Archéologie médiévale, histoire de l’art, arts et traditions populaires. Chroniques des publications récentes (1982-1984)
Archéologie médiévale, histoire de l'art, arts et traditions populaires
Chroniques des publications récentes (1982-1984)
p. 41 à 46
I - Patrimoine
Archives de la Commission supérieure des Monuments Historiques. Plans et dessins. Tome II : Languedoc-Roussillon. Ministère de la Culture (Direction du Patrimoine). 1982. 251 pages. Illustrations.
Poursuivant la publication systématique (entreprise en 1980) de l’extraordinaire collection de documents graphiques anciens et modernes des Archives de la Commission des Monuments Historiques, fondée en 1837, le Ministère de la Culture a confié à Madame Jannie Mayer, documentaliste à la Direction du Patrimoine, la rédaction du catalogue consacré à notre région.
Ce « trésor insuffisamment connu », comme le souligne M. Marcel Durliat dans son introduction au volume, ne regroupe pas moins de 2 298 pièces pour notre seule région. Chacune est ici décrite et, dans la majeure partie des cas, reproduite. On saisit d’emblée le caractère indispensable que revêt désormais, pour les archéologues, les historiens de l’art régional et les architectes, un tel instrument de travail, complété fort opportunément par un « index des auteurs » que l’on eut aimé toutefois plus nourri quant à la biographie des architectes cités. Notons aussi que seuls dix documents sont publiés en couleurs, ce qui est bien peu et ne peut qu’exciter des regrets légitimes, devant la réelle beauté de ces relevés ou de certains projets, tout jugement d’ordre strictement archéologique mis à part.
Car, pour les architectes du Service des Monuments Historiques, chargés de conserver et restaurer (Viollet-le-Duc, Charles Questel, Jules Formigé, Henri Revoil, Auguste Simil, Henri Nodet… pour ne citer que quelques noms du XIXe ou du début du XXe siècle), comptait aussi ce que le préfacier appelle « …les qualités de la perception », un sentiment aigu de l’environnement et de la poésie particulière de chaque édifice, qu’ils s’efforçaient de restituer… Les qualités de la sensibilité et la richesse de l’imagination, écrit M. Durliat, sont de toutes manières aussi utiles au restaurateur que la maîtrise des techniques de la construction et les connaissances archéologiques
L’intérêt de ces dessins est évident pour une meilleure lecture archéologique des édifices et des transformations apportées par les restaurateurs, elles-mêmes considérées absolument comme une « étape nouvelle dans l’histoire de l’édifice ». Cependant, l’apport, pour l’archéologie de cette documentation, s’il est en général incontestable, doit nous semble-t-il faire l’objet dans certains cas d’un examen critique, tant fut grande parfois, pour le dessinateur, la tentation d’accorder à l’imaginaire sa part.
Notre département est ici représenté par 420 numéros concernant des édifices majeurs et des bâtiments plus modestes. A côté des relevés traditionnels (plans, coupes, élévations ; projets de restauration ou d’aménagement…), il faut noter les superbes aquarelles de J.-C. Laisné (St. Aphrodise de Béziers, n° 1254) et surtout d’Henri Nodet (Pont du Diable, à Olargues, n° 1485 ; Abbatiale de St-Guilhem, n° 1515 ; Pont de St-Thibéry, n° 1574 ; Eglise de Vic-La-Gardiole, n° 1592 ; Abbaye de Valmagne, n° 1616), sans oublier quelques documents du XVIIIe siècle relatifs à la place royale du Peyrou, projets des architectes Franque, Giral, Nogaret.
II - Archéologie Médiévale
Le Centre d’Archéologie Médiévale du Languedoc, dont le siège est à Carcassonne, déjà bien connu par une série de publications, monographies d’édifices religieux notamment, mais aussi civils ou militaires, vient de faire paraître les deux premiers numéros (1983 et 1984) d’une revue consacrée à l’archéologie médiévale dans une zone géographique fort étendue, allant de l’Aquitaine à la Région Rhône-Alpes : Archéologie du Midi Médiéval.
Nous avons remarqué, parmi d’autres communications ou notices d’actualité archéologique intéressant les départements méridionaux, un article de M. Yves Gasco, Une cabane médiévale au Serre de la Conque, commune de Saint-Martin-de-Londres, Hérault. Tome I, 1983, p. 5-10 et dans le tome II, les notices consacrées aux recherches d’archéologie médiévale de notre département : sites religieux de Brignac, Le Caylar, Mèze, Roujan, Saint-Michel de Grandmont ; château de Cabrières ; sites d’agglomérations ; Balaruc-le-Vieux, Lunel Viel…
Giry Abbé J., Les vieilles églises à chevet carré de l’Hérault. Rodez, Coopim, 1983. 214 pages. Illustrations.
On connaît l’important travail de recensement et de fouilles conduit depuis de longues années par le chanoine Joseph Giry sur les anciens lieux de culte du département. L’ouvrage qui nous est proposé maintenant fait suite à trois articles parus en 1960, 1969 et 1971 et offre aujourd’hui une présentation d’ensemble des résultats de ces travaux dans le domaine des églises à nef unique et chœur quadrangulaire. 86 de ces édifices ont été repérés, étudiés et cartographiés. Chaque notice s’appuie sur une ou plusieurs illustrations (photographie, plan ou dessin d’élévation…) et une bibliographie, qui eut gagné à être plus précise quant aux références des articles mentionnés.
Avec ce recensement, accompagné des descriptions nécessaires, des renseignements historiques (dans la mesure où le passé de telles constructions peut être connu) et d’un essai de datation, il convient de lire la préface de M. Marcel Durliat et l’introduction de l’auteur.
Après avoir rendu un juste hommage à l’activité de chercheur – et aussi de « défricheur » au sens pragmatique du terme – de l’abbé Giry, le préfacier met en lumière l’intérêt récent porté à ce genre d’édifices à nef unique et chœur quadrangulaire, dont la « carrière » s’est « développée dans les constructions rustiques », parallèlement à l’usage de l’abside, jusqu’à la fin de l’époque romane. Les travaux de Xavier Barral y Altet ont révélé l’existence dans la Vieille Catalogne, « depuis le Llobregat jusqu’au Pas de Salses », d’églises semblables, l’actuel département de l’Aude assurant, selon Françoise Sarret-Bousquet, la liaison géographique entre l’Hérault et le domaine catalan.
Il ne s’agit pas pour autant de voir en ce type d’édifice (que l’on retrouve aussi en Italie du Nord) « une création propre au monde de la Méditerranée occidentale, cette architecture existant aussi dans les Îles Britanniques (VIe-XIe siècles), ainsi qu’en Allemagne, Belgique et Luxembourg.
A ce propos, M. Durliat oppose à la théorie de Josef Cibulka qui voyait dans la propagation de ce type d’églises dans l’Europe de l’Est et du Nord-Ouest l’influence des missionnaires venus des communautés chrétiennes celtiques des Îles Britanniques, l’hypothèse inverse, celle de la remontée d’influences méridionales en rapport avec la tradition de l’Antiquité tardive
A ce propos, M. Durliat oppose à la théorie de Josef Cibulka qui voyait dans la propagation de ce type d’églises dans l’Europe de l’Est et du Nord-Ouest l’influence des missionnaires venus des communautés chrétiennes celtiques des Îles Britanniques, l’hypothèse inverse, celle de la remontée d’influences méridionales en rapport avec la tradition de l’Antiquité tardive
Est soulignée aussi la délicate question de la chronologie. Les éléments stylistiques, « moins importants dans ces constructions rustiques que dans les grands monuments », s’avèrent insuffisants à apporter une solution satisfaisante à ce problème. Une étude approfondie de la destination première de l’édifice, (lié parfois à une exploitation rurale antique dont il atteste ainsi la christianisation, ou, au contraire, ancienne église paroissiale), une fouille des abords, cimetières en particulier, devraient permettre d’affiner cette chronologie encore incertaine et de préciser notamment la relation entre la liturgie et quelques particularités du plan (dont l’ouverture ou la fermeture du chœur), comme le soupçonnait J. Cibulka pour les églises de l’Irlande ou de Moravie.
Pour M. Durliat, nombre des édifices ici décrits ne sont pas antérieurs aux XIe et XIIe siècles et ont été élevés à la même époque que les églises romanes à abside. Si l’on comprend et partage la prudence sur ce point de l’auteur de la préface devant le flou actuel de la chronologie, n’est-il pas cependant possible de penser qu’entre la période wisigothique et le XIe siècle ce type d’églises rurales ait pu se développer et connaître, principalement à l’époque carolingienne, une grande valeur ?
Dans son introduction l’Abbé Giry s’attache tout d’abord à souligner le lien étroit entre l’église et l’ancienneté du site où elle a été construite présence d’un habitat gallo-romain, proximité immédiate d’une voie antique, toponyme attestant une origine romaine.
Partant de ces observations l’auteur propose un essai d’explication de l’évolution possible de ce type de construction que nous résumerons schématiquement ici. Les seize édifices recensés ne comportant qu’une salle unique appartenant à l’architecture d’une villa antique et qui aurait été utilisé comme « triclinium pour le repas fraternel de l’Eucharistie… » en constitueraient la première étape. A partir de l’époque wisigothique, les rites nouveaux, importés par les invasions, auraient imposé une séparation entre « le lieu du mystère, que nous appelons chœur et le lieu d’assemblée du peuple, que nous appelons nef ».
Cette hypothèse, séduisante, ne peut actuellement s’appuyer sur aucune chronologie sûre la datation des édifices ici recensés ne peut, rappelons-le, être cernée avec précision. En dépit du penchant avoué de l’auteur à leur attribuer, au vu de certains critères (origine antique du site, nom du saint titulaire, appareillage des murs…) une assez grande ancienneté, voire, pour beaucoup d’entre eux, une origine franchement wisigothique, la plus extrême prudence doit être observée en ce domaine. Les termes même employés par l’auteur pour tenter de situer dans le temps ces frustes constructions (« haute époque », « époque archaïque », « église primitive », « fondation ancienne », « époque préromane », etc.), révèlent bien, par leur imprécision inévitable, la difficulté éprouvée par tous à donner une réponse concluante à cette question.
SIGNOLES André, L’ancienne chapelle Saint-Georges de Lunas. Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l’Hérault, n°5, 1982, p. 30-41.
Toujours dans ce même domaine, il convient de citer maintenant les travaux parus dans le cadre des activités de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l’Hérault, dont le siège est à Bédarieux, qui, par ses publications régulières et soignées, contribue à la connaissance de cette partie de notre département.
Saint-Georges de Lunas relève du type de ces églises si nombreuses étudiés par M.M. Durliat et J. Giry, avec leur nef rectangulaire, leur chœur « fermé (l’ouverture de l’arc triomphal est rétrécie par rapport à la nef par deux massifs de maçonnerie) et leur chevet de plan carré. L’auteur en donne une description précise, appuyée sur un plan et une illustration photographique, à défaut d’historique que les textes ne permettent pas d’établir.
La lumière est portée sur la forme outrepassée de l’arc triomphal retombant sur des impostes et des colonnes de marbre dont l’une, celle du Nord, pourrait être antique comme semblerait l’indiquer la présence d’un astragale à l’extrémité du fût. Avec Juan Ainaud, M. Signoles voit dans l’arc outrepassé de nos églises préromanes comme une survivance de l’arc wisigothique et non, bien entendu, le fruit d’une prétendue influence mozarabe.
En effet, l’arc « en fer à cheval », caractéristique de l’art wisigothique, ne doit pas être confondu « avec son successeur l’arc outrepassé hispano-arabe ou mozarabe ».
Pour l’auteur, Saint-Georges de Lunas (dédié à l’évêque de Lodève de 843 à 877) est bien une église préromane « de tradition wisigothique la date proposée est le Xe siècle, par comparaison avec la crypte de la cathédrale St-Fulcran de Lodève et l’église de St. Michel-de-Cuxa.
Signalons aussi, toujours sous la plume de M. Signoles et concernant la région de Bédarieux, deux autres études consacrées aux édifices préromans : Une chapelle préromane méconnue : Saint-Sauveur de Palagret. Bull. Soc. Arch. et Hist. des Hauts Cantons de l’Hlt, n° 7, 198°, p, 71-78, et L’église préromane Saint-Raphaël de la Bastide à Bédarieux. Ibidem, p- 79-86.
Transformée en grange, utilisée comme bergerie, l’église « retrouvée de Saint-Sauveur se présente aussi comme un édifice à nef unique et chœur quadrangulaire fermé par un arc triomphal. Notant le caractère archaïsant de certains traits de construction (mise en œuvre de la voûte et de la porte primitive, fenêtres…) ou de décor (imposte à entrelacs), l’auteur propose de situer l’édifice « autour du Xe siècle », sans que d’autres éléments permettent cependant de confirmer de façon catégorique cette datation.
Bien connu dans son histoire après les travaux du chanoine J. Secondy, de l’Abbé G. Alzieu et du chanoine Giry, Saint-Raphaël n’avait jamais fait l’objet d’une analyse archéologique. Considérablement modifié au XIXe siècle, l’édifice récemment débarrassé de son crépi, apparaît bien comme une église à nef unique et chœur quadrangulaire, construite en petit appareil régulier « très proche de l’appareil roman ». Pour cela, la date du XIe siècle est proposée pour cette église, lieu de pèlerinage autour de la source de Belle Rivière, réputée guérisseuse.
Ces mêmes bulletins comportent aussi d’autres communications consacrées à l’archéologie médiévale de cette région : Fargier Louis, Gourdiol Robert, Signoles André, Une paroisse rurale antique des Hauts cantons de l’Hérault, Saint-Sauveur du Puy, n°5, 1982, p. 45-50. Et Fargier Louis, Une chapelle méconnue à Villemagne. Ibidem, p. 42-44.
Le mérite de cette dernière note est de signaler à l’attention des archéologues un nouvel édifice dans une localité bien connue pour ses églises romanes et le célèbre hôtel des Monnaies. Il est dommage que l’article de M. Fargier, qui traite surtout de l’identification du vocable (Est-ce la chapelle Ste-Lucie, l’une des églises mentionnées à Villemagne depuis le XIe siècle ?), ne pousse pas plus avant la description archéologique remplacée par trois dessins (un plan et de (coupes) qui ne permettent pas de préjuger de l’ancienneté de cet édifice, paraissant considérablement remanié, ni de sa véritable destination religieuse.
Enfin, l’architecture militaire a été abordée par Florence Journot en deux articles parus dans le Bulletin n° 7 (1984) : Techniques de construction des châteaux médiévaux (Haut bassin de l’Orb, p. 53-60 et La tour de Gallergues (commune de Saint-Vincent d’Olargues) et la tour du Pin (commune de Vieussan) p. 61 et suiv.
III - Études urbaines
Fournier Michel, Les allées Paul-Riquet à Béziers. In La ville en pays languedocien et catalan de 1789 à nos jours. Colloque du Centre d’Histoire contemporaine du Languedoc-Méditerranéen et du Roussillon. Extrait du Bull. de la Soc. Lang. de Géographie, 1984, n° 3-4, p. 151-169.
L’auteur retrace l’histoire du lent aménagement de cette promenade, esquissé dès 1543, poursuivi au XVIIIe s. par la plantation d’ormeaux, d’acacias et de platanes, continué et mené à son terme entre 1830 et 1890. Plusieurs dates importantes jalonnent ce dernier parcours 1837, la municipalité arrête un schéma de construction d’un quartier nouveau, véritable acte d’urbanisme la statue de Paul-Riquet (par David d’Angers) est érigée en 1840 et le théâtre lui succède quatre ans plus tard ; le jardin public, dit Plateau des Poètes, qui termine la promenade au Sud-Est, est aménagé entre 1860 et 1869 par le paysagiste Bühler ; enfin, en 1873 est créée, derrière le théâtre, la place de la République (aujourd’hui de la Victoire).
En 1910, les Allées sont habitées par une majorité bourgeoise : « …la propriété sur la Promenade apparaît comme un brevet de bourgeoisie », phénomène déjà observé en 1823.
Apparemment homogène, l’ensemble monumental élevé en bordure de la promenade révèle cependant quelques disparités dont témoignent les différents types de maisons : les « petites maisons », « témoins d’un habitat plus ancien et plus modeste » – « les immeubles bâtis dans l’esprit de l’urbanisme du milieu du XIXe siècle » – les « grands immeubles de la fin du siècle, à usage locatif.., et d’un caractère ornemental surchargé ».
Lieu de distraction et de rencontre (théâtre, kiosque à musique, cafés, installation du cinématographe en 1907…), la Promenade des Allées eut aussi une fonction économique : présence de banques, du marché aux bestiaux de la Citadelle, et surtout marché au vin (« Les Allées, vitrine de la viticulture, deviennent son expression comptable et financière »), installation de commerces de détail en 1914 et, jusqu’en 1925, des sociétés industrielles liées à la viticulture, en dépit de la préférence des négociants en vin pour les quartiers proches de la gare. Les études conduites actuellement sur la ville de Montpellier par le Secrétariat Régional de l’inventaire Général des Monuments ont été l’occasion de publications partielles. La première concerne la place royale du Peyrou, à laquelle ce Service avait consacré en 1980 une exposition, reconduite en 1983 avec une présentation renouvelée et assortie d’une réédition revue du catalogue.
Le Peyrou ne pouvait être absent du numéro consacré par la revue Monuments Historiques à « Gabriel et l’urbanisme ou le rôle de la place dans l’ordonnance urbaine » : Sournia Bernard, La place Louis le Grand de Montpellier. Monuments Historiques, n° 120, mars-avril 1982, p. 42-48.
L’auteur précise tout d’abord les relations entre la place Louis XV de Paris, par Gabriel, et le Peyrou de Jean-Antoine Giral respect du site, (cet « immense horizon de montagnes et de vue marines, appelé à former l’écrin de la statue royale… »), seule véritable décoration de la place ; projet de « quatre grands groupes allégoriques célébrant les vertus du roi et les bienfaits de son règne », devant délimiter l’espace citations diverses de Gabriel : utilisation des pans coupés, des tables et chaînes à refends… etc.
L’œuvre de Giral, dont Gabriel, qui présidait aux travaux de l’Académie d’Architecture, suivit de très près la genèse, apparaît bien, ainsi que le note B. Sournia, comme l’hommage d’un « émule provincial » à l’auteur de la place parisienne. Mais si le Peyrou de Giral (construit entre 1766 et 1774) doit beaucoup à la création prestigieuse de Gabriel, il ne faut pas oublier que l’œuvre de l’architecte montpelliérain avait des racines plus anciennes.
On le sait, l’élaboration du Peyrou fut lente. Depuis 1689 trois programmes distincts ont été énoncés ; l’article en développe les grandes directions : aplanissement de la colline transformée en terre-plein rectangulaire terminé à l’Ouest par un rond-point ; mise en place de la statue équestre de Louis XIV au point milieu du terrain et dans l’axe de la nouvelle porte établie par Daviler en 1693, bâtie « à la moderne, en forme d’arc de triomphe », d’après Dorbay ; adduction d’eau enfin, dont l’entreprise, définie par l’ingénieur Henri Pitot en 1751, sera à l’origine du concours ouvert en 1764. Il appartiendra à Jean-Antoine Giral (dont le projet sera définitivement accepté par la commission des Travaux Publics de la province le 22 avril 1766), de concrétiser ces trois programmes, « fruits des efforts inventifs de plusieurs générations », en une « magistrale conclusion », non sans tâtonnements d’ailleurs, dans la recherche constante d’un effet de masse toujours plus simple et plus vigoureux
La demeure privée montpelliéraine a également fait l’objet de quelques travaux et publications. A la suite des deux premiers dossiers – diapositives édités par le C.R.D.P. en collaboration avec l’inventaire régional (Montpellier I. Histoire et évolution urbaine, 1979 – qui vient d’être réédité en 1985 à l’occasion des manifestations du Millénaire de la ville – et Montpellier II. Architecture publique, 1980), le troisième volet de ce triptyque vient de nous être proposé : Montpellier III. Architecture privée. Montpellier, C.R.D.P., 1982. 24 diapositives. Glossaire et bibliographie.
Il ne s’agit pas, pour les auteurs, de présenter ici les résultats d’une étude globale sur l’habitat urbain de Montpellier, (cette étude est en cours et fera l’objet d’une publication postérieure), mais plus modestement de tenter d’éclairer, au moyen d’une analyse stylistique et d’une approche historique, ce que chacune des demeures choisies présente de traits originaux dans la conception de son architecture. Nous devons d’autre part à M. Bernard Sournia, Conservateur de l’inventaire Général, une suite de trois articles sur l’évolution de l’architecture privée montpelliéraine. Le premier (La mutation de l’âge classique. Monuments Historiques, n° 127, juin-juillet 1983, p. 86-96) a paru dans la revue de la Caisse Nationale des Monuments Historiques et des Sites dont le numéro cité est entièrement consacré au patrimoine du Languedoc-Roussillon et qui comporte un dossier monographique regroupant, sous le titre de « Montpellier, ville secrète », une présentation du Secteur Sauvegardé par M. Bernard Voinchet, Architecte en Chef des Monuments Historiques, et la participation de M. Sournia.
Le second, La maison montpelliéraine entre la tradition gothique et l’ordre classique, prend place dans le numéro 96 de la revue Vieilles Maisons Françaises – Patrimoine Historique (avril 1983), p. 46-51. L’auteur établit tout d’abord un lien entre la topographie de la ville, établie à l’origine sur l’une des trois collines de Montpellier, et les caractéristiques du parcellaire, « relativement lâche et à la maille désordonnée », pour la « ville haute », marqué par « une maille serrée, orthogonale, plutôt régulière », pour la partie s’étendant sur les flancs et au pied de la colline.
La première a pu recevoir des demeures avec cour centrale, sur laquelle s’ordonnent quatre corps de bâtiment, dont la cage d’escalier, relevant d’une architecture aristocratique et bourgeoise, tandis que les maisons sans cour – si ce n’est un simple puits de lumière – caractérisent l’architecture vernaculaire de quartiers bas.
Le siège de 1622 marque une étape importante dans la métamorphose de la ville. Les communautés religieuses, durement affectées par les conflits, réintègrent la ville intra muros en remembrant d’immenses parcelles. Cette expansion conquérante est aussi le fait des grandes familles qui, à l’instar des Deydé ou des Bosc, augmentent considérablement leur patrimoine en remodelant le cadre bâti et favorisent le renouvellement « de formes constructives jusque là assez peu ouvertes aux modèles des temps nouveaux », tout en composant avec le bâti ancien « en d’incessants raccommodages ».
Le séjour montpelliérain de Charles-Augustin Daviler, architecte de la Province, entre 1690 et 1700, allait « laisser une empreinte indélébile sur les structures et les usages locaux en matière de bâtiment… », mais non sans quelques résistances refus, par exemple, de la formule du corps de passage précédant une disposition en U des corps de logis refus aussi du comble brisé, et cela au profit de formules consacrées par les usages locaux.
L’architecture religieuse, avant l’arrivée de Daviler et l’introduction de formes nouvelles par le relais de l’église Saint-Denis (1699-1707), ne participe pas à ce renouveau et se contente de « transposer dans un style dénudé les compositions de la tradition monastique médiévale », bannissant tout ornement, rien de ce qui aurait pu donner à l’expression de la Contre-Réforme locale un visage baroque.
Sous l’impulsion de l’intendant Nicolas Lamoignon de Basville, les travaux édilitaires vont désormais s’inclure dans ce mouvement de renouvellement architectural de la ville : création de la promenade puis de la place royale du Peyrou, construction de la porte monumentale « en manière d’arc de triomphe », achèvement du collège des Humanités, implantation des nouvelles casernes sur le cours qui les relie désormais à la nouvelle église paroissiale Saint-Denis. Le XVIIIe siècle, avec la double salle de concert et de spectacle de J.-Ph. Mareschal (1753), l’amphithéâtre Saint-Côme (J.-A- Giral, 1757), et surtout la place du Peyrou, achevée en 1774 – la création la plus singulière et la plus attachante de toute l’histoire architecturale de Montpellier – dotera enfin la ville de ses édifices publics les plus prestigieux et les plus exemplaires.
La demeure urbaine fait également l’objet d’une étude par le moyen d’une méthode nouvelle, établie et actuellement utilisée par le Service Régional de l’Inventaire. L’approche de la morphologie et de l’évolution de cette architecture repose sur une analyse du bâti et des groupements des phénomènes liés à l’habitat. La « réalité architecturale de la ville est donc analysée objet par objet », au moyen d’une ‘ »grille », conçue pour décrire « avec un maximum de souplesse et d’adéquation le milieu particulier de Montpellier et mise au point après un travail approfondi de recherches documentaires, une réflexion préliminaire sur les formes, et l’adoption d’une hypothèse de travail sur « la morphologie et l’histoire architecturale de ce milieu ».
L’ordinateur est apparu comme l’outil le mieux approprié pour satisfaire aux besoins de cette expérience : garder en mémoire la masse considérable des informations recueillies au moyen de la grille d’analyse (le bordereau), en maîtriser le grand nombre, ordonner ces observations et envisager toutes les connexions possibles entre les phénomènes observés, en fournissant sur eux tous les renseignements quantitatifs indispensables, produire enfin une cartographie de répartition de ces phénomènes.
Cette méthode (ici trop sommairement présentée) et ses prolongements sont définis par M. B. Sournia dans un article récent : Montpellier, ville et morphologie de la demeure urbaine. Une méthode d’analyse assistée par ordinateur. Revue de l’Art, n° 65, 1984, p. 82-88.
Les recherches archivistiques entreprises, en préalable à cette démarche, par M. Jean-Louis Vayssettes (en particulier dans les fonds notariaux), ont permis d’ajouter un nouveau nom, jusque là ignoré de l’érudition locale, à la liste des architectes ayant travaillé à Montpellier, celui de Simon Levesville, et d’en suivre l’évolution d’après les œuvres pouvant lui être attribuées.
Né à Orléans vers 1600, Simon Levesville apparaît à Montpellier en 1626 comme assistant de son oncle Pierre (l’un des architectes les plus actifs du Sud-Ouest), chargé du « dessein et modèle » de la nouvelle cathédrale prévue place de la Canourgue mais dont le projet sera abandonné en 1629 Il se fixe en notre ville dans laquelle il se mariera en 1631 et mourra en 1645.
Ce sont les premiers éléments de la biographie de cet architecte et une « ébauche » du catalogue de son œuvre, replacée dans le milieu architectural montpelliérain, qu’ont livré, sous réserves de découvertes ultérieures, MM. B. Sournia et J-L. Vayssettes dans ce même cahier de la Revue de l’Art, entièrement consacré aux travaux de l’Inventaire Général en France. (Simon Levesville, un maître orléanais dans la tradition montpelliéraine de l’architecture. Revue de l’Art, n° 65, 1984, p. 72-81.).
Nous ne reviendrons pas sur le contexte architectural dans lequel se développe l’œuvre de S. Levesville, que les auteurs rappellent à la page 74 et pour lequel nous renvoyons aux travaux déjà cités. C’est tout d’abord à l’introduction de Montpellier de la typologie de l’escalier moderne que l’action de Levesville – qui « parait être l’un des principaux, sinon le principal initiateur de cette évolution » – semble devoir être rattachée, avec notamment l’escalier à quatre noyaux de l’hôtel Deydé (1644). Mais l’architecte orléanais semble aussi avoir joué un rôle important dans le développement de la formule de la cage d’escalier ouverte, « visant à supprimer toute limite sensible entre la cage et la cour » et à produire « un coup de surprise » sur le visiteur hôtels de Mirman, de Grasset, de Farges, de Sallèles…
La prédilection de l’architecte pour cette formule (que préfiguraient peut-être déjà les galeries médiévales montpelliéraines) pourrait avoir sa source, selon les auteurs, dans les grandes cages ouvertes en charpente de l’architecture vernaculaire du Val-de-Loire ou encore celles du Sud-Ouest où travaillait Pierre Levesville.
L’irrégularité des parcelles à remodeler et l’exiguïté des espaces libres obligent l’architecte à « inventer pour chaque cas une solution différente », à s’adapter à la « sujétion du lieu », selon le mot de Philibert de l’Orme, dans la tradition de qui s’inscrit directement Simon Levesville. Par contre, à l’hôtel d’Audessan – peut-être aussi à l’hôtel Deydé -, où la place n’était pas mesurée, il choisira le parti « à la française », entre cour et jardin, éclairant la cage d’escalier de fenêtres identiques aux autres baies de la demeure.
Le particularisme de Levesville apparaît aussi dans son goût pour l’« art du trait ». L’hôtel de Sarret (vraisemblablement le fruit d’une collaboration, entre 1626 et 1632, de l’oncle, « grand virtuose du trait », et du neveu) en présente de remarquables témoignages grande trompe sous le coin – la célèbre « coquille » -, trompe portant balcon dans la cour, fenêtres biaises, arc de passage à clef pendante…
Plus personnelle est la façon dont Simon L. utilise un langage décoratif presque nouveau pour Montpellier, l’introduction des ordres, dans le « frontispice » du Présidal, sorte d’arc de triomphe dressé en avant du grand escalier, et dans les ordonnances à pilastres des hôtels de Castries, d’Audessan, de Ranchin… Mais il affectionne surtout le répertoire un peu démodé de la « tradition maniériste » : chaînes, encadrements à bossages, frontons échancrés… etc. Décor très « graphique, jouant essentiellement en surface sur les deux dimensions ».
Mais l’apport – primordial – de l’art classique ne doit pas occulter un autre phénomène. Deux ouvrages, dus à Madame Mireille Lacave, nous rappellent que Montpellier doit aussi beaucoup au XIXe siècle.
Dans Montpellier naguère, 1845-1944. Paris, Payot, 1981, recueil de photographies anciennes inédites et de cartes postales peu connues, ce sont surtout les aspects sociaux, mais aussi architecturaux et urbanistiques, que l’auteur s’est plu à évoquer, dans le choix des images et le long commentaire qui les accompagne.
« Nous avons cherché, écrit M. Lacave dans son introduction, à donner un premier essai d’interprétation de l’histoire urbaine à travers ses sources secrètes ». Cette histoire, pour le XIXe siècle, c’est surtout un désir d’identification à des normes nationales général en France à cette époque : « on taille dans le tissu urbain ancien, on perce, on élargit, on démolit, on rebâtit, on copie plus ou moins les grands travaux de la capitale ». A Montpellier, c’est le percement (tardif) de la rue Nationale (rue Foch), « voie triomphale » justifiée par « une idéologie hygiéniste et moderniste qui cache en fait des préoccupations essentiellement esthétiques, voire de mécénat ou d’évergétisme collectif ». Car il s’agit de modifier le panorama de la ville en lui donnant une parure de monuments dignes d’elle ».
Beaucoup de ces projets, « dormant dans des cartons d’archivese, ne furent pas réalisés : percée d’une rue reliant l’église Sainte-Anne à la rue de la Saunerie, élargissement de 9 mètres de la rue de la Petite Loge, éventrement du quartier Saint-Ravy jusqu’aux Halles… etc.
Du même auteur, un article utile aux historiens de notre ville : L’éclectisme à Montpellier au XIXe siècle (dans la ville en pays languedocien et catalan… op. cit. p. 311-327), définit les grands thèmes d’une étude de l’architecture publique et privée au XIXe siècle, création architecturale liée aux « progrès du développement de la ville », en particulier de la percée de la rue Impériale. D’emblée, avec une définition de l’éclectisme, est émise l’idée, chère à l’auteur, que sous le masque de la tradition s’élabore une esthétique publique qui n’est que l’autocélébration de la classe dirigeante
Cela va se traduire, dans la première moitié du siècle, par la construction d’édifices publics dans le style « néo-antique » (le terme « néoclassique » nous paraît toutefois toujours acceptable) : Palais de Justice (Charles Abric, 1846), Banque de France (Abric, 1842-1846), précédés par le Musée Fabre de Fovis en 1825.
Avec la construction des Halles (1869) et la consultation de Baltard, « les regards commencent à se tourner vers Paris », tendance déjà sensible dans l’architecture religieuse. C’est avec le concours ouvert pour la construction du grand Temple de la rue Maguelone que va s’imposer, au cours de la seconde moitié du siècle, le néo-médiéval. Le programme exigé (simplicité mais aussi caractère à la fois monumental et religieux, conditions favorables à la prédication…), ne pouvant être traité par référence à un modèle préexistant, fut mis au concours. Le parisien Bouwens l’emporta tout d’abord, remplacé par l’architecte montpelliérain Estribot qui entre 1866 et 1870, traduira ce programme en un style néo-byzantin mêlé à des souvenirs de l’église Saint-Paul de Nîmes de Charles Questel.
On retrouve ensuite dans la conception des églises Saint-Roch et Sainte-Anne, par J. Cassan, architecte de la ville, les théories de Viollet-le-Duc sur l’art gothique du XIIIe siècle, considéré comme le « véritable art national », le style français par excellence.
L’ambitieux projet pour l’église Saint-Roch (inspiré sans doute par l’église abbatiale de Valmagne) devait s’accompagner d’un remodelage total des abords de l’édifice. L’échec fut double. Echec d’un urbanisme qui se voulait au niveau des vues nationales et centralisatrices… mais peu en rapport avec les possibilités des finances locales ; échec de l’architecture, Saint-Roch étant demeuré inachevé.
Ce fut aussi, partiellement, le cas de l’église Sainte-Anne dont le projet de reconstruction était lié à celui, grandiose, du percement de la rue Impériale reliant le Peyrou à l’Esplanade. Echec marquant du même coup celui du maire G. Bazille, rêvant de « transformer Montpellier en une capitale riche de monuments », comme le dit l’auteur, de « mettre en scène la ville ».
La nouvelle préfecture de l’architecte départemental Bésiné (conçue et construite entre 1862 et 1870) tentera de s’adapter, par le choix du style classique à la Louis XIV, (par ailleurs d’un usage généralisé dans l’architecture publique française de cette époque, et qui n’est qu’un style historique parmi d’autres) aux contraintes qu’imposait l’agrandissement de l’ancien hôtel de Ganges (1686) devenu Préfecture sous l’Empire. Il s’agit là du dernier « monument » montpelliérain, à l’exception du théâtre, rebâti après l’incendie de 1881. Bientôt, la percée inachevée de la rue Nationale (1878-1885) engendrera une architecture privée stéréotypée et répétitive, sur laquelle le style international du début du XXe s. n’aura aucune prise.
IV - Architecture vernaculaire
Au lecteur désireux d’appréhender globalement l’architecture rurale de notre département, il convient de signaler la synthèse donnée par Mme M.-S. Grandjouan dans le numéro du bulletin de l’Association Les Vieilles Maisons Françaises, déjà cité (n° 96, p. 72-75), sous le titre L’habitat rural.
Le domaine plus précis de l’architecture de pierre sèche a fourni à M. André Cablat matière à plusieurs articles. Dans Recherches sur l’architecture de pierre sèche dans le département de l’Hérault (L’Architecture vernaculaire, tome V, 1981, p. 52-56), l’auteur fait le point sur les recherches personnelles conduites en 1979 sur un terrain d’investigations qui lui est cher. Il ajoute quatre nouvelles constructions à degrés de réduction (la coupole est supportée par au moins deux étages de pierres en retrait l’un sur l’autre) aux dix exemples déjà recensés par lui dans le département. II s’interroge ensuite sur la nature réelle des capitelles ; « cabanes d’agriculteurs – défricheurs et non de bergers ». Viennent ensuite diverses notes ou ébauches dé thèmes de réflexion, livrées « en vrac » à l’attention du lecteur : les constructions en pierre sèche sont nées du défrichement lié à la conquête des terres marginales », commencée au XVIIe siècle « sur les vacants les plus proches du village.., pour atteindre au XIXe siècle les limites extrêmes des terroirs », conquête associée à l’olivier dès le XVIIe s., à l’olivier et à la vigne au siècle suivant, à la vigne seule au XIXe.
Le terroir de la Gardiole (de gardie terres incultes réservées à la pâture des troupeaux), massif rocheux en bordure de la mer, a livré au recensement de M. Cablat 108 cabanes sur le territoire des communes de Balaruc (9), Frontignan (53), Fabrègues (5), Gigean (41), dont seulement une vingtaine intactes. L’analyse de cet inventaire, effectué au moyen de fiches descriptives dont quelques exemples sont reproduits, nous est livrée par l’auteur sous le titre Les cabanes de défricheurs de la Gardiole (Hérault), dans le n° X-XI, (1980) du Bulletin de la Société d’Etudes Scientifiques de Sète et sa région, p. 41-66.
Le matériau est évidemment la pierre sèche, sans liant ni charpente. La voûte est formée de pierres plates légèrement inclinées au moyen de pierres de calage afin d’éviter l’écroulement au centre en rejetant la poussée vers l’extérieur. Une couche de 50 cm d’épaisseur de cailloux et de terre argileuse renforce le système. Le plan peut être rectangulaire, carré, elliptique ou circulaire à l’intérieur sur plan quadrangulaire extérieur. Peu d’aménagements intérieurs : niches- placard, cheminées, petite ouverture « peut-être pour le tir du gibier ».
L’emplacement est variable : au milieu de la parcelle, dans l’angle de celle-ci, contre l’un des murs de l’enclos ou enfin dans le mur même. Quelques graffiti (une seule date : 1851 – le 2 mars a fini le mas Gondar Frédéric 1851 ») « affirment une certaine contestation politique, d’autres sont de simples « affirmations d’existences », prénoms, « inscriptions d’amoureux », notations humoristiques (« La terreur des lapins ») et celle-ci, touchante expression de reconnaissance : « Par un jour de pluie à ramasser des asperges l’on est venu se mettre à l’abri ».
L’épineuse question de la datation de ces cabanes ne peut être résolue par les compoix (seule mention en 1574 d’un plantier dans lequel l’auteur voit le début des défrichements) ni par le cadastre ancien (les cabanes n’y apparaissent pas). Reste le « Procès verbal de reconnaissance d’estimation et d’arpentage des terrains d’origine qui ont été défrichés, 1853 » conservé aux archives municipales de Frontignan, révélateur, au milieu du XIXe siècle, de l’intensification des défrichements du coteau rocailleux. En effet, entre 1842 et 1852, 990 parcelles sont défrichées â Frontignan et plantées le plus souvent en vigne, parfois en blé ou légumes l’olivier n’apparait pas, sans doute introduit plus tardivement, peut être après le phylloxera des années 1876-77 Des cartes de répartition des cabanes repérées et des défrichements complètent cette étude appuyée sur de minutieuses observations.
Les 2 et 3 octobre 1982, le Centre d’Etudes et de Recherches sur l’Architecture Vernaculaire (C.E.R.A.V.) et la Fédération Archéologique de l’Hérault réunissaient un certain nombre de chercheurs régionaux sur la base de propositions énoncées par le président du C.E.R.A.V., Christian Lassure, rappelées en tête du recueil des communications sous forme d’un texte de synthèse, soutenu par une bibliographie récente, à lire absolument par qui veut s’initier â cette problématique. L’ensemble des interventions a paru sous le titre L’évolution des techniques de la construction à sec dans l’habitat du Languedoc du néolithique à la période contemporaine. Actes des journées d’études de Viols-le-Fort (Hérault), (L’Architecture Vernaculaire, 1983, Supplément n° 3, 132 p. 111.).
Les communications recueillies intéressent pour la plupart la période protohistorique (5 articles sur 9 concernent directement notre département) une porte sur la période antique. Les périodes médiévale et moderne sont ici bien représentées : 8 articles. Parmi ces textes relevons l’étude de M. A. Cablat, « Manses et bastides, deux types d’habitats de pierre sèche du moyen âge dans la région d’Aniane (Hérault), p. 81-92 ». Ces deux types sont implantés sur les terres à défricher, la « bastide » étant d’inspiration « religieuse et seigneuriale » le « manse » traduisant plutôt une initiative paysanne, « habitats des champs » dont l’auteur situe le développement au cours de la période du XIe au XIIe siècle et l’abandon définitif au milieu du XIVe. S’appuyant sur les données architecturales subsistantes, les vestiges mobiliers (céramique…), les textes (Cartulaire d’Aniane en particulier), M. A. Cablat tente de « percevoir l’origine et le fonctionnement de ces constructions » et d’appréhender « les réalités quotidiennes des populations médiévales » de cette région.
Manses et bastides peuvent revêtir différentes formes :
- « habitation à pièce unique de plan rectangulaire allongé » (manses de la Bue (La Boissière) et de Valle, cité en 1153).
- l’« habitation à pièce unique de plan elliptique (à double abside) » (Truc des Sauzes, à Viols-le-Fort).
- l’« habitat constitué de plusieurs pièces disposées en damier » : la bastide (mas de Cournon et de la Rouvieyre, à Argelliers).
- la « bastide de plan rectangulaire ou carré, flanquée de quatre tourelles aux angles » (Le Pioch Haut, à Puèchabon). Cette dernière construction est citée dans un texte de 1030 (en réalité 1031), précédé d’un autre document plus ancien encore portant donation au monastère d’Aniane par l’évêque Fredol du locum heremum de Podio Alto, afin qu’y soient construits « maisons, enclos, avec bétails et troupeaux ».
A noter aussi dans cette même publication l’article de M. Albert Reynes, Les capitelles de la commune de Soubès (Hérault) (p. 109-111), texte du court rapport accompagnant les fiches descriptives établies lors de l’enquête préliminaires de recensement des capitelles, en 1975.
Sur ce thème encore on consultera avec intérêt les communications de Alain Bouchet (Les capitelles de Faugères) et François Deschamps (Capitelles et pierres sèches de la Vallée de la Buèges) parus dans le n° 1, (1982) des jeunes Cahiers d’Arts et Traditions Populaires (Hérault, Gard, Aveyron), p. 21-24, que vient compléter le catalogue illustré de l’exposition photographique consacrée en 1982 à ce dernier sujet (Capitelles et pierres sèches de la vallée de la Buèges. Foyer rural de la Vallée de la Buèges, 1982.)
Enfin, nous nous arrêterons un instant sur une dernière évocation de l’architecture rurale dans l’Hérault, le « pailler », dont M. A. Cablat a étudié quelques exemples dans le nord du département : Les paillers de Fraïsse-sur-Agoût (Hérault). (L’Architecture Vernaculaire. tome VI, 1982, p. 4752.). Pouvant servir à la fois de remise, de grange ou d’étable, ou encore couvrir un point d’eau, le pailler, naguère si fréquent, n’a pas survécu à la modernisation des campagnes. Les spécimens encore visibles (et désormais entretenus) sont situés sur la commune de Fraïsse-sur-Agoût et, dans le Tarn, à Murat-sur-Vèbre.
Le mur-pignon (comportant l’entrée charretière) est le plus élevé ; ses rampants, supportant la poutre faîtière, sont continus ou à degrés. Les murs gouttereaux sont d’une hauteur plus réduite (1 mètre seulement pour les remises). Mais c’est dans le mode de couverture, dont la tradition est heureusement perpétuée par deux maçons de Fraïsse, qu’apparaît l’originalité du pailler sur des perches de châtaignier reposant sur la charpente prend appui un lacis de fines baguettes de hêtre ou de chêne (le « trelhage ») dans lequel est piqué le genêt formant l’élément principal de la toiture. Des mottes de gazon posées sur le faîte assurent l’étanchéité de cette partie du toit.
Le cadastre de Fraïsse (1836) permet d’affirmer que quelques-unes de ces constructions existaient â cette date. Le pailler de Pratalaric est daté de 1830 et une enquête orale a permis de préciser la datation de deux paillers du Tarn : 1870 et 1905.
V - A signaler
Plusieurs titres proposent une introduction générale au patrimoine artistique et architectural de l’Hérault. Aux deux dossiers publiés par le C.R.D.P. de Montpellier, Guides des visites éducatives dans le département de l’Hérault, Tome I, Les Musées, Tome II, Sites et Monuments Historiques, il convient d’ajouter les divers articles parus dans les deux revues déjà citées, Monuments Historiques et Vieilles Maisons Françaises. Dans la première (M.H., n° 127, 1983), sont abordés les châteaux du biterrois (C. Ferras), la manufacture de Villeneuvette (G. Birouste, à qui l’on doit aussi un dossier – diapositive sur le même sujet édité par le C.R.D.P.), le prieuré de Cassari (G. Loisel).
Dans le numéro de Vieilles Maisons Françaises consacré à l’Hérault (n° 96, avril 1983), les auteurs ont dressé un état de la question sur le patrimoine de notre département : peinture (X. Dejean), archéologie (J-L. Roudil et G. Barruol), architecture religieuse romane et gothique (R. Saint-Jean et A. Signoles), architecture privée classique (B. Sournia et J. Nougaret), habitat rural (M-S. Grandjouan) mobilier bas-languedocien (F. Arnal). Une abondante illustration accompagne ces textes qu’éclairent la bibliographie la plus récente et une carte de situation.
Nous achèverons ce tour d’horizon en signalant, dans le domaine de la peinture et de la sculpture, les quelques parutions suivantes Xavier Dejean, Acquisition d’un tableau de Sébastien Bourdon par la Ville de Montpellier, Jésus guérissant un démoniaque ; (Bulletin Historique de la Ville de Montpellier, n° 1, décembre 1982, p. 16-22 ; Martine Feneyrou, Collection de dessins du Musée Fabre, Ibidem, n° 2, p. 3-16 ; Jean Mercadier, Les artistes lodévois, Causses et Cévennes, 1983, n° 3, p. 73-79). L’auteur y fournit quelques rapides indications sur la vie et l’œuvre des graveurs Barthélémy Roger et Max Théron et du ferronnier Benjamin Cusson ; Jackie Estimbre, Un danger napolitain à Bédarieux, (Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts cantons de l’Hérault, n° 5, 1982, p. 120-127. (Réplique en bronze d’une œuvre de François-Joseph Duret, beau-père du peintre bédaricien P.A. Cot, venue à Bédarieux par la donation du peintre).
Enfin, le mobilier religieux (cloches et orgues) ont fait l’objet de deux récentes et fort utiles publications : Joseph Giry, Les cloches de l’Hérault ante 1792. Rodez, Coopim, 1982 ; Jean-Louis Bergnes, Jean-François Lépine, facteur d’orgues languedocien, Béziers, Société de Musicologie du Languedoc, 1983.
