, posés deux et un 13.
Le décès de Raymond III ne mit pas fin à la présence de membres de sa famille à l’évêché de Lodève.
En 1292, un Guillaume de-Rocozels figurait parmi les chanoines. On peut penser qu’il s’agit du « Sr de Roqueseil » qui était, au même moment, vicaire de l’évêque. Mais on ne peut dire s’il s’agit aussi du Guillaume que l’on trouve encore, en 1315, au sein du chapître et qui, avec Raymond-André, autre chanoine, arbitra un différend entre l’évêque, Bernard Guidonis (alias Bernard IV de la Guionie, alias Bernard Gui) et le seigneur de Pégairolles, Pons Albrand, à propos d’une donation faite, en 1217, à l’évêque Pierre IV par Raymond de Saint-Maurice, seigneur de Montpaon, en Rouergue 14.
Un autre Guillaume de Rocozels apparaît encore en 1372, sous Jean II, comme vicaire général. Bien qu’à l’époque on fut très jeune pourvu d’un canonicat, il peut être hasardeux de penser qu’il s’agit du précédent. Quoi qu’il en soit, Plantavit le donne comme ayant institué, le 15 mai de cette année, la confrérie du Saint-Sacrement dans la chapelle Notre-Dame de la cathédrale.
Durant la période 1410-1414, un représentant des Rocozels, Jean était à nouveau parmi les chanoines ; puis, en 1445, un autre – peut-être était-ce le même. Il était aussi prieur de Notre-Dame de Lauroux. Il testa, durant cette année, en faveur de son neveu, Astulphe, seigneur de Rocozels 15. Nous pensons qu’il était fils et frère d’autres Astulphes, héritiers successifs de la famille.
Son frère, Pierre, était docteur en droit canon. Il avait été prieur de la basilique de la Daurade à Toulouse et avait assisté au célèbre concile de Constance (1414). Sous le nom de Pierre VII il était devenu abbé régulier d’Aniane, au diocèse de Montpellier, en 1422 ou 1423 et était mort en 1443, vers le mois d’avril. En 1427, il avait traité avec l’évêque de Lodève, Michel Lebœuf.
La famille de Rosset
Les Rosset furent beaucoup moins présents que les Rocozels dans l’Église de Lodève, qu’il s’agisse de leur branche de Lavalette et Soubès ou de celle de La Vernède et Gourgas.
Toutefois, c’est un de leurs ecclésiastiques, Antoine, chanoine de Lodève, fils de Philippe Il fondateur de la branche de la Vernède et Gourgas, qui, par l’acquisition de biens nobles, fut à l’origine, modeste, de la noblesse de sa famille. En effet, le 9 janvier 1518, il acheta, à La Vernède, d’une part, la maison qu’y possédait Mgr de Briçonnet, évêque de Nîmes, et, d’autre part, une terre aux Roquefeuil. Il céda ces biens à son frère, Pierre IV, entre 1521 et 1524.
Après lui, on trouve au chapitre Etienne, fils de Pierre IV et d’isabelle de Lasset. Il était frère de Pierre V de Rosset et de Thomas, qui fut premier consul de Lodève et dont la fille, Lucrèce, épousa Pierre Fleury, l’aïeul du futur cardinal 16.
Enfin, au début du 18e siècle, on peut noter un Guillaume de Rosset qui, en 1701, résigna son canonicat en faveur de son parent Henry de-Rosset-de-Rocozels que nous rencontrerons plus loin 17.
La famille de Fleury
Étant donné le personnage considérable que fut le cardinal de Fleury, notamment dans le domaine de l’Église, on pourrait supposer que sa famille compta de nombreux membres parmi le clergé séculier ou dans les ordres. Mais cet apriorisme ne correspondrait pas à la réalité.
En effet, depuis l’année 1571 où apparut, modestement, à Lodève, un certain Estienne Fleury, venant de Gignac, premier représentant connu de cette famille, jusqu’à l’extinction de celle-ci, au 18e siècle, on ne compte, dans la religion, que Fleury lui-même et sa sœur, Diane, la plus jeune des onze enfants que Diane de Latreilhe donna à son second mari, Jean de Fleury. Diane entra aux Ursulines de Lodève.
Il est non moins remarquable de relever que Fleury n’apparut, somme toute, qu’assez peu dans les annales religieuses de Lodève, ou même dans celles du diocèse voisin de Montpellier.
Né le 22 juin 1653, Hercule de Fleury ne fut baptisé à Saint Fulcran que le 14 juillet suivant 18. Emmené, dès l’âge de six ans, à Paris, pour y faire ses études, par son oncle Pierre-Moïse qui fut son découvreur, il fut destiné, très jeune, à l’état ecclésiastique.
Sans doute reçut-il la tonsure de Mgr Roger de-Harlay-de-Cési, évêque de Lodève. Mais la cérémonie se déroula à Paris, dans la chapelle de l’hôtel de Ventadour, le 2 février 1666. Sans doute aussi fut-il pourvu, dès le 25 février 1668, d’un canonicat précoce à Montpellier. Mais, contrairement à ce qu’on a souvent écrit, il ne vint pas personnellement en prendre possession. Il fut autorisé à rester à Paris pour y poursuivre son éducation et c’est à Paris que se déroulèrent toutes les étapes de sa carrière ecclésiastique, à l’exception de son épiscopat à Fréjus.
Si, en 1689, l’abbé de Fleury fut pourvu, à Lodève, de la chapellenie des 11000 vierges dans l’ancienne église Saint-Pierre 19, il est vraisemblable que ce fait ne correspondit, fortuitement, qu’à la courte disgrâce qui, de 1689 à 1691, exila Fleury à Montpellier, où il se consacra à la prédication. Après, on ne le voit plus dans sa région natale qu’exceptionnellement, en 1713, au moment où le décès de son frère Henry, seigneur de Dio et baron de Pérignan, fit de lui le dernier héritier de la famille et exigea sa présence pour le règlement des affaires, importantes et délicates, qui résultaient de sa nouvelle situation 20.
Et pourtant, bien qu’éloigné physiquement de Lodève durant la quasi-totalité de sa longue vie, on sait bien que Fleury y fut omniprésent dans tous les domaines, et spécialement dans celui de la religion.
Sur place, il avait la famille alliée des Rosset-de-Rocozels, dont nous verrons plus loin qu’elle était bien placée à l’évêché, mais peut-être surtout, sa chère sœur Diane – en religion sœur de Sainte Marie – qui, devenue supérieure des Ursulines, succomba, le 7 février 1732, après cinquante années de piété. Elle avait souvent servi d’intermédiaire, et même de médiateur, tant pour des affaires de famille que pour d’autres, touchant à son couvent ou à l’évêché.
Il faut sans doute souligner ici l’intérêt spécial que, devenu tout-puissant ministre d’État et cardinal, Fleury porta, jusqu’à sa mort, survenue le 29 janvier 1743, au diocèse de Lodève. A cet égard, les travaux d’E. Appolis concernant la grande crise janséniste du 18e siècle, et plus particulièrement les épiscopats de Jacques-Antoine Phélypeaux (1690-1732) et de Jean-Georges de Souillac (1733-1750), sont aussi riches et convaincants qu’on peut l’espérer.
Nous reviendrons plus loin sur André-Hercule de-Fleury, le plus illustre des enfants de Lodève.
La famille de Rosset-de-Rocozels
Cette famille, nous l’avons vu, fut fondée en 1598 21. Elle résulta de l’union de Catherine de-Rocozels, fille de Charles et dernière héritière de sa famille, avec François de Rosset, unique fils de Jean et héritier des Rosset de la Vernède et de Gourgas. Ceux-ci poursuivirent donc leur descendance à Rocozels.
Les Rosset-de-Rocozels avaient conservé leurs seigneuries et divers biens dans le diocèse de Lodève. Par ailleurs, l’alliance, en 1680, de Bernardin, petit fils de François, avec Marie de Fleury, sœur cadette d’André-Hercule, devait les rappeler, davantage encore, vers leurs origines et, spécialement, vers l’Église de Lodève.
Deux des sœurs de Bernardin, Marie et Jeanne, nées respectivement les 20 septembre 1638 et 19 septembre 1641, à Rocozels, furent religieuses aux Ursulines de la ville épiscopale, la première sous le nom de sœur Marie de la Nativité, la seconde sous celui de Jeanne des Séraphins 22.
Leur frère aîné, Jean-Louis (alias Louis), né, lui aussi, au château de Rocozels, le 26 juillet 1640, fut prieur de Montagnol, au diocèse de Vabres,et de Notre-Dame du Caylar puis il devint chanoine de Lodève et enfin archidiacre du chapitre de 1696 à 1718 23.
A la génération suivante, parmi les enfants de Bernardin et de Marie de Fleury, l’aîné des garçons, Jean-Hercule, filleul du futur cardinal, devant poursuivre la descendance, son cadet, Henry, fut destiné à la carrière ecclésiastique. Il fut longtemps présent dans l’Église de Lodève 24.
Il naquit à l’ombre de Saint Fulcran, le 20 juillet 1686 et fut baptisé en la cathédrale le 22 du même mois. Après y avoir reçu la tonsure en 1697 25, il devint, en 1701, membre du chapitre sur résignation de son parent Guillaume de-Rosset 26. Jusqu’à la fin de ses jours, il fut dénommé Henry de-Rosset-de-Ceilhes ou, plus simplement, l’abbé de Ceilhes.
Titulaire de la chapellenie des 11000 vierges de l’église Saint-Pierre en 1704, après son oncle André-Hercule de Fleury, il était encore en possession de ce bénéfice en 1733.
En 1718, sur résignation de son autre oncle, Louis de Rosset-de-Rocozels, il devint archidiacre de Lodève. Il devait conserver cette charge jusqu’en 1730. A ce moment, il la résigna à son tour en faveur de son cousin Henry Benoist-de-la-Prunarède, d’une famille du Lodévois apparentée aux Latreilhe 27.
En 1721, il reçut en commende l’abbaye de Sorèze, puis, en 1729, celle de Saint- Saturnin (alias Saint–Sernin) de Toulouse.
L’abbé de Ceilhes résidait surtout à Lodève où, malgré l’inconduite notoire de l’évêque Phélypeaux, il restait en très bons termes avec le prélat. C’est lui qui, lors des obsèques de ce dernier, le 19 avril 1732, célèbre l’office funèbre.
A ce moment, le clan-Fleury dans la région put espérer, pour l’abbé, obtenir du cardinal-ministre tout-puissant, le siège de Lodève. Ce fut peine perdue en cette période délicate, c’est Souillac qui fut nommé.
En 1740, l’abbé de Ceilhes se démit de Sorèze et reçut l’abbaye de Froidmont, au diocèse de Beauvais. Désormais, il se détacha du Lodévois. On ne le retrouve plus qu’à Toulouse et à Paris, où il mourut le 20 février 1748.
La famille de Rosset-de-Rocozels-de-Fleury
En fait, cette famille n’est que la continuation des Rosset-de-Rocozels, avec adjonction d’un autre nom qui eut nettement tendance à éclipser les autres, ce qui était d’ailleurs le but recherché.
Elle fut fondée par Jean-Hercule, héritier de son père, Bernardin de Rosset-de-Rocozels, et qui reçut, en outre, de son oncle maternel, alors évêque de Fréjus, tous les biens de la famille Fleury que ce dernier venait lui-même de recueillir.
Elle devint Fleury par la volonté de Fleury de perpétuer son patronyme, alors voué à l’extinction. Pour cela, après une minutieuse préparation de longue date, devenu ministre d’État, il fit ériger en duché-pairie de Fleury toutes les terres déjà rassemblées sur la tête de son neveu en 1736 baronnie de Pérignan et marquisat de Rocozels 28.
La descendance du premier duc de Fleury ne compte de religieux que dans son premier degré, d’ailleurs remarquable. Là, parmi les dix enfants de Jean-Hercule et de Marie de Rey, on relève :
— d’une part, deux chevaliers de Malte, dits chevaliers de Fleury, Jean-André et Pons-François, devenus commandeurs et même, pour celui-ci, bailli et ambassadeur de Malte auprès de Louis XV ;
— d’autre part, deux prélats, Pierre-Augustin-Bernardin et Henry-Marie-Bernardin, d’abord connus sous le nom d’abbés de Fleury. Le premier d’entre eux devint premier aumônier de la reine Marie Leczinska, puis évêque de Chartres et grand-aumônier de la reine Marie-Antoinette. Le second fut chanoine de Notre-Dame de Paris, archevêque de Tours, puis archevêque-duc de Cambrai.
Si les chevaliers de Fleury n’ont laissé aucune trace dans la région, par contre, les deux autres de ces personnages y vinrent, au moins en 1738, pour un séjour de vacances, au château de Bouloc-lez-Ceilhes. Mais, seul, le dernier fut pourvu d’une charge religieuse dans le diocèse de Lodève, en l’occurrence la chapellenie des 11000 vierges qui, en 1733, lui fut cédée par son oncle Henry, l’abbé de Ceilhes.
Les chapelles
Au fil de la lecture, nous avons pu noter que plusieurs des ecclésiastiques passés en revue avaient été pourvus de la chapellenie des 11000 vierges dans l’église Saint-Pierre de Lodève.
Il nous paraît donc nécessaire de revenir sur cette fondation à laquelle les Fleury furent liés depuis le milieu du 17e siècle, sensiblement à la même époque où Pierre de Fleury, l’aïeul du cardinal, fonda une chapelle familiale dans la cathédrale.
Dès lors, le droit de patronage et de collation de ces deux chapelles passa successivement aux Fleury, puis aux Rosset-de-Rocozels et à leurs héritiers.
La chapelle des 11000 vierges de l’église Saint-Pierre.
Bien qu’on le trouve ailleurs, le nom de cette chapelle peut paraître insolite ; il mérite une explication.
Cette appellation découle d’une légende attachée à l’inscription lapidaire, dite de Clématius 29 et toujours encastrée, malgré lès malheurs des guerres, dans la muraille du chœur de la basilique Sainte-Ursule de Cologne. Cette inscription peut remonter vers le milieu du quatrième siècle. Sur cet emplacement, onze vierges, les vierges de Cologne, et, à leur tête, Sainte-Ursule, auraient été martyrisées et ensevelies.
La question a donné lieu à de savantes recherches et à des controverses. D’après W. Levison, le nombre, invraisemblable, de 11000 s’expliquerait de la façon suivante lorsqu’ils utilisaient des lettres de l’alphabet pour écrire des nombres, les Romains coiffaient ces lettres d’un trait horizontal. Mais, celui-ci était aussi employé pour exprimer les multiples de 1000. D’où la confusion entre XI et 11000 30.
⁂
L’ancienne église Saint-Pierre, nommée dès 1162, avait été construite, vers le sud de la ville, dans un quartier éloigné de la cathédrale, près du confluent de la Lergue et de la Soulondre, là où l’afflux de vie s’était porté. Elle fut réédifiée au 17e siècle, sur un sol plus réduit, du fait de l’extension de la place de l’Herberie.
Elle renfermait les chapelles de la Trinité, de la Sainte-Croix, de Saint-Etienne, de Saint-Antoine, de Saint-André et des 11000 vierges 31. De nos jours, ces dénominations ont disparu.
La chapelle des 11000 vierges avait été fondée par Pierre Couronne, marchand de Lodève, au plus tard au début du 15e siècle, Il lui avait assigné un fief noble, sis à Valquières et l’on constate que, le 22 mars 1539, le chapelain, Mre Bénédicti, dénombrait au roi pour ce fief 32.
Le 1er août 1568, c’est Mre Arnaud André, bénéficier de Lodève, qui en était le chapelain. Il semble avoir succédé à Mre Barthélémy Brosses qui était entré en possession le 14 janvier de la même année 33.
Le 4 février 1629, François Couronne, habitant du faubourg Montbrun, fit donation de la chapelle fondée par ses auteurs à Mre Philippe-André Babot, son parent, bourgeois de Lodève 34.
Enfin, le 23 juillet 1651, le dit Babot légua son droit de patronage à Pierre-Moïse de Fleury, à ce moment seigneur de Dio, pour les agréables services reçus de lui 35.
Mais, les revenus du fief de Valquières étaient insuffisants. Aussi, le 22 septembre 1654, le chapelain, Mre Jean Fornier, chanoine de Lodève, le vendit-il à Jean de Fleury, frère de Pierre-Moïse, devenu seigneur de Dio, moyennant 800 livres qui étaient dues à ce dernier par la communauté et qui faisaient 40 livres de rente annuelle. Les 7 juillet et 23 août, la communauté de Dio en avait délibéré et avait entériné cette cession. De son côté, Mre Garrigue, vicaire général de l’évêque de Lodève, avait autorisé la vente par une ordonnance du 24 septembre, à la seule condition que le chapelain ne pourrait recevoir que la rente et non le capital. Les criées pour la vente avaient été faites les 3, 5, 6 et 9 septembre.
Mre Fornier demeura longtemps chapelain. On le voit encore donner quittance de la rente en 1681 36.
En 1684, c’est Mre Pierre Cauvy, curé de Joncels, qui fut pourvu de ce bénéfice 37.
En 1689, nous l’avons vu 38, la chapellenie fut donnée à un membre de la famille des Fleury, en la personne de l’abbé André-Hercule, fils de Jean. A ce moment, le futur cardinal avait été aumônier de la défunte reine Marie-Thérèse et avait participé aux assemblées générales du Clergé de 1680 et 1681. Il conserva ce bénéfice jusqu’en 1704.
C’est, on le sait déjà, son neveu, Henry, dit l’abbé de Ceilhes, alors chanoine de Lodève qui lui succéda 39. En 1733, ce dernier résigna la chapellenie au profit de son propre neveu et filleul, Henry-Marie-Bernardin de-Rosset-de-Rocozels, fils du premier duc. Le nouveau chapelain était alors jeune clerc tonsuré et bénéficier de Notre-Dame de Paris. Il n’avait encore que 15 ans ; il ne s’agissait donc pour lui que d’un bénéfice à simple tonsure, car il ne devait être ordonné prêtre qu’en 1742 40.
Le 3 avril 1737, la chapellenie fut donnée à l’abbé Jean-Pierre Icher, curé de Loiras, prieur de Notre-Dame de Rouvignac et, par ailleurs, titulaire de la chapelle seigneuriale Sainte-Catherine de Ceilhes 41. Il démissionna de ces fonctions le 21 mai 1749. Le lendemain, le deuxième duc de Fleury devenu, après son père, patron laïque et collateur, désigna pour lui succéder, tant à Lodève qu’à Ceilhes, Mre Joseph-Marie de-Latreilhe-de-Fozières, clerc tonsuré et bénéficier de la cathédrale Saint-Just de Narbonne 42.
⁂
Nous avons dit un mot de l’origine du nom de la chapelle des 11000 vierges. Cela nous permet de souligner plusieurs coïncidences qui, si elles ne sont pas purement fortuites, prouveraient une prédilection de la part des Rosset-de-Rocozels, puis des Fleury, pour la sainte patronne de Cologne, par ailleurs très populaire.
En effet, nous avons déjà mentionné, vers le milieu du 17e siècle, deux filles de Jean II de-Rosset-de-Rocozels, Marie et Jeanne, qui furent religieuses de l’ordre des Ursulines à Lodève. Parallèlement, les Fleury étaient devenus patrons de la chapelle dédiée aux vierges de Cologne et, par voie de conséquence, à Sainte-Ursule. Enfin, Diane de Fleury entrait, peu après, chez les Ursulines de la ville et allait devenir supérieure de ce couvent.
La chapelle familiale des Fleury dans la cathédrale.
Au début du 17e siècle, Pierre Fleury cumulait, dans le diocèse, les charges les plus lucratives de receveur des décimes et des tailles. Arrivé au faîte des honneurs et de la fortune, allié, par son mariage, à la famille noble des Rosset, il avait acheté, en 1607, le très bel immeuble de Thomas de-Rosset, son beau-frère et, en 1630, la seigneurie de Dio. Mais son ardent désir d’améliorer encore son prestige ne devait, semble-t’il, recevoir son couronnement qu’en 1639, lors du mariage de sa fille Françoise avec Hercule de Thésan. C’est alors qu’il prit la particule.
Entre temps, il avait fait son testament, le 28 janvier 1637 et, là encore, on retrouve une disposition caractéristique du même souci 43. En effet, outre les legs, traditionnels chez les personnes de condition, aux couvents des Recollets, des Carmes, des Frères mineurs, etc., en contrepartie d’une rente de 600 livres qu’il destinait au Chapitre, il demandait à celui-ci de trouver une place, dans la cathédrale, à un coin du cloître, pour y faire une chapelle qu’il prétendait y fonder.
A cette même fin, il léguait spécialement 1600 livres à son héritier, son fils Pierre-Moïse, président et doyen des Trésoriers de France à Montpellier, lui prescrivant de nommer le chapelain qui devrait dire trois messes par semaine. Le document ne dit pas si cette chapelle devait devenir le tombeau de la famille. Cependant, c’était sans doute implicite et c’est d’ailleurs ce qui advint.
Pierre de Fleury mourut le 22 octobre 1642. Le 17 avril 1646, nous voyons son héritier conclure un marché à prix-fait pour la réalisation du vœu de son père 44. Par la suite, divers versements furent faits au chapitre par Pierre-Moïse et ses successeurs, fils de son frère Jean : Gabriel, puis Henry, puis André-Hercule, en conformité avec les legs initiaux de leur devancier en 1637 et aux obligations qui en découlaient 45. Après eux, ce furent Jean-Hercule de Rosset-de-Rocozels, donataire du cardinal, et ses descendants qui se trouvèrent investis du droit de patronage et de collation attaché à la chapelle familiale.
Nous n’avons que très peu de renseignements sur les chapelains qui furent ainsi désignés. Relevons, cependant que, comme pour la chapelle des 11000 vierges, en 1733, c’est Jean-Pierre Icher qui apparaît. Il démissionna en 1749 et son remplaçant fut, ici aussi, Joseph-Marie de-Latreilhe-de-Fosières, clerc tonsuré 46.
Jean-Pierre Icher avait eu des difficultés avec Pierre-Moïse de Fleury. Peu après sa prise de possession, il s’était plaint, auprès des commissaires du roi de ce que le patron laïque avait imputé les 1600 livres, léguées par son père pour la chapelle, sur une dette de la communauté de Saint-André. Après enquête, lesdits commissaires avaient demandé au souverain d’autoriser les consuls de Saint-André à imposer une rente annuelle de 32 livres sur leur communauté pour le paiement de l’abbé obituaire 47.
⁂
Au début du présent siècle, A. Vitalis écrivait que la chapelle-Fleury n’occupait qu’une partie de l’actuelle chapelle de la Vierge. Un mur la séparait de l’ancien chapitre, devenu la salle des catéchismes. L’entrée se trouvait dans le cloître adjacent 48.
Ces indications nous semblent pouvoir être utilement complétées, d’après nos sources.
Nous avons vu qu’en 1372 il existait déjà, à Saint Fulcran, une chapelle Notre-Dame 49. Nous pensons qu’elle correspondait à la chapelle du Rosaire qui, d’après le marché conclu le 17 avril 1646 avec le maître-maçon Lagarde pour la construction de la chapelle-Fleury, était contigüe de celle-ci et comportait une fenêtre de six pans de hauteur, avec une chandelle au mittan.
Il était demandé à l’artisan de séparer la chapelle qu’il devait réaliser de celle de Saint Blaise, préexistante, par une muraille percée d’une fenêtre identique à celle de la chapelle du Rosaire.
Nous supposons, d’une part, que c’est à ce moment que l’entrée de la chapelle Saint Blaise fut ouverte dans le cloître, et, d’autre part, bien que nos sources ne le précisent pas, que la place nécessaire pour la chapelle-Fleury fut prise sur la chapelle Notre-Dame (alias du Rosaire), l’entrée de la nouvelle chapelle étant ménagée du côté du cloître.
La chapelle des Fleury était relativement importante puisque l’autel mesurait une canne en longueur et quatre pans en largeur. Pour le caveau, il était prévu neuf pans de longueur et six de largeur.
Dans une délibération du 2 septembre 1672, le Chapitre constata que, telle qu’elle (était), la chapelle de M de Fleury (à ce moment, Pierre-Moïse) ayant son entrée dans le cloître et n’étant fermée que par une balustrade de bois, ce qui (faisait) qu’elle (était) toujours pleine de poudre 50 et que les ornements n’y (étaient) pas en sûreté, il serait à propos de fermer ladite balustrade de bonnes murailles et d’ouvrir ladite chapelle du côté de celle du Rosaire en élevant ladite muraille et la voûte à la hauteur de celle de Saint Fulcran qui (était) vis-à-vis pour faire la symétrie…
M. de Fleury offrant de payer tous les frais, il fut décidé que les transformations souhaitées seraient réalisées. Il était précisé que la chapelle était au coin de la muraille du clocher, que la fenêtre de la chapelle du Rosaire serait transférée à la chapelle de Fleury et qu’il y serait posé des barres de fer pour la sûreté de l’église.
Le 11 septembre suivant, un marché fut conclu entre M. de Fleury, d’une part, Antoine Bonnefous et Antoine Louyrette, d’autre part, ces derniers étant chargés des travaux 51.
En 1752, Mre Pierre Viales, chanoine et directeur de la confrérie du Rosaire de Lodève, demanda au duc de Fleury (c’était alors André-Hercule, le deuxième duc) de changer l’autel et les ornements de la chapelle du Rosaire dans celle de Fleury qui lui est contigüe dans la nef. Ce transfert était encore justifié par le souci d’augmenter la beauté de la cathédrale en réalisant une juste symétrie avec la chapelle de Saint Fulcran.
Le duc donna son accord dans un acte du 26 août, sous réserve que la confrérie paierait tous les frais, notamment le vitrage, que le tombeau des Fleury resterait en place et qu’il ne serait rien changé aux messes fondées 52.
De ces diverses précisions, il résulte donc que la chapelle de la famille Fleury existait encore après 1750. Ce fait peut paraître contradictoire avec le plan de la cathédrale, publié par E. Martin dans son Histoire de Lodève et daté du 18e siècle. Mais le document est sans doute postérieur à la Révolution et, entre temps, la chapelle-Fleury avait disparu, son emplacement et celui de l’ancienne chapelle du Rosaire étant occupé par la chapelle Notre-Dame dont fait état E. Martin 53.
Quant à la chapelle Saint Blaise, cet auteur la mentionne encore, ce qui est compatible avec les informations que nous avons apportées ci-dessus, mais en contradiction avec d’autres sources d’après lesquelles cette chapelle aurait disparu dès le 17e siècle. Ce ne serait donc que beaucoup plus tard qu’elle aurait été supprimée pour l’agrandissement de l’actuelle chapelle de la Vierge.
Quoi qu’il en soit, celle-ci est, on le voit, l’aboutissement de nombreuses transformations qui ont affecté cette partie de la cathédrale Saint Fulcran.
Les sépultures
Indépendamment de l’évêque Raymond III de Rocozels ou des membres du chapitre que nous avons rencontrés et qui furent, suivant la tradition, inhumés dans la cathédrale, ou dans le cloître, de nombreux autres membres des familles étudiées furent aussi ensevelis à Saint Fulcran.
D’après leurs testaments respectifs, plusieurs représentants des Rosset avaient exprimé le vœu – certainement exaucé – de reposer dans le cloître du côté de la chapelle Saint Blaise ou devant celle-ci, au tombeau de leurs ancêtres 54.
Ce fut le cas de Pierre I (branche de Lavalette et Soubès) qui testa le 28 août 1483 dans son château de Lavalette 55, et celui de Pierre IV (branche de La Vernède et Gourgas) qui testa à Montpellier le 5août 1533 56.
C’est peut-être, d’ailleurs, ce qui, plus tard, guida le choix de l’emplacement pour la chapelle des Fleury, contigüe de celle de Saint Blaise. Quoi qu’il en soit, à partir de sa construction, elle devint naturellement le lieu d’inhumation de la famille.
Les restes de Pierre de-Fleury, le fondateur, décédé le 22 octobre 1642, y furent sans doute transférés ultérieurement.
Dans son testament du 30 décembre 1678, son héritier Pierre-Moïse souhaita y être enseveli 57. Il en fut de même pour Jean, l’autre fils de Pierre, le père du futur cardinal, qui testa le 25 août 1663 58. Jean, son fils, décédé le 23 mars 1698 y fut aussi inhumé 59. Diane de-Latreilhe, mère de ce dernier, décédée le 25 octobre 1707, exprima un souhait identique dans ses dernières volontés du 21 octobre 1706 60. Enfin, Henry de Fleury, un autre des frères du futur prélat, formula un vœu dans le même sens le 3 mai 1713 61.
⁂
Ainsi, durant plus de six siècles, avec une continuité qui tint pour beaucoup à leurs alliances successives, les Rocozels, les Rosset, les Fleury et les Rosset-de-Rocozels occupèrent, à des degrés divers et, pour beaucoup d’entre-eux, jusqu’au tombeau, une place dans l’Église de Lodève.
Cependant, au terme de notre étude, il est une question qui nous vient à l’esprit et à laquelle il n’est pas facile d’apporter une réponse. Comment pourrait-il en être autrement puisqu’il s’agit du cardinal de Fleury lui-même ? Nous allons, néanmoins, nous y risquer, en guise de conclusion.
Nous l’avons déjà relevé, Fleury fut peu présent, physiquement, dans l’Église de ses origines, même si, de loin, elle fut au nombre de ses préoccupations d’homme d’État. Notons, d’ailleurs incidemment qu’il en fut de même pour le rameau des Rosset-de-Rocozels-de-Fleury dont il fut le véritable fondateur.
Durant sa vie, étant donné, d’une part, l’orientation précoce de son éducation et sa carrière ecclésiastique, d’autre part, le rôle politique national qui fut le sien, on conçoit que, par goût et par nécessité, Fleury restât à la source de tous les pouvoirs, c’est-à-dire dans la capitale du royaume. Mais, ce qui peut surprendre, c’est que l’Église de Lodève ait été absente de ses dernières volontés, à l’heure où chacun fait généralement un humble retour sur lui-même.
Nous connaissons deux testaments de Fleury, l’un du 25 février 1738, fait à Versailles, où il était malade 62, l’autre du 16 janvier 1743, fait dans son appartement du séminaire de Saint-Sulpice-d’lssy, où il devait mourir peu après, le 29 du même mois 63. Or, ni l’un ni l’autre de ces actes solennels ne contient le moindre mot, la moindre allusion, le moindre don – fut-il symbolique – à l’intention des églises de Lodève, de la chapelle familiale ou du couvent des Ursulines où sa sœur Diane avait passé sa vie et expiré.
Peut-on penser ici à l’oubli ou à l’ingratitude ? Malgré une certaine gêne, et même la déception que l’on pourrait en éprouver a priori, nous ne le pensons pas.
D’après tout ce que l’on sait maintenant dé lui, à travers sa correspondance et les innombrables appréciations – souvent contradictoires – qui ont été formulées à son endroit, durant sa vie et depuis sa mort, il est bien certain que, malgré une apparente simplicité, le cardinal de Fleury était d’une nature très complexe.
Sa douceur, sa courtoisie cachaient une volonté et une ténacité – certains ont dit une obstination – que l’on rencontre souvent dans sa conduite et dont son action familiale n’est qu’un exemple, parmi d’autres. Sa sensibilité et sa finesse n’excluaient pas une bonne part de pragmatisme. Sa modestie, souvent proclamée, jusque dans ses testaments, s’alliait paradoxalement à un amour évident du pouvoir, peut-être aussi des honneurs. Comme l’a écrit Saint Simon, qui le connaissait bien et l’estimait, il était sensible aux louanges.
Mais alors, était-il vraiment ambitieux ? Vaniteux ? Tout bien pesé, nous inclinons à penser qu’il le fut surtout pour son pays et pour sa famille. Or, il était le représentant éminent de celle-ci, comme de celui-là.
Certes, il avait connu la gêne, dans sa jeunesse et jusqu’à son épiscopat ; certes les origines lointaines des Fleury étaient des plus modestes. Il savait tout cela mieux que personne. Mais, grâce à sa propre ascension, si savamment conduite, il avait illustré son nom et sa famille et, malgré le destin, il avait même contribué à perpétuer son patronyme.
On lui avait reproché son esprit d’économie, et même d’avarice, pour les finances de l’État ; mais sa charité et même sa générosité personnelles pour autrui étaient reconnues. Après avoir très largement prodigué ses bontés autour de lui, il peut avoir pensé, à l’extrême soir de sa vie, qu’ayant accompli tout son devoir il n’avait plus à y ajouter, que son existence devait, en quelque sorte, être couronnée par sa sépulture, prévue, par décision royale, dans la nouvelle église de Saint-Louis du Louvre, à la construction de laquelle il avait tellement contribué qu’elle était son église et dans ce tombeau somptueux qui allait être érigé, pour lui et pour les siens, dont il espérait bien qu’ils illustreraient encore son nom, là où il les avait placés 64.
Il semble avoir jugé qu’ainsi, à travers ce monument funéraire exceptionnel, destiné à recevoir, d’abord, sa propre dépouille, sa famille et ce qu’il avait pu représenter dans la vie de son pays seraient mieux honorés que par une simple inhumation dans la cathédrale Saint Fulcran, si attachante fut-elle pour le fils de Lodève qu’il était.
Ch. BONAMI.
Bibliographie
Sources manuscrites
- Archives nationales : T* 166/87 ;
- Bibliothèque nationale, manuscrits : manuscrits français, Nouvelles acquisitions 2076, 2077 et 22404 ;
- Archives départementales de l’Hérault : G* 1050, 1085-1088.
Travaux non encore édités
- Segondy (J.) : Les évêques de Lodève, 1955 ;
- Bonami (C.) : Dans la haute vallée de l’Orb ; vieilles terres, vieilles familles :
→ l’ancienne famille féodale de Rocozels (1025-1598),
→ de la famille de Rosset à celle des Rosset-de-Rocozels (1598-1720). Mémoires présentés aux concours de la Société Archéologique de Béziers (1970 et 1972).
Sources imprimées
- Plantavit de la Pause : Chronologia praesulum Lodovensium, 1634 ;
- Gallia Christiana nova : T. II et T. VI, (1720 et 1739) ;
- Paris (H-G.) : Histoire de la ville de Lodève, 2 vol. Montpellier 1851 ;
- Fisquet (H.) : La France pontificale, vol. Montpellier – Lodève, (Paris 1868 et 1870) ;
- Histoire générale du Languedoc. Édit. Privat. T. 4. (Toulouse 1872) ;
- La Pijardière (L. de) : Sacra occitaniae pontificalis. (Montpellier 1879) ;
- Fleury-Geniez (A.-P.) : Histoire populaire de Clermont-l’Hérault (Montpellier 1885) ;
- Martin (E.) : Chronique et généalogie des Guilhems. (Marseille 1892) ;
→ Histoire de la ville de Lodève, 2 vol. (Montpellier 1900) ;
→ Cartulaire de la ville de Lodève, (Montpellier 1900) ; - Bonnet (E.) : Les monnaies des évêques de Lodève. (Montpellier 1900) ;
- Rouquette (J.) : Dictionnaire d’histoire et de géographie ecclésiastique, T. IV, notice cc. 1191-92 (Paris 1930) ;
- Dictionnaire de biographie française. T. III c. 1354. (Paris 1939) ;
- Appolis (E.) : Le diocèse civil de Lodève au 18e (Albi 1951) ;
→ Le jansénisme dans le diocèse de Lodève au 18e s. (Albi 1952) ; - Bonami (C.) : L’ancienne famille féodale de Rocozels.
→ Actes du XLIIIe congrès de la Fédération historique du Languedoc méditerranéen et → du Roussillon Béziers 1970. (Montpellier 1971) ;
→ A propos de la famille du Cardinal de Fleury (11e-18e). Bulletin de la Société Archéologique de Béziers 1970. (Béziers 1971) ;
→ Le roc d’échiquier dans la famille de Rocozels et ses descendants Archistra, Toulouse, n° 3, juin (Toulouse 1972) ;
→ Henry de-Rosset-de-Rocozels. Bulletin de la Société Archéologique de Béziers 1972. (Béziers 1974) ;
→ Pons de-Rosset-de-Rocozels. Études sur Pézenas et sa région, V. n° 2. (Béziers 1974) ;
→ L’ancien château de Bouloc-lez-Ceilhes. (Rodez 1974).
Notes
1 « Rocozels, Bouloc et Ceilhes » commune de Ceilhes-et-Rocozels, canton de Lunas et arrondissement de Lodève ; avant la Révolution diocèse de Béziers. D’une manière générale, pour les Rocozels et leurs descendants, nous renvoyons à nos travaux antérieurs.
2 On sait les très grandes difficultés qu’il y a à retrouver l’origine des familles et à reconstituer, même imparfaitement, leur généalogie avant le 16e siècle. L’usage des noms est immémorial, mais leur transmission héréditaire est beaucoup plus récente. Elle ne commence qu’avec la féodalité et ne devient patronymique que vers le milieu du 14e siècle. Par ailleurs, jusqu’à l’ordonnance d’Amboise, en 1555, les nobles étaient libres de changer de nom, et ils ne s’en privaient pas, par exemple en acquérant une nouvelle terre. Si les interdictions, éditées en 1555 et renouvelées en 1579 et 1614, ont apporté, dans ce domaine, des améliorations certaines, le problème n’en a Pas été parfaitement résolu pour autant.
Quant au prénom « d’Astulphe », nous l’avons aussi rencontré, au cours de nos recherches, sous les formes « Astolphe, Astulfe, Astolfe, Estolf », etc. Chez les Rocozels, il fut quasiment héréditaire, du 13e au 15e siècles, comme, par exemple, ceux de Déodat dans la famille de Boussagues, ou de Bérenger dans celle des Guilhem de Clermont. Ce fait rend, évidemment, encore plus difficile une étude généalogique.
Nous nous demandons si Astulphe ne correspondait pas à une survivance germanique (« Wulfo » loup, méchant) et s’il ne serait pas ici, aux frontières du Rouergue, qui représentaient vers le sud, une pointe avancée de la seigneurisation franque, une manifestation anthroponymique de cette empreinte (C. Higounet Annales du Midi, vol. LII, 1950, pp. 121 sq.).
3 La première mention, connue de nous, de Rocozels dans le diocèse de Lodève, correspond au mariage, le 28 décembre 1090, de Richarde, fille de Guillaume, damoiseau du diocèse de Lodève, avec Pandulphe d’Hugues, de Pouzols, au diocèse de Béziers (D’Hozier Armorial général II (1), 1742, p. 541 ; famille d’Hugues).
4 La famille primitive de Fozières s’était éteinte, vers 1336, dans la personne de Fizes, fille de Jean, mariée à Pierre de Matfred de Parlatges. Guiraud de Latreilhe fut marchand et receveur du diocèse pour les aides. Cette famille était originaire de Brive. Vers le milieu du 17e siècle, elle acquit la part des Madiéres sur Fozières et réalisa ainsi l’unité de cette seigneurie (d’après les notes, non éditées de M. Bérard de Fozières). Au moment de disparaître, le nom des Latreilhe de Fozières a été adjoint, par décret du 30 avril 1875, à celui des Bérard, dont la mère était née Latreilhe. L’ensemble a été ensuite contracté en « Fozières ».
Pierre IV de Latreilhe, évêque de Lodève (1430-1441), était précédemment archidiacre de la cathédrale. En 1426, le pape Martin V l’avait choisi comme nonce auprès du roi de Castille.
5 L’église Sainte-Eulalie-de-la-Recluse était dans l’actuelle commune d’Olmet.
6 Coussenas, commune de Saint-André-de-Sangonis.
7 Sainte-Marie-de-Prunet est l’ancien nom du Cros-d’Alajou.
8 L’acapte était un droit d’entrée. Journac, commune de Gignac.
9 L’Alverne, tènement, commune de Lacoste. Leneyrac était Saint-Pierre-de-Leneyrac, annexe de Saint-Etienne-de-Rougas.
10 Saint-Baudile-de-Félis, commune de Millau. Saint-Etienne-de-Rougas, commune do Clermont. Saint-Vincent-de-Fouscaïs, ancien oratoire, commune de Clermont.
11 Sainte-Marie-des-Salses, ancienne succursale, commune de Saint-Privat.
12 Le lieu d’inhumation, ainsi précisé par Plantavit, tend à prouver que l’actuelle chapelle Saint Michel, lieu traditionnel de sépulture des évêques, existait déjà en 1280. On sait que la construction de Saint Fulcran commença vers la fin du 13e siècle.
13 Le blason des Rocozels peut être encore distingué sur la clé de voûte de l’entrée, aujourd’hui murée, du porche roman de l’ancienne chapelle du château de Rocozels (C. Bonami : Archistra n° 3, juin 1972 p. 70 (Toulouse).
14 Il s’agit de Pégairolles-de-Buèges, ancien diocèse de Montpellier.
15 Archives départementales du Nord J 475/120 (cote provisoire).
16 Thomas-de-Rosset fut juge royal à Gignac, puis à Montpellier. Contrairement à ce qui a été écrit, il ne fut pas le premier de sa famille à prendre la particule. il avait été précédé en cela par son père, Pierre IV et son oncle, Arnaud, dès l’acquisition des biens nobles de la Vernède. Pierre Fleury fut le véritable promoteur de la fortune des Fleury (Voir p. 14).
17 Archives départementales de l’Hérault G* 1085, f° 59.
18 Généralement, le baptême intervenait dans les premiers jours après la naissance. Ici, malgré le temps qui sépare les deux dates, nous ne connaissons aucune mention d’ondoiement pour cause d’urgence et le certificat baptistaire est pourtant sans équivoque. Le prénom d’André fut ajouté lors de la confirmation.
19 Voir plus loin, p. 38.
20 Décidé, dès lors, à reporter l’héritage des Fleury sur son filleul, Jean-Hercule, fils de sa sœur Marie et de Bernardin de-Rosset-de-Rocozels, seigneur de Ceilhes, Fleury, en 1714, lui donna la baronnie de Pèrignan et en 1723, la seigneurie de Dio, avant d’en faire le premier marquis de Rocozels, puis le premier duc et pair de Fleury.
21 Voir ci-dessus, p. 1.
22 Archives départementales de l’Hérault : 3E71/2 ; Bibliothèque nationale, manuscrits Dossiers bleus n° 582 f° 31.
23 Ibidem.
24 Le troisième garçon fut Pons, devenu marquis de Rocozels après son frère aîné, puis baron d’Avène.
25 Lettres de tonsure du 10 avril. Archives départementales de l’Hérault G 1085 f° 59.
26 Ibidem.
27 Archives départementales de l’Hérault : G* 1086 f° 120 et 1087 f° 253.
28 Archives nationales : K 617, 01180 f° 142 et T. 166/10.
29 Le personnage de Clematius est controversé. A l’époque où semble remonter l’inscription, l’évêque de Cologne, Euph rates, joua un rôle important en Orient, notamment à Antioche, tandis que Clematius, ami de Libanius, partit d’Antioche dans l’hiver 355-356 et parut sur les bords du Rhin. Mais, à la même époque, il y avait d’autres Clematius… Après la prise de Cologne sur les Francs par Julien c’est l’un d’eux qui aurait construit la basilique, détruite par les barbares pendant leurs dix mois d’occupation (Dictionnaire d’archéologie chrétienne III, Paris 1914, cc. 2172 sq.).
30 Ibidem XII, Paris 1936, cc. 2148 sq.
31 E. Martin : Histoire de la ville de Lodève I, p. 367.
32 Le 9 janvier 1442, Azémar de Malomonte, bénéficier, était chapelain (Archives départementales de l’Hérault : 2E39/23, f° 81). Le dénombrement de Mre Benedicti, le 22 mars 1539, apparaît dans les documents des Archives nationales T. 166/87 et T. 166/89.
33 Archives nationales T. 166/87, minutes M. Alquier à Lodève.
34 Archives départementales de l’Hérault 2E39/489 f° 24, minutes P. Brun à Lodève.
35 Ibidem : 2E39/510 f° 140, minutes G. Brun à Lodève.
36 Ibidem 2539/513 f° 218, minutes G. Brun et M-B. Martin à Lodève.
37 Ibidem : 2E40/224, minutes J. Bonnefous, à Lodève.
38 Voir ci-dessus p. 35.
39 Archives départementales de l’Hérault : G 1088.
40 Ibidem : 2E40/243 ff° 84 et 311, minutes M-B. Martin, à Lodève.
41 Ibidem : 2E40/267 f° 96, minutes J-L. Salasc, à Lodève.
42 Archives départementales du Nord : J475/305, minutes P. Baquié, à Fleury.
43 Ibidem J475/276, minutes G. Brun à Lodève.
44 Archives départementales de l’Hérault 2E39/545 f° 63, minutes G. Brun, à Lodève.
45 Archives départementales du Nord J4757304.
46 Ibidem J475/305, minutes P. Baquié, à Fleury.
47 Archives nationales : T. 166/87 f° 25.
48 A. Vitalis : Annales du Midi XVIII (Toulouse 1906) p. 52.
49 Voir ci-dessus p. 34.
50 Il faut évidemment lire : poussière.
51 Archives nationales : T. 166/87 f° 24.
52 Archives départementales du Nord J475/249, minutes J. Brun, à Lodève.
53 E. Martin : Histoire de la ville de Lodève I p. 345.
54 D’après leurs testaments, d’autres Rosset furent ensevelis dans l’ancienne chapelle Saint-Christophe (alias Saint Christol) de Gourgas. Nous pouvons citer Jean I, fils de Pierre V, qui testa le 16 novembre 1627 ; François, son fils, le mari de Catherine de-Rocozels, qui testa le 4 septembre 1627. Quant à Pierre V étant mortellement malade à Paris il y avait testé le 20 juillet 1554, demandant à être inhumé devant la chapelle Notre-Dame de l’église des Carmes.
55 Bibliothèque nationale, manuscrits : Dossiers bleus n° 582 f° 42, minutes A. Lapalisse, à Clermont-de-Lodève.
56 Ibidem Dossiers bleus n° 582, minutes P. Devemans à Montpellier.
57 Archives départementales de l’Hérault : 2558/81, minutes J. Bompard, à Montpellier.
58 Bibliothèque nationale, manuscrits pièces originales n° 2549 (57014) f° 15, minutes E. Marie, à Montpellier.
59 Archives nationales T. 166/2, f° 4.
60 Bibliothèque nationale, manuscrits : manuscrits français Nouvelles acquisitions 22407 f° 38.
61 Archives départementales de l’Hérault : 2521/138, minutes J. Mourèze, à Ceilhes.
62 Archives nationales : Minutier central des notaires, CXV 507, minutes A-F. Doyen, à Paris.
63 Archives de la Seine : Insinuations DC 6/230 ff° 36-37, 5 mars 1743, minutes Dutartre ; Bibliothèque nationale, manuscrits : manuscrits de Clairambault 1225 ff° 48-52.
64 L’église collégiale de Saint-Louis du Louvre fut construite de 1738 à 1744, en remplacement des anciennes églises de Saint Thomas et de Saint Nicolas, ruinées, dont les chapitres furent réunis.
Le cardinal de Fleury s’y était employé et y avait personnellement contribué pour 100 000 livres. En 1742, le chapitre lui offrit les deux premières travées construites, l’une pour y placer la chapelle de la Vierge, l’autre pour lui servir de lieu de sépulture ainsi qu’à sa famille. Après plusieurs projets, c’est le sculpteur J-B. Lemoyne qui fut chargé du mausolée ordonné par le roi. Mais ce monument connut bien des vicissitudes, notamment financières, à la suite d’intrigues de cour. Il semble avoir été achevé vers 1768. Les deux prélats, petits-neveux du cardinal, durent y consacrer des sommes très importantes pour honorer la mémoire de leur illustre bienfaiteur. Fleury étant décédé avant l’achèvement de l’église, son cercueil ne put être transféré à Saint Louis que le 14 janvier 1745, en attendant d’être déposé dans le mausolée. Après le cardinal, plusieurs autres membres de la famille y furent ensevelis. Mais parmi les ducs de Fleury, seule le deuxième y reposa.
L’église Saint-Louis du Louvre était encadrée, au nord, par la rue du Doyenné au sud, car la rue des Orties et, à l’ouest, par celle de Saint-Thomas du Louvre. Elle fut supprimée à la Révolution et, après le concordat de 1801, affectée au culte protestant. Elle fut démolie en 1811. Cependant, en 1850, un fragment de l’abside subsistait encore, à peu près è l’emplacement de la partie occidentale de l’actuel pavillon Denon du palais du Louvre. (A. Berty : Topographie historique du vieux Paris – Paris 1885 ; Dezollier d’Argenville : Voyage pittoresque de Paris – Paris 1778 ; R. de Lasteyrie et F. Guilhermy : Inscription de la France V – Paris 1883).
