Archéologie médiévale, histoire de l’art, architecture rurale
Revue des publications récentes (1979-1981)

I - Archéologie médiévale

Yves ESQUIEU : Une collégiale urbaine en Languedoc Saint-Aphrodise de Béziers. Son site et ses constructions canoniales. Archéologie médiévale IX, 1979, p. 37 à p. 64. 12 fig.

Nous avons rendu compte lors d’une précédente chronique : (Études… 1979, n° 4) des travaux de M. Yves ESQUIEU sur l’architecture romane à Béziers. M. ESQUIEU ajoute maintenant une pièce nouvelle à ce passionnant dossier, un complément d’information sur l’environnement architectural de l’église Saint-Aphrodise, jusqu’alors pratiquement dédaigné par les chercheurs au seul profit de l’église romane et de sa crypte.

Cette étude présente donc un double intérêt approfondir notre connaissance du site de Saint-Aphrodise à la lumière des quelques sondages effectués par l’auteur en 1973 (à défaut des fouilles systématiques indispensables) et réunir en un catalogue exhaustif les éléments lapidaires, actuellement dispersés, provenant de cet ensemble.

Les fouilles anciennes, les découvertes fortuites et les récents sondages confirment tout d’abord l’existence, sur le site de Saint-Aphrodise, d’une nécropole du Bas-Empire, dont les monnaies et les fragments de céramique ou de sarcophages mis au jour permettent de situer l’implantation au IVe siècle, voire à la fin du siècle précédent.

Un premier sanctuaire chrétien, d’abord consacré à Saint Pierre sera ensuite placé sous le double vocable de Saint Pierre et Saint Aphrodise, après l’inhumation en ce lieu du premier évêque de la communauté biterroise. Cette basilique funéraire suburbaine n’a jamais été, réaffirme M. ESQUIEU, le siège épiscopal, situé dès l’origine à l’actuelle cathédrale Saint-Nazaire, contrairement à la tradition erroné transmise depuis la Gallia Christiana et reprise par divers auteurs.

A proximité du sanctuaire (et des reliques du Saint) se groupèrent très tôt de nouvelles tombes dont témoignent les fragments de cuves ou de couvercles de sarcophages du type dit « d’Aquitaine » (VIe-VIIe s.), ornés de pampres ou d’imbrications, recensés par l’auteur (n° 4 à n° 8) et dont l’un (n° 4) représente la « Traditio Legis », la remise de la Loi Nouvelle aux apôtres.

Une place à part est accordée au sarcophage décoré d’une scène de chasse (IVe ou Ve s., n° 9 du catalogue et non 8 comme semble l’indiquer une coquille), servant depuis plusieurs siècles de fonts-baptismaux et qui a pu recevoir très tôt les restes du saint martyr dans la confession que l’auteur attribue à l’époque carolingienne, encore en place sous l’abside romane disparue de l’église.

Suit l’histoire de la communauté chargée de desservir ce sanctuaire et dont il n’est pas certain, comme l’affirme aussi la Gallia, qu’elle ait été constituée de moines bénédictins avant la réforme canoniale de Guillaume de MARGON, en 1175. Cette communauté de chanoines, gardienne du berceau de la foi dans Béziers, devait de ce fait jouer un rôle important dans la vie de la cité biterroise, durant tout le moyen-âge, en dépendance étroite avec l’autorité épiscopale.

Située hors les murs, l’abbaye ne sera incluse dans l’enceinte, avec le bourg qui s’était constitué autour d’elle, qu’en 1188. Composé de l’église collégiale, du cloître accolé au Nord de l’édifice précédent, et des bâtiments canoniaux, dont le réfectoire, cet ensemble était complété par le cimetière longeant la basilique au Sud. Un plan de 1771, nous en fait connaître la structure. Il subira de profonds bouleversements au cours de la seconde moitié du XVIIIe siècle reconstruction complète du cloître (1775), mise en place de fausses voûtes d’ogives et de faux pilastres de plâtre dans l’église…

La lecture attentive des textes anciens et surtout l’examen minutieux des vestiges encore en place permettent à l’auteur de reconstituer, en dépit des remaniements successifs, la chronologie et l’aspect primitif du cloître (quadrilatère de 18,50 m X 17 m, avec une largeur de 3 m pour les galeries) et celui du réfectoire. Construit au XIIe siècle avec le cloître, en doublant au Nord un mur préexistant (seconde moitié du XIe s.), considérablement agrandi au XVe siècle, le réfectoire, qui servait aussi de salle capitulaire, sera transformé en cellier (tineyral) au XVIIIe siècle seulement.

Un des mérites de M. ESQUIEU, et non des moindres, est d’avoir pour la première fois regroupé, analysé et commenté les éléments de sculpture provenant (avec plus ou moins de certitude) de l’ancien cloître disparu en 1775 et déposés dans les musées biterrois : 9 chapiteaux et 1 tailloir, auxquels peuvent s’ajouter, pour des raisons stylistiques, 2 autres tailloirs. (N° 12 à n° 23 du catalogue).

Aucun thème religieux dans cette sculpture ou domine le décor végétal (palmettes, tiges, feuilles, peut- être des fruits) et animal (aigles « frémissants de vie », quadripède, chat, dont l’auteur souligne au passage la rareté dans l’art médiéval mais la relative fréquence en Languedoc). Le chapiteau n° 12, par contre, introduit la figure humaine sous forme de deux lutteurs et d’un atlante.

Cette sculpture, jusque là méconnue, exprime pour l’auteur deux tendances contradictoires : à côté d’un répertoire ornemental puisé aux sources du « premier art roman biterrois », l’influence directe de la sculpture provençale – Arles, Saint-Gilles, Tarascon, Vaison – a imprimé sa marque : « animation et vie des figures humaines, souplesse et légèreté des feuillages, grâce du dessin… ». Ces références a l’art provençal autorisent l’auteur à parler à dater ce décor du dernier quart du XIIe siècle, c’est- à-dire après la réforme de 1175.

Cette étude, érudite synthèse et regard neuf porté sur l’ensemble monumental méconnu de Saint-Aphrodise, est solidement appuyée sur un appareil critique. Elle complète en s’y intégrant les travaux antérieurs de l’auteur sur l’art roman à Béziers et c’est avec quelque impatience que l’on attend la prochaine publication « biterroise » que l’on nous annonce : « La ville de Béziers aux XIe et XIIe siècles ».

Les stèles discoïdales. Actes de la journée d’étude de Lodève. N° spécial 1980 d’Archéologie en Languedoc, revue de la Fédération Archéologique de l’Hérault. 180 p. Illustration photographique et graphique.

La journée d’études consacrée par la Fédération Archéologique de l’Hérault aux stèles discoïdales, le 7 juin 1979, a favorisé une vaste réflexion d’ensemble. Au travers des 25 communications réunies ici sont abordés chacun des problèmes posés par cette forme particulière du symbole chrétien.

Plus exactement ces questions importantes restent sous-tendues dans chaque article mais n’ont pas fait l’objet d’une présentation d’ensemble. Il faudra donc rechercher dans chacune de ces participations, de caractère essentiellement local, les éléments permettant un jour d’établir la synthèse souhaitée des amateurs et qui fait encore défaut.

Il est vrai que, dans son introduction, M. Jean-Claude RICHARD en dresse un inventaire : définition même de la stèle discoïdale, origine du thème et sa naissance dans le temps, répartition géographique, chronologie, décoration, symbolisme, en particulier, abandon de la relation stèle discoïdale et catharisme…

Chacune des communications présentées tente de répondre à sa manière à ses interrogations, avec le souci de ne laisser dans l’ombre aucune information. Pour l’Hérault, privilégié quant au nombre des intervenants, sept articles font le point de la question, sur le département en son entier ou pour une zone géographique limitée (Lattes et Clapiers pour les stèles gallo-romaines, Clermont-l’Hérault, Nébian, Prades-le-Lez, Saint-Jean-de-Cuculles, Saint-Guilhem-le-Désert). En outre, la nature de cet artisanat, plus proche de l’art du tailleur de pierre que de celui du sculpteur, a autorisé l’adjonction de deux études complémentaires consacrées aux pierres de bornage de la région de Castries et aux meules à aiguiser de Saint-Privat.

Le reste du volume contient un recensement général ou une analyse partielle des stèles discoïdales d’Espagne (Navarre, Aragon, régions de Saint-Sébastien et Valence), du pays basque français, du Sud-ouest, (Gers Lot, Haute-Garonne), de l’Aude et de l’Aveyron.

Il convient de citer également l’étude consacré par M. Barbe aux problèmes de terminologie posés par les stèles et leurs symboles religieux. En fait, et l’auteur s’en explique, le texte ici présenté ne concerne pas la typologie de la croix et devrait être suivi d’autres réflexions sur les symboles « pouvant être considérés comme religieux », le but recherché étant d’unifier le vocabulaire des chercheurs.

Précédé d’une bibliographie abondante, remarquablement illustré tant par la photographie que par le dessin, toujours précis, ce recueil, voulu comme un « jalon et la base de nouvelles rencontres et travaux », est d’ores et déjà bien plus que cela : un indispensable outil de travail.

II - Études urbaines : Montpellier

Jacques PEYRON, Montpellier médiéval. Urbanisme et architecture. Annales du Midi. T. XCXI, n° 143, juillet-septembre 1979. p. 256 à p. 272, 11 fig.

C’est en 985 qu’est mentionné Montpellier sous la forme d’un mansus, la ville proprement dite semblant apparaître au XIe siècle seulement. Selon l’auteur, sa formation à une date indéterminée, aurait obéi à un triple processus abandon de la voie Italie-Espagne après la disparition du pont sur le Lez à la hauteur de Sextantio (l’actuel Castelnau), présence d’eau potable, existence d’un sanctuaire dédiée à Notre-Dame (la première église Notre-Darne des Tables de Montpellier).

Les éléments médiévaux n’ont pas tous disparu sous l’apport classique ou les percées du XIXe siècle. Les rez-de-chaussée voûtés sont autant de témoins des grands entrepôts de la ville commerçante, tandis que les façades conservées, avec leurs baies, permettent de penser que nombre de ces immeubles pouvaient atteindre quatre étages et que seule la pierre était utilisée dans la construction.

Le plan de cette ville, né autour de pôles d’attraction (le château, Saint-Firmin, Notre-Dame…) est une création spontanée.

Après un très long développement sur les embellissements et les différentes extensions de la ville, du XVIIe au XIXe siècle, M. PEYRON aborde la question de la maison médiévale à Montpellier, en signalant tout d’abord les vestiges attribuables avec quelques vraisemblance au XIIe siècle (tout en faisant la part des réfections du XVIIe siècle : « exécution.., sur un mode équivalent »). Traces de baies, n° 20 rue de l’Ancien-Courrier, rue Delpech, Impasse Montferrier, auxquels nous ajouterons les traces visibles sur la façade latérale de l’hôtel de Rochemore, et les fenêtres d’une maison modeste, récemment ravalée, rue du Chapeau Rouge.

Mais c’est à partir du XIIIe siècle (baies du Bar Catalan et du 8, rue de la Croix d’Or, avec leur originale disposition tripartite (une ouverture principale encadrée de deux plus petites) et surtout au XIVe siècle que les vestiges se font plus nombreux et permettent, sinon une véritable synthèse, au moins une approche suffisante du problème.

L’auteur reconnaît plusieurs types de plans selon l’importance de la parcelle : « petite maison familiale » (dont l’exemple est fourni par une demeure de la rue de l’Amandier), pouvant abriter un commerce ou un artisanat de peu d’importances…, « maison moyenne » abritant « trois ou quatre pièces par niveau »…, « bâtiment important prêtant son rez-de-chaussée aux grandes resserres commerciales généralement voûtées ».

Aucun de ces édifices cependant ne nous est parvenu intact mais beaucoup ont été conservés en partie lors des aménagements postérieurs des XVIIe et XVIIIe siècles ayant parfois englobé plusieurs parcelles médiévales. Un catalogue volontairement partiel de ces vestiges (voûtes et fenêtres) est dressé par l’auteur au cours des pages.

Le décor de la maison n’est pas non plus négligé : sculpture des chapiteaux des baies et des écoinçons (aux motifs essentiellement floraux) et des tympans dont le répertoire ornemental, plus varié, offre des blasons (appendus Ou non à un clou), des figures humaines ou de simples fleurons. Le décor floral prédomine aussi sur les clefs de voûte, associé parfois à d’autres motifs, armoiries ou emblèmes religieux.

La peinture (qui décorait aussi les ouvertures extérieures) n’était pas absente des demeures médiévales montpelliéraines, en particulier sur les plafonds qui ont fait par ailleurs l’objet d’une étude très poussée (thèse de IIIe cycle) de la part de Monsieur PEYRON.

En conclusion, l’auteur, se basant sur des comparaisons et l’évolution de la décoration et des techniques de la construction, avance à propos de la demeure civile médiévale de notre ville, la thèse d’une « culture et d’un art internationaux ».

Cet essai rassemble utilement un ensemble de données et jette les bases de la réflexion profonde qui reste à faire sur ce sujet. En effet, si l’évolution urbaine du Montpellier médiéval est relativement bien connue depuis les travaux de l’historienne Louise GUIRAUD (dont on peut s’étonner de ne trouver ici qu’une seule et mineure mention), il peut paraître encore prématuré d’établir une typologie de la demeure privée entre le XIIIe siècle et le XVe siècle.

Un recensement complet s’impose des vestiges encore en place et que restituent de plus en plus les ravalements conduits sur les façades de la vieille ville, ainsi qu’un recours aux textes et documents d’archives – au moins pour les époques les plus rapprochées. D’autre part, une étude comparative systématique des nombreuses voûtes qui subsistent aux rez-de-chaussée de nombreux immeubles (parfois aussi en sous-sol) permettrait de faire la part exacte de l’origine médiévale des éléments (nervures et clefs) et de l’apport des siècles ultérieurs Une tentative a été conduite en ce sens par M. Jacques PEYRON et Mlle A. ROBERT, L’architecture civile médiévale à Montpellier : les voûtes. Cahiers Ligures de Préhistoire et d’Archéologie, t. 19, p. 73 à p. 84, 1970.

Montpellier I – Histoire et évolution urbaine. Montpellier, Centre Régional de Documentation Pédagogique. 1979. 56 pages. 24 diapositives. 5 cartes. Bibliographie. Montpellier II – Architecture publique. Montpellier. Centre Régional des Documentations Pédagogique. 1980. 63 p. 19 ill. 24 diapositives. Glossaire. Bibliographie.

Les travaux conduits actuellement par le Service Régional de l’inventaire Général sur la ville de Montpellier donnent lieu à la constitution d’une importante documentation historique, iconographique, descriptive et architecturale.

C’est donc à l’histoire et à l’évolution urbaine de la ville qu’est consacré le premier des deux « dossiers-diapositives » parus sur Montpellier et établis par le Secrétariat de l’Inventaire pour le C.R.D.P. dont l’effort constant en matière de culture historique régionale mérite d’être souligné.

Le commentaire de chaque diapositive couleur permet de brosser un tableau à la fois synthétique et précis de la formation et du développement de la ville, sans que soit laissé dans l’ombre aucun des aspects économiques, politiques, sociaux, religieux, culturel, de son histoire.

Le second dossier traite, selon le même principe, des édifices publics majeurs de Montpellier, du moyen-âge au XIXe siècle. Chaque monument se trouve ainsi expliqué dans son histoire, la personnalité de ses constructeurs et la place qu’il occupe dans l’évolution urbaine de Montpellier.

Cette série sera complétée par deux autres dossiers actuellement en préparation, consacrés à l’architecture privée et aux arts à Montpellier. Ils tenteront de présenter au plus large public les premiers résultats de la vaste recherche en cours depuis deux ans sur la capitale régionale.

Un itinéraire architectural dans Montpellier et sa région. Montpellier. Centre Régional de Documentation Pédagogique. 1980. 86 p. 36 notices. 40 ill. Bibliographie. Glossaire.

Fidèle à une tradition maintenant bien établie, la Société Française d’Archéologie a fait accompagner la tenue à Montpellier de ses Journées d’Études 1980 par la publication d’une brochure de présentation des édifices visités à cette occasion. Cette plaquette, établie par l’ensemble des chercheurs du Secrétariat Régional de l’Inventaire (pour la partie concernant la ville de Montpellier) et par MM Guy BARRUOL, Robert SAINT-JEAN et René de SAPORTA (pour les autres monuments), peut désormais, grâce au concours toujours actif du C.R.D.P. qui en est le coéditeur, bénéficier d’une plus large diffusion.

Un choix forcément partial a du être opéré parmi les édifices privés et publics de quelque intérêt dans Montpellier et sa région immédiate, choix répondant aux impératifs des journées. Ont donc été retenus les monuments les plus représentatifs de l’époque gallo-romaine, de l’architecture romane et gothique, et surtout du Montpellier « classique ». Ceci dit afin d’éclairer le lecteur sur le caractère en apparence lacunaire de cette plaquette qui ne veut pas être un guide exhaustif de Montpellier et de ses environs, mais une mise au point, à l’aide des recherches récentes, sur les divers domaines abordés.

Une courte mais dense introduction dresse d’emblée le cadre historique. Sept édifices publics montpelliérains sont ensuite présentés : la place royale et la porte du Peyrou, l’hôpital général et la chapelle Saint-Charles, l’hôtel Saint-Côme, le collège des Jésuites, sa galerie d’épigraphie et sa chapelle, (l’actuelle église paroissiale Notre-Dame-des-Tables), la chapelle des Pénitents Blancs et son décor peint, l’hôtel des Trésoriers de France et les collections de la Société Archéologique de Montpellier, la cathédrale Saint-Pierre et l’ancien monastère Saint-Benoît, devenu palais épiscopal.

L’importance et le caractère inédit de la documentation recueillie a permis aux auteurs de faire une mise au point sensiblement nouvelle sur la connaissance de ces monuments.

En l’absence, sauf exception, de telles sources, et en l’état actuel de la recherche, c’est avant tout l’approche archéologique qui a été choisie pour la demeure privée, une vingtaine d’hôtels particuliers et leur décor. Jusqu’alors étudiés dans leur histoire et celle des familles qu’ils ont abritées, les hôtels montpelliérains n’avaient pas encore fait l’objet d’une analyse purement architecturale et stylistique (Les travaux d’Émile BONNET et André JOUBIN – 1912 – avaient cependant abordé cet aspect, mais d’une manière à la fois trop générale et fragmentaire). Cette tentative, qui sera poursuivie sur les autres demeures de la ville, permet déjà, sans tirer de trop hâtives conclusions, de dégager quelques unes des constantes de l’architecture privée montpelliéraine.

Un prudent essai d’attribution de quelques édifices aux architectes montpelliérains (Les Giral, Nogaret…) a également été tenté après examen et comparaison des détails techniques et ornementaux des immeubles. De même, s’est-on essayé à définir la part prise par les maîtres-maçons et entrepreneurs locaux dans la mise en place de cette architecture.

La notice consacrée au château de la Mogère par son propriétaire, M René de SAPORTA, dot le chapitre sur l’architecture urbaine et ouvre la plaquette vers les monuments extérieurs à la ville.

M. Guy BARRUOL, Directeur des Antiquités Historiques, présente la vaste et luxueuse villa gallo-romaine des Prés-Bas à Loupian et son ensemble de mosaïques du Bas-Empire.

Les églises romanes visitées ont fait l’objet de notices dues à M. Robert SAINT-JEAN, Maître-assistant d’Histoire de l’Art à l’Université Paul-Valéry, malheureusement trop succinctes eu égard à l’intérêt des édifices : cathédrale de Maguelone, abbatiale de Saint-Guilhem-le-Désert, église de Loupian (St-Hippolyte) et de Saint-Martin de Londres…

Enfin, l’architecture gothique est présente ici dans deux témoignages extrêmes une construction importée, issue de l’« art français », l’abbaye Sainte-Marie de Valmagne et une construction du plus pur style languedocien, l’église Sainte-Cécile de Loupian, édifice peu connu mais d’une grande beauté architecturale par la justesse des volumes et des lignes.

La majeure partie des notices sont accompagnées d’un plan ou d’une photographie, un plan général de la ville situe dans le tissu urbain les édifices ainsi présentés. Une bibliographie, groupant les titres les plus récents, ainsi qu’un glossaire des termes d’art et d’architecture, complètent utilement cette publication.

La place Royale du Peyrou. Il a été rendu compte dans ces pages de la publication présentée par le Secrétariat Régional de l’inventaire à l’occasion de l’exposition consacrée par ce service, en décembre 1980, à la place royale du Peyrou. Deux ouvrages viennent s’ajouter à la bibliographie du sujet.

Jean BAUMEL, Le Peyrou de Montpellier. Avignon, Les Presses Universelles, 1979, 132 p. 32 ill. (dont 17 dans le texte), préface par le Dr B. SERROU, Bibliographie, annexes.

Cet hommage au Peyrou de Montpellier, ce « poème fait de pierre, de soleil et d’eau », constitue le dernier travail historique de Jean BAUMEL, dont nos lecteurs connaissent, parmi une production abondante et diverse, l’œuvre consacrée à l’histoire montpelliéraine.

Jean BAUMEL qui, selon le mot du préfacier « a aimé passionnément sa ville et sa région », nous a laissé avec ce « Peyrou de Montpellier » une peinture érudite de l’évolution architecturale de ce haut-lieu languedocien, de la « colline pierreuse » à la place royale, achevée en 1774 par Jean-Antoine GIRAL.

Nous n’entrerons pas dans le détail, pour ne pas dire le maquis, des projets et contre-projets, souvent très riches d’invention et auxquels sont associés les noms des meilleurs architectes de la province et des régions voisines. Par de nombreuses notations, l’érudition montpelliéraine de l’auteur quitte parfois la promenade du Peyrou pour nous conduire vers d’autres monuments de la ville et cette évasion pourtant contribue à dresser, auteur de la place royale, le contexte urbanistique indispensable à une meilleure approche de cet ensemble.

L’illustration, de bonne qualité et bien choisie, vient à l’appui d’un texte dense et toujours remarquablement documenté ; elle eut toutefois gagné à être plus abondante, comme l’y invitaient l’ampleur et la complexité du sujet traité.

En annexe, Jean BAUMEL, a réuni une gerbe de jugements portés sur le Peyrou par divers auteurs, de l’anglais Arthur YOUNG au montpelliérain Jean THUILE, le savant connaisseur de la céramique et de l’orfèvrerie languedocienne. Tous furent sensibles à cette extraordinaire conjonction de la nature et de l’architecture qui forme la composante majeure de la promenade du Peyrou, à la fois place royale (voulue extra-muros à une époque où placer « à la campagne » la statue du souverain paraissait contraire à l’ancien usage), promenade et point d’aboutissement et de distribution des eaux.

Cette triple fonction est étudiée ici, dans un solide ouvrage (dont on peut parfois regretter les coquilles altérant telle ou telle date, ainsi que la modestie de l’appareil critique et de références), mais qui apparaît désormais comme un outil nécessaire à qui veut pénétrer le monde encore peu exploré des grandes réalisations de l’architecture provinciale du XVIIIe siècle.

Jean-Pierre THOMAS, Mémoire sur la Place du Peyrou à Montpellier. Montpellier, Entente Bibliophile, 1981. 163 p. 1 illustration.

C’est à l’Entente Bibliophile de Montpellier, à qui l’on doit déjà la publication d’un certain nombre de documents inédits ou la réédition de textes importants pour l’histoire montpelliéraine et régionale, que revient le mérite, (en particulier à son Président, Monsieur Gaston VIDAL) de nous restituer, dans sa dernière publication, la huitième, le texte in extenso du fameux Mémoire de THOMAS sur le Peyrou.

En effet, Jean-Pierre THOMAS (archiviste du département de 1791 à 1820) avait donc puisé à bonne source l’abondante matière d’un manuscrit que publiera en 1827 son neveu et successeur à la direction des archives, Eugène THOMAS, non sans amputer le texte d’une bonne moitié de son contenu.

Les coupures effectuées alors concernaient principalement des précisions techniques et historiques, parmi celles extrêmement nombreuses qui constituent la trame de ce texte d’une grande densité et d’une minutie étonnante. Leur développement avait paru superflu à l’éditeur du manuscrit.

M. G. VIDAL, ayant eu la bonne fortune de retrouver dans une famille montpelliéraine la totalité des écrits de Jean-Pierre THOMAS, a pu ainsi se livrer à un patient travail de recollement et nous donner une édition complète du manuscrit. Les passages supprimés dans l’édition de 1827 ont été insérés à nouveau dans l’édition de 1981, afin que l’information historique voulue par l’auteur retrouve désormais tout son poids et son intérêt.

A la fin de sa présentation, M. Gaston VIDAL dresse une revue critique et érudite des ouvrages traitant du Peyrou, excellente introduction au sujet, à laquelle vient s’adjoindre, en fin de volume, la liste complète des pièces d’archives conservées dans le fonds départemental et relatives au Peyrou, ce fonds même dont Jean-Pierre THOMAS a su tirer la substance de son Mémoire.

III - Monuments

Henri-Paul EYDOUX, Monuments méconnus. Languedoc et Roussillon. Paris, Librairie Académique Perrin, 1979. 426 p. Illustr. (Voir aussi le compte-rendu de cet ouvrage et de celui consacré à la Provence par ce même auteur dans Bulletin Monumental, t. 138, III. 1980, p. 360 à p. 361.

On sait le rôle éminent joué par Monsieur H.-P. EYDOUX dans la diffusion auprès d’un très large public des découvertes archéologiques et de la connaissance du patrimoine monumental. Venant après les Monuments méconnus de Paris, d’Île-de-France, de Provence, le volume consacré à notre région en est une nouvelle illustration.

Cet ouvrage, qui se veut davantage qu’un guide touristique, présente un choix d’édifices de l’époque romaine à la fin du XVIIIe siècle, mais avec une forte présence du moyen-âge au travers d’un grand nombre d’églises et de châteaux. 34 monuments au total, tous bien connus des spécialistes de l’archéologie antique ou médiévale, mais que le public a tendance à laisser à l’écart de ses itinéraires de vacances.

Le mérite principal de ce volume (et de ces prédécesseurs) est de situer à leur juste place, qui est loin d’être mineure, ces moments « ignorés, réprouvés ou mal aimés », en les faisant découvrir et en facilitant leur visite par des indications pratiques.

Pour notre seul département, 14 édifices ou ensembles sont ainsi présentés, du pont et de l’oppidum d’Ambrussum (n° 8) à l’église Notre-Dame de Centeilles (n° 21). Ce choix qui, d’une part, marque bien la politique de l’auteur, révéler des témoins peu connus du patrimoine architectural français, reflète, d’autre part, la richesse de ce patrimoine. Au passage, un hommage justifié est rendu aux chercheurs archéologues privés ou associations qui militent en ce domaine.

Si l’archéologie antique est représentée pour le département par l’oppidum d’Ambrussum et le Pont Ambroix, l’architecture médiévale se taille la part du lion avec les châteaux d’Aumelas, de Montferrand, de Montpeyroux, et surtout les églises romanes ou gothiques de Vic-la-Gardiole, Vignogoul, Saint-Félix-de-Monceau, Loupian, Valmagne, Puissalicon, Fontcaude, Villemagne-l’Argentière, Centeilles et ses peintures murales « petit édifice tout rustique qui plante ses racines dans un décor rude… » Enfin, le pont de Gignac, extraordinaire ouvrage d’art de la fin du XVIIIe siècle, termine chronologiquement cette liste.

La présentation archéologique de chacun des édifices, d’une lecture très agréable, exempte de toute pédanterie (mais non d’érudition ni de passion), s’accompagne de larges données qui situent le monument dans son contexte historique ou l’intègrent dans l’art régional par de judicieuses comparaisons. Une ou plusieurs illustrations par sujet et une bibliographie des travaux les plus récents complètent l’ouvrage. Nous regretterons toutefois, à ce propos, que l’auteur n’ait pas davantage fait appel à la documentation réunie par les services régionaux relevant du Patrimoine sur certains des édifices présentés ici ; les chapitres sur Aumelas, Gignac, ou Montpeyroux s’en seraient trouvés confortés.

IV - Architecture rurale

Christian LHUISSET, L’architecture rurale en Languedoc-Roussillon. Les Provinciades, 1980, 399 pages. 744 illustrations.

Participant de ce mouvement récent d’intérêt du public pour l’architecture rurale de nos provinces, l’ouvrage de Chr. LHUISSET apparaît a bien des égards important, car il est en fait le premier travail de synthèse réalisé sur ce domaine dans notre région, étudiée depuis peu par de nombreuses monographies mais qui restaient éparses comme tel aussi ce livre devra s’enrichir et bénéficier des fruits des recherches qu’il ne manquera pas de susciter lui-même.

La principale qualité de ce volume est la clarté de sa présentation, mettant en lumière chacun des aspects régionaux de cette architecture selon une répartition géographique, à notre avis, un peu vaste, distribuant le paysage languedocien en garrigues et causses, plaines, plateaux sous-pyrénéens, montagne, Lauragais et Toulousain.

Son intérêt, c’est aussi le souci d’exhaustivité qui a présidé à sa conception. Une indispensable présentation du milieu naturel, où sont précisés le relief, l’hydrographie et les conditions climatiques, ouvre le volume. Les différentes régions y sont définies ; cartes et photographies viennent à l’appui d’un texte d’où n’est pas absent un certain souffle lyrique et poétique, mais que l’on aurait certainement souhaité plus étoffé, tant il est vrai que les conditions physiques, loin de jouer simplement le « rôle non négligeable dans l’habitat » que leur attribue l’auteur, modèlent et imposent, en fonction de la production, les types de construction et les gestes de la vie quotidienne.

On n’adressera pas le même reproche au chapitre qui suit et qui retrace, en plus de quarante pages, les conditions historiques ayant précédé, préparé et suscité l’éclosion de cette architecture, du paléolithique au machinisme agricole du XIXe siècle. Cette synthèse historique, habilement construite et judicieusement illustrée, tend donc à situer dans le temps les sources de l’architecture rurale et montre aussi l’évidente permanence des matériaux, des formes et des techniques. Elle précise de plus, fort utilement, les notions de structure et de modes d’exploitation, les conditions de vie des travailleurs, et surtout le caractère des activités agricoles propres à nos régions, du moyen-âge au XIXe siècle.

Le lecteur ainsi initié peut maintenant aborder les deux derniers chapitres, consacrés véritablement à l’architecture rurale. Dans un premier temps sont présentés, répartis selon les zones géographiques, les différents types d’habitation et d’exploitation définis par l’auteur et « correspondant à une économie agricole basée sur l’unicité du domaine bâti de l’exploitation ». Chacune de ces études prend en compte, selon un schéma répétitif mais efficacement didactique, les notions de localisation, de matériaux, de techniques, de structure et de disposition des bâtiments, de plans, de volume, d’élévation, de logement (pour les hommes, les animaux, les récoltes, le matériel), les conditions de vie enfin, parmi lesquelles l’eau et le feu trouvent leur juste place.

A lire aussi, dans ce même chapitre, les développements consacrés à l’habitat élémentaire « propre à des genres de vie reposant sur une occupation temporaire des lieux » : mazets, cabanes de pêcheurs, – des étangs ou du rivage marin -, cabanes de pierre sèche, etc.

Le chapitre IV et dernier rassemble tous les éléments énoncés au cours des pages précédentes pour les soumettre cette fois à une passionnante et fine analyse qui constitue à notre avis la partie la plus riche du volume. Une fois traitées dans le chapitre précédent les structures extérieures, sont examinées ici toutes les notations enregistrées sur l« espace intérieur du logis », son organisation matérielle, « révélatrice d’une manière d’habiter », avec la salle et la chambre ; sur les différentes façons de capter, de recueillir et de répartir l’eau ; sur les matériaux et les techniques, dont la longue nomenclature commentée témoigne du souci constant de ne rien laisser dans l’ombre, même si cette pléthore d’information laisse parfois une impression de rapidité.

Ces textes, dénués de pédantisme et où transparaît de page en page une passion réelle pour l’architecture et une vraie et profonde sympathie pour ceux qui l’ont bâtie et habitée, sont éclairés par une superbe et abondante illustration photographique, soucieuse avant tout de situer chaque construction dans le paysage et le contexte agricole qui sont le sien, mais aussi de soutenir le propos par la représentation de détails caractéristiques : Croquis et plans, présentés dans une échelle suffisante pour être significative, viennent à l’appui de l’image ; une bibliographie peu chargée, mais dont les titres sont parmi les plus récents, vient clore ce livre, beau dans sa présentation et généreux dans la mission qu’a voulu lui donner son auteur.

André CABLAT, Les cabanes de défricheurs du Larzac héraultais (Baracous, caselles, masets, baumas), in L’architecture vernaculaire rurale, 1980, tome IV. p. 85 à p. 93. 10 ill.

Poursuivant la recension et l’étude systématique des éléments d’architecture en pierre sèche du département de l’Hérault (voir notre précédente chronique), M. CABLAT consacre dans le dernier numéro de l’excellente revue du C.E.R.A.R. 1 un article aux cabanes du Larzac méridional.

D’emblée, l’explication historique du titre est donnée : le Larzac « surtout connu comme pays pastoral est également terre à blé de par la volonté et l’opiniâtreté des hommes ». C’est donc aux défrichements des « terres les plus ingrates et les plus éloignées du village », entrepris à la fin du XVIIIe siècle seulement (surtout entre 1770 et 1788 dates tardives en dépit de trois « encouragements » royaux : 1714, 1766, 1770), qu’il faut attribuer la construction de ces cabanes qui s’est, d’autre part, poursuivie « durant une bonne partie du XIXe siècle ».

La dénomination varie avec chaque commune : baracou à Saint-Félix de l’Héras, bauma à Saint-Pierre-de-la-Fage (le mot veut rappeler la présence de grottes sur cette commune), caselle au Cros et à Saint-Michel. Enfin l’auteur note judicieusement que le terme de « maset » utilisé à la Vaquerie village le plus proche de la limite méridionale du Larzac héraultais peut avoir été « importé de la plaine ».

Au total 25 cabanes ont été recensées, qu’il aurait été intéressant et utile de situer dans l’espace en les groupant sur une carte plus générale des défrichements du XVIIIe siècle et au delà dans la région étudiée.

Ajoutons à ce regret celui de ne voir citer aucune source quant à la partie historique de l’exposé, références qui auraient pu éclairer en particulier la nature réelle des « encouragements royaux ».

De formes diverses (circulaire ou elliptique pour la majorité d’entre eux), ces abris sont inclus directement dans le mur d’enclos ou « entourés de murs protégeant des cultures » quelques aménagements sont signalés : niches-placards pour la plupart, mais aussi lucarne, citerne, « pierre servant de siège ».

Reste la question, toujours controversée, de la datation de ce genre d’édifice. Faute de sources directes, l’auteur procède tout d’abord, à l’aide des documents disponibles de 1761 jusqu’au milieu du XIXe siècle et au-delà jusqu’à 1975, à une évaluation du facteur démographique dans cette partie du Larzac, sur les communes de Saint-Maurice et de Saint-Félix d’Héras, comparaisons démontrant à l’évidence que l’essor démographique a été le plus grand entre 1761 et, grosso modo 1875. Pour l’auteur, qui dit essor, dit défrichement ; la construction de ces cabanes se situerait donc dans cette fourchette de date, ce que parait confirmer, pour le XIXe siècle du moins, les défrichements « acharnés », entrepris sous le Second-Empire « de la part des domestiques de fermes encouragés par des gains nouveaux ».

La méthode qui n’est qu’une manière d’approche, peut être acceptée, même si l’on voit l’auteur l’appliquer par exemple à la commune de Saint-Maurice-de-Navacelles où, de son propre aveu, (sauf nouvelles découvertes toujours possibles), il n’a recensé aucune cabane dans les défrichements.

Notons ainsi que la fiche signalétique de sept de ces édifices est reproduite à la fin de l’article et illustrée d’une photographie.

L’article de M. CABLAT, qui révèle un aspect peu connu de cette architecture rurale dans notre région assorti de conditions historiques que l’on aurait eu intérêt à développer, se termine par une courte étude sur une cabane d’estive du Larzac (commune de Pégairolles-de-l’Escalette). Il s’agit d’un abri de berger, d’un type fréquent sur les Causses aux XVIIIe et XIXe siècles : la toiture est directement posée sur une voûte de claveaux maçonnés sur un mur, une pierre-anneau à perforation naturelle permettait au berger d’attacher son âne ou le menon (mouton chef de troupeau). Les aménagements se réduisent à une citerne et une niche placard.

A signaler dans ce même numéro, parmi d’autres articles (dont un utile complément à la bibliographie de l’architecture vernaculaire, par Christian LASSURE et Pierre HAASE), deux importantes contributions concernent le département voisin du Gard :

  • Les constructions en pierre sèche des causses de Blandas et de Campestre (Gard), par Adrienne DURAND-TULLOU (p. 34 à p. 84).
  • Catalogue des cabanes en pierre sèche de la France, cinq relevés de cabanes du Gard, par Christian LASSURE, ainsi qu’une revue critique de quelques articles récents sur l’architecture en pierre sèche de Languedoc, par Pierre HAASE.

V - Histoire de l'Art

Saint-Guilhem-le-Désert. La vision romantique de J.-J. Bonaventure – Laurens. Recueil de reproductions photographiques. Photographies de Daniel KUENTZ. Introduction par Monique BERNAT. Notices rédigées par Robert SAINT-JEAN. Les Amis de Saint-Guilhem-le-Désert, 1980. 48 pages. 19 illustrations.

On connait l’activité remarquable déployée par l’association « Les Amis de Saint-Guilhem » que préside le Dr. CAZES et qu’anime Mme M. BERNAT, pour la défense et l’illustration de ce site exceptionnel. Cette publication en est une nouvelle preuve, qui rassemble en un recueil les gravures exécutées d’après les dessins consacrés par J.-J. BONAVENTURE-LAURENS (1801-1890) à Saint-Guilhem, ses monuments et son paysage.

Dans sa présentation, Mme BERNAT retrace la vie étonnante et féconde de cet extraordinaire personnage… Polyglotte (il parlait huit langues) érudit, chansonnier, musicien (il jouait du piano, du violon, du violoncelle et fut titulaire, à Montpellier, des orgues de Saint-Roch, Saint-Pierre et Saint-Mathieu…). Commis à la Recette Générale de l’Hérault, puis secrétaire-agent comptable à la Faculté de Médecine pendant 32 ans (il assuma cette fonction durant 22 années supplémentaires à titre bénévole), ce bureaucrate exemplaire fut un homme « passionné d’art, fou de musique et de dessin », personnalité complexe… façonnée par un idéal rousseauiste.

Peintre de la Compagnie P.L.M. de 1840 à 1879, « ce vagabond promena son idée fixe de Paris à Londres, de là en Italie et à Majorque… », mais surtout dans le midi de la France et particulièrement dans l’Hérault. Les gravures présentées ici sont extraites des sept livraisons de 64 planches (1835-1841) de l’ouvrage de Jules RENOUVIER, Monuments de quelques anciens diocèses du Languedoc expliqués dans leur histoire et leur architecture. On a également fait quelques emprunts au monumental ouvrage de TAYLOR et NODIER, Voyages pittoresques dans l’ancienne France… (1835-1837).

La valeur de ces gravures reste cependant inégale, tant le dessin, que l’on soupçonne vigoureux, apparaît trahi par les lithographes (GUIRAUD, BOEHM, MARQUIER), chargés d’en assurer la reproduction. Elles ont le mérite toutefois de fixer un « état des lieux » vers 1840 environ et de nous restituer au moins trois témoignages : l’aspect du Moulin de Clamouse, reconstruit après la crue de 1868, les vestiges de l’enceinte fermant la vallée à l’Ouest du village ; l’intérieur de l’église et surtout le mobilier mis en place par les Mauristes aux XVIIe et XVIIIe siècles.

La question peut alors être posée de la fidélité archéologique de ces gravures. La réponse, selon M. R. SAINT-JEAN, doit être nuancée et sur cette même vue intérieure de l’église figure un autel « vaguement néo roman », substitué par le dessinateur à l’autel de marbre d’un caractère trop « baroque » à son goût ; de même, représente-t-il sur les murs et arcades de la nef un grand appareil alors qu’à l’époque de l’exécution des dessins un crépis recouvrait le petit appareil éclaté du XIe siècle.

« Il soumettait souvent, écrit Mme BERNAT, la réalité aux impératifs de son imagination.., manipulant les thèmes pour obtenir l’effet auquel il tient » : étirement des absides, afin de leur donner une silhouette plus élégante, introduction de nouveaux éléments de paysage (montagnes aux profils aigus et déchiquetés…), d’une nouvelle tonalité donnée au site le château de Verdus devient ainsi un burg rhénan.

Ces réserves faites, l’observation archéologique s’avère parfois très précise et l’analyse critique consacrée par M. Robert SAINT-JEAN à chacune des gravures sait faire la part du réel. Ces notations historiques et artistiques, présentées au hasard des planches, font peu à peu découvrir au lecteur, de la plus agréable manière, le site et les monuments de Saint-Guilhem, dans le miroir romantique d’un artiste local.

Le fait que cette vision nous soit restituée au travers de lithographies rend plus vifs encore les regrets des auteurs de n’avoir pu retrouver les dessins originaux.

À signaler

Archéologie judaïque médiévale

Art et archéologie des juifs en France médiévale. Ouvrage collectif sous la direction de Bernhard BLUMENKRANZ. Collection Franco-judaïca, n° 9, Toulouse, Privat, 1980. 390 pages. Illustrations.

Nous signalons cet ouvrage produit de l’équipe de recherches 208 du C.N.R.S., à ceux de nos lecteurs intéressés par les domaines peu connus de l’art et de l’archéologie judaïques. Notre attention a surtout été attirée par l’Inventaire Archéologique qui clot le volume et sur lequel nous reviendrons. Auparavant, il convient de mentionner trois articles généraux faisant le point sur autant de questions importantes pour les historiens locaux : quartiers juifs et rues des juifs (Gilbert DAHAN) Les synagogues (Bernard BLUMENKRANZ) Les cimetières (Gérard NAHON).

C’est ce plan qui sera choisi (en y ajoutant le cas échéant les mentions indispensables d’école, boucherie, marché, moulin, four, hôpital, bain rituel.., pour la 4e partie du volume, L’Inventaire Archéologique. Chaque commune française possédant, ou ayant possédé, l’un ou l’autre de ces éléments de la vie quotidienne et culturelle des juifs du moyen-âge, se trouve citée dans cette liste de 79 pages, établie d’après la documentation brute recueillie par les membres de l’E.R. 208, mais non vérifiée, de l’aveu propre du responsable de la recherche.

Pour le Languedoc-Roussillon, 37 villes ou lieux-dits sont cités, dont 11 pour notre département Agde, Béziers, Capestang, Clermont, Lacoste, Lodève, Maguelone, Montpellier, Pézenas (brève mention d’après ALLIES et SAIGE), Saint-Félix-de-Lodez, Villeveyrac. Cette dernière mention relève manifestement d’une confusion entre le collège dit de Valmagne fondé à Montpellier (au faubourg Saint-Guilhem, sur l’emplacement d’un ancien cimetière juif) et l’abbaye cistercienne Sainte-Marie de Valmagne, commune de Villeveyrac. Relevons aussi, au chapitre des coquilles, la commune de Lézignan (Aude), précédée du code postal de la ville de… Lourdes.

Châteaux (XIIe-X VIIe siècles)

Dans le dernier numéro du Bulletin de la Société Archéologique et Historique des Hauts Cantons de l’Hérault, (n° 3, 1980), une étude de M. Guy BECHTEL sur La tour carré de Colombières-sur-Orb (p. 42 à p. 56 ; 1 plan 1 restitution). Cette tour est le seul vestige d’un ensemble fortifié d’origine romane, complété au XIVe siècle, mais abandonné très tôt, au XVe ou au XVIe siècle.

A cette étude fait suite la seconde partie du travail consacré par M. Louis FARGIER au château de Dio (Notes d’archéologie et d’histoire relatives à la seigneurie, à la communauté et aux châteaux de Dio, en Languedoc. Ibidem, p. 69 à p. 78, 6 dessins). L’auteur procède à une analyse archéologique des vestiges actuels et discerne deux campagnes de construction (sans compter l’apport du XVIIe siècle) il tente également un essai de restitution de l’édifice primitif.

C’est le château de Sorbs qui retient l’attention de M. André SIGNOLES pour ses Notes relatives à la seigneurie de Sorbs, au diocèse de Lodève, du XVIe au XVIIIe siècle. Ibidem, p. 86 à p. 105. 1 plan ; 4 photographies. Bibliographie. Cette étude, essentiellement historique, fait cependant une large part au château que l’auteur connait bien. Élevé vers 1600 par Antoine de SAINT-JULIEN, Sieur de la VERRIERE et de SORBS, il s’agit d’un bâtiment au plan traditionnel en U avec tours d’angle, modifié au Nord par la construction d’une bergerie postérieure.

Villages :

Les trois églises Sainte-Croix de Paulhan, par Renée BERTRAND-BONNET dans le n° 16 du Bulletin du Groupe de Recherches et d’Études du Clermontais. (G.R.E.C.), p. 13 à p. 17. 2 vues aériennes. Intéressante étude sur l’histoire de l’église paroissiale de Paulhan et ses transferts successifs, de la chapelle seigneuriale à l’église néo-romane par l’architecte HARANT, consacrée en 1903.

Villes :

Deux parutions qui devront être obligatoirement consultées par ceux qu’intéressent les problèmes d’urbanisme :

  • Bulletin de la Société Languedocienne de Géographie. 3e Série, Tome 14, fascicule 4, Octobre-décembre 1980. Au sommaire de ce numéro, entièrement consacré à l’espace urbain, à sa perception, à son amélioration, à son contenu social et commercial, des articles de R. FERRAS, E. ASTRUC, E. VIGNERON, B. LAFFITTE, G. GASSELIN, R. SIEGEL, sur les quartiers des villes de Languedoc, en particulier Béziers, Montpellier, Sète, Nîmes.
  • Michel LACAVE, Stratégies d’expropriation et haussmannisation l’exemple de Montpellier. Dans Annales. Économies Sociétés Civilisations n° 5, septembre-octobre 1980. p. 1011 à p. 1025. 1 plan.

Dans cet article qui fait suite aux recherches conduites dans le cadre de l’Action Thématique Programmée Observation du changement social et culturel, par le C.N.R.S., dans le quartier Sainte Anne, M. LACAVE développe un point abordé seulement dans le catalogue de l’exposition présentée en 1979 à l’occasion du centenaire du percement de la rue Foch. (Voir chronique précédente). La percée de cette voie apparait bien comme d’inspiration haussmannienne et parisienne. D’autre part, l’auteur décrit les « techniques » administratives utilisées face aux résistances des intérêts particuliers : décret de 1852, (rendu applicable à Montpellier en 1853 et qui prévoyait l’extension des démolitions et expropriations à l’immeuble entier), notion d’uniformisation par substitution de façades monumentales aux immeubles existants, appuyée sur un texte déjà ancien (1826) et sur un certain nombre de précédents. Laissons conclure M. LACAVE : « A travers cette attitude moderniste, technocratique, centralisatrice – reproduction du modèle parisien, décision ultime relevant du pouvoir central -, perce le besoin ressenti d’un « droit de l’urbanisme » qui permet de vastes remaniements urbains à un moment où les équilibres de l’espace national se modifient de façon décisive ».

Photographie :

Des pierres pour rêver. Photographies de Daniel KUENTZ. Préface de M. BERNAT. Montpellier, Pascal Plat, 1980.

Sous ce titre, et avec l’accompagnement d’un texte de Mme A. BERNAT, M. Daniel KUENTZ, photographe à Montpellier, nous restitue en une quarantaine de photographies : la pierre de la Garrigue, « entre Nîmes, le Pic Saint-Loup, Montpellier et la Séranne… ». Pierre délitée, recueillie au sol et entassée jusqu’à ce que naissent un arc de décharge, une fenêtre, une capitelle, la voûte d’une bergerie, pierre épousant le paysage, dans un remodelage imposé par la vie pastorale et communautaire. Mais surtout maisons, bergeries, cabanes, églises, désertées, abandonnées, retournées à la garrigue après avoir vécu et servi pleinement.

Un beau recueil sur lequel le regard doit revenir souvent.

Notes

  1. Centre d’Études et de Recherches sur l’Architecture Rurale, 45, rue des Favorites, 75015 PARIS.