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Description

Au temps où le jeu de ballon n’était pas encore un jeu d’enfant :
essai de représentation d’un jeu qui a marqué l’espace social héraultais

Cette histoire d’un jeu populaire, ancêtre du jeu de balle au tambourin, a pour point de départ un acte de décès symbolique : celui de la disparition d’un important lieu de pratique ! En effet, en 1860, le Ministre de la Guerre autorise la ville de Montpellier à combler l’ancien fossé défensif situé au bout de l’Esplanade, à proximité de la place de la Comédie, pour y construire, au nom de la modernité, la gare de Palavas et son square. Par cette décision, l’exercice du jeu de ballon qui occupait cet espace depuis le XVIIIe siècle disparaît sous les rideaux de fumée des locomotives à vapeur, emportant avec lui tout un pan de l’histoire de la population montpelliéraine ! Pour ancrer notre objet d’étude dans une représentation concrète, faisons appel au dessinateur Jean-Marie Amelin qui a su, en de nombreux domaines, nous léguer un témoignage visuel du temps passé. Une de ses illustrations, réalisée en 1822, porte un regard détaillé sur l’apparence de ce terrain de jeu de ballon disparu lors de la construction de cette gare. Il représente un grand fossé à fond plat bordé sur sa droite par le mur d’enceinte de la ville situé au sud de l’Esplanade et offre une perspective qui s’ouvre sur la façade du théâtre située au bout de la place de la Comédie. Ce dessin suscite la curiosité. C’est pourquoi il nous appartient, aujourd’hui, d’identifier les éléments les plus significatifs de ce jeu et de les inscrire dans une histoire sociale plus large du département de l’Hérault.

Comment jouait-on exactement jusqu’au milieu du XIXe siècle, sur le terrain représenté par Jean-Marie Amelin ? Des érudits locaux ou des ethnologues ont pu décrire et/ou expliquer les usages et les règles singulières de certains anciens jeux. Toutefois, les jeux les mieux étudiés sont ceux qui ont été pratiqués par les élites sociales du moment, même si, par la suite, des groupes sociaux moins favorisés ont pu se les approprier. Le tir à l’arc ou à l’arbalète et le jeu de mail ont ainsi franchi les portes de l’oubli, et sont parvenus sous différentes formes jusqu’à nous, au point d’en marquer l’identité des lieux de pratique au-delà de leurs frontières. Pour ce qui est du jeu de ballon, la mémoire n’a retenu que les noms des rues ou des places qui ont été, par le passé, les espaces d’un exercice ludique privilégié par nos ancêtres. Le mystère est rehaussé de confusion car la mémoire des anciens confond le jeu de ballon avec son héritier, le jeu de balle au tambourin, pratique culturelle aujourd’hui profondément ancrée dans le Montpelliérais et le bassin versant de l’Hérault. Donc le jeu de ballon n’a pas fait l’objet, à ce jour, d’une étude approfondie ni d’une publication scientifique. Il semble seulement à peu près établi que ce jeu a passionné dans un premier temps les classes sociales les plus favorisées et, par la suite, une plus large partie des citadins et des populations rurales, pour sombrer, au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, dans l’oubli.

Il nous semble intéressant d’identifier et de clarifier ce présupposé par une analyse des conditions historiques et sociales qui ont accompagné l’implantation, le développement et le déclin de cette pratique sociale d’adultes, de la famille des jeux de paume, qui opposait de deux à huit adversaires sur un long terrain en forme de couloir. Les équipes se renvoyaient le ballon à l’aide d’un brassard dont la dimension varie en fonction des régions étudiées. Le décompte des points ressemblait à celui du tennis actuel. Soulignons que ce jeu n’était pas un « jeu d’enfant », car il exigeait des aptitudes physiques qui sont celles de jeunes hommes ou d’adultes dans la force de l’âge et qu’il se déroulait dans un espace favorable à la mise en scène sociale de leurs qualités viriles : selon un mémoire du XVIIIe siècle, le jeu de ballon de Montpellier était en effet « à découvert dans un fossé de la ville. Cet exercice est violent, sujet à de grans inconvéniens. Aussi n’y a-t-il que des paysans ou des gens bien robustes qui s’y donnent… ». Dès lors, il doit être observé comme un élément fondamental du mode de vie et des représentations sociales des populations concernées, dans ses dimensions spatiales et symboliques. En effet, outre sa dimension proprement topographique – à l’échelle du terrain de jeu, mais aussi à celle de l’espace géographique de diffusion de sa pratique – l’existence du jeu de ballon intègre également une dimension chronologique qui reflète des changements sociaux. Ceci est conforté par l’interrogation des historiens contemporains sur la place des jeux comme reflet de l’évolution des modes de vie. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2009

Nombre de pages

19

Auteur(s)

Christian GUIRAUD, Sylvain OLIVIER

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf