Blason de Pézenas et de sa Région (I)
(Escaïs, istorietas, adagis, proverbis,… a l’entorn de Pezenas)
Blason de Pézenas et de sa Région (I)
(Escaïs, istorietas, adagis, proverbis,… a l’entorn de Pezenas)
p. 25 à 32
Dès que deux villes ou deux villages ont eu des intérêts communs, une certaine animosité s’est éveillée entre les habitants. Cet antagonisme s’est parfois extériorisé par des luttes ouvertes mais aussi par des quolibets, des plaisanteries plus ou moins truculentes, chacun y faisant assaut d’ingéniosité sinon de malignité. De là sont nés les sobriquets collectifs, les adages, maximes, devises à usage purement local. Empressons-nous de dire qu’aujourd’hui leur utilisation n’a rien d’injurieux, chaque village réclame les siens comme partie intégrante de sa personnalité ; là où ils se maintiennent encore, ils sont le signe d’un caractère fort et original. Nous ne pouvions manquer de signaler, à propos de cette originalité, les animaux totémiques dont le nom est parfois utilisé comme sobriquet collectif.
Un rayon de trente kilomètres autour de Pézenas nous a paru une limite raisonnable, quoique nous l’ayons franchie en quelques occasions (voir la carte).
Les principales sources imprimées ont été :
- Le dictionnaire franco-provençal de Mistral, dont les renseignements proviennent des félibres languedociens.
- L’enquête de M. Charles Gros, folkloriste montpelliérain, publiée par M. Claude Seignolle dans son ouvrage sur le folklore du Languedoc.
- L’enquête de M. André Bernardy, extrêmement complète pour le Gard, qui présente des listes de sobriquets pour les autres départements.
- Les autres sources imprimées nous fournissent des renseignements épars qu’il faut considérer comme des notes de lecture.
Le plus clair de nos renseignements provient de nos informateurs, nous saisissons ici l’occasion de les remercier :
Bassan : M. R. Vallat. – Campagnan : M. M. Courtois. – Caux : Commandant H.M. Maders – Clermont–l’Hérault : M. G. Combarnous. – Conas : M.C. Alberge. – Corneilhan : M. H. Barthès, secrétaire de mairie. – Marseillan : M. Duvochel, maire. – Montagnac : M. A. Nos. – Montblanc : M. Robert, secrétaire de mairie. – Nizas : Mlle. N. Arnaud ; M. Crebassol, maire ; M. E. Castan, secrétaire de mairie. – Pézenas : Mme Vve André ; M. A. Alliès ; M. J. Caudet ; M. G. Lanet ; M. E. Molinier ; M. Ramade ; M. et Mme L. Raynier ; M. J. Segonzac. – Le Pouget : M. Hermet, maire. – Poussan : M. M. Fabre. – Roujan : M. R. Paulignan. – Roquessels : M. M. Gayraud. – Saint-Thibéry : M. E. MassaI. – Salasc : M. Arribat, maire. – Thézan : M. A. Ourmet.
Nous remercions également tous nos informateurs anonymes : tous ceux qui ont bien voulu nous répondre au cours de nos pérégrinations, tous ceux que nos lettres ou nos coups de téléphone n’ont pas laissés indifférents.
Bibliographie
- ALIBERT Louis. – Dictionnaire Occitan-Français, d’après les parlers languedociens. Toulouse. Institut d’Études Occitanes. 1966. 700 pages.
- ALLIES Albert-Paul. – Pézenas. Une ville d’États. lmp. Causse-Castelnau. Montpellier. 3e ed. 1963. 389 pages.
- AMELIN. – Guide du voyageur dans le département de l’Hérault. in-12. 1827. Paris et Montpellier. Gabon et Cie. libraires. 586 pages.
- APPOLIS Émile. – Un pays languedocien au milieu du XVIIIe siècle : le diocèse civil de Lodève, étude administrative et économique. Albi. Imprimerie coopérative du Sud- Ouest. 1951. 675 pages.
- BAQUE François et ROUQUETTE Antoine. – Un village du littoral au cours des siècles : Bouzigues des origines à 1914. Maurice Frances ed. Saint-Pons (Hérault). 1960. 448 pages.
- BAUMEL Jean. – Le « masque-cheval » et quelques autres animaux fantastiques. Étude de folklore, d’ethnographie et d’histoire. Institut d’Études Occitanes. 1954. Montpellier. 234 pages.
- BELLUGOU Henri. – La Révolution dans le canton de Saint-Pargoire (Hérault) 1789-1800. Montpellier. Imprimerie de la Charité (Pierre Rouge). 1931. 404 pages.
- BERNARDY André. – Les sobriquets collectifs. Gard et pays de langue d’oc. Anecdotes, dictons, légendes. Ateliers Henri Péladan. Uzès (Gard). 1962. 273 pages.
- BOUCOIRAN L. – Dictionnaire des idiomes méridionaux. Nîmes imprimerie. E. Baldy. Marius Verdier successeur. Tome I. 1875. 823 pages. Tome II. 1884. pages 825 à 1344.
- CHAPELAN Maurice. – Mémoires d’un voyou. Grasset. Paris. 1972. 350 pages.
- CHAUVET Maurice. – Fleuve d’Or… Route enchantée… Ed. Les Arceaux. Montpellier. Paris. Nîmes. 1947. 220 pages.
→ Le chemin d’Héraclès. Ed. Les Arceaux. Montpellier. Paris. 1950. 216 pages.
→ La route du Vin. Ed. Les Arceaux. Montpellier. 1950. 186 pages.
→ Ciel Occitan. Causse. Graille et Castelnau imprimeurs-éditeurs. Montpellier. 1956. 262 pages. - COMBARNOUS Gaston. – Mamette de Salagou (roman) ed. Arauris. Montpellier. 1973. 220 pages.
- CREUZE DE LESSER. – Statistique du département de l’Hérault. Imprimerie Auguste Ricard. Montpellier. 1824. 606 pages.
- CROUZAT Alfred. – Histoire de la ville de Roujan et du prieuré de Cassan, suivie d’une notice sur les diverses communes du canton. Béziers. Imprimerie Veuve Millet. 1859. 285 pages.
- DELOUVRIER chanoine A. – Histoire de Pézenas et de ses environs. Montpellier. Imprimerie-librairie Richard. 1900.
- FABRE Albert et Paul. L’Hérault historique illustré. Béziers. 1876. 227 pages.
- FAYET Jean. – Un village en Bas-Languedoc. Marseillan. Imprimerie Dehan. Montpellier. 1970. 544 pages.
- GASTELIER DE LA TOUR, écuyer. – Armorial des États de Languedoc. A Paris de l’imprimerie de Vincent imprimeur-libraire des États de Languedoc. 1767. 248 pages.
- LEGENDAIRE DU LANGUEDOC. – Enquête ethnographique collective. Imp. Dehan. Montpellier. 1972. 239 pages.
- MADERS Commandant H.M. – Histoire populaire. Pomarède. Fascicule de 26 pages diffusé par les Amis de Caux. Fascicules 4 et 7.
- MAZUC Émile. – La grammaire languedocienne. Dialecte de Pézenas. Réimpression de l’édition de Toulouse. 1899. Slatkine reprints. Genève. 1970. 350 pages.
- MICHEL Louis. – Toponymie languedocienne. PEYNE, PEZENES, PEZENAS. in Revue des langues romanes. T. LXXIV. 1960. pp. 55-62.
- MISTRAL Frédéric. – Lou Tresor dou Felibrige ou dictionnaire Franco-provençal. s.d. (1878). ed. Veuve Ramondet (Aix-en-Provence), Roumanille (Avignon), Champion (Paris). Tome I. 1196 pages. Tome II. 1165 pages.
- PEZET Maurice. – Sur les traces d’Hercule. ed. des deux mondes. Paris. 1962. 176 pages.
- PICHEIRE Dr. J. – Histoire d’Agde. ed. Pierre Bissuel. Lyon. 1960. 220 pages.
- ROS Raymond. – De Betarra à Béziers. lmp. SIPO. Béziers. 1974. 338 pages.
- SABES Alfred. – Choses et gens de chez nous. Imp. du Sud. Béziers. 1958. 283 pages.
- SAUVAGES abbé de. – Dictionnaire Languedocien-Français. Alais. Chez J. Martin. Imprimeur-libraire. Tome I. 1820. 390 pages. Tome II. 1821. 400 pages.
- SEIGNOLLE Claude. – Folklore du Languedoc (Gard, Hérault, Lozère) Contribution au folklore des provinces de France. Tome VI. ed. G.P. Maisonneuve Besson et Chantemerle successeur. 1960. 302 pages. L’enquête sur les sobriquets collectifs provient de Charles Gros.
- TAUSIN Henri. – Les devises des villes de France. Francis Campbell ed. Paris. 1914. 428 pages.
- VAN GENNEP Arnold. – Manuel de folklore français contemporain. Tome I. vol. 3. Paris. ed. A. et J. Picard et Cie. 1947. pp. 833 à 1416.
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ABEILHAN ABELHAN – (Abeilhannais, aise – Abelhanés, eso)
Las agassos (las agaças) : les pies. Allusion à l’habitude des gens du pays de recueillir tout ce qu’ils trouvent. Gros. 69. Bernardy. 180.
Los Abeihaneses fan cantà l’agaça : Les Abeilhannais font chanter la pie. Les villageois élevaient des pies et leur apprenaient à parler, chanter, siffler. Abeilhan est qualifié de « pays très-bon enfant » par Amelin. 433., qui n’est habituellement pas prodigue de compliments. Cour coculaire jusqu’en 1935. Van Gennep. 1076.
ADISSAN ADISSAN – ADISSO – (Adissannais, aise – Adissanés, eso)
Manjo couquillo (Mania cauquilha) : mangeurs de coquillages. Mistral II. 268. Bernardy. 92.
Las caouquillos (las cauquilhas) : les escargots. Pays de garrigues favorables au ramassage des escargots. Gros. 69.
Las caouquillados (las cauquilhadas) les alouettes huppées. L’abbé de Sauvages. I. 142. donne l’explication de ce mot : « La touffe ou huppe de plumes relevées sur la tête de cette espèce d’alouette représente grossièrement une coquille ».
Poulain, qui a cessé d’exister vers 1955. Il comportait deux mannequins baptisés, comme à Pézenas, Estieinou et Estieinetto. Son cou était plus long que celui de son modèle pour pouvoir saisir les aumônes et les dons en nature. Il était suivi de maréchaux-ferrants porteurs de chasse-mouches.
AGDE ATE, AGTE – (Agathois, oise – Agaten, Agdaten, enco – Agadès le pays d’Agde).
Lous baous (los baugs) les fous, ceux qui consacrent une grande partie de leur temps au plaisir. Gros. 69.
Bochi : fou, imbécile. Bernardy. 136.
Il est possible que se soit produit un croisement de baug et bochi. Mistral. I. 303. traduit Bochi par « bouc, nigaud, imbécile » et donne pour exemple « es bochi : il est niais, il est fou ». Alibert, 150. donne Bochi : bouc, et Baug : fou, extravagant, toqué, étourdi, nigaud, enjoué, plaisant, folâtre ». Ce sont les trois derniers adjectifs qui sont à retenir.
Adage qui date des guerres de religion : Agde, ville noire habitée par des brigands. Brigands ils sont, brigands ils resteront.
Les réformés ont occupé Agde après le siège de 1562, l’évêque s’était alors réfugié à Pézenas. Picheire. 24.
L’animal totémique a pu être l’âne. Delouvrier. 396. en alternance avec le chameau et le poulain. Picheire. 151. Dans tous les cas, il s’agit d’un emprunt. Chevalet, signalé par Baumel. 26.
ALIGNAN-DU-VENT (Alinhan del vent – Alignannais, aise – Alinhanés, eso)
Lous maou pentchenatchs (los mau penchenats) : les dépeignés les habitants sont toujours mal peignés à cause du vent. Gros. 69. Bernardy. 218.
Lous mandjo bourres (los manja borres) : les mangeurs de bourgeons. Comme Panurge mangeait son blé en herbe, les Alinhaneses dépensaient l’argent de leur future récolte lors de la fête du village qui se déroulait au printemps. Mazuc. 260. traduit ainsi cette expression : « manjo bourres, grosse chenille qui dévore les premières pousses de la vigne ». Poulain né récemment. Comporte deux mannequins à l’imitation du Poulain de Pézenas.
ANIANE ou SAINT-BENOIT-d’ANIANE (Anhana – Aniannais, aise – Anhanen, enco)
Lous inoucens d’Aniano (los innocents d’Anhana) : les innocents ; faux bonhomme. Mistral. I. 100. Le couvent de Saint-Benoît abritait une maison de correction dont chaque pensionnaire se proclamait innocent. Selon M. Chauvet il s’agit « d’innocence candide au sens judiciaire ». Accusés d’avoir dévasté un poulailler, puis lavés de tout soupçon, les jeunes-gens d’Aniane seraient revenus chez eux en clamant partout : « Sen inoucens ! Nous sommes innocents ! » (Fleuve d’Or. 31-32). Selon Gros. 74., la fête du village, ou sa foire, se plaçait le jour des Saints-Innocents. Bernardy. 137. traduit par niais, naïf.
Rivalité avec Saint-Jean-de-Fos. Le 13 août 1741 la jeunesse de Saint-Jean-de-Fos vint attaquer chez elle celle d’Aniane, les agresseurs furent conduits en prison. Appolis. 360.
Proverbe : Figo d’Aniano, papié blu. Mistral. I. 100.
ASPIRAN (Aspihan ou Espihan – Aspirannais, aise – Aspiranés, eso)
Niganious (niganhos) sobriquet qui vient de ce que les gens d’Aspiran emploient ne au commencement de toutes les phrases. Ne dirai, ne farai : je dirai, je ferai. Leurs voisins leur prêtent la locution suivante : Se niou as pas nich, nigo niou ; pour : Se i’hou as pas dich, digo i’hou. Mistral. II. 408.
Nignanouses (ninhanos) intraduisible en français. Satire contre les Aspiranais qui ont l’habitude d’employer « ni » dans toutes les phrases. Gros. 67.
Negnanouses (nenhanos) : commencent leurs phrases par ne. Bernardy. 137.
Lagagnouses (laganhos) : ceux qui ont les yeux chassieux. Sans doute par suite de quelque épidémie.
Adage : En Aspiran « Laï l’air es san« . Mistral I. 151. (Voir également Péret).
AUMELAS (Aoumélas – Aumelassiens, iennes – Aoumelassols est virtuel)
Aumeladès : vicomté constituée par les terroirs du Pouget, de Saint-Bauzille-de-la-Sylve, de Pouzols et Vendémian.
Lous rasclous (los rasclos) : les avares, terme injurieux visant plutôt leur parcimonie. Gros. 67. Bernardy. 114. Mistral. II. 703. et Alibert. 580. traduisent ce mot par « teigneux » ; il est possible qu’il ait suivi la même évolution de sens que le mot ladre en français mais la traduction par « chauve », qui nous a été donnée, n’est pas à écarter.
Lous saouto rochs (los sauta rocs) : les sauteurs de rochers. Ce surnom se donne partout où les cailloux poussent mieux que la vigne, il se justifie ici car Aumelas est au cœur d’un causse.
AUMES (Aoumo – Aumois, oise – Aoumens, enco)
Lous rascassous (Los rascassos) : les ladres ; épithète injurieuse, due à une rivalité de villages. Gros. 69. Bernardy. 114.
Lous rasclouses : traduction ou interprétation locales, les rasés, ceux qui ont le crâne chauve.
AUTIGNAC (Aoutinha – Autignacois, oise – Aoutinhaquen, enco)
Las caouquiladas (las cauquilhadas) : les alouettes huppées. On trouve un pioch de las cauquilhadas sur le territoire de cette commune. Beaucoup de villages possèdent par ailleurs des piochs de las cauquilhas, terrains incultes parce que trop pierreux.
BASSAN (Bassan – Bassannais, aise – Bassanés, eso)
Bassan la saco (la saca) : le sac ; les cultivateurs se protégeaient de la pluie par un grand sac de toile, porté à la façon des charbonniers. Cette coutume était générale dans notre région. Ce sac de toile portait le nom de bocho (bocha).
Lous mandchou grapaous (los mania grapauds) : les mangeurs de crapauds, à cause d’une pluie de grenouilles, baptisée « pluie de crapauds » par les voisins.
BALARUC (Balaru – Balarucois, oise – Balarucoï – ceux de Balaruc-les-Bains : Lous Banens)
Lous enfangatchs (los enfangats) : les embourbés ; allusion aux bains de boue que suivent les malades. Gros. 74. Bernardy. 183.
Cour coculaire jusque vers 1935. Van Gennep. 1076. Rivalité entre Balaruc-le-Vieux et Balaruc-les-Bains signalée par C. Seignolle. 81.
BELARGA (Belarga – Bélargannais, aise – Belarganés, eso)
Lous mandjo sepios (los manja sepias) : les mangeurs de seiches, mets apprécié. Mistral. II. 269. Gros. 67. Bernardy. 92.
Dicton : Se sas pas ount ana, Vaï a Belarga, Et quand ié saras, saoubras pas t’en ana (Si sabes pas ont anar, Vai a Belarga, Et quand i é seras, Sabras pas t’en anar) : Si tu ne sais où aller, Va à Belarga, Et quand tu y seras, Tu ne pourras plus en repartir.
BESSAN (Bessan – Bessannais, aise – Bessanés, eso)
Coucourdiés (cocordiers) : homme vain et présomptueux. Mistral. I. 593.
Lous cougourliés (los cogorliers) : les courges ; culture intense dans le pays. Gros. 70. Bernardy. 179. donne Cougourdiés (cogordiérs). On peut interpréter « amateurs de courges » ou « planteurs de courges ». Le sens figuré est possible puisqu’il existe également las aoucos (las aucas) : les oies. Quand il s’agit du village lui-même, on dit Bassan la tuco (de même pour Hérépian).
Animal totémique l’Âne, signalé par Baumel. III. Il est le descendant de l’âne primé chaque année (l’ase designat) de la Foire aux ânes médiévale.
BÉZIERS (Beziès, Beziés – Biterrois, oise – Beteiren, enco)
Lous treuco taouliés (los truca tauliers) piliers de cabaret, bambocheur, tapageur, batteur de pavé, vaurien, fainéant. Sobriquet des gens de Béziers, Carcassonne, Caunas (Hérault) et Bordes (Basses-Pyrénées) ». Mistral. II. 1059. Traduction confirmée par l’abbé de Sauvages : « fainéant, vaurien batteur de pavé », on le dit au propre d’un ivrogne qui heurte à droite et à gauche et à qui les enfants crient : « A moi la muraille ! ». II. 343. et par Alibert. 681 : « flâneur, désœuvré, fainéant, vaurien, fêtard, qui passe son temps devant l’établi des gens de métier ». (Voir également la traduction donnée par Mazuc, article Pézenas). L’interprétation de Gros. 70. et Bernardy. 216. est moins désagréable : « Truca tauliers : chaudronniers, dont il existait à Béziers une industrie florissante. Ce sont ceux qui heurtent les chaudrons et mènent grand tapage ».
Lous foutralets (los fotralets) on dit aussi cotralets. Petits nigauds. Mistral. I. 1172. Confirmé par Bernardy. 136.
« Lou Camel de Sant Afroudise : le chameau de Saint Aphrodise, simulacre de chameau qu’on promène à Béziers dans certaines fêtes en mémoire du quadrupède sur lequel, selon la légende, était monté Saint Aphrodise lorsqu’il vint prêcher la foi dans cette ville. D’où le sobriquet de Camèu qu’on donne aux habitants de Béziers ». Mistral. I. 435. Attesté par Mazuc. 264. Confirmé par Bernardy. 182. qui ajoute : « Entre les deux guerres de 1918 à 1939, les autobus reliant Béziers à Montpellier arboraient sur leur carrosserie les sobriquets des deux villes : « Del Camel al Clapas » (du chameau au tas de pierres). « Les Biterrois consultés donnent pour dates 1934 et 1950. La société de transport avait nom « Lou Camel ». Une des fanfares de Béziers porte pour emblème la tête du chameau et se nomme « Lous Camelous ». Dicton : De qu’es Beziès sans Io Camel ? Qu’un gros bornhos sans ges de mel. Qu’est Béziers sans le Chameau ? Ce n’est qu’une grosse ruche sans aucun miel. Quoique les Biterrois aient détruit leur chameau à plusieurs reprises (1790, 1830, 1848), ils lui vouent un grand attachement et la municipalité de Béziers a été jusqu’à demander, en 1807, de le prendre dans ses armoiries. (voir R. Ros, pp. 48-50). Une tentative de ce genre avait déjà été faite à la fin du XVIIIe siècle le cachet de cire des consuls présentait deux chameaux encadrant l’écusson « fascé d’argent et de gueules, au chef de France ».
Devises portées par le Chameau
Sen fosso : Nous sommes en grand nombre. C’était le cri de ralliement poussé par les chrétiens réunis autour du chameau après la décollation de Saint Aphrodise.
Ex antiquitate renascor : de vieux que j’étais, je redeviens jeune, ou mieux, je renais de l’antiquité. Cette devise est également portée par l’âne de Gignac (Voir J. Baumel. 105-106). Proverbe : Si vellet Deus in terris habitare, Biterris. Si Dieu voulait habiter sur terre (il choisirait Béziers. Selon Amelin. 345. les personnes malignes ajoutent : ut iterum crucificaretur : afin d’être crucifié une seconde fois. Ce qui se dit également en langue d’oc ; Si Dieu tournavo en terro, abitarié Beziés (Per i èstre mes en crous uno segundo fes). Mistral. I. 282. M. Chapelan. 177. ajoute un adage des plus gaillards Chez les Biterrois, la b… est reine.
Quatrain qui présente personnages célèbres et quartiers de Béziers :
Beziés soun Trercavel → Béziers son Trencavel
San Afrodisi soun camel → Saint Aphrodise son chameau
Pepezuc sens cap ni pel → Pépézuc sans tête ni cheveux
Et Jaquet amb sous batels. → Et Saint Jacques avec ses bateaux.
- Raymond-Roger Trencavel était vicomte de Béziers au moment de la croisade contre les Albigeois. Pris au siège de Carcassonne (1209), Simon de Montfort le fit empoisonner dans son cachot. Une rue de Béziers porte son nom.
- Saint Aphrodise, Égyptien, n’aurait pu voyager sans chameau, devenu animal totémique de la ville.
- Pépézuc est le nom donné à une statue antique placée à l’entrée de la rue Française, les Biterrois croyaient qu’elle représentait le capitaine Pierre Péruc qui aurait défendu la ville contre les Anglais. A. Sabes, 26-27, a retrouvé dans les comptes consulaires, la date à laquelle Pépézuc reçut une nouvelle tête : mars 1587. Il cite également une pièce intitulée la colère de Pépézuc, imprimée en 1615, qui nous éclaire grandement sur l’absence « de tête et de cheveux »
Aysso mes uno grando offence → C’est pour moi une grande offense
Et n’auray pas la pasience → Et je n’aurai pas la patience
Que prenguen quand lou jouven → Que j’eus quand la jeunesse
Portet moun cap ansianomen → Porta autrefois ma tête
A Montpelié davan las filhos → A Montpellier devant les filles
Per fayre uno bolo de quilhos → Pour faire une boule de quilles
Aquo me fach fosso mal → Cela me fit très mal
Quand yeu savio moun cap aytal → Quand je savais ma tête là-bas
Car en lou fasen rudela → Car en la faisant rouler
Lou me fagueron tout pela → Ils la rendirent toute chauve.
Un jeu de mots est possible sur cap et pel (capel : chapeau) si l’on tient compte de la coutume rapportée par Creuzé de Lesser, 275 : « Tous les ans, le jour de l’Ascension, on chamarre cette statue de banderoles de papier doré ; on lui place sur la tête un chapeau à trois cornes également en papier doré, on lui fait des moustaches avec du charbon, etc. ».
L’église Saint Jacques, enfin, se trouve non loin du Canal du Midi.
BOUJAN (Bojan – Boujannais, aise – Boujanés, eso)
Lous poufres (los pofres) : les poulpes ; mets apprécié à Boujan, cet animal figure sur les armoiries, Gros, 70, Bernardy, 181. Si un poulpe y figure, il ne peut s’agir que d’armoiries fantaisistes, l’Armorial général de d’Hozier pour 1696 donne : « La communauté des habitants de Boujan porte, d’hermines à un sautoir losangé d’or et de sable ». Tout le monde devine de quelle accusation il s’agit quand on rapproche le sobriquet de l’expression « a maï de patas qu’un poufre » : il a plus de pattes qu’un poulpe.
(à suivre)
