Autour de la Font-du-Griffe, l’expérience de l’association syndicale autorisée de la Séranne
Autour de la Font-du-Griffe,
l’expérience de l’association syndicale autorisée de la Séranne
I - La mobilisation
Une apparente opportunité foncière…
Les élus locaux de Montpeyroux et St. Guilhem-le-Désert Ont été amenés à réfléchir sur le devenir de ce territoire, dès 1977, lorsqu’ils ont été consultés par les Ministères de l’intérieur et de l’Agriculture sur la promesse de vente du Domaine de LA FONT DU GRIFFE (environ 700 hectares), engagée entre les Consorts Martin-Laurès et des ressortissants belges. Ces derniers, de par la présence de la source de la Font du Griffe, pensaient qu’ils pourraient réaliser des résidences secondaires groupées ou dispersées.
Aux yeux de la population locale ce projet présentait de gros risques de dégradation du milieu naturel :
- risque de pollution par les eaux usées du bassin versant de la future source d’approvisionnement du Drac ; risque d’atteinte au caractère pittoresque du paysage ; risque de privatisation de l’espace par l’implantation de clôtures solides autour des parcelles bâties, interdisant de ce fait le passage du gibier, des chasseurs, des randonneurs, etc.
Il apparaissait donc indispensable de sauver la Font du Griffe d’une privatisation outrancière pour la maintenir « ouverte » à l’usage public et surtout des autochtones, comme ce fut toujours le cas et accepté avec beaucoup de tolérance par les propriétaires Martin-Laurés.
Dans un premier temps, le 27 Octobre 1977, par délibération commune, les Municipalités de St Guilhem et de Montpeyroux signalèrent aux Ministères concernés, pour les motifs évoqués ci-dessus, que le territoire on- cerné, comme le reste du Massif, était déclaré inconstructible par la voie réglementaire du POS en cours d’élaboration à ce moment-là.
En ayant connaissance de cette position des Municipalités, les candidats acheteurs, évidemment, ne donnèrent pas suite.
... En réalité le problème du Massif...
Nous ne pouvions pas en rester là.
C’est qu’en effet le Domaine de La Font du Griffe est entièrement situé dans une zone de transition entre plaine et montagne du point de vue géographique, mais intégralement caussenarde par la nature des rochers qui la constituent.
Ces terrains sont d’âge secondaire, la plupart des dolomies – facilement discernables en raison de leur couleur grise et de leur aspect ruiniforme – sont du Jurassique moyen (Bathonien), tandis que les calcaires – de teinte claire et plus stratifiés que les Dolomies – sont du Jurassique supérieur.
De nombreuses fractures affectent ces diverses roches, on se trouve en effet au voisinage des zones effondrées et fortement plissées qui constituent, à la manière des gradins d’un amphithéâtre, la région des garrigues et des plaines qui ceinturent la Mer Méditerranée.
À la faveur de ces fractures, ont pu se créer dans les calcaires soit des réseaux d’écoulements souterrain (ils sont particulièrement nombreux sous le domaine de La Font du Griffe), soit, plus exceptionnellement, des filons ou venues basaltiques (on observe notamment au voisinage de la bergerie du Poujolet, un épanchement de laves très remarquable).
Enfin, superposés à l’ensemble de ces roches massives on note çà et là la présence de dépôts superficiels qui témoignent des actions d’érosion qui ont affecté le Domaine à diverses périodes : éboulis cryoclastiques, galets fluviatiles, sables et argiles de décomposition, tufs et remplissages de calcite.
En raison de son relief, de sa situation et de son exposition, ce massif subit tous les excès du climat méditerranéen. En particulier, si la hauteur moyenne annuelle des pluies y est importante (plus d’un mètre par an), celles-ci sont en général irrégulièrement réparties et séparées par de longues périodes sèches, et leur intensité peut être très forte, souvent à caractère catastrophique.
En fait, elles ne provoquent pas de ruissellement en surface car l’essentiel s’infiltre dans les calcaires et les dolomies à la faveur des nombreux vides qui s’y sont formés grâce à la fracturation de ces roches et au processus d’altération qui leur est spécifique : la karstification.
Les nombreuses grottes et avens que l’on rencontre ne sont pas autre chose que des témoins de tels creusements sous l’effet d’écoulements souterrains à diverses périodes géologiques.
À l’heure actuelle, en période d’étiage, seule une petite source, La Font du Griffe, restitue en surface, à l’intérieur des limites du domaine, une petite partie des eaux qui s’y sont infiltrées.
La plus grande partie de celles-ci va alimenter d’autres sources pérennes plus éloignées ainsi que l’ont démontré diverses expériences de coloration. Ces sources sont d’une part, la source du Verdus, captée pour l’alimentation en eau potable de Saint-Guilhem-le-Désert, et d’autre part, la source de la Clamouse, à la sortie des gorges de l’Hérault en outre, une partie au moins des écoulements souterrains du domaine de La Font de Griffe transite en profondeur sous l’entonnoir du « Trou du Drac » à partir duquel un projet de captage est actuellement à l’étude.
En période de crue, des débits très importants sont écoulés par le Verdus, la Clamouse et le Drac, et quelques sources de trop-plein peuvent alors manifester une activité pendant quelques heures à quelques jours dans la partie aval du ravin du Rouvignoux.
En fin de compte, ces diverses sources ont un réservoir commun dont le bassin d’alimentation paraît englober la quasi-totalité du Domaine de La Font du Griffe.
(Documentation extraite de la plaquette de H. Paloc et service géologique régional Languedoc-Roussillon du B.R.G.M. : Le domaine de la « Font du Griffe », communes de Montpeyroux et de Saint-Guilhem-le-Désert, plaidoyer de huit villages héraultais pour la sauvegarde de leur patrimoine, Lattes, 1979, p. 9-12).
Sur les sols dolomitiques croissent les pins et les bruyères, tandis que sur les calcaires règnent les chênes et les buis. En ce qui concerne les plantes, c’est tout le cortège des plantes aromatiques méditerranéennes qui se rencontre dans tout le domaine – genévrier, lentisque, thym, lavande, térébinthe, romarin etc.
À ces conditions privilégiées correspond une grande variété d’espèces animales : sangliers, renards, lièvres, lapins, écureuils, rapaces et oiseaux divers, insectes, en si nombreuses espèces et variétés qu’ils ont attiré depuis toujours des entomologistes de renom.
Il n’est pas encore possible d’établir quelles furent aux périodes anciennes, les conditions du milieu auquel l’homme a pu être, soumis et quels ont été les groupements, animaux et végétaux, auxquels il s’est trouvé associé.
Cependant, en dehors des nombreux fossiles d’animaux que l’on trouve dans les roches calcaires qui sont ici d’anciens sédiments marins, il existe des vestiges plus récents qui donnent au domaine de la Font de Griffe un intérêt exceptionnel, il s’agit des témoins des premières apparitions de l’homme, attestées par des vestiges d’habitat en Surface en divers points du domaine, par l’existence de dolmens (les quatre dolmens de La Font du Griffe en particulier) et par des découvertes d’ossements, de mobilier, d’outillage, qui ont été faites en diverses grottes ; plusieurs races ont été déjà ainsi été recensées (Poladiens de la grotte du Farriol, Chasséen du dolmen de la Croix de l’Yeuse, Grimaldoides de la grotte de Rouvignoux) et il est probable que l’étude préhistorique en divers semeurs de ce massif autorisera d’autres belles découvertes. C’est ainsi qu’en 1967, les spéléologues descendus dans la grande salle de l’Aven du Farriol eurent la bonne fortune d’y découvrir, à côté d’un squelette humain, 14 pièces dont une en argent à l’effigie de Philippe II d’Espagne et millésimée 1582.
À 40 kilomètres seulement, à vol d’oiseau, du littoral de la Mer Méditerranée, il s’agissait donc d’un site géographique exceptionnel entre les plaines du Bas- Languedoc et les plateaux des Grands Causses, du pont d’Arboras, qui traverse la gorge du Rouvignoux, à la partie méridionale du domaine, au pic de Saint Baudille deuxième point culminant de la Montagne de la Séranne et que couronne depuis peu d’années l’imposant édifice du relais de l’ORTF prolongé, haut dans le ciel, par sa très impressionnante antenne on s’élève en effet de plus de 600 m d’altitude en moins de 4 kilomètres de trajet.
Or La Font du Griffe, est le cœur de ce massif, la « reine », comme le dit si bien l’inscription portée sur le cadran solaire affiché sur le mur de la bergerie
« Dans ce désert, je suis la Reine ».
Sans elle, il ne pouvait pas y avoir de cohérence dans la gestion du reste du massif.
... Une acquisition publique simple, mais une gestion complexe ...
Pour assurer une maîtrise totale collective de cette partie de la Séranne, il était souhaitable que La Font du Griffe, qui en est le centre, rentre dans le domaine public.
Les communes, n’ayant pas les moyens financiers pour procéder à cette acquisition, s’adressèrent alors au Conseil Général de l’Hérault, qui en 1979 met en application la loi sur les périmètres sensibles.
En effet cette loi permet aux Départements de prélever une Taxe d’Espaces Verts sur toute construction nouvelle, et d’utiliser le produit de cette taxe pour l’acquisition d’espaces verts sensibles ou menacés.
En même temps que nous suivions la mise en œuvre de cette Loi par le Département, nous avons consulté les municipalités voisines de LAGAMAS, SAINT-JEAN-DE-FOS, SAINT-PRIVAT, SAINT-SATURNIN, ARBORAS, LA VACQUERIE, SAINT-GUILHEM dont la propriété communale touche le domaine de La Font de Griffe, afin de rassembler les idées de chacun sur ce que pourraient être les actions d’aménagement, de protection, de gestion, de ce massif de près de 2 500 hectares.
De cette première réflexion commune se dégageaient les premiers objectifs consignés dans un rapport transmis au Conseil Général le 27 Décembre1979, lui demandant de bien vouloir acquérir La Font du Griffe.
Le Conseil Général est séduit par cette proposition, d’autant plus qu’elle émane de la volonté de huit communes de prendre en charge, ensemble, la mise en valeur d’un massif de garrigues, jusque là quelque peu négligé et soumis de par son fort embroussaillement aux risques d’incendie.
Il décide l’acquisition de La Font du Griffe au printemps 1980. Il s’agit de la première acquisition d’un espace vert par le Département au titre de la Loi sur les périmètres sensibles et elle est considérée comme opération « pilote » du fait de son importance (453 Ha – 180 Ha ayant été achetés, entre temps, par la SAFER).
... Des objectifs simples largement débattus...
« Notre » garrigue est déjà utilisée, fréquentée par de nombreuses personnes : chasseurs, forestiers, éleveurs apiculteurs, trufficulteurs, randonneurs pédestres ou équestres, touristes, scientifiques, cyclistes, spéléologues, tous amoureux, à leur manière, de la nature, de vastes espaces naturels, de bon air etc… Mais, est-elle en équilibre ?
N’est-elle pas menacée par les incendies ? Les chênes verts ne sont plus coupés, l’herbe disparaît sous les « argelasses » et le Kermès, les lapins faute d’herbe rase, les perdreaux faute de graines, les sources faute d’entretien etc., disparaissent.
Les bâtiments, faute d’occupants sont pillés. Le potentiel économique de cette partie du patrimoine communal, aussi modeste soit-il, s’amenuise.
Alors, que fallait-il faire ?
Les avis sont très partagés : certains pensent qu’il faut laisser faire la nature et ne réserver ce territoire qu’à quelques-uns, certains qu’il faut reboiser, d’autres qu’il faut réintroduire l’élevage (plusieurs formes sont proposées moutons, chèvres, chevaux, ânes, bovins rustiques) pour éviter l’embroussaillement du sous-bois, d’autres qu’il faut favoriser l’accueil touristique (plusieurs formes sont proposées tourisme de masse, tourisme de promenade, de découverte du milieu etc.)
Tous ces avis ont été recueillis au cours de consultations organisées avec les diverses associations présentes dans nos communes. Il appartient aux « propriétaires concernés » d’en faire la synthèse.
Tâche apparemment difficile, mais pas impossible si l’on considère que ce massif est vaste, très diversifié dans sa nature, son relief, son végétal et que chaque partie de ce territoire doit être gérée différemment en fonction de ses caractéristiques. De ce fait, tous les points de vue sont conciliables.
... Une sélection de priorités mise en forme de programme d'action...
Avec l’aide de techniciens, mais surtout celle des anciens du pays qui les guident et leur apprennent les ressources et les difficultés réelles de ces terres, le bon sens collectif retient comme priorité :
- que la belle forêt de pins de Salzmann, unique en Europe, face à la Font du Griffe, soit protégée et reste impénétrable au tourisme de masse, il en est de même pour les parties boisées de chênes verts sur les fortes pentes du Pic Saint Baudille, Castellas, de Combe Madame et Combe Méjeanne. Laissons-là la nature faire les choses, et les sangliers se reposer et se reproduire ;
- que les sources et les anciennes mares soient aménagées ou nettoyées, et que l’eau qui se perd à la Font du Griffe soit récupérée. L’eau est rare en garrigue, évitons qu’elle se perde, dans l’intérêt des élevages ou du gibier ;
- que les sites préhistoriques (dolmens et menhirs) soient réhabilités. Ils sont nombreux et méconnus ;
- que les bois de chênes verts soient coupés régulièrement pour une bonne régénération de notre forêt, et permettre à notre population de faire des économies d’énergie ;
- que les sentiers pédestres soient balisés et entretenus. N’oublions pas que La Font du Griffe est un carrefour de pistes (GR 74) (5ème Rallye Occitan Équestre) ;
- que les anciens champs autour de la Font du Griffe et champs de Couderc soient remis en état. Des moyens techniques modernes existent. Ils sont d’ailleurs d’excellents pare-feux naturels. Pour éviter l’érosion, les parties planes seulement doivent être cultivées ;
- que les bâtiments de la bergerie soient remis en état et occupés pour éviter toute dégradation ;
- que les troupeaux soient utilisés temporairement pour lutter contre l’embroussaillement. Nos anciens éleveurs savent bien qu’un troupeau bien conduit sur un espace étroit entraîne une bonne repousse de l’herbe, laquelle est également appréciée des lapins et lièvres. Ce sont les jeunes poussent qui les intéressent, pas les « mattes » aux tiges trop sèches ;
- que les sentiers de découverte du milieu et de connaissance de la flore de nos garrigues puissent être organisés.
... Une solution inhabituelle pour un projet sans précédent
En effet, à ce stade, il convenait de trouver « l’outil » juridique indispensable à la gestion collective des terrains communaux, départementaux et même privés (Les Lavagnes), à associer.
La forme juridique choisie fut celle d’une Association Syndicale Autorisée – régie par une loi de 1886 – utilisée le plus souvent pour associer les terrains irrigués par un réseau collectif d’irrigation (Ex : Association du Canal de Gignac).
C’est une association de terres et non de propriétaires. L’Association Syndicale a été retenue, certes parce qu’elle permettait d’associer les quatre propriétaires-éleveurs voisins indispensables à la cohérence du plan d’ensemble, mais aussi parce que cette institution n’impose pas une dépossession de la gestion individuelle des parcelles.
L’Association Syndicale du massif de la Séranne constitue le cadre collectif de la définition des travaux à entreprendre et de la gestion des ouvrages et non de la propriété de chacun, un cadre de regroupement des subventions, de négociation des emprunts et des marchés de travaux, et non une intégration de la propriété foncière.
Ce type d’association est autorisée par Arrêté Préfectoral et cette autorisation permet à l’Association (ou A.S.A.) de bénéficier de subventions de l’État, du Conseil Général, du Conseil Régional et de contracter des emprunts.
Ce fut chose faite en Décembre 1980 et se trouvèrent associés dans ces objectifs :
- 2 330 Has de terrains dont 1 305 Has appartiennent aux Communes ;
- 453 Has appartiennent au Département ;
- 572 Has appartiennent à des personnes privées.
II - La réalisation
Les Mares :
Trois mares ont été aménagées :
- La mare communale des Lavagnes a été vidée, nettoyée, agrandie, refaite, sa capacité a doublé. Le troupeau n’a pas manqué d’eau cet été.
- Une mare privée a été réalisée dans la propriété Bougette, au pied de la falaise de la Séranne. Ce point d’eau permet d’alimenter le troupeau, en été, quand Monsieur Bougette va faire pâturer l’herbe du plateau.
- La mare du Pic Saint Baudille, d’une grande capacité, a permis l’implantation d’un troupeau bovin et de chevaux, pendant l’été, sur ce plateau jusque là sous- pâturé.
Les champs de La Font du Griffe :
Les anciens champs ont été défrichés et réensemencés, les semis trop tardifs et la grande sécheresse ont compromis la pousse de l’herbe. La vocation de ces champs est de fournir une herbe de qualité pour le troupeau dans sa période difficile d’agnelage. L’implantation est bonne et devrait permettre de bons résultats au printemps.
Les champs de Couderc :
La technique utilisée est celle du gyrobroyage qui consiste à supprimer les épineux, tout en conservant le racinaire des herbes en place.
La pâture du troupeau à l’automne et au printemps doit permettre un enrichissement herbager de cette terre. Cette technique sera employée pour élargir le champ. Il ne s’agit pas de tout raser, les arbres de haute tige seront conservés, leur ombre favorisera la pousse de l’herbe. Les effets de cette technique sont étudiés depuis dix ans à Saint Gély du Fesc par les chercheurs de l’INRA, CEPE et CNRS. Les résultats sont spectaculaires, la garrigue à kermès se transforme en herbage.
Des parcs à moutons de 5 Hectares ont été réalisés. Le bulldozer a tracé le périmètre, non pas pour faire des routes mais tout simplement pour racler la végétation qui risquait de faire masse en touchant les fils de la clôture électrifiée. Ces pistes ne sont pas carrossables, volontairement. Quant au choix de la clôture électrique il a été fait parce qu’il ne constitue aucune gène pour le sanglier, celui ci passe et casse, ni pour le chasseur car elle est flexible et basse, on peut l’enjamber. De plus, le courant n’est mis que lorsque le troupeau est présent dans le parc. Le mérite de ce type de clôture est que l’on peut l’enlever quand le troupeau s’en va en Lozère, elle ne reste que 4 à 5 mois dans l’année, 1 mois pendant la chasse.
Les bâtiments de La Font du Griffe :
Pour accueillir un troupeau pendant l’hiver il fallait refaire la toiture de l’ancienne bergerie. Celle-ci est terminée. Le bâtiment a désormais une fière allure. L’électricité est en cours d’installation, à partir du branchement déjà en place de la station de pompage du Pic St-Baudille. Pour éviter le vol des animaux, des portes en bois seront placées.
Pour ce qui concerne la partie habitation et annexes, leur réhabilitation est à envisager en 1983 et 1984. Elle ne se fera que lorsque son utilisation définitive sera décidée ; logement pour le berger, salle d’exposition, gîte rural, stockage de matériel pour spéléo etc.
Aménagement des sites préhistoriques :
Le Conseil Général a décidé en Septembre 1982 d’attribuer une subvention sur la Taxe Verte, pour l’aménagement des trois sites suivants :
- Le Dolmen de la Croix de l’Yeuse avec déplacement de la croix et de son socle après accord du Conseil Paroissial.
- Rassemblement autour de la Croix de l’Yeuse, d’autres vestiges épars, afin de créer un parc archéologique.
- Redressement du Menhir de la Plaine de Lacan. Celui-ci d’une hauteur de 4 mètres sera le plus haut de toute la région. Les travaux ont eu lieu, au début de 1983, sous le contrôle des spécialistes.
Organisation des coupes de bois pour les habitants :
Celles-ci ont été organisées sur le territoire de Montpeyroux depuis trois ans, sur la base d’un règlement strict sous le contrôle de la Municipalité et de l’O.N.F. Pour être efficaces ces coupes doivent être bien conduites, comme le faisaient nos anciens. Toute négligence doit être sanctionnée. L’avenir du massif en dépend.
Le parc à lapins de « Cocalières » :
L’existence de notre A.S.A. a permis d’aider les Associations de chasse à poursuivre leurs recherches. Le parc à lapins a été doublé d’un parc à lièvres. La prise en charge, par les chasseurs locaux, de la gestion de leur gibier et de leur territoire de chasse est un fait très rare. Cette application démontre que l’organisation de la chasse n’est pas réservée aux seules chasses privées alimentées par l’argent de leurs riches actionnaires.
Le financement des opérations :
La création de l’Association a permis d’obtenir des subventions de l’État (Ministère de l’Agriculture et de l’Environnement) du Conseil Général de l’Hérault et du Conseil Régional :
- Pour les travaux fonciers (clôtures, travaux de remise en état des sols, parcs, toitures, pistes) ;
- pour la remise en état des mares et points d’eau ;
- pour les sites préhistoriques (Conseil Général).
Le reste est couvert par un emprunt global à taux bonifiés.
Le remboursement des annuités d’emprunt est fait par le propriétaire des terrains où sont faits les travaux. Exemples les annuités d’emprunts par les travaux de La Font du Griffe sont prises en charge par le Département puisque c’est lui qui en est le propriétaire de même pour la mare de Mr BOUGETTE, c’est lui qui verse l’annuité correspondante à l’A.S.A., qui, à son tour, paie le Crédit Agricole. Rien n’est plus simple.
Les projets ? Aux yeux des associés, l’essentiel est fait. Il convient de marquer une pause et d’observer l’évolution du milieu à partir de ce qui a été réalisé.
Pour 1983, la réflexion et la discussion sont à nouveau ouverts, comme à l’origine de ce programme.
III - La réflexion actuelle
a) Sur l'ASA en tant que système d'association public-privé :
Tout projet d’aménagement ou de développement local pose à un moment donné le problème de la « structure » à mettre en place pour le réaliser.
Selon que l’initiative appartient à des collectivités ou à des personnes privées, on aboutit toujours plus ou moins à « plaquer » sur un territoire, un groupement public (syndicat de communes ad hoc…), ou un groupement privé (associations diverses..) qui a toujours beaucoup de difficultés à passer du projet à la réalisation, pour deux raisons :
- soit, on n’a pas la maîtrise de l’espace à aménager, et il faut s’en remettre à de nombreux intermédiaires pour faire réaliser le programme ;
- soit on a la maîtrise d’un ensemble de propriétés, mais elles ne correspondent pas au territoire géographiquement cohérent (enclaves publiques ou enclaves privées).
L’intérêt de la formule employée à la Font du Griffe en adaptant le système des associations syndicales de travaux, est de contourner cette difficulté :
- d’abord, les propriétaires existants dans le massif, évaluent l’ensemble des possibilités de travaux d’aménagement toutes catégories, sans se demander au départ s’il s’agit de communal ou non ;
- ensuite, les propriétaires publics et privés se groupent pour les réaliser eux-mêmes sur tout le périmètre nécessaire, chacun conservant pour sa parcelle, la décision sur le volume de travaux, les délais de réalisation, etc.
Cette formule semble donc particulièrement adaptée pour la réalisation, par les intéressés eux-mêmes, de projets d’aménagement.
b) Au niveau communal :
L’intérêt porté à ce vaste espace par quelques membres des équipes municipales et la mise en œuvre de consultations de la population au travers de la vie associative locale ont entraîné des inquiétudes et, parfois, des critiques. Ces réactions sont fréquentes en milieu rural dès que l’on étudie ou l’on ouvre un nouveau chantier.
Cependant, les réunions d’informations, les articles dans la presse locale, les communications données aux Conseils municipaux ont eu pour effet, en excitant la curiosité générale, de sensibiliser les habitants à la richesse de leur patrimoine, de leur faire « redécouvrir leur espace », de les entraîner vers une collaboration intercommunale et, aussi, de les inviter à apporter leurs connaissances et leurs compétences dans cette nouvelle expérience. Le nombre croissant de ceux qui maintenant fréquentent ces « nouveaux espaces » est la preuve d’un intérêt réel qui atteint tous les milieux et, grâce aux animateurs de l’Office départemental d’Action Culturelle et des Écologistes de l’Euzière, sensibilise les enfants des écoles !
La mise en place d’un troupeau à la bergerie de la Font de Griffe a non seulement apporté une nouvelle famille mais montre, dans le cadre de la lutte contre l’embroussaillement et le feu, l’intérêt collectif d’une action volontariste.
c) Au niveau intercommunal
L’ASA de la Séranne, parce qu’elle regroupe, avec le département, sept communes dont les liens n’étaient pas évidents, apporte une nouvelle consolidation du tissu rural entre des hommes et des espaces qui, jusqu’à ce jour, et pour l’ensemble considéré, n’avaient pas encore travaillé ensemble. Les réunions organisées pour bâtir et arrêter les programmes de mise en valeur ont été l’occasion de révéler des compétences individuelles et de lier, au delà des limites administratives, des hommes, des Conseils municipaux, des groupes ou des Associations. Il ne s’agit pas seulement d’être informé mais il s’agit aussi de se former, d’échanger des points de vue, et de faire des comparaisons.
La conséquence fondamentale de l’ASA est de faire prendre conscience à tous qu’il existe réellement une intercommunalité de l’aménagement de l’espace et que dans le cadre intercommunal une véritable décentralisation devient réalité pour peu qu’un projet et des hommes pour le porter existent !
d) Intérêt pour le Conseil Général :
Pour le Conseil Général, collectivité « plus large », l’intérêt de cette expérience réside dans la réponse qu’elle apporte à la difficulté que représente l’utilisation des moyens du « périmètre sensible » dans l’espace rural ; si chaque commune devait recevoir une part de la Taxe Départementale d’Espaces Verts, elle ne recevrait par année, qu’environ 29 154 F, autant dire rien.
Le système élaboré autour de la Font du Griffe et qui est reproductible a priori n’importe où, permet au contraire au Conseil Général de favoriser une gestion solidaire des grands espaces, de soutenir financièrement l’aménagement concerté des micro-territoires et cela partout et autant de fois qu’il rencontrera cet engagement concret des propriétaires locaux dans la gestion de leur territoire commun.
