Apport de l’archéologie et histoire de l’église romane à Saint-Martin-de-Londres
Contexte de réalisation des sondages

* 14, rue Cyrano de Bergerac, 34090 Montpellier. Archéologue contractuel en 1989. Actuellement professeur de lycée et Président du « Cercle Archéologie et Histoire », section du Foyer Rural à Saint-Martin-de-Londres (Hérault).
* Sauf indication contraire, les dessins et photos sont de l’auteur.

Contexte de réalisation des sondages

Depuis un certain nombre d’années, l’église romane à Saint-Martin-de-Londres fait l’objet de campagnes de restauration dans son élévation 1.
La tranche des travaux réalisés en 1989 portait essentiellement sur la réfection interne de l’édifice 2. Elle nous a donné l’occasion d’intervenir, d’une part dans le chœur et en quelques points de la nef, d’autre part, dans un jardin suspendu jouxtant le mur nord de l’édifice.
La rénovation la plus récente, toujours menée sous l’égide des Monuments Historiques, a permis, au printemps 1995, la réfection des parements extérieurs et l’installation de nouveaux vitraux, sans nécessiter toutefois l’intervention des archéologues, les parties situées en dessous du sol n’étant pas affectées par les travaux.
Les zones fouillées en 1989 restèrent relativement modestes – environ 10 m². La chance nous fut cependant donnée de décliner tous les niveaux archéologiques depuis l’occupation originelle du site jusqu’à nos jours. A la lumière de ces fouilles nous éclairerons et préciserons donc quelque peu les origines obscures du village 3.
Le cadre chronologique de la construction des églises successives s’est affiné, la vie quotidienne du Saint-Martinois médiéval s’est révélée à nous ; en contrepartie, de nouvelles pistes se sont ouvertes… Libre aux chercheurs de les emprunter pour de nouvelles investigations…

Eglise romane de Saint-Martin-de-Londres

Eglise romane de Saint-Martin-de-Londres

I. Contexte historique

1. Genèse du village médiéval : l’enclos, le « claustre »

1.1. Nouvelle chronologie de l’apparition du village :

Une attention particulière était portée à ces sondages, du fait de leur situation à l’intérieur d’un enclos. En effet, le Colloque d’Archéologie Médiévale qui s’est tenu en septembre 1989 à Aix-en-Provence, abordant le thème : « L’environnement des églises rurales et la topographie religieuse des campagnes médiévales » (Fixot, 1989, Ed. du C.N.R.S.), a fait apparaître l’intérêt et mis en exergue la nécessité d’études fines dans les aires claustrales pour leur importance dans la genèse du village médiéval.

Prenant un peu le contre-pied de l’idée communément admise où l’on considère que le village se développe à partir du château ou de la motte féodale 5, il est apparu, lors de ce congrès, que les premiers peuplements se cristallisèrent d’abord à partir des églises rurales, aux alentours et peut-être dès avant l’an mil. La fixation des populations autour des castra aux XIe-XIIe siècles serait donc postérieure au phénomène primitif. Les installations de communautés villageoises autour des sites castraux, plus récentes, ont pu atténuer ou détourner la vigueur naissante des implantations à partir des sites ecclésiaux.

Cette nouvelle donnée met en relief une tendance déjà reconnue précédemment mais fondée cette fois-ci sur des observations significatives de nature archéologique et historique ; ce phénomène, une fois isolé, reste à étudier.

Or les fouilles sont rares et, ces petits sondages, réalisés dans le claustre de Saint-Martin, représentaient une réelle opportunité.

Comment pouvons-nous situer ces derniers par rapport à l’historique des enclos et à l’étude de ceux connus par les archéologues ?

1.2. Périmètre de protection
  1. Zadora-Rio et M. Fixot (1989), citant P. Timbal (1939), développent un historique de la délimitation de l’asile, présenté ici de façon synthétique ; « Droit d’asile », « Sauveté », « Immunité », « Immunité étroite », « Zone de Paix », sont autant de termes utilisés à des époques et dans des contextes différents, qui recouvrent en fait le même concept : celui de protéger tout ce qui peut se trouver dans un espace délimité. La protection présente différents aspects variables selon :
  • la nature juridique de la protection (acte civil ou ecclésiastique),
  • la taille de l’aire de protection, de quelques dizaines d’ares à quelques hectares,
  • la nature de l’objet de la protection …un lieu, où il est interdit à la force publique de poursuivre un fugitif par exemple,
  • des biens ou des personnes tels église, cimetière, grenier, maison.., les vivants et les morts…

Un aperçu en est donné avec le récapitulatif suivant :

récapitulatif
récapitulatif

Au XIe siècle, les enclos sont définitivement figés dans le paysage et ont sans doute depuis longtemps regroupé les petites communautés en butte aux abus seigneuriaux. En effet, à la lecture du tableau, nous observons qu’à la fin de ce siècle, on ne légifère plus sur la nature des protections et rien de mieux ne sera précisé par la suite. L’absence de législation ultérieure sur leur contenu laissera place à tous les cas de figure possibles. Par la suite, au concept d’enclos, se substituera peu à peu l’idée du cloître religieux au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Notons qu’au XVIIe siècle, la distinction était encore présente, ainsi que l’atteste la définition de « cloître » dans le dictionnaire de Fébilien.

Ce sont bien des traces illustrant ce phénomène que nous recherchions à Saint-Martin.

En ce qui concerne la taille de l’enclos, l’archéologie a mis en évidence, sur l’ensemble de la France

  • ceux dont la superficie est inférieure à 30 ares présentant cimetière et parfois habitat,
  • ceux dont la surface est d’environ un demi-hectare, cimétériaux avec habitat permanent,
  • ceux supérieurs à un hectare (jusqu’à six hectares), dont une partie peut être destinée à la création de richesses économiques.
1.3. L'enclos : formes et aspect défensif

La lecture de ces actes médiévaux nous laisse imaginer une forme circulaire que nous retrouvons par exemple autour des bâtiments canoniaux de Maguelone dans l’Hérault. De fait, c’est souvent le cas, mais toutes les autres formes à base de cercle ou de polygone existent. La configuration du terrain et les appréciations de chaque groupe devaient être déterminantes.

A Saint-Martin, l’enclos est polygonal (fig. 1). Il a pu être pentagonal ou hexagonal, avant d’être bordé de murailles, puis d’ajouts défensifs au niveau de l’accès médiéval au claustre 6.

Sa superficie, environ un demi-hectare, la nature de son contenu (église, cimetière) et la permanence de son habitat depuis au moins 1088, le rattachent au second type préconisé par E. Zadora-Rio.

Le Claustre et la deuxième enceinte : plan au XIVe siècle
Fig. 1 Le Claustre et la deuxième enceinte : plan au XIVe siècle, d'après E. Bougette (1909), et vue intérieure en 1991.

D’une façon générale, les enclos retrouvés présentent un certain aspect défensif fossés, comme à Lunel-Viel 7, talus, façades extérieures de maisons épousant le contour do l’enclos. Ils ont plutôt matérialisé et accentué une protection qui se voulait d’abord spirituelle. Ils conservèrent toutefois leur sens primitif latin de « clôture », qui désigne la barrière, réelle ou symbolique, séparant deux mondes en délimitant un espace, bien choisi au demeurant, dans son environnement.

A Saint-Martin, les murailles de l’enclos sont très puissantes mais datent du XIIIe siècle. Nous pouvons imaginer, à l’instar de l’abbé E. Bougette (1909), un claustre sans rempart aux siècles antérieurs. Que pouvait-on trouver dans cet espace ?

Les textes que nous citons plus loin sur Saint-Martin donneront des premiers éléments de réponse.

2. Le XIe siècle : les restitutions et le premier art roman

Bien qu’ils soient étudiés, les faits sont relativement méconnus en dehors des sphères érudites. Comme toutes les tendances, leurs caractères micro-événementiels se situent dans la durée. Ils ponctuent toutefois la sortie du haut Moyen Age qui, lui, reste encore nébuleux sous bien des aspects locaux 8.

2.1. Les restitutions

La première de ces deux mutations, à caractère social, comme la seconde d’ailleurs, de nature architecturale doivent être prises en compte car elles sont de bons repères pour appréhender l’apparition de notre claustre ; elles ont pour cadre le XIe siècle.

Une certaine stabilité sociale apparaît à la fin de la période de latence et d’insécurité des IXe-Xe siècles où, sur fond de paix carolingienne et chrétienne, se dessinait en filigrane la structuration d’espaces agraires, urbains, ecclésiastiques et se multipliaient les fondations d’abbayes, foyers de vie spirituelle.

Cette période, émaillée de tensions et troubles divers, qui laissaient libre champ aux abus de nombreux seigneurs pour s’approprier des biens de façon indue, va cependant s’achever au XIe siècle, notamment sous l’impulsion de la réforme instituée par Grégoire VII, pape de 1073 à 1085. La nouvelle ère se traduit par la restitution des biens ecclésiaux précédemment usurpés au profit d’abbayes, bien implantées en Languedoc. Ainsi, en 1088, celle de Gellone (Saint-Guilhem-le-Désert) reçut-elle en donation l’église de Saint-Martin-de-Londres de la part de Guilhem de Montarnaud qui possédait de nombreux fiefs dans la région.

2.2. Le premier art roman

L’apparition du premier art roman en Languedoc, au début du XIe siècle, représente pour cette époque le second événement, de nature architecturale. Il succède à une forme artistique dite préromane, stable et pérenne depuis le VIe siècle, qui ne fut elle-même que la continuité de l’architecture wisigothique.

Ainsi, au XIe siècle, d’anciennes constructions préromanes sont modifiées, et, dans le même temps, d’autres édifices apparaissent. Les chapelles préromanes 9 charpentées, présentant une courte nef séparée du chœur quadrangulaire voûté par un arc triomphal souvent outrepassé, laissent peu à peu la place à des édifices entièrement voûtés. Pour les édifices importants, un transept, dont la croisée est parfois surmontée d’une coupole, sépare la nef du sanctuaire, dont l’abside devient semi-circulaire 10.

Le style lombard caractérise aussi le premier art roman méridional. Il est arrivé de… Lombardie en Languedoc via la Catalogne, vraisemblablement du fait de liens de parenté liant comtes catalans et abbés languedociens, ainsi que le développe R. Saint-Jean (1975) 11.

On en retrouve pratiquement toutes les caractéristiques à l’église de Saint-Martin-de-Londres, les primitives : bandes lombardes (minces pilastres plats – les lésènes – reliés par de petits arcs) s’élevant au-dessus d’un soubassement saillant et surmontées d’une frise continue en dents d’engrenage 12 ; les plus récentes : appareil soigné, décor en feuille de fougère sur les parements, tentatives d’ornementation (motifs géométriques ou végétaux stylisés) sur chapiteaux et bases de colonnes (fig. 2). Cette évolution préfigure le second art roman qui verra fleurir le décor sculpté monumental du XIIe siècle.

L'Église romane vues extérieure et intérieure. Photos des fig. 1 et 2
Fig. 2 L'Église romane vues extérieure et intérieure. Photos des fig. 1 et 2, dépliant « Les Musicales,
Saint-Martin-de-Londres et ses environs » (1991).

3. Saint-Martin-de-Londres : les sources écrites

3.1. Les acteurs de cette épopée médiévale et les enjeux

Après avoir présenté le contexte de la réalisation des fouilles et de l’apparition de l’enclos médiéval, essayons de comprendre l’implantation du « claustre » à Saint-Martin-de-Londres, à travers les documents écrits dont nous disposons.

Au début du XIe siècle, le vallon de Londres dépendait du district de Montferrand, dans le comté de Substantion (Castelnau-le-Lez). En avril 1085, le comte de Substantion et de Melgueil (Mauguio) donne, dans le cadre de la réforme grégorienne, son comté de Substantion à l’Église romaine. Les évêques, représentant du pape sur le territoire, se virent donc inféoder les villages implantés dans le vallon et ce, jusqu’à la Révolution. Les prieurs, dont les possessions s’accroissent rapidement, se substituent peu à peu aux seigneurs, concentrant les pouvoirs jusqu’à devenir eux-mêmes « seigneurs-prieurs » aux XIIe-XIIIe siècles. Ce transfert d’autorité ainsi que les droits, avantages et obligations qu’elle confère, se négocia parfois à l’amiable… et pas toujours sans heurts !

Les textes dont nous disposons proviennent essentiellement des cartulaires de Gellone et de Maguelone, cités par les abbés E. Bougette et J. Rouquette.

Ils relatent les restitutions successives par la famille Guilhem de Montarnaud aux moines de Gellone. Ils traitent également des problèmes de possession sur les biens situés dans l’enclos, des droits et revenus y afférents et des droits de fortification.

Les parties concernées sont d’abord, de 1088 à 1107, la famille seigneuriale et les prieurs de Saint-Martin dépendants de Gellone, puis, à partir de 1162, le prieur et l’évêque de Maguelone. En voici la substance.

3.2. Le contenu de l'enclos

Ces textes nous apportent des informations sur le contenu de l’enclos et de ses environs à partir du XIe siècle, qui pouvaient intéresser nos fouilles. (Les biens fonciers éloignés de l’espace claustral, ainsi que les revenus liés à leurs possessions, ne sont pas rapportés ici.) Nous y apprenons l’existence de :

  • une église et un cimetière (donation des Guilhem de Montarnaud aux moines de Gellone en 1088 : « ego, Ademarus Guilelmi… et uxor mea, Garsendis, et fui mei,… donamus… ecclesiam Sancti Martini de Loundras et omni cimiterio… » 13 ;
  • un manse situé près de l’église (donation du mas d’Aribert par Austargie de Montarnaud au monastère de Gellone en 1100 : «… In parrochia Sancti Martini de Dundras, prope ipsam ecclesiam, hoc est mansum de Aribert… cum omnia mobilia et immobilia… » 14 ;
  • une maison située près de l’église (donation où Raimond Guilhem de Montarnaud se réserve l’usage de cette maison, en 1101 : «… exceptum stare quod habeo ad ecclesiam... » 15 ;
  • une aire et une maison (donation du même Raymond Guilhem en 1107) ; l’aire est celle du claustre, la maison peut être celle citée dans l’acte précédent, de 1101 :
  • en 1162, le contenu d’une transaction, entre le prieur de Saint-Martin, Raimond de Cantobre, et les Guilhem de Montarnaud nous livrent d’autres structures et une situation particulière :

Revient au prieur :

l’enclos du cimetière, un four, l’église, le clocher, et l’interdiction d’exhausser le clocher, de fortifier l’église (« Prior Sancti Martini habeat… ecclesiam… et omnia ecclesiastica jura, et clocherium,… cimeterium…, et omne dominium domorum… et locorum… furnum… » et par ailleurs «prior non faciat amnodo municionem in ecclesia, nec in clocherio,… nec clocherius exaltetur » 16.

Revient au seigneur :

une tour, l’autorisation d’en élever une nouvelle ou une autre construction (« Loquale turris sit Bertrandi Guillelmi, et liceat ei ibi turrim edificare, sel aliud ed’ificium»).

En 1247, est mentionnée une reconstruction de la nef (acte de l’évêque de Maguelone) ; il semblerait que le prieur de Saint-Martin, anticipant peut-être sur son pouvoir seigneurial – la ville était presque complètement passée dans le patrimoine ecclésiastique – ait fait édifier sur le narthex de l’église une tour en guise de clocher. Était-ce pour compenser l’interdiction faite à son prédécesseur de 1162 d’exhausser ce dernier ? Construite sans autorisation, l’évêque en avait même ordonné la démolition. Or, la fortification illicite s’effondra sur l’église au cours des travaux. Les dégâts durent être importants car le montant de la reconstruction de la nef équivalait, d’après les calculs de l’abbé J. Rouquette, à la valeur d’une église neuve.

3.3. Les interrogations avant l'interprétation archéologique

Au XIe siècle, nous savons que l’enclos abrite une église, un cimetière, une aire, une ou deux maisons (le mas d’Aribert, sans doute situé à l’extérieur, n’y est pas inclus). Au XIIe siècle, nous apprenons de plus la présence d’un four, d’un clocher, de fortifications et d’une tour. La tour attribuée au seigneur doit elle être assimilée au clocher, ou, au contraire, ne disposait-il pas d’une tour fortifiée réservée à son seul usage ? Et, dans ce cas, où se situait-elle ?

En 1248 aurait eu lieu, selon l’abbé J. Rouquette, une reconstruction totale de la première église, rasée et rebâtie sur un nouveau plan. L’acte de 1247 (Annexe 1), analysé au début du siècle par l’abbé Rouquette, pourrait le laisser croire et c’est pourquoi il nous a semblé nécessaire de faire ici état de cette opinion. L’édifice actuel, pourtant, est bien celui reconstruit à la fin du XIe siècle ou dans les premières années du siècle suivant par les moines de Gellone. A notre connaissance, cet article n’a pas été utilisé par les historiens 17 et, en 1913, l’abbé Rouquette observait déjà que l’abbé Bougette n’avait pas fait mention de ce document dans son ouvrage sur Saint-Martin-de-Londres (1909) (Annexe 2). Il pense qu’une volonté de discrétion règne depuis 1248 pour ne pas nuire à la réputation de l’évêque ordonnateur de la malheureuse démolition des structures défensives à l’origine des dégâts de la nef. Si tel était le cas, le bénéfice de la prescription pourrait maintenant être accordé à Jean de Montlaur II qui, au demeurant, n’a fait que respecter la règle en ordonnant la destruction de fortifications illicites.

En fait, la vraie question est de savoir pourquoi existait dans un village de taille aussi modeste, situé à l’écart de la route de Montpellier aux Cévennes 18, un édifice encore considéré aujourd’hui comme un joyau de l’art roman languedocien.

Enfin, les fouilles vont elles apporter quelques lumières ? Allons-nous retrouver dans l’ancien « claustre » de Saint-Martin, les traces de la vie civile, les usages profanes, si curieusement et si intimement mêlés à la vie spirituelle et aux fonctions funéraires déjà dévoilées en d’autres enclos ?

II. Apports de l'archéologie

Après avoir pris connaissance du contexte historique général qui nous a permis de situer le cas du prieuré de Saint-Martin-de-Londres, découvrons maintenant l’environnement archéologique à travers les documents mis au jour, avant de tirer quelques conclusions soumises à la sagacité du lecteur.

1. L'environnement archéologique

1.1. Pour quelles raisons a-t-on procédé à des sondages ?

Le claustre étant situé en périmètre sauvegardé, le Service Régional de l’Archéologie (ministère de la Culture) et 1’A.F.A.N. (Association pour les Fouilles Archéologiques Nationales, employeur) ont déclenché un « suivi archéologique » des travaux de restauration conduits par une entreprise privée sous la direction des Monuments Historiques. Il convenait de prévenir les risques de destruction dans les niveaux archéologiques et d’y effectuer des fouilles, le cas échéant.

Les lieux d'investigation dans le claustre
Fig. 3 Les lieux d'investigation dans le claustre.
a) Extrait apuré du cadastre actuel
b) Montage d'après D. Larpin (Architecte en chef M. H.)
  • En effet, un drain d’assainissement devait être implanté dans le jardin pour régler des problèmes d’infiltration d’eau dans l’église. Du fait de la découverte, dans un premier sondage, d’un gros mur qui nuisait à la pose du drain, la rigole d’où provenait l’eau a simplement été surcreusée.
  • Par ailleurs, dans l’église, il convenait de retrouver le niveau de circulation médiéval enfoui sous les sols successifs ultérieurs afin de le rétablir éventuellement.
1.2. Quels furent les lieux d'investigation (fig. 3) ?

* En premier lieu dans le jardin (parcelle 218)

  • dans un angle formé par un mur et son retour perpendiculaire (sondage 1),
  • au fond de l’étroite rigole séparant ce jardin de l’église (sondage 2).

* En second lieu à l’église

  • au niveau du chœur : trois sondages successifs et mitoyens ont été réalisés (pour ne pas déstabiliser les échaffaudages sous lesquels nous creusions). Ils ont ensuite été réunis en un seul (sondage 3),
  • en trois points du sol de la nef et des absides, où des dalles avaient été déposées (sondages 4, 5, 6).
1.3. A quelles périodes chronologiques correspondent les documents découverts ?

Dans le jardin comme dans l’église, les fouilles ont mis au jour des vestiges d’époques moderne et médiévale. Quelques éclats de silex taillés coincés dans les anfractuosités du substrat rocheux attestent une présence fugitive aux époques pré ou protohistoriques. (Sachons que les environs immédiats de Saint-Martin sont riches de leurs sites pour ces périodes reculées.)

1.4. Quelles sont les structures caractéristiques mises au jour ?

Dans le jardin :

  • un mur arasé assez puissant (M2).

Dans l’église :

  • 5 niveaux d’occupation, de la préhistoire à l’époque moderne,
  • 7 foyers médiévaux et modernes (F1 à F7) et leurs monnaies,
  • 1 aire de travail médiévale, pour le gâchage du mortier, avec les agrégats (couche 5),
  • 1 couche d’incendie assez puissante livrant bois, lauzes et graines calcinées, d’époque médiévale (couche 7),
  • 1 nécropole : 8 tombes en coffre de dalles avec leurs occupants, d’époque médiévale (S1 à S8),
  • 2 murs médiévaux (Ml et M2),
  • 1 tranchée de fondation (TF1 à TF3).

Ultérieurement, dans le jardin et l’ancien réfectoire des moines :

  • 1 élément monolithe taillé en dents de scie,
  • 1 cuve monolithe,
  • 4 pierres d’autel, en marbre et en schiste.

Pour la compréhension de la partie archéologique, les codes utilisés sont présentés dans la légende suivante, ainsi que des éléments de céramologie (en note 19).

Légende

Sigles 19 :

M :          mur,
C :           couche archéologique,
F :           foyer,
S :           sépulture,
NGF :     nivellement général de la France,
Frgt :       fragment,
SQP :      Saint-Quentin-la-Poterie,
SJF :       Saint-Jean-de-Fos,
oxy :        à cuisson oxydante,
red :         à cuisson réductrice.

Symboles
Fig. 3b Symboles

2. Synthèse des documents de fouille

Dans une optique de lisibilité, les découvertes seront présentées en six tableaux successifs regroupés en trois types de structures homogènes.

D’abord celles provenant de l’intervention et des observations dans le jardin, pour le problème de sa destination désormais bien posé et développé au terme de cette première partie.

Ensuite, celles de l’église où l’on distinguera, en premier lieu, les vestiges révélant des activités humaines sur une assez longue durée, à caractère rituel (nécropole), de production (aire de céréales, de gâchage du mortier) et, en second lieu, les unités permettant de scinder, voire de dater les séquences précédentes (sols d’occupation, foyers avec monnaies fournissant des terminus).

Enfin, des conclusions générales seront avancées.

2.1. Le jardin
2.1.1. Présentation des sondages

Il forme à peu près un quadrilatère (fig. 3a). Au nord et à l’ouest, il est constitué de deux murailles percées de meurtrières, au sud et à l’est par de simples murs ; toutefois, son aspect déconcerte.

D’abord, le mur qui le borde au sud épouse étroitement le contour de l’église sur une hauteur de 2,50 m environ (fig. 4a). Le fond de cette séparation constitue une rigole d’écoulement des eaux pluviales. Très étroite à sa base (0,30 m environ), elle s’élargit un peu en élévation (0,50 m) (fig. 4b).

Ensuite, et surtout, ce jardin est suspendu. On imagine aisément le remblai sous-jacent : le sol herbeux et arboré est plus élevé – de 1 à 2 mètres – que tous les sols environnants extérieurs aux murs. De plus, son niveau de circulation arrive à la partie supérieure d’archères qui sont de fait noyées par la terre. Si elle se transformait par magie en eau, le jardin se viderait par les fentes des meurtrières (fig. 5) !

Enfin, pour y accéder, il faut emprunter une montée prenant naissance dans l’ancien cimetière médiéval formant de nos jours la place de l’église. Cette rampe s’élève depuis le chevet de l’église (altitude 199 m) jusqu’au jardin (altitude 201 m) en bouchant l’accès, au niveau inférieur, à une ancienne porte aujourd’hui murée. Le plan incliné passe à la hauteur du linteau.

Cette entrée était certainement réservée aux moines qui accédaient ainsi directement à l’église avant la construction de la sacristie au XVIIe siècle. Elle donnait dans un petit vestibule adossé au nord de la première travée (fig. 6).

Sondages jardin (plan et coupe)
Fig. 4 Sondages jardin (plan et coupe).
Sondage jardin : meurtrière (en 1995)
Fig. 5 Sondage jardin : meurtrière (en 1995).
Situation au début du XIXe siècle (Amelin J. M., 1822, B. M. de Montpellier)
Fig. 6 Situation au début du XIXe siècle (Amelin J. M., 1822, B. M. de Montpellier). A droite, le vestibule adossé au nord de la 1re travée.
Le plan incliné n'est pas encore aménagé.
La partie basse de l'abside nord est encore visible (cachée aujourd'hui).
L'ancien clocher est encore en place.

Ainsi se discerne bien, au vu de ces aménagements, le changement de destination d’un curieux espace devenu un bucolique jardin bordé de quatre murs, à l’usage ancien inconnu.

Dernière constatation, le cadastre napoléonien indique une structure (escalier ?) dans l’angle nord-ouest, à l’intersection des deux murailles.

Les deux interventions ont été réalisées, l’une par nos soins dans le sol du jardin (environ 1 m², sondage 1, couches 1 à 5), l’autre simultanément au travail de creusement du fond de la rigole par les ouvriers de l’entreprise de restauration (environ 0,40 x 16 m).

Les résultats furent les suivants :

  • dans le jardin proprement dit, après évacuation de la terre végétale (C1), sont apparus un dépotoir et son hétéroclite contenu (C2). Cet inventaire à la Prévert est une véritable curiosité 20. Le matériel fournit un assortiment datable de la première moitié du XXe siècle.

La couche 3, sous-jacente, est un niveau remanié, sans doute un remblai, car les fragments de poterie de type Saint-Jean-de-Fos d’époque moderne côtoient les tessons médiévaux et un silex antérieur à l’époque historique. Ce remaniement pourrait dater du XVIIe siècle (création de la nouvelle sacristie) ou du XIXe siècle (édification du plan incliné et aménagement de ce jardin suspendu).

C’est en dessous que réside l’intérêt de ce sondage, dans les couches 4, et surtout 5 constituée d’un agglomérat de pierres liées par du mortier. Une odeur âcre s’en dégageait, caractéristique des pierres calcaires du bassin de Londres, d’origine lacustre. Il s’agit vraisemblablement du blocage interne d’un mur appelé M2, pour le distinguer du mur M1 plus étroit construit dessus (fig. 7).

Structure empierrée H2 - couche 5 (en 1989)
Fig. 7 Structure empierrée H2 - couche 5 (en 1989).

La structure M2 est assez puissante ; si c’est bien un mur, son épaisseur est de 1,20 m au moins. Le contenu de la couche 4, qui semble correspondre à un niveau d’arasement, permet d’avancer une occupation avant abandon entre le XIIe siècle et la fin du XIVe siècle. En effet, si on se réfère à Montpellier, la découverte de tessons d’aspect sableux et micassés, de pâtes grises, brunes ou rouges rend compte de présences aux XIIe-XIIIe siècles formes arrondies, à pan coupé longitudinalement donnant un aspect anguleux (tesson C4-1), anse à peine évoluée, à une seule cannelure (tesson C4-2) – cf. Ph. Troncin (1987) et (1989) – tandis qu’un rebord glaçuré de type Saint-Quentin renvoie au XIVe siècle (tesson C4-3) – cf. Thiriot, 1980 – (fig. 8).

Poteries types Montpellier et Uzège
Fig. 8 Poteries types Montpellier et Uzège (couche 4)
(Dessins de l'auteur 1990).

De fait, pour cette structure M2, deux hypothèses sont envisageables. La première est un arasement à la fin du XIVe siècle, au niveau de la couche 4, sans exclure la seconde, un nivellement à l’époque moderne, au XVIIe siècle ou au XIXe siècle, matérialisé par la couche 3.

2.1.2. Résultats obtenus

Malgré la présence de quelques tessons d’époque moderne dans la couche 3, le contexte paraît bien médiéval par la diversité des autres tessons de cette période dans les niveaux 3, 4 et 5. Aussi serions-nous tentés d’attribuer un abandon de la structure empierrée M2 plutôt à la fin du Moyen Age, avec un remaniement ultérieur à l’époque moderne. Toutefois ceci n’est que conjecture, car un si petit sondage et si peu de matériel ne peuvent rien apporter de probant. Par contre nous tenons une chronologie relative et cohérente ; le mobilier caractérise bien chaque niveau et il nous appartiendra de le « caler » ultérieurement par des datations plus précises.

Par ailleurs, nous pouvons nous interroger dès maintenant sur la destination de la structure M2 sous-jacente, s’il s’avérait qu’elle fasse partie intégrante d’un ensemble construit plus conséquent.

Ne serait-ce pas la base d’une église antérieure, celle citée dans la donation de 1088 faite par Adhémar de Montarnaud aux moines de Gellone, église édifiée sans doute dès l’époque carolingienne comme le laisse supposer la dédicace à Saint-Martin – patronyme attribué dans la région vers les IXe-Xe siècles (cf. A. Durand, 1989) 21.

Pourrions-nous y voir les fondations de celle « détruite » sur les ordres de Jean de Montlaur II en 1246 selon l’abbé J. Rouquette et reconstruite sur un nouveau plan ?

La barre de pierre monolithe trouvée récemment, présentant des dents de scie, ne serait-elle pas une forme primitive de dents d’engrenage ? Elle pourrait provenir d’un édifice antérieur plus modeste aujourd’hui disparu, lui aussi du premier art roman et situé à cet endroit (fig. 9) ?

Barre monolithe en dents de scie
Fig. 9 Barre monolithe en dents de scie (Photo Didier Royer, Cercle Archéo Saint-Martin-de-Londres, 1995).

Toutefois le plan carré du jardin ne laisse pas penser à la base d’édifices ecclésiastiques plutôt allongés. Vue sa forme, le jardin ferait plutôt songer à une base de tour. Dans ce cas, nous pourrions y voir la tour conservée par Guilhem de Montarnaud à la suite de son rapport de force avec le prieur Bernard de Cantobre et de la transaction de 1162. En effet, l’emplacement est de choix : légèrement plus haut que l’église, à cheval sur la rupture de pente, cet endroit domine l’ensemble ecclésial et le village. C’est, à notre sens, la proximité d’une tour seigneuriale qui a incité les prieurs successifs à construire leur propre ouvrage défensif sur l’église, à une époque où l’enclos n’était pas ceint de remparts. Le face à face de ces deux murs, M2 et M3, séparés par une étroite rigole, ne rend-il pas compte de la confrontation séculaire entre seigneurs et prieurs ?

Malgré l’aspect séduisant de ces hypothèses, rien ne permet d’affirmer que ce jardin fut l’emplacement d’une église ou d’une tour. Elles pouvaient se situer un peu plus loin. Il ne faut pas non plus exclure que cette structure ait simplement été édifiée plus tardivement et détruite à l’époque moderne.

Que nous apporte le matériel contenu dans la seule couche intéressante de la rigole, recouvrant le substrat rocheux (C8) ? Des traces d’occupations médiévales antérieures au XIIIe siècle, contemporaines de la couche 4 (céramiques C8, 1, 2 et 3), associées à un petit silex, le tout coincé dans des anfractuosités du rocher, et rien de plus.

Seule la rigole reste témoin, coincée entre ses deux murs, et l’eau qui y court toujours continue d’emporter avec elle les éléments de réponse…

2.2. Le chœur
2.2.1. Présentation des sondages

Les sondages nous permettent de reconstituer les différentes phases d’occupation en cet endroit de l’enclos situé maintenant sous le chœur (fig. 10).

Notre vision est très localisée mais les niveaux successifs – couche sépulcrale, d’incendie, aire de travail et remblais ultérieurs – illustrent bien la chronologie du remplissage depuis le sol primitif. On peut d’ailleurs se rendre compte, à l’extérieur de l’église, de la puissance de l’élévation : elle correspond à la hauteur de la volée de l’escalier reliant l’entrée fortifiée du claustre à la place de l’église (fig. 11).

Le substrat rocheux a été recherché et trouvé sous les sépultures 8 et 6, d’ouest en est, espacées de cinq mètres environ ; la déclivité ainsi déterminée sous le chœur est d’environ dix centimètres par mètre.

La projection de quelques sépultures sur la coupe longitudinale permet de se faire une idée de leur superposition et de visualiser la postériorité de la couche d’incendie, de l’aire de gâchage du mortier et des niveaux de circulation ultérieurs.

Sondage du chœur coupe longitudinale
Fig. 10 Sondage du chœur coupe longitudinale (en hachuré : zone non fouillée), (D'après coupe D. Larpin, Monuments Historiques).
Hauteur du remplissage archéologique (couche sépulcrale)
Fig. 11 Hauteur du remplissage archéologique (couche sépulcrale), au début du XIXe siècle (Amelin J. M., 1822, B. M. de Montpellier).
2.2.2. La nécropole

La première structure significative attestée dans le claustre est formée par une ancienne nécropole. La zone sépulcrale n’a été que partiellement sondée, surtout dans les niveaux profonds, par manque de temps. Nous avons donc choisi certaines sépultures pour tenter d’avoir des réponses à nos nouvelles interrogations, à savoir :

  • les tombes ont-elles été creusées et enfouies dans un sol initial en place, ou au contraire, construites et recouvertes de terre rapportée à chaque inhumation ?
  • les inhumations ont-elles eu lieu dans l’église après sa construction, ou alors l’édifice a-t-il été implanté dans un cimetière préexistant, lui-même situé autour d’un lieu de culte antérieur ? 22

Dans le chœur, trois niveaux de sépultures sont attestés. A la partie supérieure, quatre tombes furent identifiées. De jeunes sujets, un bébé et trois enfants les occupaient (fig. 12).

Elles sont aisément repérables dans la terre brune, par l’enrobage d’argile crue et blanchâtre qui les recouvre et les scelle hermétiquement. Certains indices – tassement du sol et pierres juxtaposées à plat – nous laissent penser que ces monticules étaient aériens et visibles. La tombe S4 est partiellement enfouie dans la berme, tandis qu’un pégau 23 était soigneusement déposé sur la sépulture S2, à l’aplomb de la tête (fig. 13). Le pot était soigneusement enfoncé, comme on le fait pour un ballon de rugby, dans une petite butte de terre couronnée de minces pierres plates disposées de chant, légèrement inclinées vers l’intérieur et entourant la base de la poterie pour la maintenir droite 24.

Nécropole : niveau supérieur. Sépultures 1 à 4
Fig. 12 Nécropole : niveau supérieur.
Sépultures 1 à 4 (enfants).
Pégau sur sépulture enfant
Fig. 13 Pégau sur sépulture enfant (S2) (Photo et dessin de l'auteur, 1988).

Dans la partie intermédiaire (fig. 14), le coffre S5 fut ouvert, après décapage de sa gangue d’argile et dépose de ses lauzes de fermeture. Au lieu de livrer un squelette intact, il était rempli aux deux tiers par un mélange de terre et d’ossements épars appartenant à deux individus. Un rachis cervical, en connexion anatomique, était disposé en travers de la sépulture. Cette tombe est à l’évidence remaniée. Comment était-ce possible puisqu’elle paraissait inviolée, étant soigneusement scellée ? 25

Un autre coffre de dalles (S8), situé dans une zone où nous ne pouvions fouiller, s’est ouvert accidentellement en s’effondrant sur lui-même. Un puits étroit creusé dans le trou formé par le sous-tirage nous a permis d’y accéder, moyennant quelques acrobaties (fig. 15). La structure de cette tombe d’adulte a pu être observée en détail (fig. 16). La pathologie osseuse du sujet, présentant une forte arthrose, a été en outre étudiée par un anthropologue 26 (fig. 17).

Nécropole : niveau intermédiaire
Fig. 14 Nécropole : niveau intermédiaire.
Puits d'accès à la sépulture 8
Fig. 15 Puits d'accès à la sépulture 8.
Sépulture 8 : intérieur.
Fig. 16 Sépulture 8 : intérieur.
Crâne d'adulte (sépulture 8)
Fig. 17 Crâne d'adulte (sépulture 8).
Photo Didier Royer, Cerche Archéologique SML, Expo Échoppes été 1995.
Arrachement dentaire ayant affecté le maxillaire inférieur (avec le pégau de la sépulture 2).
Nécropole niveau inférieur, sur le substratum
Fig. 18 Nécropole niveau inférieur, sur le substratum. La sépulture S6 est sectionnée par la tranchée de fondation.
Niveau inférieur : sépulture 6, tronquée
Fig. 19 Niveau inférieur : sépulture 6, tronquée.

La terre sur laquelle reposait le corps recouvrait la roche et contenait elle-même des vestiges osseux de squelettes d’enfant et d’adulte, ainsi que des fragments de tegulae et d’imbrex (couche 9a).

C’est dans la partie inférieure que réside cependant le « clou » de la nécropole (fig. 18). Nous avons délaissé la sépulture S7, apparue sous l’énigmatique coffre S5 pour nous consacrer à la tombe S6 plus prometteuse. En effet, le coffre et son squelette étaient coupés en deux ; seule subsistait la partie supérieure du défunt, sectionnée au niveau du bassin. La dalle de couverture encore en place était brisée (fig. 19).

Ainsi, nous avons en même temps la solution au problème posé par le curieux remplissage du coffre S5 : comme S6, il a été tronqué lors du creusement de la tranchée de fondation de l’église. Son contenu, dispersé, a sans doute fait l’objet de curiosité et les ossements furent déplacés lors de la récupération du crâne. Puis, la tombe a été remplie de terre par sa section, occultée ensuite par les pierres du mur de fondation.

Avec ces éléments, nous tenons la preuve que l’église a été construite dans un ancien cimetière.

Nous conclurons en parlant de la terre de la nécropole. Brunâtre, elle contient de petits cailloux. Il s’agit en fait de terre rapportée : le « taperas », comme on le nomme ici. Elle contraste avec la fine couche sous-jacente qui recouvrait le rocher.

2.2.3. La couche d'incendie

Une fouille digne de ce nom se devait de présenter une couche d’incendie, aussi ne pouvions-nous que souscrire à cette nécessité.

Que révélait donc cette strate noirâtre assez épaisse (10 à 20 cm) visible sur les stratigraphies (fig. 20) ? Essentiellement quatre sortes d’éléments calcinés mélangés à la terre : des graines de céréales en quantité non négligeable, des morceaux de bois de tailles diverses, de gros fragments d’aspect schisteux auxquels adhérait du mortier et des tessons de céramique.

Ce que nous en pensons ?

Couche d'incendie : stratigraphie ouest
Fig. 20 Couche d'incendie : stratigraphie ouest.
(couche 7 : incendie, en hachuré).

Nous sommes à peu près sûrs d’être en présence des vestiges d’un bâtiment recouvert de lauzes contenant des céréales construit dans le cimetière et détruit par le feu. Plusieurs indices étayent cette hypothèse.

D’abord, plusieurs de ces pierres plates naturellement grises – provenant sans doute des carrières proches de Pompignan – sont ici franchement rubéfiées : elles présentent des traces de combustion intense (de nos jours, on les passe au chalumeau pour obtenir cet aspect rouge, dans un but décoratif). Elles constituaient une couverture où elles étaient liées au mortier, comme c’est encore le cas sur l’édifice actuel.

Brisées lors de l’effondrement, elles ont brûlé ; le mortier est incrusté de charbon de bois et de graines calcinées avec lesquelles elles ont brûlé. Certains gros morceaux de bois peuvent provenir d’une charpente.

Ensuite, l’incendie, comme la chute de la structure, par leur violence, ont occasionné d’autres dégâts : la cuisson d’une bonne partie de la couche d’argile scellant les sépultures S2 et S3, et le bris des dalles de couverture de la tombe S2. Les morceaux de lauze se sont fichées dans l’argile et d’autres ont glissé dans la tombe, y entraînant des charbons et des graines calcinées (fig. 21).

Sépulture effondrée et lauzes calcinées.
Fig. 21 Sépulture effondrée et lauzes calcinées.

Enfin, les tessons d’une même poterie de type pégau sont éparpillés sur l’ensemble de la surface fouillée. Ils sont cuits, recuits et souvent délités par l’action de la chaleur, la face interne étant séparée de la face externe.

Le sort du pégau à la tête de la sépulture S2 a été plus heureux. Seul le rebord fut écrasé. La partie basse, sans doute enterrée, s’est fendue sans se dissocier. On y trouve aussi quelques graines et charbons brûlés (cf. fig. 13).

Il ne semble pas que la chute d’un simple appentis ou cabanon ait pu provoquer autant d’effets. Aussi pensons-nous à un bâtiment avec une couverture de lauze, un grenier pour stocker le produit des dîmes ou alimenter un four à pain. Les lauzes ont également pu glisser de la toiture de l’église et tomber dans le cimetière et sur un grenier mitoyens.

Après cet événement, l’amas jonchant le sol a sans doute été recouvert par du « taperas » (couche 8a). L’endroit est retourné à une occupation paisible pendant une durée certaine ; l’herbe a repoussé, une petite couche de terre végétale s’est même reconstituée (couche 6) ainsi que nous allons le voir dans la présentation des sols d’occupation, après avoir découvert la structure mise en place à ce niveau : le chantier de construction d’une nouvelle église.

2.2.4. L'aire de gâchage du mortier (fig. 22)
Aire de gâchage du mortier : plan général
Fig. 22 Aire de gâchage du mortier :
plan général.

Des pierres d’une trentaine de centimètres de haut et d’un mètre de long environ, disposées en arc de cercle sur le sol délimitaient un secteur où le mortier était préparé (fig. 23). Un tas de sable et un de chaux, encore en place (fig. 24), de l’eau, stockée dans une cuve (fig. 25), constituaient les matières premières nécessaires à son élaboration (fig. 26).

De fines couches de sable, prises horizontalement en sandwich dans l’épaisseur du mortier attestent les gâchages successifs. La taille du sondage n’a pas permis de dégager la totalité de la structure, aussi subsiste-t-elle encore en grande partie sous le chœur (sans doute à 80 %).

Un foyer est en relation avec l’aire de gâchage.

Cet ensemble est noyé dans un puissant remblai. Il est formé en grande partie par les déchets provenant de la taille des pierres de l’église. Les éclats présentent souvent un bulbe de percussion.

On y distingue trois apports successifs (fig. 27). Le premier (couche 4b), le plus profond, en contact avec le mortier durci, homogène, est formé par les gros déchets parmi lesquels certains présentent le même décor en feuille de fougère que sur le parement de l’édifice (fig. 28), et des morceaux de tuile (tegulae) à l’arrondi peu marqué.

Aire de gâchage : pierres en arc de cercle
Fig. 23 Aire de gâchage : pierres en arc de cercle.
Aire de gâchage : tas de sable et de chaux
Fig. 24 Aire de gâchage : tas de sable et de chaux.
Aire de gâchage du mortier : cuve à eau
Fig. 25 Aire de gâchage du mortier : cuve à eau.
Aire de gâchage mortier durci.
Fig. 26 Aire de gâchage mortier durci.
Remblai coupe stratigraphique sud.
Fig. 27 Remblai coupe stratigraphique sud.
Remblai : éclats avec décor feuille de fougère
Fig. 28 Remblai : éclats avec décor feuille de fougère.

La surface de ce premier apport forme un sol tassé par les piétinements. Un autre foyer y est construit.

Il est recouvert par un second remblai (couche 4a), plus hétérogène, mélange d’éclats de taille, de terre caillouteuse et de divers agrégats, sans doute vers la fin de la construction.

Une fois le chantier terminé et tous les gravats et déchets répartis sur la zone de travail devenue inutile, un lit de graviers roulés, provenant de la rivière, d’une épaisseur de dix centimètres environ, a été répandu sur la totalité de la surface de l’église. On le trouve non seulement au niveau du chœur mais aussi dans les autres sondages des absides nord et sud, à une altitude rigoureusement identique (couche 4, à 198,80 m).

2.2.5. Les sols d'occupation
Sols d'occupation superposition des huit sols
Fig. 29 Sols d'occupation superposition des huit sols.

Les niveaux successifs sur lesquels les hommes ont circulé représentent les niveaux d’occupation. Ils matérialisent la fin d’une séquence plus ou moins longue : constitution de la nécropole, chantier de la construction, utilisation d’une réserve à céréales et sa destruction. Ils peuvent être conséquents ou au contraire ténus. Leur durée d’utilisation peut être elle-même variable. Ils nous intéressent car du matériel s’y trouve souvent, et des traces d’activité, comme ici les foyers.

Qu’en est-il du chœur ?

Nous en avons caractérisé huit, significatifs, qui vont être déclinés du plus profond au plus élevé (fig. 29).

Le premier (sol 1, altitude moyenne 197,30 m) est le sol initial, au-dessus du substrat rocheux qui devait être apparent, comme actuellement dans la garrigue. Peu discernable au fond des micro-sondages réalisés à ce niveau dans le chœur, il livre quand même des éclats de silex et des tessons de céramique brune très caractéristique, rigoureusement semblable à celle trouvée dans le niveau correspondant de la rigole du jardin (couche 8), où se trouvait également un silex taillé.

Le second (sol 2, altitude 198,20 m environ) est celui du dessus de la nécropole, sur lequel l’incendie a eu lieu. Des sols intermédiaires ont pu exister à mesure que se superposaient les coffres dans la nécropole. On en discerne un à l’altitude moyenne 198 m sur la stratigraphie sud (cf. fig. 10) : il n’a pas de matérialité mais les pierres alignées, en pente ouest-est, permettent de le soupçonner.

Le troisième (sol 3, altitude 198,30 m, visible sur la figure 23) est un herbage. Il a pris racine après l’incendie, formant une fine couche de terre grise, très plastique, sans doute produite par la décomposition de matières organiques (couche fia). Des tessons, des fragments de tuiles, des os et des dents de porc constellent sa surface. Il a eu une certaine pérennité.

Les grosses pierres délimitant l’aire de travail implantée ultérieurement sur ce sol par les maçons et leur premier gâchis de chaux ont recouvert et emprisonné une herbe dont les brins mesuraient plus d’une dizaine de centimètres, ainsi que des tortillons de vers de terre 27.

Le quatrième (sol 4, altitude 198,30 à 198,60 m). La surface du mortier forme elle-même un niveau de circulation. Les maçons avaient répandu suffisamment de mortier autour de la zone de gâchage proprement dite pour qu’on en trouve sur l’ensemble de la zone fouillée. Pendant l’utilisation de ce sol, le foyer 1, contenant deux monnaies, a été construit et utilisé.

Le cinquième (sol 5, altitude 198,70 m) recouvre le premier remblai (couche 4b), formé par les déchets de taille. Comme le sol précédent, son utilisation fut temporaire, et correspond à la durée du chantier de construction. Un autre foyer y est également indu, malheureusement sans monnaie. Assez ténu et incurvé au-dessus de la zone centrale de gâchage du mortier, il est plan et damé au niveau de la cuve à eau.

Le sixième (sol 6, altitude 198,80 m) est en terre battue et recouvre le cailloutis de nivellement du chantier de construction et ses remblais successifs. D’une épaisseur de deux centimètres environ, il est matérialisé à l’ouest de la fouille par une couche compacte. A l’est, il a pratiquement disparu, des altérations ultérieures l’ayant affecté (foyers, fondations d’autels). Il a pu être empierré dans l’arrondi du chœur, ainsi que le laissent penser deux dalles encore en place à ce niveau et la trace horizontale blanche visible sur le parement interne de l’abside (fig. 30).

Tracé du sol médiéval
Fig. 30 Tracé du sol médiéval. La trace est visible sur le 3e lit d'assise au-dessus du ressaut de la fondation. Observons la taille des pierres avec décor « feuilles de fougère » et les joints tirés au fer, à l'ocre rouge.
Dallage de pierres : plan.
Fig. 31 Dallage de pierres : plan.
Dallage de pierres.
Fig. 32 Dallage de pierres.

Le septième (sol 7, altitude 198,90 m) est un très beau sol dallé (fig. 31, 32), joliment patiné, semblable en tous points à ceux que l’on trouve encore dans nombre de maisons et de granges à Saint-Martin-de-Londres. Il constitue avec son lit de pose en mortier une couche d’épaisseur constante de dix centimètres. Quand les dalles sont minces, la couche de mortier est plus épaisse. Cet ensemble recouvre le sol médiéval précédant. Le mur de l’abside a été évidé simultanément à sa mise en place. Ultérieurement, des dalles ont été enlevées pour creuser des foyers avant d’être mal replacées.

Le huitième (sol 8, altitude 199,10 m, fig. 33, 34) est formé de carreaux de terre cuite, les deux rangs disposés en ligne dans la partie évidée du mur de l’abside sont les plus anciens, très dégradés, poreux, alors que les autres, peu altérés sont peu usés. La zone de terre cuite correspond à l’emprise de la fouille. De part et d’autre se trouvait un carrelage d’aspect assez moderne, beige et vert, agrémenté de petits carreaux noirs.

Sol de circulation le plus élevé qui n’existera jamais plus dans l’église puisqu’il a été supprimé lors de la restauration en 1989, il se situait au niveau de la seconde marche permettant d’accéder dans le chœur. Le contenu du remblai sous-jacent n’a d’égal que celui du dépotoir étudié dans le jardin (une trentaine de poteries, du verre, des éléments de fer, de plomb, des couverts en bois, des enduits peints, des feuillets religieux, des morceaux de statues…).

Pavement en terre cuite.
Fig. 33 Pavement en terre cuite.
Pavement en terre cuite
Fig. 34 Pavement en terre cuite (photo de l'auteur, 1989).
Foyers : plan (toutes époques confondues)
Fig. 35 Foyers : plan (toutes époques confondues), (moulage d'après plan église, Monuments Historiques).
Foyer photo foyer médiéval
Fig. 36 Foyer photo foyer médiéval.
A noter la pierre décorée en feuille de fougère ; foyer implanté sur le sol tassé du premier niveau de remblai (couche 4 B).
2.2.6. Les foyers (fig. 35) et les monnaies

Ces deux entités ont été associées car la majorité des pièces a été livrée par les sept foyers (fig. 36). Au total, 19 pièces en bronze, cuivre ou argent et, un jeton en plomb, furent retrouvés et répartis en trois séquences.

La première correspond à la mise en chantier de l’église, la seconde à des foyers incrustés ultérieurement dans le sol de circulation médiéval de l’édifice, et la dernière aux foyers creusés dans le choeur au xviie siècle.

Première séquence : foyers 1 et 2

Le foyer 1 a été utilisé au début de la construction de l’église : il est pris dans le mortier au nord de la structure de gâchage (cf. fig. 22). Le pavé cubique qui le fermait (l’étouffait ?), ainsi qu’une des quatre pierres qui le formait, était décoré en feuille de fougère, comme l’église. On y soupçonne des reliefs de repas : coquille d’œufs, d’escargots, ossements de petits et gros animaux, noyaux de fruit de micocoulier, épingles de bronze (pour les escargots ?), petits coins en fer, fragments de verre décoré, de poterie et, surtout, deux oboles melgoriennes en argent du XIIe siècle.

Le foyer 2, moins riche, présente des caractéristiques similaires : pierres taillées en feuille de fougère, débris alimentaires (fig. 36).

Seconde séquence : foyers 4, 5 et 6

Mis au jour par les ouvriers de l’entreprise de restauration qui avaient entrepris d’autres travaux après la fin du chantier de cette fouille, F5 et F6 paraissent avoir été creusés dans le sol médiéval respectivement au XIIIe siècle (deniers en argent de Raymond VII de Toulouse), et au XIVe siècle (pite tournois de Philippe VI de Valois). Ce dernier foyer correspond au foyer 4, partiellement fouillé, à la même altitude, qui a livré une monnaie du XIV siècle également (double parisis de Philippe VI de Valois).

Troisième séquence : foyers 3 et 7

Très riches en matériel, ils livrèrent tous deux des monnaies ayant cours de la fin du XVIe jusqu’au début du XVIIe siècle : beaucoup de doubles tournois et des pièces de diverses régions (Aragon, Provence, Savoie, Italie, et monnayage royal de Louis XIII).

Le foyer 3 est à destination culinaire (mouton, volatiles, escargots, poissons) et, ainsi que le foyer 5, donne de beaux verres ouvragés et des poteries décorées (fig. 37).

Verrerie du foyer 3.
Fig. 37 Verrerie du foyer 3.

III. Synthèse et conclusions générales

Après cette présentation assez exhaustive, voici notre synthèse et, en résumé, nos conclusions générales.

La nécropole a été implantée sur un substrat rocheux, vraisemblablement recouvert d’une couche de terre peu importante, alors que l’édifice religieux visible de nos jours était loin d’être sorti de terre. Un sol semblable à celui de la garrigue actuelle, voire boisé, pouvait exister en ce lieu depuis des périodes fort anciennes attestées par des éclats retouchés en silex, matériau dont les environs sont riches. Il fut, bien plus tard, occupé durablement par une petite communauté villageoise au cours de la seconde moitié du premier millénaire de notre ère 28.

A cette époque et sans doute depuis longtemps, ce lieu devait se nommer « Londres ». A l’époque celtique, Ilyn dinas, devenu la ville de Londres, désignait « la colline de l’étang » chez nos voisins anglais (A. Bescherelle, 1887). En Languedoc, loundro aurait signifié « bourbe, eaux croupissantes » (abbé Boissier de Sauvages, 1756), et les termes, « Lundras, Lundrias, Doundras » sont utilisés dans les écrits médiévaux pour caractériser notre vallon, ancien marécage aujourd’hui asséché mais encore bien souvent noyé dans la brume (fig. 38).

Le vallon de Londres Londras.
Fig. 38 Le vallon de Londres Londras.

Lors de l’implantation des lieux de culte dans le vallon, des patronymes ont été associés à ce terme : Notre-Dame en plaine et Saint-Martin sur le coteau. Des sites dédiés à Saint-Martin sont attestés dans la région depuis le Ve siècle (Saint-Martin-de-Siran – Hérault, cf. fouilles Bordenave, Revue Archéologique de Narbonnaise T. III).

Les tombes en coffre de dalles sont bien caractéristiques des époques wisigothique et carolingienne (Ph. Troncin, 1987), même si leur usage a perduré dans certains cas après l’an mil, comme le laisse penser dans notre cimetière la présence d’un pégau à la tête d’une sépulture dans le niveau le plus élevé et le moins ancien de la nécropole. Le dépôt de cet objet rend compte d’une évolution dans les rites funéraires apparue à l’époque romane. Pour chaque inhumation, un coffre en lauzes de pierre proportionné à la taille du défunt était construit. Le corps était déposé, la tête à l’ouest, regardant vers le levant, en position hiératique, les mains croisées sur la poitrine. Le coffre, fermé par des dalles, était recouvert d’argile crue et la structure noyée dans de la terre caillouteuse rapportée, le « taperas ». Le dessus de la tombe restait apparent, ainsi que le laisse supposer la présence de lauzes calcinées tombées d’un toit sur l’argile de deux tombes. En outre, la présence, dans toutes les tombes, de petits escargots nécrophages qui s’enfouissent peu profondément rend compte de la proximité du dessus des sépultures et de la surface du sol après chaque inhumation.

Par la suite, un bâtiment sans doute destiné au stockage des céréales a été implanté dans le cimetière. Le grenier a brûlé. Il devait être couvert d’une toiture de lauzes se chevauchant et scellées entre elles par du mortier. Sa combustion a été assez intense pour cuire sur une épaisseur allant jusqu’à quatre centimètres l’argile scellant les tombes qu’il a écrasées en s’effondrant. Il ne faut pas exclure que ces lauzes aient chuté de l’ancienne église aujourd’hui disparue autour de laquelle le cimetière s’était développé.

Nous pouvons simplement rendre compte de l’occupation simultanée d’un espace à caractère funéraire d’une part, économique, civil ou ecclésiastique d’autre part, illustrant bien la portée de l’aspect protecteur du claustre.

Après cet incendie, le lieu a été longuement délaissé livrant seulement quelques vestiges épars sur un sol de terre végétale en herbe. A ce moment-là, sans doute vers les Xe-XIe siècles, le remplissage formé par la nécropole et l’incendie au-dessus du substrat avait un mètre d’épaisseur.

C’est à partir de ce sol que fut édifiée au XIIe siècle la nouvelle église, traversant les niveaux précédents et sectionnant des tombes pour aller chercher l’appui des fondations sur le rocher.

Les cinq premiers lits d’assises fondés sur le rocher sont faits de pierres sommairement taillées. Ils sont installés sans tranchée de fondation et s’arrêtent à quelques centimètres de la section des tombes tronquées. Le mortier liant ces pierres contient des fragments de lauzes calcinées, prouvant la postériorité de la construction de l’église à l’incendie.

Un second mur, moins large, monté lui aussi sans grand soin (pierres juste dégrossies, mortier qui déborde), est formé de trois lits d’assises. On retrouve dans le remplissage de sa tranchée de fondation, la terre des couches traversées, et des agrégats de construction (cf. fig. 14). Il sert de support à un troisième niveau, légèrement en retrait, formé de quatre lits d’assises et d’un bandeau lui-même surmonté d’une assise taillée en biais. Les pierres de ce troisième niveau présentent, comme le reste de l’église, le décor en feuille de fougère.

Les plus basses de ces assises décorées ont été noyées par le remblai de chantier. On en a retrouvé les joints ; ils sont tirés au fer et peints en ocre rouge (identification par D. Larpin, architecte en chef des Monuments Historiques). C’est l’aspect que devait présenter l’intérieur, voire l’extérieur de l’édifice. Debout sur le sol en terre battue créé après le remblai des chantiers, on pouvait voir, en élévation, un lit d’assise supportant un bandeau décoré et les plinthes à la base des colonnettes de l’abside. Les oboles melgoriennes correspondent au style architectural de la fin du premier art roman, au début du XIIe siècle.

Ce niveau eut une certaine pérennité. Des foyers y ont été creusés aux XIII (foyer 5) et XIVe siècles (foyer 4 et 6). Ils pourraient correspondre à des phases de travaux (transformation de l’église au XIIIe siècle, fortifications de la cité au XIVe siècle). Enfin, un aménagement a sans doute eu lieu au XVe siècle, avec la mise en place du sol caladé.

Un évidement du mur de l’église s’observe dans l’arrondi du chœur. Il correspond à la mise en place de ce beau pavement (sol 7). Le sol dallé se poursuit dans cette niche. Il peut être mis en relation, sans autre certitude, avec les décisions prises lors de la visite pastorale du 7 janvier 1633, destinée à restaurer l’église après les guerres de Religion ; on y parle d’une « sacristie derrière l’autel », de la pierre d’autel (pré-romane ?) disposée « dans l’arrondi de l’abside derrière l’autel nouveau » (d’après nos mesures, cette pierre pouvait prendre place dans la niche, lui étant moins large de cinq centimètres ; précisons que ce devant d’autel a maintenant repris sa place initiale au milieu du chœur 29 et que la niche dans le mur a été supprimée). Les foyers 3 (monnaie de 1639) et 7 (monnaie de 1640) pourraient aussi dater de cette période laborieuse où les villageois sont venus se réfugier dans l’église. Ces aménagements du sol et du mur sont donc à situer dans une période allant de la fin du XVe siècle (dernière intrusion datée dans le sol médiéval) au milieu du XVIIe siècle.

Quant au dernier sol, en carreaux de terre cuite, et à son remblai sous-jacent, leur mise en place est à situer, du fait de l’aspect récent de certains vestiges (morceaux de bois, papiers imprimés) entre les grands travaux de transformation de l’église (ajout d’une troisième travée) pendant le dernier quart du XIXe siècle, et une période pas très récente de l’époque contemporaine (cuillère à soupe en bois). Rien toutefois, ne permet d’exclure totalement une datation un peu plus haute (porcelaine en usage dès le XVIIIe siècle trouvée dans le remblai).

Selon toute vraisemblance, l’église visible de nos jours date du XIIe siècle. Toutefois un petit doute subsiste et nous ne pouvons complètement exclure qu’elle fut déjà construite en 1088, ni qu’elle ait été sérieusement reprise vers 1247. Quels sont les éléments archéologiques pouvant accréditer cette hypothèse ? Peut-être une maçonnerie disposée en arrondi, située au niveau de la fondation dans l’abside nord ; les pierres en sont particulièrement bien taillées, bien réglées et pas simplement dégrossies. Elles pourraient éventuellement avoir appartenu à un édifice antérieur. Mais c’est pure conjecture ; nous sommes sans doute simplement en présence d’un appareil de fondation bien soigné. Par contre, le microsondage réalisé dans la nef, à l’entrée de l’église, près du porche (piédroit oriental) montre une anomalie curieuse la partie engagée de la colonne est suspendue, sans fondation. Seuls des blocs de pierre isolés et indépendants, sans liant, forment un tas en dessous. Nous en avons retiré quelques-uns pour nous en assurer. Ne pouvant imaginer que certains murs de cette église ne soient pas fondés, nous pouvons ici penser à une reprise ultérieure de l’élévation. Nous acceptons pour l’instant d’y voir la trace d’une réfection au XIIIe siècle, sans pour autant envisager la modification du plan de l’édifice.

En résumé, nous pouvons distinguer trois phases d’après les sondages correspondant à des séquences chronologiques, et à des événements remarquables :

  • période antérieure à la construction de l’église romane (avant la 1re moitié du XIIe siècle),
  • construction et fonctionnement de l’église romane moitié du bas Moyen Age),
  • abandon du sol médiéval et mise en place du dallage, avec rehaussement du niveau du chœur (confins de l’époque moderne).

La première phase, en relation avec un édifice religieux antérieur, est illustrée par la nécropole d’une part et la couche d’incendie liée à l’emploi des céréales d’autre part. Ce lieu de culte datable du haut Moyen Age pourrait être une petite église à chevet carré dont nous posséderions un élément monolithe taillé en dents de scie. Non localisé à ce jour, il peut se situer selon nous dans le jardin mitoyen ou sous l’église actuelle. Le cimetière, avec ses différents niveaux de sépultures, a eu une certaine pérennité. L’organisation ritualisée de la nécropole montre l’existence d’un groupe social constitué : bébé inhumé selon les rites, donc baptisé ; tombes en coffre de dalles présentant une réelle unité de construction, orientées, selon les préconisations liturgiques.

L’incendie est sans doute celui d’un bâtiment assez important pour être couvert d’une toiture de lauzes maçonnée. D’une occupation qui a pu être en partie simultanée à celle du cimetière, sa destination apparente comme grenier conforte l’idée d’une zone de sauveté, autour d’un lieu de culte préexistant. On peut y relier la structure empierrée trouvée dans le jardin du prieuré (lieu de culte, tour ou habitat). La présence d’une tour, citée au XIe siècle à côté de l’église, ne laisserait pourtant pas d’intriguer, dans une zone de sauveté. Si tel était le cas, il faudrait y voir le symbole de l’âpre confrontation que les textes relatent entre les institutions ecclésiales et seigneuriales à Saint-Martin-de-Londres, chacun faisant démolir tour à tour, au propre comme au figuré, ce que l’autre avait édifié (N.B. sur le clocher, la tour la plus récente détruite au XIXe siècle, avait 25 mètres de périmètre).

La construction de l’église romane entre 1090 et 1162, au cours de la seconde phase, a laissé une aire de gâchage du mortier, à l’emplacement du chœur, vraisemblablement durant la première moitié du XIIe siècle. Noyé par des remplissages successifs d’éclats de taille et d’un cailloutis de rivière, un sol en terre battue scelle ce niveau dont on pressent la durée par les foyers qui y furent creusés ultérieurement aux XIIIe, XIVe et peut-être XVe siècles.

La construction de l’église fut suivie de celle d’une enceinte fortifiée (fin XIIe, début XIIIe siècle), transformant un espace ouvert (avec lieu de culte, tour, cimetière et grenier au moins), en espace fermé, « le claustre » (église, maison seigneuriale, maison ecclésiale et four). Ensuite, différents travaux ont affecté l’église, tant à l’extérieur qu’à l’intérieur, pratiquement à chaque siècle.

Enfin, la troisième phase voit la pose d’un pavement soigné dans l’église (chœur). Il en modifie la vision intérieure, en rehaussant le niveau du sol pour la première fois, au début de l’époque moderne (XVe-XVIIe siècles).

Différentes reprises se succèdent par la suite, au milieu du XVIIe siècle, et jusqu’à nos jours, où la récente rénovation a consacré la suppression du sol le plus élevé.

Nous voici au terme de nos conclusions.

Si les informations issues de ces sondages sont assez importantes malgré leur taille réduite, nous restons conscients de nos incertitudes. Nous soulevons sans doute plus d’interrogations que nous n’apportons de réponses. Toutefois, ces données nous servent de canevas et orientent nos recherches actuelles. L’état de la question est posé. Nous espérons vous avoir fait partager notre âme archéologique et apprécier notre claustre. Nous serons toujours heureux de vous y accueillir et ne manquerons pas de vous tenir informé de nos trouvailles futures.

Annexe 1

Abbé J. Rouquette et A. Villemagne. Cartulaire de Maguelone (1913).

Cette transcription du Cartulaire de Maguelone présente de légères différences avec la compilation originale du XIVe siècle inventoriée par J.-C. Toureille (cf. Bulletin n° 2 du Griage). Ces lignes ont permis à J. Rouquette d’étayer une idée qui lui tenait à cœur, à savoir la reconstruction totale de l’église au XIIIe siècle.

DLIV. – 4 mai 1247

Jean de Montlaur II ordonne de rebâtir l’église de Saint-Martin-de-Londres.

Anno Dominice Incarnationis millesimo ducentesimo quadragesimo septimo, videlicet 1110 nonas maii, notum sit.. quod ego Johannes, Dei permissione Magalonensis episcopus, nostram emendantes forisfactam, emendare volumus, et mandamus quatenus corpus, id est navis, ecclesie Sancti Martini de Lundris, quod deterioratum fuerit in occasu clocherii seu fortalicie dicte ecclesie,quem vel quam dirui fecimus pro conseryanda jurisdiccione nostra et dominio, emendetur integre et plenarie reformetur ; Et ad hoc faciendum, super pedagio nostro de Matellis de Valle Montisferrandi, X libras Melgorii recipiendas quolibet anno assignamus ; et insuper XX solidos melgorienses, quos, qualibet septimana, recepimus super pedagio Sancte Crucis ; et hec tamdiu recipiantur, donec corpus, sive navis, predicte ecclesie, sine turri tamen et fortalicia, sit integre ac plenarie emendatum.

Que omnia tibi, Guiraldo Bastida scriptori nostro, nomme et pro nomine dicte ecclesie Sancti Martini stipulanti, obligantes nichilominus bona nostra comitatus Melgorii et Montisferrandi, sicut dictum est, servare promittimus bona fide.

Actum apud Villamnovam, in presencia et testimonio Bn. archipresbiteri, B. de Fisco diaconi, Bt. de Montelauro, Petri Servicialis, et mci Bernardi de Margis, dicti domini Magalonensis episcopi publici notarii, qui, mandato et auctoritate ipsius domini episcopi, hanc cartam scripsi, et signum meum apposui in eadem.

(Reg. E, fol. 190 VO).

Annexe 2

Analyse de l’acte de 1247

Abbé J. Rouquette. Revue historique du diocèse de Montpellier(1913), p. 97 et suivantes.

– ÉTUDES –

L’Église de Saint-Martin-de-Londres

Nous avons une tendance à vieillir nos églises. Celles qui, dans l’ancien diocèse de Maguelone, datent du XIe ou du XIIe siècle sont, croyons-nous, très rares. De plus, il nous paraît certain qu’il y eut dans ce diocèse, à la fin du XIIe siècle et surtout au XIIIe, une floraison magnifique, disons le mot, une école d’architecture, qui couvrit le sol d’églises romanes à abside, et dont le chef-d’œuvre est celle de Saint-Martin-de-Londres.

Jusqu’ici, les avis ont beaucoup varié sur l’époque exacte de la construction de cette dernière église du Xe au XIIe siècle (cf. Bougette, Saint-Martin-de-Londres, p. 49). Notre savant confrère a préféré le XIIe siècle.

Un acte du Cartulaire de Maguelone, qui lui a échappé, nous renseigne sur l’époque de sa reconstruction. De fait, elle fut reconstruite en 1247. Voici à quelle occasion :

Jean de Montlaur II (1231-1247) dut avoir quelque difficulté grave avec le prieur de Saint-Martin-de-Londres. Nous en ignorons le motif ; mais l’évêque, pour montrer son droit de juridiction, fit démolir le clocher et les fortifications, et l’église tomba, probablement contre les prévisions de l’évêque Quam predictam ecclesiam idem dominus Johannes, pro conservanda jurisdictione episcopatus et comitatus Melgorii et Montisferrandi, dic-itur destruxisse. Jean de Montlaur II nous apprend la même chose dans l’acte qui fut dressé pour la reconstruction de l’église : Mandamus quatenus corpus, id est navem ecclesie Sancti Martini de Lundris quod deterioratum fuerit in occasu clocherii seu fortalicie dicte ecclesie… emendetur integre et plenarie reformetur 1.

Il nous semble bien qu’il y eut destruction complète de l’église, sinon au moment de la destruction du clocher, du moins quand l’évêque en ordonna le relèvement.

Pour ce faire, Jean de Montlaur II accorda à la population dix livres melgoriennes par an sur le péage des Matelles, plus les 20 sols qu’il percevait chaque semaine sur le péage de Sainte-Croix. Les habitants de Saint-Martin devaient percevoir ces sommes jusqu’à ce que l’église fût complètement reconstruite, sans tour ni fortifications Et hec tamdiu recipiantur donec corpus sive navis predicte ecclesie, sine turri tamen et fortalicia, sit integre ac plenarie emendatum.

Ce dernier point nous paraît du plus haut intérêt pour l’archéologie. Nos églises du XIe-XIIe siècles sont fortifiées celle de Saint-Martin-de-Londres n’a jamais été faite pour porter des créneaux. Aussi Jean de Montlaur II qui, nous le disons encore, a été surpris de voir tomber l’ancienne église, très probablement fortifiée, défend de fortifier celle-ci.

Combien coûta cette reconstruction ? Elle se monta à cent marcs d’argent. Rien que ce prix indique suffisamment qu’il ne s’agissait pas d’une réparation, même importante, mais d’une véritable reconstruction. La valeur du marc d’argent, dans le diocèse, a varié entre 50 et 52 sols melgoriens. L’église de Saint-Martin-de-Londres a donc coûté de 5 000 à 5 200 sols de cette monnaie ; le sol valant intrinsèquement de 90 centimes à 1 franc, nous connaissons ce qu’a coûté à cette époque cette belle église.

En tenant compte de la valeur actuelle de l’argent, de sa dépréciation, nous pouvons conclure – et peut-être même sommes- nous au-dessous de la vérité -, que cette église – sans la tour -, a coûté de 50 à 60 000 francs.

On trouvera l’acte en entier dans le Fascicule VIII du Cartulaire de Maguelone, bientôt sous presse, et le règlement de compte dans le Fascicule XI. Nous avons tenu cependant à mentionner ce document, qui nous paraît de premier ordre pour l’étude de l’archéologie chrétienne et la généalogie de nos églises et cathédrales gothiques (voir Abel Fabre, Pages d’Art chrétien, 1re série, p. 111 et suiv.). Tandis que le gothique s’épanouissait dans le Nord, le Midi paraissait réfractaire et restait fidèle à son école. S’il empruntait le gothique aux croisés de Simon de Montfort, il ne s’en servait que pour l’intérieur de ses églises l’extérieur revêtait toujours une forme grave.

Il est curieux de constater que c’est au milieu du XIIIe siècle que l’école d’architecture du diocèse de Maguelone produisit son chef-d’œuvre. Il suffit de comparer l’église de Saint-Martin-de-Londres avec ses similaires, si nombreuses dans le diocèse

Notre-Dame de Beaulieu, Saint-Saturnin-d’Agonès, Saint-Antoine de La Cadoule, Buzignargues, Saint-Germain-de-Fournès, Saint-Bauzile-de-Montmel, etc., pour se convaincre que toutes ces églises appartiennent à la même école. Il y aurait cependant quelques subdivisions à établir : mais généralement l’abside repose sur un soubassement sur lequel se dressent des pilastres, et au sommet de l’abside on trouve la dent d’engrenage. Toutes ces églises datent du XIIIe siècle, qui fut pour le diocèse une ère de paix.

J. ROUQUETTE.

Note

   1.On voit que notre confrère, l’abbé Bougette, avait raison, quand il a fixé (pp. 52 et 53) la construction du porche et du clocher vers la fin du XIIIe siècle ou au commencement du siècle suivant.

Annexe 3

Analyse de l’acte de 1247

Abbé J. Rouquette. Histoire du diocèse de Maguelone, p. 691 et suivantes.

NOTE II

Sur l’église de Saint-Martin-de-Londres

La manie de vieillir nos églises est encore vivace dans quelques esprits ; et, parce qu’ils trouvent dans un monument comme l’église de Saint-Martin-de-Londres, des caractères architectoniques qu’ils disent propres au Xe ou XIe siècle, ils assignent cette date à la construction de cette même église. L’argument nous paraît assez fragile quand on discute un monument, sur lequel le temps a mis une patine de sept à huit siècles.

Peut-il d’ailleurs tenir contre un document authentique, qui, pour le cas qui nous occupe, fixe la construction de cette église en 1248 ? Nous ne le croyons pas. Et cet argument, tiré des caractères architectoniques, nous semble perdre sa force, quand on compare le monument actuel avec les données fournies par le Cartulaire de Maguelone. En effet, non seulement l’église de Saint-Martin-de-Londres n’est pas fortifiée, mais ne présente aucune trace de fortifications.

Ouvrons maintenant le Cartulaire de Maguelone T II, p. 633. Il est certain que l’église de cette localité, avant 1247, était fortifiée. Avait-elle une abside, ou comme d’autres églises du diocèse que nous pourrions citer, par exemple Vic, avait-elle la forme d’un quadrilatère ? Nous l’ignorons ; l’acte ne la mentionne pas.

Jean de Montlaur II, pour montrer au prieur le droit de suzeraineté des évêques de Maguelone, fit démolir les fortifications de l’église. Sous le pic des démolisseurs trop pressés ou trop maladroits, et qui probablement touchèrent au sommet des contreforts extérieurs portant machicoulis et chemin de ronde, la nef de l’église fut détériorée. Voici le texte corpus, id est navis, ecclesie Sancti Martini de Lundris, quod deterrioratum fuerit in occasu clocherii seu fortalicie dicte ecclesie.

Il est certain aussi que Jean de Montlaur II, ordonnant de réparer sa faute, défendit de fortifier l’église, et accorda aux habitants les revenus des péages des Matelles et de Sainte Croix, donec corpus sive navis predicte ecclesie, sine turri tamen et fortalicia, sit integre et plenarie emendatum.

A ces faits certains, il faut ajouter un autre texte du Cartulaire de Maguelone T. III, p. 93, qui accuse Jean de Montlaur II d’avoir détruit l’église de Saint-Martin-de-Londres : quant quidem ecclesiam idem dominus Johannes… dicitur destruxisse.

Tâchons de mettre ces textes d’accord.

L’église actuelle, nous y insistons, ne porte aucune trace de fortifications. Si donc elle avait eu une abside avant 1247, et si cette abside avait été conservée, puisque le texte ne parle que du dommage causé à la nef, les habitants cependant auraient dû en démolir les fortifications pour obéir aux ordres de l’évêque ; il en resterait aujourd’hui des traces comme à Castelnau. Or rien de tel. D’où nous concluons ou avant 1247 elle n’avait pas d’abside, ou si elle en avait une, l’abside a été démolie.

Le premier texte du Cartulaire dit que les murs seuls de la nef furent détériorés. Quand on a vu de près, comme nous à Vic, une église fortifiée, on comprend facilement comment les choses se passèrent. Sous le pic des démolisseurs le toit s’effondra, parce que, sous la poussée de la voûte, les murs s’écartèrent et perdirent leur aplomb au moins dans la partie supérieure.

Pouvait-on utiliser ces murs ? L’église pouvait-elle être réparée ? Très probablement, mais en remettant en état la partie supérieure des murs. Mais si les murs avaient été conservés dans leur partie inférieure, soit la nef, soit de l’abside, il en resterait quelques traces dans l’appareil. Nulle trace une fois encore.

Relever l’église en se servant des vieux murs, c’était conserver le souvenir d’une faute commise par un évêque de Maguelone et la rappeler aux générations futures. Quelque vague souvenir aurait survécu ; une légende même se serait formée dans le peuple. Or jusqu’au jour où nous avons publié ce document, tout le monde, même l’abbé Bougette dans sa belle Histoire de Saint-Martin-de-Londres, ignorait l’acte de Jean de Montlaur II.

Nos évêques étaient d’ailleurs intéressés à en effacer tout souvenir. Ils le firent et grandiosement. A notre avis les murs anciens furent rasés et sur un plan nouveau s’éleva une nouvelle église, grâce à la générosité de nos évêques.

Il nous paraît donc impossible d’admettre que cette belle église, qui forme un tout admirable, remonte au-delà de l’époque que lui assignent nos actes. Nous la devons à Jean de Montlaur II qui, deux ou trois jours avant sa mort, signa l’ordre de sa reconstruction après avoir ordonné de la démolir quant ecclesiam dominus Johannes… dicitur destruxisse.

Bibliographie

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Notes

1.Je dédie cet article à Monsieur Chr. Llinas, mon ancien directeur de recherches, Professeur à l’université Paul Valéry à Montpellier, ainsi qu’à Robert Saint-Jean, avec qui nous avions bien débattu sur le sens à donner à certains documents archéologiques mis au jour pendant les fouilles. Il avait eu la courtoisie de venir en parler sur le chantier à l’église et, par la suite, l’obligeance de dater les monnaies découvertes.

2.Au cours de cette élégante restauration nous avons pu apprécier le débitage des pierres à partir des blocs rocheux extraits dans la garrigue à proximité de la carrière médiévale, et surtout le geste des tailleurs qui les façonnaient et y exécutaient le décor en « feuille de fougère » ornant tout l’édifice. Le vœu émis en 1909 par l’abbé Émile Bougette dans son ouvrage Histoire du Pays de Londres (p. 272) fut ainsi exaucé : « Un jour viendra où ce monceau de marbre (les autels) et de boiseries de toutes sortes sera enfin enlevé et le monument reparaîtra dans la pureté de ses lignes ». Réédition augmentée en fac-similé. Foyer Rural. Saint-Martin-de-Londres (1991), avec présentation de Messieurs Étienne Souche, l’abbé Gérard Alzieu, Jean-Claude Richard et Bernard Jamme.

3.Fouille de sauvetage. Grâce à la participation bénévole des Saint-Martinois aux travaux de fouille, le substratum assez profond a pu être atteint en respectant le délai imparti (cinq semaines). Qu’ils en soient vivement remerciés.

4.Pour des raisons historiques et coutumières, nous utiliserons, si le lecteur nous accorde cette faveur, le terme ancien de « claustre au masculin, pour désigner l’enclos de Saint-Martin dans cet article. En effet, cette forme, obsolète par ailleurs, est couramment usitée à Saint-Martin-de-Londres. Elle s’entend souvent dans le parler local, comme elle se lit dans les écrits de toute sorte, à travers les expressions « Plan du Claustre » et « Plan de Claustre », pour indiquer l’espace jouxtant l’enclos au nord.
Encore utilisée dans les textes du XVIIe siècle, au féminin, « la Claustre » devient « la Clastre » au siècle suivant. En occitan, Claustra puis Clastre se trouvent au sens de « presbytère » (Hamlin, 1988). Au demeurant, « La Clastre » existe aussi à Saint-Martin-de-Londres. Elle désigne une colline couronnée d’un mur formant enclos avoisinant une carrière et un petit village médiéval aujourd’hui ruiné.
Au XIXe siècle, « le Claustre » (varia « le Clostre ») ne désigne plus que l’élément architectural préfigurant le sens moderne du « claustra », paroi ajourée (A. Bescherelle, 1887).

5.Selon K. Pawlowski (Des circulades languedociennes de l’an mille, naissance de l’urbanisme européen, Montpellier 1992) « Quelquefois, le château est accompagné d’une chapelle ou d’une église, ou bien, plus rarement, c’est l’église qui constitue le point central de l’agglomération. Ce denier résulte cependant, souvent du transfert du château et de son remplacement par le lieu de culte Il précise toutefois, accréditant les conclusions présentées au congrès : « quant aux localités dont la toponymie indique une origine ecclésiastique, l’église y fut probablement l’amorce de l’ensemble urbain ».

6.Je remercie ici M. Alain Chartrain, conservateur au Service Régional de l’Archéologie, pour les idées qu’il apporte à notre réflexion sur le claustre.

7.Fouilles menées par l’archéologue Claude Raynaud (C.N.R.S.). Le fossé mis au jour a environ deux mètres de large. L’église, le terroir (1989), p. 111.

8.Hormis les faits princiers et ecclésiastiques, la vie quotidienne des populations, sous ses aspects sociaux, économiques et techniques nous échappe largement. Les sources écrites sont assez rares et les fouilles encore plus, même si les sites existent. Souvent, les implantations au milieu du Moyen-Age se font sur d’anciens sites romains, nous laissant perplexes devant le hiatus chronologique entre les Ve et Xe siècles environ. Le cas est illustré à Montpellier, au cimetière Saint-Côme et Saint-Damien où l’implantation de la nécropole au milieu du Moyen-Age se fit à l’emplacement d’un cimetière romain : les premières tombes médiévales étaient comblées par de la terre renfermant du matériel résiduel essentiellement romain. (Confère fouilles de J.-C. Hélas 1981-1983 et Ph. Troncin, mémoire de maîtrise 1987 p. 210). De fait, nous restons aussi muets sur cette période du haut Moyen-Age que nombre de livres d’histoire. Quelques fouilles bien ciblées permettraient cependant d’écrire quelques nouvelles pages.

9.Source documentaire Abbé J. Giry, « Les vieilles églises à chevet carré de l’Hérault ».

10.A Saint-Martin, l’église présente ces particularités ainsi qu’un plan tréflé, unique en Languedoc et peu fréquent en France (dans l’Ariège à Vernaux, en Charente à Marignac et dans le Lot et Garonne). L’on rencontrera aussi ce plan en Lombardie (San-Pietro-di-Civate, près de Côme) et en Catalogne (Abrera, Saint-Pierre-de-Ponts, Saint-Saturnin de Tabernoles, Saint-Martin-de-Brulh). Cet inventaire n’est pas exhaustif.

11.Dans Languedoc roman, éd. Zodiaque « l’art roman en Languedoc méditerranéen» p. 18.

12.« Cet effet décoratif peut être obtenu en tournant de 45 % chaque pierre d’un même niveau d’assise. Ainsi disposées en biais, les arêtes obtenues dessinent un cordon dit « en dents d’engrenage » particulièrement favorable aux jeux d’ombre et de lumière.

13.Cartulaire de Gellone f° 206.

14.Cartulaire de Gellone f° 126.

15.Cartulaire de Gellone f° 123.

16.Cartulaire de Gellone f° 206.

17.Le premier texte a été retrouvé par ma collaboratrice B. Petit chargée de la recherche bibliographique pendant le chantier.
La traduction du texte latin par l’abbé J. Rouquette fut confirmée gracieusement par l’abbé G. Alzieu, archiviste à l’évêché. Le second texte fut trouvé ultérieurement par un membre de notre « Cercle Archéologie et Histoire », S. L’Hostis, dans le cadre de ses recherches professionnelles pour la rédaction d’un guide touristique et culturel sur la région de Londres. Qu’ils en soient gratifiés. Le lecteur pourra juger en annexe l’intérêt des arguments de l’abbé J. Rouquette. Une reprise et une nouvelle traduction de l’ensemble des documents originaux est actuellement menée par des spécialistes et pourrait orienter des recherches archéologiques ultérieures. Des membres de ce groupe de travail auquel nous appartenons se réunissent sous l’égide du GRIAGE. Le Groupe de Recherche International sur Aniane et sur Gellone a été créé en 1995 à l’initiative de J.-C. Richard (CNRS).

18.Au Moyen-Age, cette route passait au pied du pic Saint-Loup, dans le vallon de Londres. La route moderne a été ouverte par Louis XIV, pour des raisons militaires.

19.Sigle : NGF (Nivellement Général de la France) ; les deux niveaux Ode la fouille (dans le jardin et dans l’église) ont été rattachés au niveau NGF par 1’A.D.A.L. (Association pour le Développement de l’Archéologie en Languedoc), avec Messieurs Th. Janin, G. Marchand et D. Paya.
Sigles : Fragt, SQP, SJF, oxy et red. ; les poteries de Saint-Quentin fournissent des repères chronologiques pour le bas Moyen Age, cf. J. Thiriot (1983), celles de Saint-Jean-de-Fos n’apparaissant qu’à l’époque moderne cf. J.-L. Vayssettes (1988). Pour simplifier, et surtout parce que nous disposons de peu d’informations bien que le cadre des recherches futures soit posé, cf. Cathma (1993), nous considérerons que les pâtes à cuisson réductrice (de couleur grise) sont pratiquement les seules après la fin de l’empire romain et qu’elles disparaissent peu à peu à partir de la fin du haut Moyen Age, au profit de pâtes à cuisson oxydante (de couleur rouge).
La substitution se fera successivement, dans la région de Montpellier, en faveur des céramiques présentant des pâtes oxydantes sans engobe, produites localement, non glaçurées (jusqu’au XIIe siècle environ), puis glaçurées (à partir du XIIe siècle) ; apparaissent ensuite les poteries d’importation, d’Uzège (type SQP), sans engobe mais avec glaçure (XIIIe siècle environ) et d’Espagne (Majoliques) avec engobe et glaçure (XIVe siècle environ). Enfin, ce qui reste de fabrication à cuisson réductrice est confronté à l’époque moderne (à partir du XVe-XVIe siècles) aux productions de pâtes engobées et glaçurées (type SJF), cf. Ph. Troncin (1987) et (1989).

   20.Voici donc le contenu du dépotoir du curé (couche 2) :
— Dépotoir moderne.
a) Céramique :
1 tasse faïence émaillée blanc avec filets horizontaux argentés,
1 assiette de même fab. en Sarreguemines (Digoin),
1 assiette plate à décor géométrique cordeau imprimé sur le marli ; marque de fab. Céranord-Siamard, illustré d’un cygne,
1 rebord de plat creux avec motifs foliacés en relief sur marli,
1 poêlon à pâte rouge vernie, fab. Vallauris : J. Isoard 16,
1 manche de poêlon, idem,
3 fonds de deux pots vernis beige,
1 bol émaillé beige.
b) Verre :
1 bol rose translucide,
2 culs de bouteilles moulés, marque : DB,
1 pied de verre rond avec rang de perles,
1 pied octogonal,
1 panse de bouteille ou de verre lampe à pétrole avec inscription,
1 goulot bouteille transparent,
2 flacons moulés,
4 fragments dépolis, à cannelures et motifs,
1 fragment verre plat (vitre),
1 fragment « sandwich », ext. jaune, translucide, int. blanc, opaque.
c) Métal :
1 boîte cylindrique sertie en aluminium,
1 casserole émaillée bleu marine, int. Blanc,
1 écumoire émaillée bleu ciel, int. Blanc,
1 paire de ciseaux en fer,
1 socle en fer,
3 couvercles enroulés de boîte de conserves,
1 pivot en fer.
d) Ossements :
1 coquille de moule, un os de volaille.
e) divers :
1 anneau en os.

   21.Au vu des travaux d’Aline Durand, le vocable de Saint-Martin est attesté dans la région proche à Carcarès, commune de Gignac (Hérault), dans un acte de 972, et à Valderonès, commune de la Boissière (Hérault) vers 830-838. On peut donc accepter l’idée que la première église dédiée à Saint-Martin-de-Londres date de l’époque carolingienne. L’abbé Giry, quant à lui, pense que les dédicaces à ce saint apparaissent dans la région dès le Ve siècle (Saint-Martin de Tours a vécu au IVe siècle et les églises qui lui sont dédiées sont nombreuses ici).

   22.Nous avons de bonnes raisons de croire que la destruction de sépultures était admise au Moyen Age, à travers les écrits de Guillaume Durand, évêque liturgiste de Monde (Lozère) au XIIIe siècle, cité par Ph. Ariès (1977) et M. Collardelle (1983). Ph. Ariès pense « qu’une tombe violée n’est pas profanée si elle reste en terre d’église ». Il précise aussi : « les auteurs ecclésiastiques répétaient que la puissance de Dieu était aussi capable de reconstituer les corps détruits que de les créer ». Le crâne semble par ailleurs l’élément essentiel à préserver, notamment en cas de réutilisation de sépultures déjà occupées, les autres parties du corps pouvant être réduites sans que cela nuise à la protection dont bénéficiait le défunt, ni à sa garantie de résurrection future.
Le phénomène est attesté d’une part, en fouilles, où l’on retrouve plusieurs crânes à l’intérieur d’une même tombe, dès le Ve siècle dans l’Hérault, à Lunel-Viel – fouille Cl. Raynaud -, vers l’an 600 dans le Gers, à Beaucaire sur Baïse – fouille M. Larrieu -, au VIIIe siècle dans l’Isère, à Roissard – fouille M. Collardelle -, et d’autre part, a contrario, par Guillaume Durand : « le corps ou quelques membres mis en terre sans la tête ne constitue pas un lieu consacré par la religion ».
L’hypothèse de la construction d’une nouvelle église dans un cimetière antérieur est donc envisageable.

   23.Un pégau est un récipient globulaire en terre cuite. On suppose que pégau vient de « pègue », argile crue qui colle. Cette forme peut présenter une anse et un bec verseur dit pincé (comme nos cruches modernes) ou ponté (le bec est percé en-dessous du rebord de la poterie, comme un petit goulot).

   24.La présence d’une poterie traduit une évolution des habitudes funéraires. En effet, l’absence d’objets est la règle depuis l’origine des rites chrétiens, privant ainsi les archéologues de précieux éléments de datation. Sylvain Gagnères situe quant à lui cette première manifestation au XIIe siècle, grâce aux fouilles provençales beaucoup plus développées qu’en Languedoc pour ces périodes.

   25.Nous avons aimé, le temps d’un instant – mais cela reste à la discrétion du lecteur – attribuer cette anomalie et ces ossements à ceux de la chèvre de la légende, encore bien vivace, que d’aucun ici vous rapportera en ces termes : « il y a bien longtemps, une chèvre tomba dans un aven, mais elle ne put en ressortir. Elle chercha alors une autre issue mais se perdit jusqu’à aboutir sous le chœur de l’église. Elle s’y trouve toujours bloquée : on le sait, puisqu’elle appelle encore afin que l’on vienne la délivrer ! Chacun de nous peut l’entendre, s’il y prête attention et, à condition bien sûr, de se trouver dans l’église au moment où ses bêlements y résonnent ».
Précisons, pour la bonne bouche, que les pentes de Saint-Martin sont en effet riches de leurs avens. Le dernier en date (qui est aussi une première… de nos camarades spéléo – section Saint-Martinoise du C.L.P.A.), découvert récemment à proximité de l’église, présente quand même un développement souterrain de 80 mètres ! Toutefois, les inventeurs n’y ont rencontré âme qui vive.., même caprine…

   26.Eric Crubézy (C.N.R.S.) a bien voulu se charger de l’identification de ce squelette particulier (adulte complètement prélevé). Age supérieur à 50 ans (synostose S4 du crâne).
Pathologie : arthrose +++, arthrose condylienne, fracture du crâne consolidée, anomalie costo-vertébrale droite, paradontopathie dentaire, tartre +++, ossification du corps et de la grande corne de l’os hyoïde, et larynx ossifié. Perte ante-mortem de la deuxième molaire inférieure gauche, molaire 1 inférieure droite avec alvéolyse (kyste apical fistulisé anciennement)… A l’évidence la vie n’était pas simple pour tout le monde…

   27.Seule la chlorophylle avait disparu, les touffes couchées sur le sol, présentaient donc un aspect blanchâtre et translucide semblable à celuides prairies quand elles réapparaissent à la fonte des neiges. La décomposition ayant repris instantanément lors de la dépose du mortier qui avait dû par ailleurs stopper des gaz rémanents, nous avons dû interrompre la fouille quelques instants afin de laisser se dissiper ces odeurs. Les tortillons de vers de terre n’avaient quant à eux pas été écrasés par les pierres, grâce aux irrégularités du sol. Leur terre, encore malléable, leur donnait un aspect frais et récent : nous nous attendions à tout instant à voir se faufiler un lombric sous nos truelles !

   28.Le vallon de Londres était également apprécié pour ses bancs de calcaire lacustre, depuis la préhistoire. D’après les recherches de G. Vignard, géologue, ils ont donné nombre de pierres dolméniques déplacées sur des distances assez importantes, et, à l’époque carolingienne, fourni des matériaux destinés aux sculptures de l’abbaye de Gellone (Vignard, 1994).
De nos jours ce patrimoine est soumis à une intensive exploitation. Cette belle région, fort appréciée par les citadins et les nombreux estivants pour son histoire, son cadre naturel et les activités en découlant, devient complètement mitée par les monstrueuses béances que sont les carrières. Elles affectent irrémédiablement le potentiel environnemental. Il nous paraît éminemment regrettable d’amputer ainsi des ressources économiques, touristiques indéfiniment renouvelables.

   29.La cérémonie de consécration de ce nouvel autel a eu lieu le samedi 16 mars 1996 en présence et sous la présidence des autorités ecclésiastiques, préfectorales et territoriales.