Céramiques grecques ou de type grec et autres céramiques en Languedoc Méditerranéen, Roussillon et Catalogne (VIIe-IVe siècles avant notre ère)
Céramiques grecques ou de type grec et autres céramiques en Languedoc Méditerranéen, Roussillon et Catalogne (VIIe-IVe siècles avant notre ère)
p. 39 à 45
(*) Cette note reprend l’exposé de présentation, lors de la soutenance de la Thèse d’État, le 20 janvier 1981, à Besançon. L’ouvrage paraîtra dans les annales de l’Université de Besançon, dans le courant de 1982. Pour les renseignements concernant la souscription, s’adresser à l’auteur, J.-J. Jully B.P. 203 34300 AGDE.
Faire révéler tout leur sens possible à des choses médiocres, voici le travail d’un archéologue. Tenter une reconstruction du passé à l’aide de tessons et d’objets, telle a été notre ambition. Au delà de l’analyse, au delà des dénombrements, il y a donc eu une tentative de synthèse. Le plan de mon exposé est le suivant : tout d’abord l’observation chiffrée, les questions de fréquence et d’importance ; puis la réflexion, l’interprétation : certaines prises de position, des remarques générales.
L’observation chiffrée, la fréquence, l’importance
Trois groupes d’idées ont été retenus : ce qui concerne en premier lieu les céramiques, en second lieu le métal, en troisième lieu la chronologie.
1 - Les céramiques
Deux remarques préalables doivent être faites : D’abord on peut constater que la répartition des séries de céramiques comme de leurs formes s’est faite dans des proportions très différentes selon les régions et selon les sites. Par ailleurs il est évident que les limites chronologiques de la répartition ont une importance primordiale. Les rappels qui vont être faits se rapportent aux séries de céramiques, à leurs formes, aux importations de haute époque, puis à la céramique de Marseille.
Les séries
Une douzaine de séries à été reconnue. Les plus nombreuses séries sont datables au VIe s. avant notre ère : il y en a une dizaine. Parmi ces céramiques, et avec une légère antériorité, il faut placer en tète de liste la céramique étrusque qui est fréquente à partir de la fin du VIIe s. Toutefois, elle n’est pas fréquente partout. Des exemplaires de la céramique gréco-orientale sont connus dès le début du VIe s. Avant 550 la céramique grecque d’Occident est bien attestée dans certaines régions, par exemple dans la basse vallée de l’Hérault où elle dépasse en nombre les vases gréco-orientaux. Un gisement qui peut être considéré comme étant caractéristique à cet égard est la nécropole de Saint Julien, à Pézenas, dans l’Hérault. En effet, il s’y trouve six fois plus de vases de la céramique grecque d’Occident que de vases importés (gréco-orientaux) : 294 exemplaires dans le premier cas et 53 exemplaires dans le second. Pour ce qui est de la céramique attique, à part quelques rares pièces antérieures à 550 environ avant notre ère, c’est à partir de 550/540 que les importations de vases à figures noires ont eu lieu sur les rives du Golfe du Lion et de la baie de Rosas. Entre 540 environ et la fin du IVe s. j’ai eu la possibilité d’examiner 9 638 exemplaires attiques (vases entiers ou fragmentaires et, surtout, tessons). À vrai dire presque la moitié de ce chiffre se rapporte à des exemplaires qui proviennent uniquement de deux gisements – la cité portuaire grecque d’EMPORION / Ampurias et le site indigène voisin d’Ullastret / ST ANDRÉ avec une répartition quasi à égalité pour l’une et l’autre de ces localisations.
Les 3 séries qui viennent d’être mentionnées sont des séries fréquentes avec des prolongations au Ve s., première moitié pour les amphores étrusques, la totalité de ce siècle pour les deux autres séries. Une série assez fréquente à partir de 550 environ 1, dans l’Ampurdan et en Languedoc occidental, est celle des amphores phénico-puniques. Des variantes de cette forme seront encore représentées pendant les siècles suivants dans les mêmes régions.
Au VIe s. d’autres séries sont connues mais leurs exemplaires sont ou bien peu nombreux (céramique corinthienne : 36 exemplaires) ou rares (céramique chalcidienne, céramique laconienne). Vers le milieu du VIe s., on peut placer les vases en pâte de verre, dits de Naucratis, représentés principalement sinon uniquement à Ampurias. Rares sont les exemplaires de la série étrusco-corinthienne même si, dès les dernières décennies du VIIe s., la forme proto-corinthienne de la coupe-skyphos est attestée, par exemple à Mailhac, dans la nécropole du Grand Bassin. Par contre, avec une datation dès le début de la seconde moitié du VIe s., la série de la céramique ibéro-languedocienne est fréquente dans le Roussillon et en Languedoc occidental : en deçà des Pyrénées 14 gisements en ont fourni. Une progression jusque sur la rive nord de l’étang de Thau s’est produite et c’est ainsi que dans la nécropole de Saint-Julien, à Pézenas, deux variantes d’une forme typique de cette céramique se trouvaient dans deux sépultures (cf. J.-J. Jully, AMPURIAS, 38-40, 1976-78, p. 390, fig. 4 et 5.
Les formés
Pour le VIe s. la fréquence des formes parait être la suivante mais en tenant compte de la remarque faite précédemment (à savoir qu’elle varie selon les régions ou selon les sites) : – série étrusque : amphore vinaire et canthare en BUCCHERO NERO ; régions particulièrement concernées : dans le Gard, la Vaunage, et dans l’Hérault, la basse vallée de l’Hérault.
- série gréco-orientale 2: coupe dite « ionienne » et de forme B2 (pied tronconique non peint en dessous) : littoral du Languedoc médian (basse vallée de l’Hérault) et du Languedoc occidental (par exemple Sigean/PECH MAHO) ; de nouvelles localisations montrent que la zone côtière était la plus favorisée, par exemple dans l’Hérault encore mais sur la rive nord de l’étang de Mauguio ;
- série de la céramique grecque d’occident : imitation de la coupe dite « ionienne » et de forme B2 3 (Languedoc méditerranéen médian-basse vallée de l’Hérault, par exemple à Bessan / LA MONEDIERE et dans la nécropole de Saint Julien, à Pézenas, puis Languedoc occidental, par exemple à Sigean / PECH MAHO) ; une autre forme de la céramique grecque d’Occident a connu une grande diffusion : c’est celle de l’amphore vinaire dite de Marseille. On la rencontre presque partout mais elle est moins fréquente en Catalogne où c’est l’amphore de type punique qui prédomine. Les variantes de l’amphore de Marseille ont été exportées pendant plusieurs siècles.
Si délaissant ces formes utilitaires on s’intéresse aux formes moins courantes voici ce que l’on constate :
- série étrusque: des exemplaires, relativement peu nombreux, d’oenochoés ont été découverts même à Ampurias où la céramique étrusque n’est pas fréquente ;
- série gréco-orientale: à ce jour c’est surtout dans la basse vallée de l’Hérault et dans la nécropole de Saint-Julien, à Pézenas, que des formes ou bien entières ou bien reconstituées, nous apportent la preuve que ce ne sont pas seulement des vases récipients (amphores grecques du type de celle qui provient des fouilles subaquatiques du G.R.A.S.P.A., à Agde : cf. AGDE ANTIQUE (…), 1978, p. 42, fig. 18) ou des vases pour boire le vin qui ont été importés. En effet deux formes principales se trouvent dans cette nécropole et permettent des rapprochements avec des exemplaires en Méditerranée orientale – ce sont celles du vase stamnoîde et de l’oenochoé à embouchure trilobée (cf. J.-J. Jully, MON. PIOT, 61, 1977, p. 1 sq. et Id. , L’ANTIQUITÉ CLASSIQUE, XLVI, 1977, pl. IV/7). Ce n’est naturellement pas tout ; il a été possible en effet de faire une vingtaine de rapprochements, tantôt pour la forme seule, tantôt pour le décor, tantôt encore pour la forme et le décor sur un même vase, avec des exemplaires de la céramique de Samos. Et cette proportion en faveur de Samos mérite d’être soulignée puisque seulement 53 rapprochements EN TOUT ont pu être faits.
- série grecque d’Occident: parmi les formes imitées, la plus fréquente, outre celle de la coupe dite « ionienne » de forme B2, est celle du plat type rhodien mais qui, au lieu d’être en terre cuite en atmosphère oxydante, est en terre cuite à feu réducteur. Or il est très significatif que cette forme ait existé à Naucratis à la fois en terre non grise et en terre grise (terre rosâtre avec rainures sur le bord ou terre grise avec enduit noir sur le bord non orné). Parmi les formes rares mentionnons celle de la petite olpé (OLPETTA de la Grande Grèce) ou celle d’un HYPOCRATERION / ARULA, deux formes représentées dans la nécropole de Saint Julien à Pézenas mais de fabrication non gréco-orientale. Toujours à propos de la céramique grecque d’Occident il ne faut pas passer sous silence la céramique courante dite de Marseille que l’on a vue un peu partout et qui, en effet, d’après des considérations techniques, est fréquente jusque dans la baie de Rosas, à EMPORION / Ampurias. Mais dans ce port phocéen de l’Ouest deux autres techniques, qui sont de type punique, existent également – celle à terre rougeâtre et celle à terre blanchâtre comme en Sardaigne méridionale.
2 - Les métaux
Les objets en bronze et en fer coexistent à partir de la seconde moitié du VIIe s. en Languedoc méditerranéen médian et occidental. Ils sont encore fréquents au VIe s. Une importante métallurgie régionale existait dans ces régions. Par exemple dans la basse vallée de l’Hérault et dans la nécropole de Saint-Julien, à Pézenas, j’ai pu compter 153 objets en fer et 124 objets en bronze : parmi les objets en fer il y a 64 couteaux, 44 pointes de lance à douille, 39 talons de lance, 3 SOLIFERREA, 3 épées / poignards à antennes notamment ; parmi ceux en bronze il y a 27 armilles, presque autant de fibules (encore assez bien conservées mais certaines sont en fer), 23 boucles de ceinture, 21 louches du type SIMPULUM, 8 gratte-têtes, 2 passe-guides, 1 pince à épiler. Donc les armes sont en fer alors que les objets d’habillement, d’ornement, de « cuisine », de « toilette » ou bien pour harnachement de cheval sont en bronze. Comme autres preuves d’une métallurgie régionale on peut ajouter des imitations soit de forme grecque – lébétès (fouilles subaquatiques du G.R.A.S.P.A., à Agde), soit de forme étrusque – cruche du type SCHNABELKANNE (mêmes fouilles : anse). 4
Quant aux objets en bronze, qui ont été importés et datables à la fin du VIIe s. et au VIe s. , on peut citer des disques en tôle de bronze du type CARDIOPHYLAX pour cuirasse (voir dans AGDE ANTIQUE (…) un exemplaire : p. 39 fig. 10 a, b) et des plats à bord orné de bossettes le plus souvent et parfois de fausses tresses du type de ceux qui sont représentés dans la nécropole de Saint-Julien, à Pézenas, et qui sont également connus en Provence avec une datation un peu plus haute (cf. B. Bouloumié, BULLETIN ARCHÉOLOGIQUE DE PROVENCE, 5-6, 2e trimestre 1980, p. 78). Ces objets sont d’origine étrusque.
3 - La chronologie
Deux sortes de considérations sont présentées : a) celles qui concernent les céramiques, b) celles qui se rapportent aux ambiances culturelles.
a) Sur les céramiques :
Les séries : la première en date est la série de la céramique étrusque – entre 620 et 600, par exemple dans la Vaunage. Dès les dernières décennies du VIIe s. des formes de type grec sont apparues dans les sépultures, à Mailhac (Grand Bassin I), à Agde (Le Peyrou I) : il s’agit de forme de type proto-corinthien (coupe-skyphos). À la transition du VIIe/VIe s. des céramiques orientales ont commencé à être importées mais, à ce jour, elles sont encore en petit nombre ; c’est à la fois dans la basse vallée de l’Hérault, notamment sur le site de LA MONEDIERE, à Bessan, et dans la nécropole de Saint-Julien, à Pézenas qu’elles nous sont connues ; il s’en trouve également sur les stations lagunaires de l’étang de Mauguio.
À propos de ces dernières importations de haute époque et d’origine gréco-orientale une question peut être posée ; c’est la suivante : qui fut responsable du commerce de ces vases gréco-orientaux ? En Provence B. Bouloumié pense que ce sont les Étrusques. En Languedoc méditerranéen il ne me semble pas possible d’être aussi affirmatif. Comme remarques à l’appui de cette façon de voir il est en effet possible de signaler ce qui suit : entre 620 et 600, dans le Gard et la Vaunage il y a abondance d’amphores vinaires étrusques sans qu’elles soient accompagnées par des céramiques grecques ; d’autre part au tout début du VIe s. , dans les sépultures les plus anciennes de la nécropole de Saint-Julien, à Pézenas, des vases stamnoïdes gréco-orientaux servaient d’ossuaires ; or dans cinq cas sur sept ces vases ne sont pas associés à un vase d’origine étrusque certaine (canthare en BUCCHERO NERO) ou probable (imitation d’une forme métallique proche de celle d’un vase stamnoïde) ; de plus les caractéristiques des vases stamnoïdes gréco-orientaux sont très variées et indiquent donc des provenances différentes.
En ce qui concerne la céramique attique deux constatations peuvent être faites. Dans les sites indigènes une certaine raréfaction de la céramique attique à images est toujours caractéristique de la période comprise entre les dernières coupes ou coupes-cotyles à figures noires de prolongation des premières décennies du Ve et les coupes à figures rouges relativement fréquentes, c’est-à-dire celles du dernier tiers du Ve s. Toutefois dans les mêmes sites les coupes à vernis noir à tige à bord concave (type C1), datables entre 525 et 450 environ (cf. B.A. Sparkes, L. Talcott, AGORA XII, 2, fig. 4/398, 401, et celles sans tige à lèvre avec ressaut interne (INSET LIP), ont existé entre 470 environ et le 1er quart du IVe s. (Id. , IBID., p. 102 et fig. 5/469, 471) ; elles permettent de constater qu’une continuité d’arrivages de céramique attique a caractérisé le Ve s. D’ailleurs, même en ne considérant que les vases à figures rouges et particulièrement les coupes, il est arrivé non seulement dans le port grec d’EMPORION / Ampurias mais aussi sur huit habitats indigènes des exemplaires datables entre 500 et 430 environ. De plus des coupes à rouge intentionnel que l’on date vers 480 sont connues sur quatre habitats indigènes de même qu’elles le sont à EMPORION / Ampurias, rapprochement qui, à nos yeux, est significatif; il serait étonnant en effet que toutes ces coupes ne soient pas dues au circuit maritime d’Ampurias. On peut ajouter enfin, en faveur d’importations attiques antérieures à 430, la présence, ici et là, de vases à vernis noir avec décor incisé imprimé, par exemple un bol à Narbonne / MONTLAURES que B. A. Sparkes date en 450.
Une allusion a déjà été faite à propos de la répartition de la céramique attique et du courant commercial qui a dû en être responsable au Ve s. lorsqu’ont été mentionnées des coupes à figures rouges antérieures à 430 et des coupes à rouge intentionnel. En effet si l’on peut penser que les vases à figures noires (assez peu nombreux) ont fait partie du circuit commercial de Marseille sur les rives du Golfe du Lion, les vases à figures rouges des Ve et IVe s. (des coupes pour l’essentiel) y ont été importés grâce au trafic maritime d’EMPORION / Ampurias. Il n’y a pas eu besoin d’ailleurs que ces pièces transitent par Ampurias ; aux relais sur la route du trafic maritime ampuritain elles étaient l’objet d’un marché de troc. Outre ce qui a été indiqué il est possible en effet de dresser une liste d’exemplaires dont l’origine d’atelier ou de peintre à Athènes est identique, que ce soit à Ampurias ou bien dans divers sites indigènes du Languedoc méditerranéen occidental et médian : le peintre de la Gigantomachie de Paris est en tête de liste avec le groupe du peintre de Penthésilée pour trois sites indigènes ; 16 autres ateliers ou peintres sont attestés sur huit sites indigènes, depuis le peintre d’Orléans et le peintre de Bruxelles R330 jusqu’aux peintres de Codrus et de Marlay ; or il s’agit d’œuvres datées entre le 1er quart du Ve s. et 430 environ. Ensuite 6 autres peintres ou styles, qui existent à la fois à Ampurias et sur 6 sites indigènes languedociens, se placent entre 430 environ et le 2e quart du IVe s.
Pour les autres céramiques 5 fréquentes, c’est-à-dire la céramique grecque d’Occident et la céramique ibéro-languedocienne, leurs limites chronologiques sont voisines dès le VIe s., dès le 2e quart de ce siècle pour la céramique grecque d’Occident et vers le milieu du VIe s. pour le début de la série ibéro-languedocienne. Ces deux séries ont continué à exister au Ve s. Il y a eu dans la céramique grecque d’Occident des coupes de type hybride iono-attique ; beaucoup plus tard des bols ou patères avec peinture noire avec motif imprimé se sont rapprochés de types attiques, mais alors il s’agit de la première moitié du IIIe s. La série, à ce jour peu abondante, des vases « gallo-grecs » ou de style « subgéométrique rhodanien » n’a existé qu’à partir du Ve s. et encore un peu au début du IVe s.
b) sur les ambiances culturelles :
Au VIe siècle outre les enclaves grecques EMPORION / Ampurias et Rosas (l’antique RHODE d’Ibérie) puis Agde – nous sommes, dans les régions considérées, c’est-à-dire le littoral et l’arrière-pays immédiat, de la basse vallée de l’Èbre à la basse vallée du Rhône, dans un monde indigène en pleine mutation mais à prédominance non grecque. Le Languedoc oriental doit cependant être considéré à part puisque « du Bronze final III B à la conquête romaine c’est la même civilisation qui évolue sans heurts (cf. B. Dedet, M. Py, INTRODUCTION À L’ÉTUDE DE LA PROTOHISTOIRE EN LANGUEDOC ORIENTAL, 1976, p. 43). Mais la Catalogne sur sa façade méditerranéenne, les rives du Golfe du Lion en Roussillon comme en Languedoc occidental et même médian, c’est-à-dire les trois quarts des territoires qui rentrent dans cette étude, sont alors en voie d’ibérisation. Certains décalages certes peuvent être remarqués d’une région à une autre. En effet après une poussée phénico-punique précoce – vers 600 – afin de s’assurer la voie d’accès par le seuil de Naurouze vers l’étain de la côte atlantique, poussée contemporaine d’une première implantation commerciale dans la basse vallée de l’Èbre, ce n’est que vers 550 que l’ibérisation grâce à un stimulus d’origine phénico-punique s’est manifesté dans la région narbonnaise. Parmi les témoins de cette avancée phénico-punique on peut citer des imitations en poterie non tournée de formes phénico-puniques en Roussillon, en Languedoc occidental (cf. Y. Solier, AMPURIAS, 38-40, 1976-78 (1981), p. 222, fig. 2, p. 224, fig. 4, 5 p. 225, fig. 6) comme en Vieille Catalogne, près de la frontière franco-espagnole, à Agullana (cf. J.-J. Jully, A E ARQ. 48, 1975 (131-132) fig. 29/1, 9, 11, 12). Il serait même possible d’ajouter des vases à décor bichrome (noir et rouge) ; par exemple à Montiaurés, Sigean / PECH MAHO et même à Bessan / La monédière. La seconde moitié du VIe s. en deçà des Pyrénées et jusque dans la moitié occidentale de l’Hérault est caractérisée par un grand dynamisme au décollage culturel rapide.
Ainsi au VIe s. le Languedoc méditerranéen semble bien être caractérisé par ce que J. Jannoray appelait dès 1955 (cf. ENSERUNE (…) « deux domaines d’une civilisation inégalement avancée ». Alors cet auteur n’avait pourtant pas tous les éléments d’appréciation que les nouvelles fouilles nous ont apporté depuis cette date mais son jugement demeure tout à fait valable.
La réflexion, l’interprétation
J’ai choisi de mentionner deux certitudes, une probabilité et une incertitude.
Les deux certitudes sont les suivantes : dans le bassin septentrional de la Méditerranée nord-occidentale il y a eu, pendant trois siècles et sans discontinuer, un réel commerce dû à un trafic maritime ininterrompu ; la preuve en est fournie en prenant seulement en compte les arrivages de céramique attique ; par ailleurs dès la seconde moitié du VIe s. la jeune civilisation ibéro-languedocienne a connu une expansion remarquable dans trois directions : a) vers la Péninsule Ibérique, en Catalogne méditerranéenne puis dans le Levante espagnol – dans le premier cas si l’on considère des objets tels que la boucle de ceinture en bronze de forme losangique et à protubérances latérales avec un décor « granulé » dans le second cas si l’on tient compte de formes de vases tournés telles que celles de la jarre bitronconique et du gobelet caréné ; b) vers l’aquitaine où cette même forme du bol caréné est représentée ; c) dans l’Hinterland de la Celtique avec quatre localisations de découverte du type de boucle de ceinture qui vient d’être mentionné (dans la Gironde, le Gers, la Charente maritime et la Vienne) et surtout avec les imitations de formes languedociennes, en métal (armilles) ou bien en céramiques en Champagne, dans la nécropole des Jogasses (J.-J. Hatt).
Pour ce qui est de la probabilité retenue il s’agit d’un accès maritime. En effet outre les trois trafics maritimes qui ne peuvent pas être mis en doute, c’est-à-dire celui des Étrusques, ces initiateurs du marché de troc dans le Golfe du Lion, des Phénico-puniques et des phocéens, j’ajoute celui d’Insulaires de la Méditerranée orientale, celui de Ioniens. Je me rencontre ici avec le Professeur E. Lepore qui, en 1976, s’exprimait ainsi : « à un certain moment (…) particulièrement à partir du début du VIe s. (… il y a eu en Méditerranée) une diffusion massive « de phénomènes ioniens » (cf. LES CÉRAMIQUES DE LA GRÈCE DE L’EST ET LEUR DIFFUSION EN OCCIDENT, 1976 (1978), p. 336).
L’incertitude principale qui subsiste est la suivante : quel fut le rôle respectif exact des trois grands ports phocéens de l’ouest (Marseille, Agde, Ampurias) dans le transit, dans la répartition de la céramique attique et surtout à l’intérieur de quelles limites chronologiques précises ?
Afin de prendre position, j’ai choisi une sorte de polyptique qui est représenté par deux binômes antinomiques : d’une part le binôme ségrégation / urbanisation, d’autre part le binôme ibérisation / hellénisation.
- Ségrégation/ urbanisation : Dans une même région on peut constater une certaine ségrégation entre indigènes ; par exemple à l’ouest du Languedoc oriental, en Languedoc médian et occidental, des populations du type Champs d’Urnes semblent subsister mais asservies par quelques bans de guerriers italo-hallstattiens au VIIe et encore au VIe s. On observe alors une juxtaposition de clans sédentarisés sous l’autorité d’un pouvoir fort, celui de chefs Celtes 6 ayant subi des influences eurasiatiques ainsi qu’en témoigne la représentation du cerf sur le support en tôle de bronze/THYMIATERION de la nécropole de Couffoulens, dans l’Aude, cerf qui dans le Caucase était l’avatar d’une déesse de la chasse. Ces clans occupaient des hauteurs comme habitat permanent. Il y avait donc des territoires différents pour chaque clan, territoires de chasse et pour l’agriculture et la pâture. Une hostilité de clan existait : à quoi d’autre pouvait servir sinon à la défensive le fortin/verrou de PECH MAHO, à Sigean, fortin dressé à la « frontière » des Eli syques, face aux Sordes du Roussillon ?
Dans un lieu donné une certaine ségrégation paraît pouvoir être constatée également parmi les indigènes. Dans chaque habitat de hauteur quatre couches sociales principales ont été distinguées : 1) celle du pouvoir : le ou les guerriers à épée ou poignard à antennes, chefs de guerre et probablement aussi chamans du clan, hommes de cultes ; 2) leurs gardes du corps avec SOLIFERREA ou lances/javelots, hommes d’arme qui seront les DEVOTI de la Guerre des Gaules ; 3) les métallurgistes puis 4) la large couche sociale des inférieurs, des serfs – les agriculteurs, les éleveurs – petite plèbe qui subvenait aux besoins de nourriture, creusait les silos des réserves alimentaires comme cela s’était fait ailleurs dans le monde celtique et comme cela devait se continuer tardivement en Grande-Bretagne. Au VIe s. avant notre ère nous sommes donc en présence d’une société très cloisonnée, très hiérarchisée mais qui pourtant n’était pas fondée sur une communauté réelle de conception de vie et d’intérêts. Un déséquilibre social était manifeste.
Toutefois des caractéristiques plus générales apparaissent alors dans ce monde indigène certaines existaient déjà, ici et là, au VIIe s., et ne sont pas différentes de ce qui caractérisait le monde celtique du Centre de l’Europe : il s’agit de l’habitat perché, habitat qui était le centre tribal et une citadelle du type de ce qui est connu en Allemagne ; une autre caractéristique est nouvelle : en effet au VIe s. les habitats indigènes des rives de la Méditerranée nord-occidentale sont passés d’une économie de subsistance à une économie d’échanges, c’est-à-dire aux activités d’un marché de troc. Cette dernière caractéristique était liée à la sédentarisation de noyaux de populations migratrices ayant soumis les populations préexistantes, comme tel ou tel vase non tourné écrêté volontairement par les nouveaux venus permet de le penser 7.
La fusion de ces populations a permis à ce qui a été appelé la civilisation des oppida de voir le jour, civilisation caractérisée par une double fonction – la fonction politique des ancêtres celtes et la fonction économique d’une ère nouvelle.
Dans un lieu donné ou à son voisinage un autre type de ségrégation pouvait exister, c’était la ségrégation entre indigènes et grecs. Les Grecs avaient peur des barbares (cf. Silius Italicus, PUNICA, XV. 169-172). Des incursions, des razzias étaient toujours possibles, et même tardivement ainsi que le prouve cette architrave d’un temple hellénistique à GLANON / St. Rémy-de-Provence, architrave creusée de trous pour y exposer des têtes humaines coupées. De plus les Grecs n’avaient pas de réelle curiosité vis-à-vis des barbares. Ils avaient le sentiment d’être une race à part, du moins en Méditerranée nord-occidentale 8. Un fossé social, et culturel dans nos régions, a donc toujours existé. J’en présenterai trois preuves : des sortes de ghettos barbares sont connus ou supposés à Ampurias avec sa DIPOLIS au mur de séparation gardé jour et nuit (Tite Live, XXXI V, 9), à Agde avec, au sommet de la butte basaltique, un réduit aux voies « circulaires » au dessus du quartier grec à plan orthogonal (cf. AGDE ANTIQUE (…), 1978, p. 54, fig. 41), enfin, à l’intérieur même de la chôra d’Agde, le noyau indigène de LA MONEDIERE, à Bessan (Mme M. Clavel-Lévêque, Table Ronde sur les Cadastres antiques, Besançon, 1980). Une telle promiscuité sans osmose, un tel état des sociétés indigènes ont-ils cependant permis, à un moment donné, une certaine urbanisation dans les centres indigènes, urbanisation de type méditerranéen sinon toujours de type grec ?
À cette question des réponses différentes doivent être faites selon les périodes ou les siècles. Au VIe s. certainement pas : les habitats indigènes offraient l’aspect d’un simple entassement de cabanes mais alors, à Athènes, il a été reconnu qu’il y avait qu’un « fouillis » de maisons. Au Ve s., après les grands incendies de 480 environ – au CAYLA de Mailhac, à Sigean / PECH MAHO et à Ensérune – une certaine régularité est apparue à l’abri des enceintes, ainsi d’ailleurs que la généralisation des murs en pierre sèche et de la cabanne quadrangulaire. Toutefois ce ne sera que beaucoup plus tard, au IIIe s., qu’à Ensérune « un plan directeur » apparaîtra D’une datation comparable sont les colonnes avec pseudo-chapiteau des habitations d ‘Ensérune et, probablement, de très rares grands bâtiments, à Ensérune et à Sigean / PECH MAHO. Mais si J. Jannoray embellissait trop le plan directeur d’Ensérune en le qualifiant de « véritable plan hippodamique » (cf. ENSERUNE (…), p. 305) il avait entièrement raison lorsqu’il écrivait que, sur ce site indigène, « il n’y a rien de grec dans le plan des maisons, dans l’aspect de l’enceinte et dans la technique constructive » 9 Ibid., p. 307). En d’autres termes il faudra attendre le IIIe s. pour trouver dans le Gard, dans le 2ème habitat de Nages un plan « tramé de type Milésien » avec « une indépendance réciproque de la surface bâtie – rues à alignement parallèle – et de l’enceinte » (cf. M. Py, XXXVe SUPPLEMENT A GALLIA, 1978, p. 151 et note 10, p. 152, fig. 76). Comme autre plan préconçu on pourrait citer, dans la basse vallée du Rhône, Entremont mais il s’agit toujours de la période hellénistique (cf. Ch. Goudineau, V. Kruta dans HISTOIRE DE LA FRANCE URBAINE, I, 1980, p. 152).
Ce rapide aperçu permet de se rendre compte que nulle part, en milieu indigène préromain dans les régions considérées, il n’a existé un habitat indigène présentant un plan orthogonal du type d’Olbia en Provence ou d’Agde en Languedoc méditerranéen. Partout il n’y avait ce qu’encore au Ier s. avant notre ère Strabon appelait de grands villages. Il serait donc inexact de penser qu’à l’école des Grecs nos indigènes ont pris goût aux plaisirs de la ville.
- Le second binôme est celui de l’ibérisation / hellénisation : l’ibérisation, malgré l’hésitation à conclure de tel ou tel collègue dont les conclusions, il est vrai, remontent à 1976 10, s’est produite, dans ses premiers temps, grâce à une influence prédominante phénico-punique. Les ferments phénico-puniques sont indéniables que ce soit dans le Levante espagnol – sur le site de LOS SALADARES par exemple – dans la basse vallée de l’Èbre, en vieille Catalogne – notamment à Ullastret, sur les deux sites : l’ILLA D’EN REIXACH et ST. ANDRÉ -, en Roussillon – à Canet, à RUS CINO / Castel – Roussillon – que dans la région narbonnaise. À ne considérer que la céramique cela est déjà évident. En effet dès le tout début du VIe s. nous avons vu que des forces phénico-puniques avaient été imitées en poterie non tournée. Certaines étaient enduites en rouge, en imitant du « barniz rojo » de type chypro-phénicien de la Péninsule Ibérique méridionale. Les formes de la céramique occidentale tournée de la série ibéro-languedocienne présentent le fond concave de type punique courant (cf. J.-J. Jully, AMPURIAS, 38-40, 1976-78 (1981), p. 389, fig. 3). De plus une forme typiquement phénicienne 11 – celle du plat à large bord convexe – est attestée dans cinq gisements du Languedoc Méditerranéen, au CAYLA de Mailhac, à Sigean /PECH MAHO, à Narbonne / MONTLAURES, à Béziers et à Pézenas, dans la nécropole de Saint-Julien. Cependant au lieu d’être enduit en rouge il a reçu un motif de type grec (des groupes de traits parallèles sur le bord). Il s’agit donc d’un hybride gréco-punique.
Ce qui vient d’être rappelé, c’est-à-dire une typologie comparable en Péninsule Ibérique et dans les habitats du Golfe du Lion, à l’est de Mèze sur l’étang de Thau, doit être rapproché de considérations de chronologie. En effet tout semble s’être passé comme si, les mêmes influences ayant joué sur toute cette façade méditerranéenne de l’ouest, une création synchrone ait eu lieu de part et d’autre des Pyrénées, sans que l’on puisse affirmer que le premier centre de l’ibérisation se trouvait au sud des Pyrénées. Bien sûr une KOINE commerciale et culturelle n’a fait, au cours de trois siècles au moins – les Ve, IVe et IIIe s. avant notre ère – que se renforcer. Il n’est donc pas étonnant que la langue ibère ait été au voisinage d’Ampurias, à Ullastret, la langue d’usage courant comme elle l’était en deçà des Pyrénées, à RUSCINO / Castel-Roussillon, à Sigean / PECH MAHO et à Ensérune.
Une « ibérisation », qui concernait beaucoup plus que la civilisation matérielle, était un frein, un obstacle à une réelle hellénisation. Néanmoins certaines influences grecques sont apparues au cours des trois siècles de cette étude. Ce qui se buvait, ce qui se voyait, ce qui était utilisé et ce qui s’apprenait – voici les catégories dans lesquelles il est possible de parler d’une certaine hellénisation. Après le vin étrusque c’est le vin « grec » qui a le mieux hellénisé nos régions. B. Bouloumié va même jusqu’à écrire « c’est par l’intermédiaire du vin étrusque que le Midi de la Gaule a subi sa première hellénisation » (Résumé de thèse d’État, 1980, p. 6). Ce vin a dû également servir pour les libations funéraires du type SYMPOSION étrusque. Le médiocre vin de Marseille contenu dans ces assez nombreuses amphores massaliètes, presque toutes brisées, comme le voulait la coutume du bris des vases au dessus des sépultures, a dû être répandu par exemple dans la nécropole de Saint-Julien, à Pézenas, où aucune amphore de Marseille n’a été retrouvée intacte. Dans le Ier tiers du VIe s. les vases stamnoïdes utilisés comme ossuaires ainsi que cela se faisait dans le monde grec peuvent également figurer ici. Il en va de même de la panoplie gréco-étrusque (corselet, cnémides) de certains guerriers incinérés dans la nécropole de Saint-Julien, à Pézenas. Dès le 2ème quart du VIe s. la technique du tour rapide et de la cuisson à feu réducteur a été empruntée aux Grecs, même si peu auparavant des influences phénico-puniques avaient déjà, ici et là, fait connaître l’existence du tour rapide. Pour ce qui est de l’aspect des murailles servant d’enceintes aux habitats indigènes on remarque assez tôt parfois des caractéristiques de type grec, par exemple des menons à Sigean / PECH MAHO. Par contre il n’est pas certain que le chapiteau ionique de ce site soit dû à des influences directement grecques puisqu’il y en a en Sicile punique et que D. Théodorescu les attribue à une influence punique (cf. CHAPITEAUX IONIQUES DE LA SICILE MÉRIDIONALE, CAHIERS DU CENTRE JEAN BERARD, I, 1974, p. 49 : « hypothèse »). Parmi les petits objets cultuels une terre cuite dite « rhodienne » a été découverte dans le nord-est de la Catalogne à Puig dels Molins, une autre en terre grise l’a été dans la basse vallée de l’Hérault (A. Nickels) ; plus tardive à Elne je connais la tête d’une autre terre cuite. Sans revenir autrement que par un rappel, mentionnons à nouveau la ré-organisation des habitats indigènes principaux après les incendies de 480, incendies qui pourraient être dûs aux Ibères puisque aucune rupture de civilisation ne caractérise les sites en question lorsqu’ils sont reconstruits (cf. Y. Solier op, cit., (1981), p. 212-213). Une très faible utilisation des lettres grecques par des indigènes et seulement sur des vases du IVe s. à Sigean / PECH MAHO, à Elne, ne contrebalance aucunement d’assez nombreux graffites grecs dus à des Grecs que ce soit à LA MONEDIERE / Bessan ou à MONTLAURES / Narbonne, graffites grecs figurant, peut-être, sur des vases revendus, « d’occasion ». Ce ne sera en effet qu’aux IIe et Ier s. avant notre ère que des noms indigènes seront rendus en grec plus couramment (épitaphes gallo-grecques de la région de Nîmes, noms de REGULI gaulois sur des monnaies). Faut-il ajouter une survivance plus frappante et qui se rapporte à la langue des pêcheurs du Golfe du Lion à l’époque moderne ? Dans la dialectologie côtière des marins le nom de l’ÉCLAIR est différent de ce qu’il est en milieu terrien : en effet « la plupart des stations maritimes (du Golfe du Lion) emploient (… le) terme : LAMP » (cf. L. Michel, LA LANGUE DES PÊCHEURS DU GOLFE DU LION, I, 1964, P. 194). Or non seulement à Agde même, dans la population, le verbe LAMPO est utilisé (Id. Ibid., p. 195) mais il semble bien que le rapprochement avec le verbe grec LAMPO (briller) doive être fait.
Hellénisation faible ou « différentielle » (selon les régions ou les lieux ou encore la proximité d’un port phocéen), forte ambiance non grecque à composantes phénico-puniques d’abord puis ibérisantes, simple juxtaposition ou, au mieux, coudoiement d’indigènes et de Grecs, absence de cité indigène de type vraiment grec, voici quelques unes des constatations principales qui peuvent être faites au terme de ce résumé de thèse.
Malgré ces caractéristiques plutôt négatives une réelle dé-barbarisation a eu lieu à l’ouest de la basse vallée du Rhône, plus rapidement là où la côte était d’accès plus facile ou bien où des embouchures deltaïques pouvaient tenter les navigateurs-négociants.
Il faut cependant retenir que pas plus en Languedoc qu’en Provence il n’y a eu de colonisation grecque. Et cela est encore plus vrai en Catalogne. Les expressions « GALLIA GRAECA, HISPANIA GRAECA» doivent être rayées désormais du vocabulaire archéologique. Les régions considérées soulignent les limites de l’hellénisation en Méditerranée nord-occidentale et l’ATTARDAMENTO durable des barbares. Ni les contacts épisodiques avec des marins négociants, ni le stade d’évolution des sociétés indigènes ne pouvaient permettre, même au IVe s. avant notre ère ce qui, alors, caractérisait Rome – « POLIS HELLENIS » (Héraclide du Pont) – ou même Carthage – de plus en plus hellénique selon Aristote. J. Jannoray avait déjà bien compris cela en 1965 (cf. ENSERUNE (…) p. 353 par exemple). Il remarquait même que cette éclipse de l’hellénisme en Occident était due à la poussée carthaginoise (Ibid., p. 340).
Avoir consacré une vingtaine d’années à ce travail signifie qu’un certain dépaysement s’est produit. L’inanimé, l’objet, m’a conduit tout naturellement vers son propriétaire provisoire. Un travail de « traduction », de « participation » s’est fait. Toutefois il est certain que mon interprétation n’a qu’une valeur éphémère puisque « le passé d’âge en âge apparaît différemment » (G. Lefebvre).
Notes
1. Il faut rappeler que cette série avait été précédée, à la transition du VIIe et du VIe s., par des imitations de formes phénico-puniques en poterie non tournée, par exemple à Mailhac, dans la nécropole du Grand Bassin I (cf. Y. Solier, Ampurias, 38-40, 1976-78, p. 223, note 62).
2. Ce relevé se borne pour l’instant aux formes les plus courantes. Il est évident que d’autres formes de vases ont accompagné ce vase pour boire, oenochoés notamment.
3. Même remarque ; d’autres formes gréco-orientales ont été imitées notamment dans la catégorie de la céramique grise monochrome – le plat à marli par exemple imitant le plat à fausse grecque de type rhodien.
4. Il serait facile d’ajouter d’autres caractéristiques, par exemple la présence sur des sites indigènes de tuyères ainsi que l’existence de dépôts de fondeurs avec des enfouissements qui ont été datés encore au VIe s avant notre ère. Le rappel de la nature de la cargaison de l’embarcation du récupérateur et fondeur d’Agde / Rochelongue pourrait aussi être fait.
5. Peu fréquente, sauf à Emporion / Ampurias, est la série des imitations de la céramique attique à image en provenance d’ateliers de la Péninsule Italique ou plus rarement encore de Sicile.
6. Une preuve remarquable est fournie au VIe s. par le graffite d’une face humaine surmontée de cornes sur une amphore attique à figures noires d’Exekias à Bessan / La Monédière. On pense au casque à cornes des chefs Celtes dont parlait Diodore de Sicile et à une tête biface en pierre dans le Würtemberg, à Holzgerlingen ou bien au casque à cornes de Cuchulainn sur le chaudron de Gundestrup, au Danemark.
7. Il s’agit de ces grands vases cratéroïdes à haut col dont le col a été volontairement supprimé par leurs utilisateurs afin de retrouver une forme du monde italo-hallsttatien de type Golasecca ; ces vases ne sont pas rares dans la nécropole de Saint-Julien, à Pézenas.
8. On sait en effet qu’en Mer Noire et, beaucoup plus tard, en Asie Mineure il y a eu des « Helléno-galates » (Diodore de Sicile).
9. En effet à Ensérune existe un type de mur dit, en Sicile, a telaio : c’est celui de la Sicile punique, à Solunte, à Motyé où je l’ai vu. D’ailleurs, plus curieusement, on le retrouve à St. Blaise et à l’Arquet / La Couronne, en Provence (cf. J. Guilaine, La France avant la France (…), 1980, p. 271-272).
10. Cf. Y. Solier, op. cit. (1981), p. 263-264.
11. Cf. H. Schubart, Die westphönische Teller, Rivista di Studi Fenici, IV, 2, 1976, p. 179 sq.
