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2.00

Description

Au Revoir Là-Haut dans l’Hérault :
Le roman, source de médiation culturelle

* Assistant de Conservation du Patrimoine aux Archives Départementales de l’Hérault

Introduction

Le 21 août 2013, soit un an avant le début des commémorations officielles de la Première Guerre Mondiale, les éditions Albin Michel publient le nouveau roman d’un auteur connu principalement dans le domaine des romans policiers : Pierre Lemaître. Au Revoir là-Haut, roman historique, connaîtra un succès phénoménal : 490.000 exemplaires vendus dans l’année, un prix Goncourt, une adaptation en bande dessinée en 2015, puis un film réalisé par Albert Dupontel en 2017. En novembre 2018, plus d’un million d’exemplaires avaient été achetés.

C’est pour comprendre ce dont il retournait que nous nous sommes, à notre tour, plongé dans ce livre en 2014. Amateur de bons romans, nous avons été frappé par la qualité de la description du contexte historique, et par la parfaite adéquation entre la psychologie des personnages et les faits historiques décrits en parallèle. Mais, en tant qu’archiviste, plusieurs questions subsistaient. Tout cela était-il seulement un roman, ou y-avait-il une part de réalité ? Si les traumatismes vécus au front sont en général connus et documentés, qu’en est-il des scandales liés à l’exhumation des corps tombés au front, ou encore de l’arnaque montée par les deux principaux protagonistes dans le cadre du marché florissant des Monuments aux Morts ? Ayant le privilège d’avoir accès à de nombreuses sources historiques officielles, nous avons effectué quelques vérifications.

C’est à ce moment-là que commença parallèlement une démarche inédite des « Archives » vis-à-vis du grand public. Organisée par les Archives de France, en partenariat avec la Mission du centenaire de la Première Guerre mondiale et la Bibliothèque nationale de France, « la Grande Collecte » est une opération durant laquelle les services d’archives de toute la France accueillent les personnes prêtes à partager leurs archives privées et/ou personnelles. Numérisées sur place, ces archives ont pu être diffusées sur les sites internet dédiés, voire déposées ou données pour leur conservation. En 2014, plus de 20.000 personnes se sont ainsi rendues dans les 150 services d’archives participants. Sur les 1.600 fonds d’archives récoltés, 325.000 documents ont été numérisés. Il s’agit d’archives privées : correspondance, carnets intimes, croquis et dessins, diplômes, médailles, et objets fabriqués dans les tranchées. Elles sont venues compléter notre perception du premier conflit mondial. Fort de ces très nombreuses données, nous avons, à nouveau, interrogé le roman.

Où se situe la frontière, parfois ténue, entre la réalité historique et le roman ? A partir de quel moment l’auteur a-t’il pu « romancer » certains aspects pour coller au plus près de son récit ? Ayant principalement à notre disposition des sources historiques propres à l’Hérault, ce questionnement y trouve ses réponses.

Ce fut alors que germa, peu à peu, le projet de monter une « animation publique » en collaboration avec le réseau des médiathèques du territoire. Ces questions, et leurs réponses, n’étaient-elles pas l’occasion de présenter aux habitants du département des aspects méconnus de son passé, et par-là même, de souligner l’importance de ce conflit dans la construction d’une identité territoriale encore perçue. Ceci par l’étude des Monuments aux Morts conservés, et celle du retour des corps exhumés sur le front, dans chacune des communes du Département. Cette action pédagogique fut présentée dans une vingtaine de médiathèques, principalement à l’occasion des dates de commémoration de l’Armistice, pendant quatre ans. Le succès rencontré fut inattendu : le public, muni du roman, prenait plaisir à se plonger dans une histoire ainsi rendue plus accessible. Dans « son » histoire, devrait-on dire, car ce fut l’occasion d’échanges à propos de l’entretien des tombes de poilus dans les cimetières communaux, ou bien sur la manière de mettre en valeur un Monument aux Morts, parfois négligé ou déplacé depuis.

Cet article est non seulement le compte rendu des recherches effectuées, mais aussi celui des retombées de cette animation sur le territoire départemental. Il est organisé en trois parties distinctes. Comme nous l’avons déjà évoqué plus haut, la première concerne la vie dans les tranchées et leurs conséquences. La deuxième se focalise plus précisément sur les chantiers du Service de Restitution des Corps, institution gouvernementale ayant à charge d’exhumer, identifier puis faire transporter les Héraultais morts au front jusqu’à leurs communes respectives. Enfin, la troisième partie aborde les Monuments aux Morts, leur conception, leur réalisation et la place qu’ils ont tenue et tiennent encore dans le paysage actuel. A chaque fois, nous ferons des « allers-et-retours » entre le roman et les sources historiques. […]

Informations complémentaires

Année de publication

2019

Nombre de pages

17

Auteur(s)

Rafaël HYACINTHE

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf