ATR Cahier N36B 2025
Cahier d'ARTS et TRADITIONS RURALES
N° 36B- ISSN : 0769-0177
Février 2025
Préambule
La campagne languedocienne est l’une des zones rurales les plus riches en églises et chapelles romanes. « Sur les quelques cinq mille chapelles romanes du Languedoc oriental, identifiables grâce aux cartulaires et aux lieux-dits cadastraux, les quatre-cinquièmes ont disparu de la mémoire collective » 1.
Comme nous allons le voir, les deux églises de la commune de Saint-Jean-de-Fos – Sancti Johannis et Sancti Genesii de l’ancien fisc de Litenis –, ont survécu et ont pu fêter leur millénaire d’existence.
« La France méridionale témoigne de la permanence millénaire des lieux sacrés choisis pour y célébrer un culte… Très fréquemment, les populations imaginaient une présence divine sur les tertres et les collines qui recevaient au lever du jour les premiers rayons du soleil. Elles honoraient également comme une intervention de la providence les sources et les fontaines aux vertus guérisseuses, ainsi que les puits dont l’eau fraîche se renouvelait sans cesse » 2.
Si la chapelle Saint-Geniès possède effectivement une source naturelle pérenne à proximité, il avait fallu conduire l’eau de la source de Rieussec à l’aide d’un aqueduc de terre cuite 3 jusqu’à l’église Saint-Jean, installée sur une butte.
La première étude, issue d’un examen historique et non d’un travail archéologique, remonte le temps pour essayer de reconstituer l’histoire de Sancti Johannis de Gurgite Nigro, devenue l’église paroissiale Saint-Jean-Baptiste à Saint-Jean-de-Fos.
La seconde rassemble des documents épars concernant la chapelle Saint-Geniès de Litenis afin de conserver une trace globale mais la plus complète et précise possible, de la vie de cette église pendant les dix siècles passés.
- P.-A. Clément et A. Gas, Églises romanes oubliées du Bas-Languedoc, Les Presses du Languedoc, réédition 1993.
- P.-A. Clément et A. Gas, op. cit.
- Michel Vidal, Saint-Jean-de-Fos et sa fontaine au cours des siècles, Cahier 34A, Arts et Traditions Rurales, 2023.
Au sommaire de cet ouvrage
L'église Sancti Johannis de Gurgite Nigro
Ce travail a pour objet l’histoire de l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Fos. Il est réalisé de manière chronologique, de façon à suivre l’évolution d’ensemble de l’église depuis sa création jusqu’à nos jours, tout en émaillant ce récit d’évènements et anecdotes en rapport avec l’institution religieuse et le monde ecclésiastique. J’ai essayé, essentiellement à l’aide de délibérations consulaires de Saint-Jean-de-Fos, des visites pastorales des évêques de Lodève et d’actes de l’abbaye de Saint-Guilhem, de retracer les transformations successives de l’église.
Certains points (notamment les dates d’élévation des deux tours) restent malgré tout imprécis, obscurs ou sujets à débat, et je ne prétends pas exprimer « la vérité » mais simplement des possibilités parmi d’autres.
Afin de faciliter la lecture du document, j’ai pris le parti – au risque de choquer les puristes –, de transcrire les extraits des délibérations consulaires dans une orthographe actuelle, en conservant de temps en temps quelques termes qu’il m’a paru intéressant de souligner.
La description technique précise de l’architecture du monument et ses modifications fines sera effectuée par des experts du patrimoine, et présentée dans une plaquette disponible ultérieurement. […]
L'église et la période révolutionnaire
Dans son ouvrage : La Révolution et l’Église en 1791, Luce-Marie Albigès indique : « au début de la Révolution, le catholicisme apparaît comme la religion nationale ; partout des cérémonies religieuses accompagnent avec enthousiasme la mise en place de l’ordre nouveau. La suppression de la dîme et la transformation des biens de l’Église en biens nationaux ne perturbent pas profondément les rapports de l’Église et de l’État en 1789 ».
Tout se passe effectivement bien à Saint-Jean-de-Fos. Le diocèse accepte que le curé Bonnariq officie en tant que vicaire, vu leur pénurie à l’époque. Le curé Bonnariq se plaint que les prieurs de Saint-Guilhem lui refusent les émoluments de vicaire. Il demande du soutien au Conseil, ce qu’il obtient puisque l’Assemblée le loue du zèle, de la vigilance et de la sollicitude avec lesquels il remplit sa fonction tant de curé que de vicaire. L’assemblée présentera un extrait de cette délibération pour faire cesser la rétention des prieurs de Saint-Guilhem. L’Assemblée décide également de députer Me Albe, notaire et capitaine de la milice bourgeoise pour qu’il se transporte auprès de l’évêque à Lodève pour le supplier d’accorder un vicaire, en plus du curé Bonnariq. […]
L'apaisement
XIXe siècle : L’église requiert toujours des réparations de maintenance. Le 24 janvier 1813, le conseil municipal est assemblé dans la « maison mairiale » de la commune de Saint-Jean-de-Fos, sur la convocation du maire Cabanès en vertu de l’arrêté de Mr le préfet du 14 novembre 1812, et doit délibérer sur le devis estimatif des réparations à faire à l’église et au presbytère. « Vu l’arrêté de Mr le Barou préfet du département de l’Hérault ci-dessus cité, le budget de la fabrique et le devis dressé en exécution dudit arrêté. Considérant qu’il est impossible à la commune de faire face à la dépense qu’occasionnerait l’entière exécution du susdit devis, qu’il est cependant indispensable de faire le plus tôt possible les réparations nécessaires aux couverts du clocher et de l’église et de celui du presbytère, et réparer aussi les parties du pavé de l’église les plus dégradées. » […]
La chapelle Saint-Geniès de Litenis
De tout temps l’église s’est appelée Saint-Geniès en référence au saint martyr éponyme rattaché au maître autel de la première cathédrale lodévoise. L’appellation de son toponyme a cependant varié au cours du temps, comme le notait Frank Hamlin dans son dictionnaire toponymique :
Ecclesia Sancti Genesii de LEDENES, 1484 (Livre Vert de Lodève, p. 32), ancien nom de St-Géniès (St-Jean-de-Fos) et de ses environs : ecclesiam Sancti Genesii Ledenis, Xe ou XIe siècle (cartulaire de Gellone, p. 5 – Histoire Générale Languedoc, II, c. 69) ; Litenis villa, 1066-1080 (H.G.L., II, c. 68) ; fiscum Litenis [villa] cum ecclesiis S. Johannis et S. Genesii, vers 1070 (cart. Gell., p. 144 – H.G.L., II, c. 65) ; fiscum S. Genesii Litenis, 1146 (Gallia christiana VI, inst. c. 280) ; S. Genesii de Ledens, 1153 (cart. Gell., p. 428) ; parochiam… S. Genesii de Ledos, 1162 (G. christ. VI, inst. c. 282). […]
Le mobilier de l'église Saint-Geniès
C’est sans doute également le curé Galabru qui fit commande de la statue de saint Geniès mentionnée précédemment. C’est une statue typique de l’art sulpicien, réalisée en plâtre peint, d’environ 1,3 m de hauteur.
Elle représente saint Geniès avec ses deux attributs, la palme de martyre et le parchemin de greffier. Sa tenue, la robe noire (contrastant avec la toge romaine vue précédemment sur le vitrail) et le couvre-chef, s’explique probablement par la représentation des notaires à la fin du XIXe siècle. […]
Commande
Pour commander : Sylvie L’Hostis, 1 ter, rue des Clauzels – 30170 Pompignan
(Courriel : iroise@orange.fr)
ou
