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Description

Bergers, forestiers, heures ardentes dans les Hauts Cantons Biterrois

Depuis des millénaires, divergences de besoins et d’intérêts font s’opposer les différents usagers de l’espace rural : ces tensions s’apaisent ou s’exacerbent selon les évolutions de la société où ils s’inscrivent : l’équilibre agro-sylvo-pastoral méditerranéen dépend de la pression de leurs besoins sur les différents utilisateurs et de la force respective de chacun d’eux, cultivateur, forestier, pasteur, lors du partage de ces trois espaces. Ces conflits d’intérêts, déclarés ou latents mais toujours présents, ne prennent pas nécessairement partout une forme violente tant varient les circonstances de leurs manifestations.

A une même époque – pour nous la deuxième moitié du XIXe siècle – et dans un même espace, la France méridionale et méditerranéenne, aux contextes géographiques comparables – géologie, relief, climat, population, enclavement – les réactions aux contraintes d’un reboisement, imposé aux acteurs de l’espace, apparaissent vite diversifiées. Des Basses Alpes aux Cévennes gardoises, du massif de l’Aigoual jusqu’à la zone objet de cette étude, (Fig. 1) les Avant-monts, la vallée du Jaur et les plateaux du Somail et de l’Espinouse qui la dominent, elles prennent toutes les nuances. Ailleurs, le compromis sera plus ou moins rapidement trouvé ; dans ces Hauts-cantons de l’ouest héraultais, le conflit débouchera aussi sur une violence mais il y évoluera avec ses modalités et son rythme propres.

Les oppositions entre éleveurs et forestiers s’y avivent en effet tout au long du XIXe siècle jusqu’au conflit ouvert qui enflammera le Haut-pays. Multiples sont les facteurs qui en jalonnent l’évolution et interviennent dans ses manifestations. Nous les verrons à l’œuvre dans les différentes phases de cet antagonisme, jusqu’au tournant du siècle. Cette confrontation violente, parfois dramatique mais jamais tragique, marque encore le paysage et la mémoire de la montagne du Haut-pays biterrois. La retracer et la faire comprendre n’est peut-être pas sans intérêt.

Etat des lieux

Pour notre propos, il convient de souligner les profondes modifications qui toucheront le paysage du Haut-pays, en particulier plusieurs processus qui vont les intensifier.

La déforestation

Depuis longtemps, les Autorités ont une vision claire de la situation, comme en témoignent les décisions de Colbert et de son Grand Maître Froidour lors de la « Grande réformation des forêts » décidée en 1669. Les dévastations par les habitants de la forêt royale d’Anglès sont alors sanctionnées mais les mesures de protection des forêts que l’on prend en haut lieu restent lettre morte devant la « disette de bois » qui progresse depuis des siècles quels que soient les souverains ou les régimes.

En 1776 la situation n’est toutefois pas désespérée car les observations officielles montrent que les atteintes à la forêt ne sont pas encore irrémédiables : « Le pays est garni de bois dans certaines parties, ce qui entretient les verreries… la plus part (sic) des coteaux et des montagnes stériles seraient propres à la complantation du bois ». Mais il s’agit là sans doute de « parties » très particulièrement définies comme l’expliquait en 1765 le rapport du subdélégué Monredon de Cabrol sur le Mémoire d’un habitant de la Salvetat qui demandait « d’être autorisé à établir une forge et un moulin à scie pour usage de sa forge ». Pour lui, en effet il n’y avait pas d’inconvénient à le faire puisque : « on nous a assuré qu’il y avait anciennement une verrerie pour faire la consommation de lesdites forêts et cela parce qu’elles se trouvent situées sur des montagnes éloignées des villes, bourgs et rivières et hors d’état de transport, n’y ayant que du bois de hêtre qui n’est propre qu’à être brûlé ou charbonné et nullement pour autre usage ; on m’a assuré encore que ces bois dépérissent par vétusté sans porter aucun profit ». […]

Informations complémentaires

Année de publication

2011

Nombre de pages

16

Auteur(s)

François CHARRAS

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf