Cartes mentales, images et imagerie A propos de deux villes du Languedoc : Béziers et Sète
Cartes mentales, images et imagerie
A propos de deux villes du Languedoc : Béziers et Sète
p. 23 à 45
Voisines de Pézenas, fréquentées par les Piscénois, Béziers et Sète sont également typées quoique dans des registres différents 1. Elles bénéficient au-delà d’une réputation justifiée dans certains domaines, d’une « image de marque », vécue ou perçue, construite ou reconstruite, et qui propage ce que l’on peut considérer soit comme la substance même de la ville, soit comme une vue de l’esprit totalement fallacieuse.
Il s’agit ici de cerner puis d’analyser les composantes de cette image de marque, au niveau d’un groupe à peu près homogène auprès de qui a été menée une enquête. Il s’agit de Retraités de l’Éducation Nationale, membres de la M.G.E.N. (Mutuelle Générale de l’Éducation Nationale), tous installés dans le département de l’Hérault. L’enquête a fourni 512 réponses au total, dont 503 pour la partie réservée à Béziers et 502 en ce qui concerne Sète 2. Ce sont les réponses à la question : « Si l’on vous indique un nom de ville, quelles sont les idées qu’elles vous suggèrent ? En porter cinq au maximum et de façon spontanée, l’essentiel étant pour nous les associations d’idées », qui sont exploitées ici au niveau des deux villes de Béziers et Sète 3.
I. - Problématique et directions de recherche
Sans faire référence de façon détaillée aux travaux effectués dans le domaine de la perception et qui sont légion tant en France qu’à l’étranger, on peut brièvement rappeler que divers auteurs se sont penchés depuis quelques années sur la perception de l’espace, fréquemment au niveau de la ville ou de centres touristiques.
Il s’agit de méthodes d’approche différentes de celles qui sont le plus répandues dans le domaine de la géographie urbaine : instruments classiques dérivés de méthodes appliquées par les économistes tendant à quantifier le maximum d’éléments, tant au niveau intra-urbain (équipements, emploi, etc.) qu’extra-urbain (zones de chalandise, hiérarchie des réseaux, etc.).
Certes nous aurons recours également à la statistique, le dépouillement des enquêtes débouchant d’abord sur la confection de tableaux, mais ici l’espace considéré ne sera pas considéré comme un objet neutre. Chacun porte en lui une image des lieux, des hommes, des pays, des villes le florilège en est large de « l’enfer vert » amazonien au « toit du monde » himalayen ; du « mexicain basané » aux tartarinades du méridional ; de « la perfide Albion » à Pézenas, qui diffuse les images d’une trinité urbaine au plan du tourisme : ville des États du Languedoc, ville de Molière par la boutique du barbier Gély, ville de la Mirondela dels arts.
A. - Les composantes de l'image
L’image individuelle est le produit et la résultante de plusieurs facteurs étroitement associés.
1) Les aspects affectifs
L’affectivité, a priori strictement individuelle, joue un rôle fondamental, mais elle reste conditionnée par des bases aussi diverses que l’origine familiale, la formation scolaire, l’acquit culturel, etc.
2) L'information-publicité
Les media déterminent (quand ils ne la fabriquent pas de toutes pièces) la réputation des lieux ; beauté des sites dans les Alpes, attrait du littoral normand… mais l’on ne va guère à Megève ou à Deauville par hasard et sans image préconçue ; pavillon de chasse en Sologne et yacht en Méditerranée peuvent se conjuguer harmonieusement, et en toute simplicité pour une certaine clientèle.
Nous ne retiendrons ici que quelques exemples extraits de deux « guides » peu répandus, mais non moins riches d’enseignements 4. Ils concernent les principales villes de la région et ne donneront pas lieu à une étude détaillée.
Dans le premier d’entre eux on peut retenir deux thèmes largement répandus dans ce genre de publications ou dans la presse locale, facilement triomphalistes : celui du carrefour obligé mais commode et de la dichotomie passé-avenir.
BÉZIERS : « De nombreuses routes mènent à Béziers et font de la ville une véritable plaque tournante desservant toute la région ». (p. 21).
PÉZENAS « Cœur de la Floride languedocienne… 5 à l’intersection de deux des plus anciennes voies de France… à la poignée d’un éventail de 6 directions touristiques des plus intéressantes ». (p. 97).
MONTPELLIER : « Au cœur du Languedoc, entre mer et montagne… de nombreuses routes partent en éventail de Montpellier ». (p. 76).
Sans oublier la flamme postale longtemps utilisée précisant que « Montpellier riche de son passé, se tourne vers l’avenir », on trouve (p. 56) Lunel qui a « choisi de vivre pour l’avenir et non sur le passé » et Béziers (p. 23) « une ville du passé, résolument tournée vers l’avenir ».
Comme exemple de lyrisme béat on note à propos de Pézenas dans le second guide indiqué : « La vieille ville n’est que somptueuses demeures de bourgeois et gentilshommes des XVIIe et XVIIIe siècles. Et elle est restée intacte ! » (p. 58). Le capital architectural doit-il faire oublier les taudis ?
La bouvine quant à elle donne lieu à des développements inattendus avec « la Séville française » (Béziers) et « la Rome française » (Nîmes) : « En été le rugby se repose mais la virilité des Biterrois (sic) se reporte bien naturellement sur un autre sport à leur mesure : la tauromachie… Sans avoir à franchir les effroyables cent kilomètres qui vous séparent de la frontière, vous voici en Espagne » (p. 69). Au gré des circonstances, mais toujours sous le culte de la force physique on évolue donc du monde anglo-saxon, à la péninsule ibérique. Quant à Nîmes : « L’orgueilleux symbole de notre virilité est ici honoré pour l’éternité. Le bovidé a sa statue… ».
Enfin Sète cumule le double mérite d’être bâtie sur l’eau et de se situer dans le Midi, ce qui en fait « une Venise provençale de plus » (p. 54), concurrençant ainsi Martigues, Amsterdam (« la Venise du Nord »), ou même par le biais de la référence historique évoquant la conquête de l’Amérique pas encore latine, la petite Venise devenue « Venezuela ».
3) L'idéologie sous-jacente
Elle est en soi déterminante, un de ses succédanés les plus achevés étant la propagande politique. Le déferlement des ressortissants de l’Europe du Nord avides de bronzage vers l’Espagne franquiste se voulait ignorante du régime policier local. On n’en retenait – au niveau de la Costa Brava ou de la Costa del Sol – que la « libéralisation des mœurs » tolérant le maillot deux-pièces longtemps interdit.
4) L'expérience du lieu
Elle est liée aussi à la proximité et à la fréquence d’usage, bien corrélées. Ainsi peut-on supposer que les 500 réponses obtenues émanent de personnes connaissant Béziers, puisque toutes nées ou habitant dans l’Hérault, ou entrant dans les deux catégories.
Ainsi aux deux extrêmes et pour deux phénomènes qui, finalement convergent, part-on d’une part d’un aspect informel : la formation scolaire et culturelle dont on s’imprègne peu à peu, alors que sur le double plan information – publicité et politique – idéologie, on débouche sur une image délibérément fabriquée. Là-dessus le côté affectif apporte la touche du privé, personnelle, instantanée, très changeante dans le temps.
L’ensemble constitue la base essentielle des images qui peuvent se traduire par des « cartes mentales », véhiculées par chacun, et à propos desquelles on peut formuler un certain nombre d’hypothèses.
B. - Hypothèses et résultats globaux
1) Images individuelles et collectives
Au-delà de la représentation individuelle d’un lieu (la carte mentale ne pouvant être par définition qu’une représentation unique), on peut essayer de déceler des images collectives, résultant de la convergence des appréciations formulées sur le lieu concerné.
Mais il n’existe pas d’image universelle d’un lieu, quel qu’il soit ; dès lors comment cerner les populations qui risquent d’avoir une image commune : plus petit commun dénominateur d’un lieu ?
Il est évident que l’image d’un lieu dépend, au niveau de l’observateur, de :
- l’âge: différence de formation, d’expérience, de mobilité ; accumulation de schémas du passé.
- la distance au lieu: de façon banale, pour un écolier, la connaissance de la France est plus réduite que pour un chauffeur de poids lourds en activité ou que pour un employé de la S.N.C.F. en retraite.
- la discontinuité de la distance. L’Alsacien a une autre image de Strasbourg que l’Auvergnat ou le Languedocien. La présence d’une frontière introduit la différence de nationalité. Le département des Pyrénées-Orientales c’est, pour le parisien, le sud de la France, réduit souvent au seul Roussillon pour le Barcelonais, c’est la Catalogne-Nord.
Voilà donc déjà trois catégories définies : âge, « région », nationalité. Mais y a-t-il aussi une image différente en fonction du sexe ? De façon plus importante, quels sont les rapports entre l’espace perçu et la classe sociale d’appartenance ? Les images diffèrent, à l’évidence, selon les différentes classes sociales, pour les images lointaines en tout cas puisque catégorie socioprofessionnelle, revenus, niveau culturel, types d’information, voyages estivaux, se corrèlent bien. Mais est-ce aussi évident pour les lieux proches ? Même s’il reste évident que la différenciation au niveau des pratiques sociales induit des images différentes pour les plages languedociennes, dunes du camping sauvage ou yacht rentrant des archipels grecs ancré dans le port : Place de la Comédie pour l’étudiant montpelliérain, le manœuvre algérien, ou le flâneur du Café Riche.
Ces images mentales jouent désormais un rôle accru au niveau économique dans la mesure où le développement du tourisme en a fait une véritable industrie dans le cadre de la « civilisation des loisirs », dans la mesure aussi où le tourisme utilise abondamment les images mentales latentes pour faire naître, développer, orienter les flux de touristes en puissance. L’usage de l’image de la Côte d’Azur étalée désormais au niveau d’une large fraction du littoral provençal, le développement du « tourisme vert » dans les pays de la Garonne, les lancements successifs des divers pays méditerranéens, en sont des exemples démonstratifs. 6
Mais le phénomène intervient aussi dans d’autres domaines, tel celui des migrations de travail : les Aveyronnais de Decazeville refusaient d’aller en Lorraine (dans les mines) dans les années 50, mais les ouvriers lorrains ont mieux accepté de venir à Fos dans les années 70 (« l’Europort de la Méditerranée, l’acier sous le soleil ») 7. Et ces liens avec les aménagements engagés, la planification économique, la possibilité d’une certaine prévision, donnent encore plus d’importance à l’étude des images mentales.
2) Le groupe étudié
Notre exemple repose sur des installations de retraite, dont les liens avec certains aspects du tourisme sont évidents. La « population » testée est traitée ici globalement car il s’agit de villes proches, dans le département de l’Hérault, donc connues ; l’usage doit donc s’effacer derrière l’idée reçue que l’on recherche.
Elle est homogène, s’agissant de retraités, de l’Éducation Nationale, quant à l’âge et au statut social, même s’il va de l’agent d’administration au professeur d’université on n’a donc pas distingué de sous-ensemble, même si l’on possédait une série de renseignements sur les enquêtés, tels que ses origines géographiques et son itinéraire professionnel. Il faut toutefois reconnaître que la prise en compte du nombre d’années de séjour dans l’Hérault aurait certainement permis d’affiner les résultats.
Enfin pour démêler le général de l’exceptionnel, il est nécessaire de travailler sur de grands nombres ; 500 réponses ne constituent pas un stock énorme, sur 2.800 questionnaires expédiés mais le déficit s’explique aussi en partie par le fait que dans le cas de couples de retraités seul un des deux conjoints a répondu. De toute façon il n’est pas question d’en tirer des conclusions, encore moins des prédictions sur la population retraitée de l’Éducation Nationale installée dans le département de l’Hérault. Mais les résultats globaux, dont on peut donner un aperçu rapide, fournissent cependant un matériau intéressant.
3) Les résultats globaux
Procédant par questionnaire (voir note 3), on a ménagé cinq cases à remplir en face de chaque ville proposée. Les réponses étant rédigées sans limitation de temps, on n’est pas sûr de la spontanéité et de la réponse immédiate : un biais est à introduire ici.
On postule que chaque nom (ville grande ou petite) proche ou étrangère, chargée d’histoire ou parfaitement banale) n’évoque pas une infinité d’idées et que certaines d’entre elles reviendront très souvent.
Il suffit de se remémorer les titres de la presse pour savoir que Deferre = Marseille, tout comme Herriot était indissociable dé Lyon, que Saint-Etienne = football, tout comme Béziers = rugby, que Kennedy a été assassiné à Dallas, que Londres est en 1977 la ville du jubilé d’Élisabeth II, etc.
Mais pour nous la « carte mentale » reste l’essentiel. C’est d’abord et avant tout une représentation collective et non le transfert des phantasmes de l’individu. Dès lors comment la traduire graphiquement ? D’où déjà le premier problème du passage à l’image individuelle à l’image collective. Celui également de la quantification statistique : la question est finalement ouverte, malgré la limitation à 5 réponses, puisque toute réponse est possible.
Il fallait donc définir un nombre de classes réduit, au travers des réponses obtenues. Tableaux et cartes permettent de replacer Béziers et Sète dans l’ensemble des villes testées.
a) Le degré de connaissance des 12 villes proposées apparaît à travers le nombre de 5 réponses pour 5 questions (512 questionnaires) :
- Paris… 334 soit 65 % de l’ensemble,
- Marseille… 243 soit 47 %,
- Sète… 236 soit 46 %,
- Toulouse… 205 soit 40 %,
- Béziers… 190 soit 37 %,
- Barcelone… 154 soit 30 %,
- Vichy… 132 soit 26 %,
- Séville… 122 soit 24 %,
- St-Tropez… 121 soit 24 %,
- Dunkerque… 108 soit 21 %,
- Brest… 105 soit 20 %,
- Orléans… 78 soit 15 %.
Aucune réponse obtenue : 60 pour Béziers (12 %) et 33 pour Sète (6 %).
b) Le premier terme recensé pour chaque ville, que l’on peut considérer comme le plus spontané ou le plus important donne la répartition suivante, dans un ordre décroissant :
- Activités – 1446 réponses soit 29 % du total (dont économie : 1253 citations soit 86 % pour ce thème),
- Milieu urbain – 808 soit 16 % (dont monument : 536 soit 66 %),
- Milieu géographique – 762 soit 15 % (dont site: 456 soit 59 %),
- Passé – 720 soit 14 % (dont personnage: 285 soit 39 %),
- Vécu – 519 soit 10 % (dont rejet: 173 soit 33 %),
- Loisirs – 311 soit 6 % (donc manifestation touristique : 223 soit 71 %),
- Population – 228 soit 5 % (dont caractères du milieu social : 119 soit 52 %),
- Clichés – 151 soit 3 % (dont « pittoresque » : 111 soit 73 %).
c) Les repères urbains nommément désignés (quartiers, lieux, monuments, etc.) et donc cartographiables sont au nombre de :
- 56 pour Paris dont 13 cités plus de 10 fois,
- 28 pour Marseille dont 9,
- 23 pour Barcelone dont 10,
- 23 pour Béziers dont 9,
- 21 pour Sète dont 8,
- 18 pour Orléans dont 3,
- 18 pour Toulouse dont 2,
- 14 pour Séville dont 4,
- 13 pour Vichy dont 4,
- 11 pour Brest dont 1,
- 10 pour Dunkerque,
- 7 pour St-Tropez.
d) Avec comme repère essentiel :
e) Le nombre total de cases remplies en chiffres bruts (nombres réels) et pondères (nombres réels multipliés par le rang de classement) est le suivant :
Ces 5 séries de tableaux permettent de replacer Béziers et Sète dans l’ensemble des villes étudiées.
La thématique
A. - Les images de la ville
Au niveau du vocabulaire urbain, on a distingué les termes localisés (pouvant donner lieu à cartographie) des termes généraux ; ils constituent un bon révélateur du degré de connaissance réelle de la ville : autant de repères. Mais il reste évident qu’au niveau de chiffres faibles, la part du hasard est d’autant plus grande, sans qu’il soit possible de déterminer un seuil.
Béziers
Béziers : l'axe essentiel des Allées
La pondération nous donne l’image « renforcée » 8 de la ville avec en tête (donc côtés 5 chaque fois) : les Allées (76 fois), Saint-Nazaire (31), P. Riquet (20), le Théâtre (4), la Citadelle (3) ; alors que la dernière image, citée une seule fois et cotée seulement 1 est celle de la piscine.
B) L'image se décompose ainsi :
1) une vision linéaire
Se succèdent grossièrement du nord au sud : Théâtre, Allées, Statue de Riquet (flanquée de la Citadelle), Plateau des Poètes (incluant « le Titan » d’lnjalbert) 9, Gare. Soit 48 % de l’image intra-urbaine (par addition du nombre de citations).
C’est le Béziers de la rencontre, rendez-vous des oisifs et des négociants en vin (le vendredi), renforcé par la présence d’un parc de stationnement et de la gare routière, valorisé par les allées de platanes et l’espace vert central du Plateau, à partir du point d’arrivée de la gare.
2) un panorama de l'architecture religieuse
Les quatre églises citées représentent 18 % de l’image, au niveau de la valeur archéologique ou historique, ou chargées de connotations diverses. Saint-Nazaire en est la synthèse par son rôle de cathédrale, sa situation privilégiée en bordure de l’Orb qui la rend visible de loin lorsqu’on aborde la ville par l’ouest, son émergence au-dessus des toits qui la rend indissociable du profil de Béziers.
Rappelons l’image la plus diffusée de la ville (affiches, timbres-poste, dépliants) qui compte obligatoirement Saint-Nazaire, d’autant que celle-ci est remarquablement mise en valeur les soirs d’été ou de fête par un éclairage discret et harmonieux qui renforce sa position privilégiée.
Saint-Jacques malgré une valeur architecturale indéniable, à l’extrémité de l’acropole biterroise, est mal connue parce que peu accessible, près du noyau gallo-romain de la cité. Au niveau de l’image de la ville, elle participe cependant – à un titre moindre – au panorama qui domine l’Orb, son clocher restant visible.
« La Madeleine » (Église paroissiale Sainte-Marie-Madeleine) est tout au contraire perdue dans la vieille ville ; dégagée par la présence d’une place utilisée comme marché, mais encombrée par les primoristes, les halles proches. Ici s’est déroulé l’épisode le plus cruel de la Croisade des Albigeois en 1029 « … en deux ou trois heures, fossés et murs ayant été franchis, la cité de Béziers fut prise. Les nôtres, sans égard pour l’ordre, le sexe ou l’âge passèrent près de 20.000 hommes au fil du glaive, un immense carnage des ennemis ayant été fait, toute la cité fut dépouillée et embrasée… » 10. Souvenir renforcé par les références actuelles au catharisme et à la mise au pas du Languedoc par Simon de Montfort.
Saint-Aphrodise est encore plus isolée dans un lacis de ruelles au nord de la ville médiévale peu fréquentée du touriste, elle bénéficie de la légende de la fondation de Ia ville dont la procession actuelle du chameau (Lou Camel) rend témoignage. « Selon Ia tradition, Aphrodise, gouverneur d’Héliopolis, ayant suivi en Gaule Paul Serge qui Ie consacra premier évêque de Béziers, fut décapité sous Néron. Prenant sa tête dans ses mains, le martyr se serait alors dirigé vers la grotte qui l’abritait et y fut enseveli. Première cathédrale, St Aphrodise deviendra, après le transfert à Saint-Nazaire du siège épiscopal en 760, une puissante abbaye bénédictine ». 11
Les composantes de l’image « religieuse » de Béziers sont donc les suivantes (cotation de + à -s- +++ selon l’importance) :
L’église la plus chargée de valeurs semble donc être La Madeleine mais elle reste loin derrière Saint-Nazaire dans la promotion iconographique de la ville : c’est le « pittoresque », le « visible », qui est diffusé, quel que soit par ailleurs le poids de l’événementiel ou de la valeur affective au niveau des habitants.
3) la liaison aux valeurs situation-site (21 %)
Elle tourne autour du thème de l’eau, le site de Béziers ayant fixé le passage du Canal du Midi (œuvre de Riquet) qui franchit ici l’Orb par un aqueduc et escalade la colline de Fonseranes par les fameuses neuf écluses superposées, chef-d’œuvre de l’hydraulique au XVIIe siècle. D’où la présence dans le détail de cinq éléments :
Le Canal du Midi et les Neuf-Écluses renvoyant à l’œuvre de Riquet, l’Orb et le Pont-Vieux (plus Tourventouse qui permet d’y accéder), le Pont-Canal, tous au pied de l’Acropole qui a fixé la colonie gallo-romaine 13
4) les repères secondaires. (11 %)
→ Les Arènes (et très accessoirement, au niveau du quartier la piscine voisine). Elles sont triplement valorisées par les « corridas de toros » qui s’y déroulent, par les spectacles estivaux, mais également par l’héritage du XIXe siècle.
Entre 1898 et 1926, une vingtaine de grandes représentations ont été organisées aux Arènes, à l’initiative du mécène local F. Castelbon de Beauxhostes. Elles débuteront avec Cora Laparcerie dans « Déjanire » de Saint-Saëns « la troupe de l’Odéon était venue complète, événement véritable pour la province d’alors » 14. L’Orphéon et « la Lyre biterroise » perpétueront un temps la tradition des créations à grand spectacle.
→ Le Lycée. Dans le prolongement de la Cathédrale Saint-Nazaire, il domine l’Orb, l’Oppidum d’Ensérune, l’échine du Caroux et la plaine viticole et a drainé des générations de Biterrois.
→ Sauclières. C’est le terrain de sports qui renvoie au championnat de rugby et aux nombreuses victoires remportées par l’A.S.B. (Association Sportive Biterroise). L’enquête a été réalisée en janvier-février 1977, lancée quelques mois plus tard elle aurait – au moment de la victoire en finale – bénéficié certainement de davantage de références au rugby.
→ Sont enfin cités une seule fois la Caserne Duguesclin sise au Champ-de-Mars et les Bassins-réservoirs qui dominent la ville au nord-est. Un jardin où ne vont plus les tristes cortèges des pensionnaires du Lycée, le dimanche.
Un peu artificiellement ici, le Mont Saint-Clair a été classé dans la rubrique site-situation : une limite arbitraire mais qui s’aligne sur le choix effectué au niveau de l’ensemble des 12 villes étudiées.
a) La « Montagne » de Sète
Elle constitue près de la moitié de l’image de la ville, non seulement par son « poids » géographique mais également par la part qu’occupe le cimetière marin : rare exemple d’un lieu privilégié soutenu par la renommée d’une œuvre littéraire ; la Corniche bénéficie aussi de l’appui apporté par la chanson (Georges Brassens). La culture conserve tous ses droits à travers le théâtre et le musée, connu en dehors d’un fonds de qualité, par les expositions annuelles.
b) la ville sur l'eau
Canaux, quais, ponts, jetée atteignent presque le niveau du milieu défini par le Mont Saint-Clair. La Marine apparaît par son animation (criée, embarcations de pêche, marchands de coquillages) et certainement aussi par référence à nouveau à Brassens. Elle constitue le seul lieu cité à quatre reprises en première position.
c) les quartiers individualisés
Peu nombreux, ils soulignent bien que la ville est avant tout perçue de façon globale. Sète reste un bloc anonyme dans lequel on ne distingue que très mal les différents quartiers même si les deux plus importants par leur contenu social et par leur individualité sont cités : le quartier haut des pêcheurs en mer, et la Pointe Courte tournée vers l’Étang de Thau dans lequel elle s’insère 15. Les Métairies qui voisinent souvent avec le football dans les rubriques définies évoquent un passé brillant, quand Sète était une des capitales de ce sport.
d) la référence scolaire
Cinq établissements sont cités dont le bateau-école réservé aux mousses, le « Paul-Bousquet » longtemps amarré auprès de la gare, démantelé en 1977.
3) Les généralités
12 termes seulement pour Béziers et 5 pour Sète. Dans le premier cas, ils renvoient à l’« urbain localisé » puisqu’il s’agit des « jardins » (le Plateau) et de « l’avenue-promenade-esplanade » qui désignent les allées Paul-Riquet, le dernier terme révélant une confusion avec le jardin public de Montpellier ; s’y ajoutent « platanes, pigeons, moineaux, parking ». Viennent ensuite dans l’ordre, les citations communes à toutes les villes quelles qu’elles soient : monuments, vieilles rues, fontaine, centre-ville.
Pour Sète : vieilles rues, monuments, jardins et rien de plus à l’exception de l’expression « de l’eau partout ».
B. - Le milieu géographique
Comment les deux villes s’intègrent-elles dans leur milieu ? On doit aborder ici la place des anciennes notions du « site » et de « situation » valorisées ? utilisées ? occultées ? On appelle milieu « localisé » celui qui est reportable sur une carte, opposé au milieu « général ». Ils donnent en tête pour Béziers soleil et mer proche, pour Sète soleil et Saint-Clair.
1) Le milieu localisé
Il révèle toute la richesse de l’ensemble sétois (plus de décuple de citations que pour Béziers), dû à l’ensemble unique de l’« île singulière » entre mer et étang, alors que Béziers se situe par rapport à des éléments plus lointains.
2) Le milieu en général
Il est cette fois équivalent au nombre de termes pour chacune des deux villes et s’inscrit dans le contexte méditerranéen : climat + soleil + luminosité + ciel bleu + vent + été qui représente pour Béziers 75 % des citations, 83 % pour Sète : avec ici en plus le bleu, la lumière à rattacher à la tradition picturale.
C. - Les activités
Au niveau des, spécialistes et dans la ligne des économistes, au niveau des utilisateurs et dans le cadre des zones de chalandise, la ville est appréhendée comme un organisme producteur, aux activités propres. Celles-ci passent largement au niveau des images mentales. Tout comme pour le thème urbain, on a distingué activités propres à la ville étudiée et générales (« commerce » par exemple) pouvant s’appliquer à n’importe quel organisme urbain.
On peut affirmer qu’il y a pratiquement unicité pour Béziers qui reste la ville du vin, souvent qualifié familièrement de « pinard » évoquant « le gros rouge » abordé à travers les vignerons, le marché (hebdomadaire), la crise (on parle de « déchéance ») mais à propos duquel le terme – répandu à l’usage des touristes – de « capitale du vin » ne passe guère. Au total, le vin regroupe 94 % des activités considérées comme intrinsèques.
On note deux « spécialités » biterroises propres à intéresser des Retraités (les soins prodigués par le Docteur Causse, spécialiste oto-rhino-laryngologiste de haut niveau) 16, et des membres de l’Éducation Nationale (Béziers abritant le siège départemental de M.A.I.F.) (Mutuelle Assurances Instituteurs de France).
Unicité aussi pour le seul port de commerce du département de l’Hérault, qui se double du premier port de pêche de la Méditerranée : 90 % des activités spécifiques. Mais sont évoquées également toutes les composantes de l’échantillonnage présenté sur les quais : ancienne tradition de la tonnellerie près des chais, fruits de mer produits par les conchyliculteurs de l’Étang de Thau, industries liées aux traitements de la vigne, raffinerie Mobil, agrumes et olives (dont les barils ont pris le relais des demi-muids), bauxite extraite au profit de Pechiney à quelques kilomètres au nord de la ville.
D. - L'Histoire
Elle est abordée à travers les deux rubriques de l’événement et de la culture, montrant une opposition totale entre Béziers riche en épisodes tragiques, et Sète aux aspects culturels brillants.
1) L'événement
7 thèmes sont abordés pour Béziers que l’on peut regrouper en trois périodes :
- Cathares, croisade des Albigeois, 34 mentions,
- Simon de Montfort, 3,
- Massacres de 1209, 3,
- Émeutes de 1907, 5 mentions,
- Manifestations viticoles et contre le pouvoir central, 4,
- Jean Moulin, 1 mention,
- Occupation allemande, 1.
Les trois sont dramatiques, mais le souvenir du sac de la ville, à près de 8 siècles de distance, reste encore vivace, non dans les mémoires, mais dans la tradition historique de la ville. La ville, favorable à l’hérésie cathare, est assiégée par les « Croisés », de Montfort en Juillet 1209 et saccagée, ses habitants massacrés.
La manifestation viticole du 12 Mai 1907, regroupe plus de cent mille personnes accueillies Place de la Citadelle par le Maire Souchon. Il en résultera la « Gloire au 17e » de Montéhus, célébrant les soldats ayant mis la crosse en l’air, une série de cartes postales montrant dans la série « Les troubles du Midi », « Les mutins du 17e » sur les Allées et devant le Théâtre 17. Des thèmes de référence qui seront repris lors des manifestations postérieures avec celui du « darnié croustet ».
L’occupation allemande s’est soldée par une période marquée d’épisodes tragiques entre autres les fusillades du Champ-de-Mars : jeunes « maquisards » en majorité de la commune voisine de Capestang, capturés lors des combats de Fontjun ; il faut retenir également l’évocation de la grande figure de Jean Moulin perpétuée dans la cour d’honneur du Lycée Henri IV.
2) Sète, pôle culturel
Le vide historique, en tout cas au niveau de la perception de la ville, n’apporte que trois citations : la création du port par Louis XIV, Mario Roustan, et les problèmes soulevés par l’importation des vins d’Italie. Mais alors que Béziers au niveau de la culture n’évoque qu’Injalbert et Saint-Saëns à travers un passéisme évident, Sète apparaît comme très riche à travers des contemporains qui ont marqué la ville.
- Paul Valéry : 118 mentions,
- Georges Brassens : 65,
- J. Vaillard : 5,
- Jean Vilar : 4,
- « artistes, poètes, peintres » : 4,
- François Desnoyer : 1.
Échantillonnage éclectique à l’ombre du maître Valéry qui regroupe un poète, un chansonnier, un homme de théâtre, un peintre dont les coloris renvoient à la luminosité déjà évoquée. Ainsi se confirme tout le poids de Georges Brassens, bien au-delà de la seule « supplique pour être enterré à la plage de Sète » ; paradoxalement le plus sûr garant d’une publicité – de bon aloi – reposant sur des textes d’une qualité unanimement reconnue, pour un homme qui, précisément, a toujours fui toute forme de publicité.
E. - La part du « vécu »
On a séparé ici, pour des commodités de traitement statistique, les éléments considérés comme positifs des termes traduisant un rejet. L’éventail du vocabulaire, faisant encore plus appel à la subjectivité est encore plus ouvert, les termes difficiles à regrouper.
1) Les attraits, l'acceptation
… et pour une seule citation : nonchalance, ville rurale, propre, moins bourgeoise que Montpellier, populaire, cafés. 16 termes, 83 citations.
Ce qui est commun aux deux : l’appartenance au milieu méditerranéen, cliché largement répandu reposant sur une vie intense, grouillante (le tiers en gros -des citations dans les deux cas) mais aussi agréable, confortée par l’importance des liaisons (famille) et des relations tissées (amis). Il s’y ajoute à Sète chaleur de l’accueil et familiarité spontanée qui évoque l’Algérie.
Au niveau des différences, Sète est belle (18 %), Béziers reste synonyme de ville moyenne et calme 14 %) – ce qui est d’ailleurs en contradiction avec la vie grouillante – et est perçue comme populaire, rurale, peu bourgeoise par rapport au modèle montpelliérain (référence au chef-lieu du département).
2) Les critiques, le refus
Les phénomènes de rejet qui s’expriment, semblent reposer davantage sur une expérience personnelle – prouvée par un recours plus fréquent à l’anecdote – que sur la diffusion de stéréotype colportés, l’un n’excluant cependant pas l’autre.
Pour Béziers, en dehors du bruit et de l’orgueil (5 mentions), le reste des jugements portés se dilue au niveau de deux mentions : inintéressante, peu distinguée, luxueuse et frivole, quelconque, matérialiste, argent gagné facilement, rudesse et d’une mention laide, sans ressources culturelles, peu agréable, embouteillée, superficielle, rivale de Montpellier, parlant haut, indifférente, soumise aux lobbies, envahie par les crottes de chien et les moustiques. Au total 20 termes et 35 citations.
On saisit aisément toute la difficulté qui sous-tend l’interprétation de cette accumulation de termes, car il s’agit bien en fait d’un recensement au niveau du dépouillement des enquêtes, mais d’une interprétation au niveau de leur exploitation, et faisant donc intervenir également les propres présupposés des auteurs de l’enquête et de leur propre perception de la ville.
On peut dégager cependant une image globale justifiant le refus :
- le chauvinisme biterrois qui s’exprime par l’orgueil, le verbe haut (on songe à certaines « supportrices » en manteau de fourrure et vocabulaire fleuri dans les tribunes du stade de Sauclières). Attitude qui s’explique en partie par le désir d’affirmation de Béziers par rapport à Montpellier, dans la hiérarchie urbaine régionale : explicité d’ailleurs par le terme « rivale de Montpellier ».
- le vide culturel, qui découle à la fois d’un sous-équipement « objectif » et d’une référence implicite là aussi au modèle universitaire montpelliérain ; il se traduit par les termes « quelconque, matérialiste, sans ressources culturelles, superficielle ».
- la façade mal replâtrée d’une bourgeoisie viticole vivant encore sur les schémas de l’âge d’or de la fin du XIXe siècle, « peu distinguée, soumise aux lobbies » (terme non explicité lobbies viticoles ?), étalant luxe tapageur et frivolité à partir d’un « argent gagné facilement ».
- la vision plus concrète d’une traversée difficile de la ville, d’où surnagent embouteillages, moustiques, saleté des rues.
On saisit là à la fois l’importance d’une perception même partielle, même semblant anecdotique mais témoignant d’une réalité personnelle, et les limites de l’enquête lorsqu’elle se dissout en une infinité de termes, révélateurs certes, mais moins fiables car en dehors des barrières sécurisantes des « grands nombres ».
Sète, moins honnie, ne compte que 6 termes de rejet pour 24 citations :
Elle est mieux typée au niveau de la pollution immédiate (saleté et pestilence qui restent liées à toute image d’une ville portuaire, même s’il s’agit aussi de Venise) ; elle supporte comme Béziers embouteillages et bruit, mais se dessine mal au niveau d’une « ambiance » générale ou de « mentalités » qui caractérisent sa voisine.
F. - La population des deux villes
On ne peut que lui réserver un sort rapide car elle n’apparaît que très peu, 5 termes et 20 citations pour Béziers, 5 et 16 pour Sète.
Au total n’apparaît qu’une seule personnalité, l’ancien maire de Béziers battu aux élections municipales de 1977 mais encore en fonction – et ministère de surcroît – au moment de l’enquête. Le cosmopolitisme est toutefois signalé, apport espagnol à Béziers, italien à Sète, quoique peu souligné. Peu de choses à Béziers, mais beaucoup de « méridionalisme » à Sète, alliant faconde et accent, insouciance et esprit frondeur, attitudes d’indépendance d’habitants qui sont finalement de « bons enfants ».
G. — Tourisme et imagerie
D’une part l’activité touristique est peu évoquée : corrida + feria (8 mentions chacune) pour Béziers, nautisme + baignade + fête de la mer (4 chacune) pour Sète d’autre part, c’est de cette activité que se dégage l’imagerie, le cliché. « L’affiche » touristique de la ville, c’est à la fois les éléments valorisés de la ville plus le poncif à partir d’une activité réelle.
Chacune des composantes mérite quelques éclaircissements, les joutes font l’unanimité, présentes au Musée, popularisées par Desnoyers et les peintres de Sète, peu pratiquées en dehors de Sète et des environs, inséparables des fêtes de la Saint-Louis, etc. Le football reste révélateur de l’âge des enquêtes, car il s’agit de l’évocation de succès et de titres anciens, au niveau national. Rouille et bouillabaisse se trouvent curieusement réunies, la deuxième voulant qu’un certain nombre de restaurants du littoral languedocien s’autorisent à servir sous ce nom un poisson bouilli, noyé de sauce au safran, alors que la première reste, avec la bourride, authentiquement sétoise. Même chose pour la baraquette qui rappelle les réunions du dimanche autrefois sur le Saint-Clair avant que l’habitat permanent les ait supplantées (par le jeu du prix du terrain) : l’authenticité locale opposée à la « Venise du Midi ». La drogue enfin renvoie à la presse, l’arrivée du ferry Agadir, qui assure les liaisons avec le Maroc, se soldant par de spectaculaires coups de filet. Personne par contre ne cite la Saint-Louis sur laquelle s’axent finalement les joutes et se fait la publicité annuelle.
Le rugby talonne désormais le vin dans l’image de Béziers, en raison de la série de succès accumulés par l’équipe locale, et encore l’enquête a-t-elle été réalisée en janvier-février 1977, avant que Béziers ne récolte une nouvelle fois, et entre autres, le titre de champion de France. Lou Camel : le chameau, symbole de la ville, renvoie à la légende de St Aphrodise, précédemment évoquée. La rambla c’est encore les allées, citées dans leur « tonalité barcelonaise » ; le bel canto renvoie à Saint-Saëns et aux créations d’avant la guerre ; les treilles restent une des rares danses folkloriques du Languedoc encore pratiquée à l’occasion des fêtes.
Voilà au total et selon les thèmes choisis comment se composent les images de Béziers et de Sète, que l’on peut synthétiser, hors des classements établis, par le tableau suivant qui ne conserve que les 10 premiers termes les plus employés pour chacune des deux villes.
L’image achevée des deux villes, aux yeux des Retraités (rang de classement et nombre de citation des 10 premiers termes retenus hors des rubriques définies), se compose ainsi :
Il restait, après l’exploitation statistique, à proposer une représentation cartographique de ces images.
II. - La carte mentale : modélisation, spatialisation
Les deux diagrammes présentés se proposent de synthétiser tous les éléments extraits de l’enquête.
La spirale : On considère que le point central représente la ville « objective » dans sa réalité la moins discutable. Il détermine le plus ou moins grand éloignement des cercles : du plus « objectif » (disons le moins discutable), soit l’« urbain » localisé dans la ville, jusqu’au plus « subjectif » : les clichés d’ordre général.
Les portions du cercle : Elles désignent les 8 thèmes de classification retenus, et se décomposent en deux exemple pour le premier thème (l’urbain), le cercle le plus proche correspond à l’urbain nommément localisé, le plus éloigné à l’urbain général, sans autre précision, (de type « avenue, boulevard », etc.)… Autre exemple pour le huitième thème (les clichés) le cercle le plus proche regroupe les clichés propres à la ville, l’autre cercle les poncifs généraux de type « pittoresque », etc.
Les cercles : Leur diamètre souligne le nombre de citations comptabilisées au niveau des 16 sous-thèmes.
La circonférence permet de connaître le nombre de mots utilisés pour définir chaque thème (du tireté au trait plein).
L’intérieur du cercle met l’accent sur le rang de classement arrivant en tête pour chaque sous-thème.
Détail des rubriques portées sur le tableau, à partir du cercle le plus proche du centre et jusqu’à l’extrémité de la spirale.
- urbain « propre » = localisé, nommé.
- activités spécifiques.
- milieu géographique « propre » = nommé, localisé.
- histoire événementielle.
- population « propre» : définie.
- vacances – voyage.
- vécu accepté souvenirs agréables.
- clichés propres à la ville.
- urbain général, sans localisation.
- activités générales, sans précisions.
- milieu géographique, sans localisation.
- histoire culturelle.
- population, termes généraux.
- vacances – loisirs.
- vécu rejeté : souvenirs désagréables.
- clichés généraux.
Cela permet de visualiser, avec toutes les limites d’un regroupement en deux fois huit catégories, la caractéristique de chaque ville ; cela implique que les 12 diagrammes représentant les 12 villes soient examinés ensemble : isoler une ville réduit d’autant la valeur de la représentation, qui se veut comparative.
On ne retiendra toutefois ici que les deux seules villes concernées. Ainsi apparaissent de façon schématique (cf. fig. 2, p. 42-43)
- Pour Béziers : la place prépondérante des éléments du paysage urbain localisés devant les activités propres à la ville et les clichés. La prédominance d’une activité citée en tête (rang de classement 5 traduit en noir) : il s’agit du vin ; la faible part du secteur « vacances » dû au fait que les questionnés résident sur place et ne perçoivent pas la ville sous cet aspect.
- Pour Sète : le rôle du milieu géographique bien typé par le Saint-Clair, la mer, l’Étang, devançant les activités (le port) et l’urbain localisé. La place importante de l’histoire culturelle, par opposition à l’histoire événementielle, à peu près inexistante. La faiblesse – déjà notée pour Béziers – du secteur « vacances » 18.
Le deuxième type de représentation consiste à mettre en regard un plan de la ville et les mêmes éléments quantifiés à partir de l’enquête. Les parties non repérées sont gommées, ce qui donne une idée concrète des points de repère et des zones inexistantes.
Béziers : un espace réduit (cf. fig. 3)
La ville présente un plan nettement tranché en deux parties. La vieille ville en amygdale entre l’Orb et les Allées Paul-Riquet : forme déterminée par le talus qui domine la rivière, jalonné par le Cimetière-Vieux, le Lycée Henri IV, la Cathédrale Saint-Nazaire, Saint-Jacques. Dans cet arc dont la corde serait constituée par la ligne droite des Allées, s’insèrent tous les éléments de la vieille ville, sans que l’on puisse exactement en situer le centre Place Gabriel Péri entre Hôtel de Ville et P.T.T. ? Place de la Victoire à la terminaison des Allées ? Place Jean Jaurès restée dans le vocabulaire biterrois « La Citadelle » ? Place de Gaulle entre la Sous-préfecture et le Lycée Paul Riquet ?
Vu la petite taille de la ville, son centre qui englobe toutes ces places, renferme encore l’essentiel de l’héritage religieux, de la présence administrative, du foyer d’animation que constitue le Lycée Henri IV tout proche des Halles le quartier de la cathédrale a conservé son rôle de résidence aisée, à l’abri des portes cochères et malgré les rues étroites. L’éradication des taudis se poursuit, ayant pour conséquence de refouler les habitants les plus pauvres vers la périphérie. L’essentiel du commerce s’y concentre sur une faible étendue ce qui fait dire – avec justesse – à J. Rougé que « Béziers a acquis une réputation commerciale telle que les biterrois estiment que leur cité occupe une place de choix dans la hiérarchie des villes françaises ». (Thèse p. 1).
La ville nouvelle se construit aux XIXe et XXe siècles, se greffant sur un élargissement du centre commercial qui gagne la façade orientale des Allées conquête qui s’étend par les Avenues Albert 1er, Clemenceau, du 22 août 1944, Saint-Saëns jusqu’à la ceinture des boulevards : d’Angleterre, de Strasbourg, Mistral, de la Liberté, de Verdun et Tourventouse. L’éventail des avenues a canalisé vers l’Est la résidence aisée qui débordera la caserne Duguesclin, les Arènes, puis l’Hôpital général, gagnant vers l’Est.
Au-delà de l’Orb et du Pont-Neuf s’organise le faubourg, entre le Canal du Midi et la voie ferrée, les zones industrielles regroupant les différents établissements, dépôts, entrepôts, etc. y compris le Stade de Sauclières.
La connaissance de la ville ne franchit pas les deux axes de l’Orb et des Allées prolongées par le Plateau des Poètes. Seuls émergent le Lycée Paul-Riquet, la Caserne Duguesclin, la piscine et tout d’abord les Arènes.
A l’intérieur, les quatre églises, le Musée, le Lycée, un seul boulevard : Tourventouse, permettant d’atteindre les deux ponts sur l’Orb, eux aussi signalés.
Rappelons à propos de la ville, le portrait qu’en donne Valéry Larbaud : « Traversée en voiture. Après le quartier inhospitalier de la gare, après le Jardin des Poètes, maussade sur sa pente ensoleillée, tout à coup les Allées Paul-Riquet, pleines de monde, mouvantes l’air de grande ville. Ainsi, en remuant une fourmilière, on tombe soudain sur l’endroit où sont les œufs, l’endroit noir, et tournoyant, avec ces visages blancs qu’on cache puis un éboulement le recouvre : arrêt dans une sombre rue vide, devant le portail fermé d’un vieil hôtel noble. Béziers, ville épicuréiste, cache sa vie, ne consent à vivre qu’en son centre, à l’abri, et au-dessus de la plaine » 19.
Sète : la ville en négatif. (cf. fig. 3)
La carte le montre bien : la ville c’est avant tout son site, au sens le plus large. Le procédé cartographique utilisé montre que seuls émergent quelques repères liés aux activités (la criée) ou indissociables du Saint-Clair : le Cimetière marin. Ponts et canaux quadrillent l’espace urbain qui reste en négatif. Sète n’est pas la ville mais dans l’ordre le port, le Saint-Clair, la Méditerranée et l’Étang de Thau.
Et c’est pourtant elle qui a le plus bénéficié d’une représentation picturale au niveau de l’habitat. « Un des aspects les plus courants de Sète est un premier plan de maisons aux façades de couleur ocre ou jaune clair, des toits oranges, des angles nets se découpant sur un fond marin bleu, vert ou violet. Il permet de qualifier Sète de ville cubiste et ce ne sont pas les constructions récentes, qui sacrifient toutes à l’esthétique du cube qui pourraient lui ôter ce caractère, au contraire» 20. Desnoyers y a composé ses architectures savantes, les parant de couleurs pures : peinture construite s’inscrivant dans un souci d’ordre plastique qui joue sur les plans successifs. Mais la ville la plus souvent représentée n’apparaît pas : c’est bien le repère monumental, architectural qui structure l’espace urbain et non un jeu de constructions.
Les textes laissés sur la ville par un certain nombre d’écrivains (Valéry notamment, Taine, etc.) pourraient donner lieu à une interprétation cartographique, découlant d’une lecture géographique de leur œuvre 21. Valéry Larbaud 22 nous laisse un tableau de la ville daté d’avant la guerre de 14.
- Le milieu apparaît à travers : le vent (« sortir, c’est, comme en mer, monter sur le pont du navire ») ; l’omniprésence de l’eau (« les immenses miroirs partout répandus mer, canaux, étangs ») ; la lumière qui « vient autant de la terre que du ciel ».
- L’activité portuaire : « drapeaux et oriflammes des mâts »… les remorqueurs qui « passent sur les allées vert-bleu, entre les îles de maisons »… « le mugissement des sirènes »… les bateaux de pêche « drapés de filets bruns »… « une armée de tonneaux ».
- L’ambiance des rues : « le linge qui sèche aux balcons, les réverbères aux « flammes menacées » ; sont citées les rues de la Poste, Gambetta, le quai de Bosc.
- L’architecture : « avenues de palais neufs et peints… frontons… corniches… cours intérieures… perrons… portiques… quais et jetées.
- La population : « les petites ouvrières de l’imprimerie » qui sautent à la corde pendant la pause du midi… « la foule élégante » de cinq heures… « les uniformes des nurses en voile bleu »… « les capotes et les épaulettes de l’infanterie de marine »… filles et mousses déguisés en temps de carnaval.
- Le cosmopolitisme avec « la rue (longue, de faubourg) qui a un nom russe ou d’apparence russe »… et l’enseigne d’une boutique avec « Acropolis, écrit en caractères grecs ».
- Le Site : « montée du Mont Saint-Clair entre les villes. De là-haut, on voit tout le paysage comme une carte murale et le port tel que les architectes l’ont dessiné ».
- Enfin, et à retenir en guise de conclusion : « Ville où est né un grand poète, ville éclairée pour l’éternité. Et le « cimetière marin » là-haut ; ses visiteurs, désormais, aux siècles des siècles ».
Conclusion
Le modèle schématique proposé constitue une tentative de visualisation, à l’aide d’un graphisme, des processus de formation des cartes mentales. Il se décompose en trois éléments : l’environnement et ses composantes au niveau de l’individu, l’idéologie et son poids, son influence sur l’image de l’individu, la résultante des divers processus intervenant sur les images individuelles. (cf. fig. 1, p. 41).
A travers le phénomène général de la perception, de l’espace vécu, des cartes mentales, on a essayé de déterminer le facteur susceptible d’intéresser le géographe : la perception collective et sa traduction spatiale, avec toutes les difficultés soulevées par le problème du passage de la représentation individuelle à l’image collective. Sète et Béziers nous ont fourni deux exemples qui semblent démonstratifs.
Mais si l’on a essayé de dresser des « cartes mentales » c’est sans oublier qu’il y a à priori autant de cartes que d’individus. Il est très important de rappeler que le questionnaire utilisé ne repose pas sur un échantillon (qui serait donc extrapolable), mais sur une population homogène – ou en tout cas ne présentant pas de trop larges disparités – au niveau de l’âge, de la culture, de la profession, des revenus. Au total il s’agit d’un bloc dont les résultats sont difficilement extensibles.
Il ne s’agit pas pour autant de rejeter les différentes catégories de sexe, nationalité’ lieu d’origine, etc., et à plus forte raison de classe sociale, pour découper la population totale et affiner d’autant les résultats.
Enfin, ces 500 « Retraités » ont souvent une large expérience de la région (par leur origine familiale, le lieu d’exercice de leur profession, diverses attaches) on ignore le degré de fréquentation des deux villes, pour un groupe fixé en totalité dans le département mais on mesure bien la connaissance plus ou moins profonde que les Retraités en ont elle est infiniment supérieure à celle qui apparaît au niveau des autres villes choisies en parallèle.
La méthodologie est propre à l’ensemble des douze villes étudiées (dont les deux abordées ici) ce qui donne des possibilités de comparaison à travers des résultats ou très proches ou très différents pour chacune d’entre elles. Nous pensons toutefois qu’il s’agit d’une étape, vers une méthode à affiner, la représentation cartographique pouvant servir de base de comparaison pour d’autres travaux.
FERRAS et M. VIGOUROUX
Université Paul Valéry
ERA 252 du C.N.R.S.
Notes
1 Ce qui peut justifier l’accueil réservé à Cet article par la revue « Études sur Pézenas et sa région ».
2 Ce genre de démarche n’a pu être mené à bien que grâce à la bienveillance des Retraités qui ont bien voulu répondre à nos questions, et à la diligence de l’équipe responsable de la M.G.E.N. de l’Hérault : G. Soulatges, directeur ; R. Cros, Mademoiselle Cros, P. Julia M. Fallu, président. Ont apporté tout leur appui aux dépouillements et à la réalisation cartographique : V. Cabos, H. Holtzscherer et G. Villagordo du Laboratoire de l’Atlas Régional du Languedoc-Roussillon ; S. Herriges, C. Philippe, C. Sambussy, étudiantes en géographie à l’Université Paul Valéry de Montpellier. Nous redisons à tous notre gratitude.
3 La liste comportait au total 12 villes : Toulouse et Marseille, Paris, Barcelone et Séville, Saint-Tropez, Brest, Vichy et Dunkerque, Orléans. Choix empirique mais non effectué au hasard, chacune de ces villes pouvant renvoyer à des thèmes différents : grandes villes du Midi, capitale, métropole étrangère, pôle touristique, histoire riche, etc. Montpellier figurait dans un questionnaire totalement différent dont l’exploitation est en cours de traitement et qui ne sera pas évoqué ici.
4 Hérault, le guide pratique « 72 ». Anonyme, préfacé par le préfet de région et diffusé par le Syndicat d’initiative de Montpellier, 1971, 160 p. ; Gault, Millau, Cartier, Guide. Nouvelles stations Languedoc-Roussillon, Taillandier, 1972, 291 p.
5 Depuis que des aménagements ont été réalisés en Languedoc, soit moins d’une décennie, celui-ci est devenu soit la Floride lorsqu’il s’agit d’implantations touristiques. Soit la Californie lorsqu’il s’agit d’irrigation à l’initiative de la C.N.A.B.R.L. cf. Cartier, Guide cité p. 18 : « Après la guerre, on faillit trouver à la côte languedocienne une utilisation qui lui eût donné une ressemblance de plus avec la Floride. Elle fut jugée idoine, dans sa désolation, à recevoir un centre balistique. Cap d’Agde eût été, à l’échelle, le cap Canaveral français ».
6 Voir à propos du tourisme les travaux de Georges Cazes : Le Tiers-Monde vu par les publicités touristiques une image géographique mystifiante, Travaux de l’institut de Géographie de Reims, n° 20, 1974, p. 5.
7 Raymond Dugrand et Robert Ferras : Bas-Languedoc, Causses, Cévennes, Provence, Côte d’Azur, Corse, La France, Larousse, 1974 page 2.
8 On a attribué pour la pondération 5 points au premier terme cité, 4 au second, 3 au troisième, 2 au quatrième, 1 au cinquième.
9 Injalbert, né en 1845 à Béziers et prix de Rome en 1874 a sculpté « le Titan » qui décore une fontaine du Plateau des Poètes et le Monument aux Morts. Ajoutons les Enfants aux lions de la promenade du Peyrou, et le fronton du théâtre de Montpellier.
10 Compte rendu d’Arnaud Amaury abbé de Citeaux et Milon au pape Innocent III, cité p. 106 de Documents de l’Histoire du Languedoc (Nougier, Labrousse, Durliat, Wolff, Estèbe, Dermigny, Fouilleron, Michel, Sentou, Ferras, Picheral), Privat, Toulouse, 1969. Voir aussi, p. 109, un plan de Béziers en 1209, situant St-Jacques, St-Nazaire, la Madeleine et St-Aphrodise.
11 J. Lugand, J. Nougaret, R. Saint-Jean, A. Burgos, Le Languedoc roman, Zodiaque, La nuit des temps, 1975.
12 Il serait intéressant ici de recenser les cartes postales présentées et diffusées à Béziers et d’évaluer la place de chacun de ces monuments dans les images qu’exportent les touristes de passage.
13 Stendhal, de passage dans la ville en Septembre 1837 (Mémoires d’un touriste, Calmann-Lévy, 1877, 2 vol. 362 et 372 p.) parle brièvement de Béziers : « Cette petite ville a une belle position sur une hauteur, de laquelle on domine le Canal du Languedoc et une quantité d’écluses par lesquelles il descend à la Méditerranée… En parcourant ces petites rues étroites et sombres de Béziers, je me suis rappelé le sac de cette ville, et le propos du chef catholique : tuez toujours, Dieu reconnaîtra les siens… Telle est l’influence de l’architecture ; je n’aurais pas eu ces idées sombres si les rues de Béziers respiraient la civilisation. Stendhal signale également une ruine romaine dans le jardin de la Croix-Blanche, une auberge citée également par Thomas Platter à la fin du XVIe siècle. (Félix et Thomas Platter à Montpellier. Notes de voyage de deux étudiants bâlois, Coulet, Montpellier, 1892, p. 399).
14 F. Castelbon de Beauxhostes. In Paul Marres et L. Blanquet, L’Hérault géographique et historique, Béziers s.d., p. 282. Le cycle complet est le suivant : 1898-1899-1902 Déjanire. (Saint-Saëns) ; 1899-1900-1901 Prométhée (Gabriel Fauré) ; 1901-1902-1903 Parysatis (Saint-Saëns). Bacchus mystifié (Max d’Ollon) ; 1903-1904 Armide (Gluck) ; 1904-1905 Les Hérétiques (Hérold) ; 1905-1906 La Vestale (Spontini) – Le premier glaive (Nepoty) ; 1909 La fille du soleil ; 1910-1911 Les esclaves (Payen) ; 1921 Antigone (Saint-Saëns) ; 1922 Penthésilée (Martin, Delmas) ; 1923 Le Dieu sans couronne (Jalabert, Delmas) ; 1924 Déjanire (Saint-Saëns), Mireille (Gounod) ; 1925-1926 : Zorriga.
15 « quartiers populaires dominant le vieux port, de la Marine à la Corniche, ourlant le Cimetière Marin ; village de pêcheurs de la Pointe-Courte résolument tourné vers l’étang, imperméable aux étrangers, où quelques-unes parmi les plus vieilles familles sétoises capturent toujours le poisson selon des méthodes qui n’ont guère varié depuis le temps des bordigues ». R. Ferras : « La population de Sète », in SÈTE, ouvrage commémoratif du Tricentenaire des la fondation de la ville, 1967. (Articles de M. Chauvet, G. Couderc, L. Dermigny, F. Doumenge, R. Ferras, A. Freisses, G. Galtier, etc.
16 Le thème des soins médicaux et des cliniques revient fréquemment dans d’autres questions de l’enquête, notamment sur Montpellier.
17 Voir Béziers à la belle époque, recueil de cartes postales par Pierre Guilbert, 1973, 108 p. À titre d’information brève pour les autres villes étudiées :
Dunkerque : importance de l’événement historique, les souvenirs de la Deuxième Guerre Mondiale.
Brest : le port au niveau des activités est en tête de toutes les rubriques.
Toulouse : poids culturel, importance de l’« urbain général » dû à la taille de la ville.
Marseille : quartiers et lieux-dits, activité portuaire en tête.
Séville : poids des clichés (gitanes, mantilles, flamenco, etc.).
Barcelone : ressemble à Marseille population très ignorée.
Paris : l’« urbain » général et particulier en-tête.
St-Tropez : tout à fait rejetée au niveau du vécu, secteur vacances très important.
Vichy : part du thermalisme, de l’histoire de la Deuxième Guerre Mondiale.
Orléans : en tête, l’histoire avec Jeanne d’Arc ; ville mal connue, population inexistante.
18 Pour Béziers voir
→ Galtier, G, Étude de Géographie urbaine, Bulletin Société Languedocienne de Géographie, Montpellier, 1948, 126 p.
→ George, P., La ville, le fait urbain à travers le monde, Paris, P U F, 1952, p. 83 et suivantes.
→ Le dernier travail en date sur la ville est la thèse de 3e cycle de Jacqueline Rougé : L’Organisation Commerciale de Béziers, deux tomes de 104 et 205 pages, Montpelliers, Université Paul Valéry, 1976.
19 « Septimanie » : Béziers. Le texte repris ici est intégral. In Valéry Larbaud, Œuvres, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 1958, p. 877.
20 Gabriel Couderc dans l’ouvrage commémoratif du Tricentenaire de Sète, op. cit. non paginé.
21 Voir par exemple de Joël Pailhé : Roger Vailland, notes pour une lecture géographique, Travaux de l’institut de Géographie de Reims (Images géographiques et images de la géographie), n° 20, 1974, p. 85. L’auteur affirme : « On peut lire en géographie une œuvre littéraire. Non au titre de document géographique, mais comme témoignage de l’espace vécu ». Voir également les travaux d’Armand Frémont à propos de la région de Madame Bovary, et son ouvrage : La région, espace vécu, Paris, P U F, 1976.
22 op. cit. p. 877-879 : « Cette ».
