A propos des anciennes foires de Ceilhes (16e-18e siècles)
Introduction
Notre titre peut paraître ambitieux s’agissant d’une commune qui ne compte plus guère que quelque 400 habitants recensés, même si, à la belle saison, cette population se trouve depuis peu quadruplée. Certes, il ne saurait être question de comparer ici, même de loin, les anciennes foires de Ceilhes à celles, exceptionnelles, de Pézenas ou de Montagnac, les plus célèbres de la région, que nous évoquerons plus loin.
Il n’empêche que ces manifestations ont cependant joué, dans la haute vallée de l’Orb et ses confins rouergats, un rôle appréciable et qu’elles méritent de retenir notre attention dans le cadre de l’histoire locale.
En effet, à travers elles, nous pouvons discerner, au fil des siècles, un peu de la vie économique et de la sociologie, d’abord de la paroisse et de la communauté d’habitants, puis de la Commune.
Nous rencontrons même, à plusieurs reprises, la mention d’un ancien marché à Ceilhes. Il est de fait, pour aussi surprenant que cela puisse paraître aujourd’hui, qu’il y eut, au moins depuis la fin du 16e siècle, un marché hebdomadaire en ce lieu. Il fut d’ailleurs confirmé à la Révolution.
Signalons enfin, dès à présent, que, si l’on se réfère à la terminologie que la jurisprudence administrative a dégagée pour distinguer les foires, les marchés à bestiaux et les marchés, les foires de Ceilhes ont participé à la fois de ces trois types de manifestations, comme il est arrivé généralement en milieu rural, et ont évolué entre ces types dans une mesure que nous essaierons de mettre en évidence au cours de la dernière partie de cette étude.
Foires et marchés sous l'Ancien Régime
Les marchés, puis les foires, furent des créations spontanées engendrées par les besoins d’échanges et favorisées par des circonstances favorables. Ils furent entérinés ensuite par des autorisations seigneuriales. Mais, avec Philippe le Bel (1268-1314), la couronne reprit directement cette prérogative à son compte. Aux foires féodales succédèrent les foires royales 2.
En Languedoc, les foires et marchés apparaissent au 12e siècle, avec la renaissance économique et la circulation accrue des hommes et des marchandises ils se développèrent au siècle suivant. Au moins au début, ici comme ailleurs, il est bien difficile de distinguer entre les foires et les marchés. Toutefois, dans le processus décrit plus haut, il est certain que, plus réduits quant au nombre des vendeurs, des acheteurs, de la variété et de la quantité des produits, les marchés ont précédé les foires, ces dernières supposant un concours plus nombreux et plus solennel de participants et la présence de « marchands » proprement dits.
J. Combes et L. Dermigny 3 ont particulièrement étudié les foires de Pézenas et de Montagnac. Elles avaient une très grande importance et devinrent, au milieu du 14e siècle, des foires générales au même titre que celle de Beaucaire, leur concurrente en Languedoc méditerranéen. Jouissant de franchises et de privilèges royaux, elles étaient sur le même pied que les fameuses foires de Champagne ou celles du Lendit, à Saint-Denis près de Paris. Elles éclipsèrent toutes les autres foires de la région, même celles qui leur étaient antérieures, comme, par exemple, celles de Lodève ou de Béziers.
Cependant, à côté de ces manifestations exceptionnelles, il y avait le tissu dense de toutes les autres qui, malgré leur importance moindre, représentaient, à tous égards, des institutions de grand intérêt.
Comme pour les autres droits régaliens, la reprise en mains des foires par la couronne ne se fit pas sans mal. Relevons, par exemple, à l’article 12 de l’acte de Charles V du 8 Mai 1372 concernant la « conservation » des droits royaux dans la ville et baronnie de Montpellier, qu’« au roi appartient seul et pour tout le royaume, et non à autre, d’octroyer toutes foires et tous marchés ». Cette affirmation est symptomatique des difficultés rencontrées dans la recherche d’un nouvel équilibre politique.
Avec le déclin de la féodalité, amorcé au 15e siècle, les aspirations populaires tendirent naturellement au développement de l’économie et, en particulier, à la multiplication des marchés et des foires. Mais l’on sait qu’en sens inverse, soupçonneuse à l’égard des oligarchies municipales qu’en fait elle avait pourtant contribué à créer face aux seigneurs (en Languedoc, c’était les consulats), la royauté renforçait peu à peu son contrôle par l’intermédiaire de ses officiers. Il en résulta, pour les foires et marchés, divers règlements tels que, par exemple, l’interdiction de les tenir les dimanches et fêtes, l’interdiction des jeux de hasard, etc. 4
Toutefois, dans le cadre des privilèges accordés et confirmés par les souverains successifs en faveur de la Province, la liberté du commerce figure en bonne place. A cet égard, bornons-nous ici à noter les lettres données par Charles VIII à Chinon au mois de mai 1488. Après bien d’autres règlements de même inspiration, elles accordaient la permission de tenir librement des foires dans toutes les villes du pays de Languedoc « pourvu que ce ne soit à semblable jour les unes des autres » 5.
Foires et marchés de Ceilhes
Étant donné sa situation géographique, à la limite du Languedoc et au seuil du Rouergue, dans un site de vallée aéré, il était naturel que, malgré la difficulté des communications à travers les montagnes circonvoisines, le village de Ceilhes devint de bonne heure un centre rural d’échanges commerciaux entre, d’une part, en Rouergue, les régions de Belmont et de Camarès, les vallées de la Nuéjouls, du Dourdou et de la Sorgue, les prolongements du Larzac méridional à l’ouest de l’Escandorgue et, d’autre part, en Languedoc, la haute vallée de l’Orb et les vallées du Graveson et de la Mare.
Au 17e siècle, neuf chemins principaux rayonnaient du village ou de ses abords immédiats :
- vers Joncels et Lodève, par le « pont de Ceilhes » sur l’Orb ;
- vers Cénomes, Laroque et au-delà ;
- vers le Mas de Meaux, par le fond ouest de la plaine de Bouloc ;
- vers Saint-Affrique, par le barri des Aires ;
- vers Rocozels, par le même barri ;
- vers La Blaquière et Salvagnac, par le barri de la Fabrègue ;
- vers Montpaon, en franchissant le ruisseau de Jure, le plateau de Tesseyére et le « pas de Ceilhes », sur la Muse devenue la Vérène, en Rouergue ;
- vers Avène, par le château de Bouloc et la rive droite de l’Orb, au fond ouest de la plaine ;
- vers Rouvignac, par le flanc nord de Monredon, face au village 6.
Ces chemins n’étaient que des chemins muletiers ou, au mieux si, rarement, ils étaient carrossables, de piètre qualité, au moins jusqu’au 18e siècle, même si trois d’entre eux conduisaient respectivement à Lodève, à Bédarieux et à Saint-Affrique, les plus importantes villes voisines. Le « pont de Ceilhes » (actuellement dit « pont de la chapelle ») sur l’Orb, à quelque 600 mètres en amont du village, était le premier depuis la source de la rivière et il n’y en avait pas d’autre jusqu’à Avène, à 8 km en aval. Partout ailleurs, on traversait à gué, quand la rivière n’était pas trop grosse. Dans les relations avec Lodève, malgré le pont sur l’Orb, par temps d’orages, les difficultés étaient très grandes en l’absence de pont sur le ruisseau du Lamalou, à quelques dizaines de mètres de là. Il fallut attendre la fin du 19e siècle pour qu’il y fût remédié…
Cependant, malgré leur précarité, les chemins de Ceilhes n’étaient pas négligés dans les relations entre le Languedoc et le Rouergue. Mais ils étaient moins prisés que les liaisons Béziers-Brusque, par Saint-Gervais, ou Lodève-Millau, par Saint-Pierre et le Caylar. En 1693, pour le transport, essentiel à l’époque, du sel de Peccaïs, un arrêt du Conseil d’État avait interdit aux voituriers la route d’Albi et, parmi les trois itinéraires recommandés, deux passaient par Ceilhes, venant de Béziers par Bédarieux, l’un vers Saint-Affrique, l’autre vers Fayet et le Pont-de-Camarès 7.
⁂
Comme ailleurs, des marchés primitifs existèrent sans doute de bonne heure à Ceilhes bien que les documents fassent défaut. Toutefois, à la date du 17 des calendes de décembre 1261 (15 novembre), les archives féodales mentionnent une sentence arbitrale rendue entre, d’une part, Salomon de Faugères et Astulphe de Rocozels, coseigneurs et, d’autre part, les syndics et habitants de Ceilhes à propos des leudes 8. C’est donc qu’il y avait alors une circulation de marchandises auxquelles ces taxes étaient appliquées.
Quant aux foires locales, le premier acte connu de nous n’apparaît qu’à la fin du 16e siècle. Mais il est permis de penser, compte tenu du contexte général, que l’origine de ces manifestations commerciales est largement antérieure. A titre de références, signalons, par exemple, que, non loin de là, dès le 13e siècle, une foire apparaît à Lodève pour la Saint-Genès (25 août), une autre au Caylar pour la Saint-Luc (18 octobre) et qu’au 14e siècle deux foires sont mentionnées au Pont-de-Camarès, l’une le 6 août, fête de la Transfiguration, l’autre le 18 novembre, octave de la Saint-Martin 9.
On le voit, les jours de foire étaient fixés en fonction des fêtes religieuses, vraisemblablement pour conjuguer l’éclat des unes et des autres et faciliter l’affluence peut-être aussi pour donner aux populations encore frustes des repères commodes dans la suite des saisons. Il est certain qu’à l’origine il y eut coïncidence. Mais, par la suite, à partir du 16e siècle, sans abandonner pour autant ces références, il fut prescrit, nous l’avons déjà vu, que, lorsque les foires ou marchés se rencontraient les dimanches et fêtes, ils devaient être remis au lendemain. Sans doute avait-on constaté que l’atmosphère débridée des foires se conciliait mal avec des manifestations religieuses. Par ailleurs, le travail était interdit les dimanches et fêtes. Toutefois, à Ceilhes, rien ne permet de dire si ces prescriptions furent respectées.
Quoi qu’il en soit, c’est au mois d’avril 1597 que, par lettres patentes, Henri IV institua ici quatre foires annuelles et un marché hebdomadaire. Ce nombre, important, serait surprenant s’il ne s’agissait que de créations. En fonction des considérations déjà exposées, nous croyons plutôt qu’il s’agit de la consécration d’un état de fait antérieur remontant à la période féodale et, peut-être, en même temps de son extension 10.
Le marché, encore plus probablement préexistant, était fixé au lundi de chaque semaine « pourvu qu’il n’y ait ledit jour aucun marché à quatre lieues à la ronde », ce qui donne une idée du rayonnement prévisible ou constaté. Quant aux foires, elles devaient être tenues « le 3 février, jour et fête de Saint-Blaise le jour de la fête des âmes de la Pentecôte ; le premier septembre, jour et fête de Saint-Gilles et le 25 novembre, jour et fête de Sainte-Catherine ».
Le choix de ces dates était donc bien en rapport avec des considérations religieuses. Dans le cas particulier celles-ci étaient même locales pour trois d’entre elles, ainsi que nous allons le montrer.
Saint-Blaise (Blaise de Sébaste), martyr du 4e siècle, patron des cardeurs, peigneurs de laine et tisserands, était certainement vénéré à Ceilhes où ces métiers étaient fortement représentés sous l’Ancien Régime. Jusqu’à une époque très récente, sa fête a d’ailleurs donné lieu, dans le village, à une manifestation, à la fois chrétienne et profane, liée à une légende locale. Dans l’église paroissiale, une chapelle lui était consacrée.
Nous n’avons pu trouver le sens exact de la fête « des âmes de Pentecôte », même auprès des sources ecclésiastiques les plus autorisées. Il est néanmoins notoire que la fête de la Pentecôte, introduite en France par le concile d’Arles de 1260 et étendue à toute l’Église en 1324, devint très importante pour la chrétienté. D’après la suite des documents consultés, cette foire se tenait le lundi de la Trinité, soit le deuxième lundi après le dimanche de la Pentecôte.
Saint-Gilles, patron des pêcheurs et des mères, jouissait d’une grande popularité au Moyen Age. Il était souvent associé à Saint-Blaise, ce qui déjà pourrait expliquer sa référence ici. Mais, sur le plan local, il faut peut-être rappeler aussi que l’établissement des Templiers (puis des Hospitaliers) des Mayonnettes, fondé en 1147 sur la terre de Rocozels, dépendait de la puissante commanderie de Sainte-Eulalie-du-Larzac (aujourd’hui Sainte-Eulalie-de-Cernon) qui relevait elle-même du Grand-prieuré de Saint-Gilles et que Saint- Gilles avait été précisément fondé, au 8e siècle, sous le vocable de ce saint qui, retiré en ce lieu, y était mort à cette même époque.
Quant à Sainte-Catherine, il s’agit de la légendaire Catherine d’Alexandrie, la plus célèbre, très populaire en France à partir du 11e siècle, patronne des jeunes filles, des charrons, des meuniers et des fileuses. Au moins à partir du 16e siècle, elle tint, à Ceilhes, une place de choix. En effet, dans son testament en 1499, le prieur Jacques Nicolay avait fondé, dans l’église paroissiale, une chapelle dont il avait fait patron le seigneur d’alors, Jean de Rocozels. Ce fut la chapelle Sainte-Catherine qui allait devenir désormais le principal lieu de sépulture seigneurial. La dernière descendante des Rocozels, arrière petite-fille de Jean, qui fonda, en 1598, la branche des Rosset-de-Rocozels, se prénommait Catherine, comme l’une de ses tantes.
On le voit, les arguments ne manquaient pas à la fin du 16e siècle pour que ces quatre dates soient choisies.
Les lettres de Henri IV spécifiaient que tous les marchands pourraient, aux foires de Ceilhes, « troquer et changer toutes sortes de marchandises licites et non prohibées » et qu’ils jouiraient « des droits et autres libertés ainsi qu’il est accoutumé de jouir aux autres foires du pays de Languedoc ».
Le 6 octobre suivant, devant Me Pierre Rouch, notaire royal de Ceilhes, intervint une transaction aux termes de laquelle les consuls consentaient à ce que le seigneur obtint du roi la permission de lever un droit de leude hors des murs de la ville sur tous les marchands qui fréquenteraient les foires ainsi établies 11. Enregistrant cet acte, le sénéchal de Carcassonne et de Béziers, dans une sentence du 12 décembre 1597, permit au seigneur du Caylar 12 « de faire bâtir bans et étaux pour servir aux marchands » 13.
En février 1696, luttant encore contre les foires et marchés d’origine douteuse et, en même temps, soucieux de finance, un édit royal confirme à perpétuité les particuliers et communautés qui jouissaient de foires dans la possession et jouissance de celles-ci moyennant le paiement de sommes graduées suivant l’ancienneté des titres produits. A cet égard, la communauté de Ceilhes était au rang des moins taxées puisqu’elle justifiait d’une possession centenaire. D’après le barème établi, elle dut donc payer seulement une année de revenus 14.
Pour la période 1687-1691, les archives départementales nous apportent, bien que trop brièvement, des informations sur les foires et marchés de Ceilhes. Il s’agit du dénombrement de la communauté en 1688, signé par les consuls François Dalby et François Rossignol et les conseillers politiques Jean Nayrac, Jean d’Arnoye et Jacques Martin.
Ce document ne laisse plus apparaître que deux foires, celles de février (Saint- Blaise) et de novembre (Sainte-Catherine). Il est précisé que le marché du lundi « est négligé depuis quelque temps » et que, pour servir à sa tenue, « il y a certains porches à l’entour de la place, lesquels (porches) ne peuvent être fermés par ceux qui occupent le dessus ». Ces porches existent encore 15.
Le déclin, à Ceilhes, des foires et du marché hebdomadaire, coïncide, à cette époque, avec un phénomène plus général. En effet, le 17e siècle se caractérisa, d’abord, par des créations nombreuses dues à la politique de Colbert et par une tendance à la dispersion des foires. Mais, à la fin de ce même siècle, après la mort de Colbert en 1683, leur déclin s’amorça du fait de l’amélioration des communications, du développement du commerce permanent et aussi des guerres, des troubles intérieurs, de la révocation de l’Édit de Nantes en 1685 et du mauvais état des finances.
Quant aux marchés, on a pu signaler ailleurs leur désaffection comme une conséquence des recrutements forcés qu’on y pratiquait et qui étaient évidemment de nature à raréfier l’affluence des hommes susceptibles d’être ainsi enrôlés. Toutefois, rien ne nous permet de dire qu’à Ceilhes, en ce fin fond du Languedoc, cette explication puisse être retenue. Nous pensons plutôt au résultat des causes que nous venons de signaler à propos des foires.
Au siècle suivant, la décadence générale des foires se confirma. On l’attribue au développement progressif des transports qui permettait aux marchands de se fournir directement auprès des producteurs, aux fabricants d’envoyer leurs échantillons, enfin aux colporteurs et marchands ambulants de se multiplier tout au long de l’année, malgré l’opposition du commerce établi.
Sous l’influence des économistes et des philosophes, l’administration du royaume prônait le libéralisme vers la fin de l’Ancien Régime. Favorable aux marchés et à la diffusion du commerce, on en était toutefois venu, malgré les nombreuses demandes de créations de foires appuyées par les intendants, à considérer que celles-ci étaient nuisibles du fait qu’elles constituaient des « occasions perpétuelles de distraction, de dépense, d’ivrognerie et de querelles » et qu’elles entraînaient « une perte de temps et de dépenses qui ne (pouvaient) qu’être onéreuses aux habitants ». 16
Par ailleurs, sur le plan politique, on ne voulait pas faciliter les rassemblements importants qui, en cette période d’effervescence des esprits, risquaient de gagner les populations rurales aux idées de réforme.
Et pourtant, à l’inverse de ce processus général, nous constatons d’après un document de 1770 qu’à Ceilhes les quatre foires se tiennent à nouveau 17. Outre celles de février et de novembre, qui sont signalées comme étant les plus importantes — ce qui a été toujours le cas — il est fait mention d’une foire huit jours après la Pentecôte et d’une autre « le lendemain de Notre-Dame de Septembre ». Celle-ci avait donc remplacé, à quelques jours près, la foire de Saint-Gilles.
La référence à la fête de la Nativité de la Vierge peut s’expliquer à Ceilhes par de multiples raisons locales. En effet, au 16e siècle, avait été fondée, au voisinage immédiat du village, la chapelle Notre-Dame de Pitié, liée à une légende. Par ailleurs, l’église-mère de la région, Saint-Martin des Ubertes (alias : des Hubertes), dont l’existence sur la terre de Rocozels est attestée depuis au moins le 10e siècle 18, contenait, jusque vers le milieu du 17e siècle, une statue de la Vierge (Notre-Dame des Ubertes) qui faisait l’objet d’une vénération particulière et même de pèlerinages. C’est, d’ailleurs, pensons-nous, à ce fait qu’il faut attribuer le nom de « Notre-Dame » donné au col qui, non loin de là, marque la limite du Languedoc et du Rouergue.
Ainsi qu’en témoigne un document de 1778 des archives de l’Hérault, les quatre foires survécurent jusqu’à la Révolution, malgré la décadence générale des manifestations de l’espèce 19.
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Nous ne disposons de références précises, ni sur la nature, ni sur le volume des marchandises qui, sous l’Ancien Régime, faisaient l’objet de transactions aux foires et marchés de Ceilhes. Cependant, nous avons quelque idée de l’économie de la communauté et de ses environs, au moins à partir du 17e siècle, et nous pouvons en tirer divers enseignements de même pour la démographie.
Pour celle-ci, les documents les plus anciens que nous connaissons — plus ou moins utilisables d’ailleurs — remontent à la fin du 15e siècle et au début du 16e. Il s’agit de reconnaissances féodales qui peuvent permettre d’estimer, avec prudence, la population à 800 habitants au maximum à cette époque. Au début du 17e siècle, d’après des documents du même ordre mais qui semblent plus fiables, ce chiffre serait passé aux environs de 750 et, en 1680, à 800 20.
En 1709, Saugrain donne une population de l’ordre de 1100 habitants, dont 165 à Rocozels 21. Les pestes de 1710 et de 1720-1723 semblent avoir fait de gros ravages. Après, bien que lentement, la progression a repris et, pour 1761, nous voyons apparaître 851 habitants, dont 181 à Rocozels 22. En 1780, les chiffres passent à 935, dont 177 à Rocozels 23. Enfin, la statistique qui, en 1789, servit à la fixation du nombre des députés des trois ordres de l’Assemblée générale de la sénéchaussée de Béziers pour la préparation des États généraux, fait état de 193 feux, soit environ 1000 habitants 24.
Si l’on considère que les enfants étaient utilisés dès l’âge de 6 ou 7 ans, pour garder le bétail, la fenaison, et certaines autres récoltes, divers travaux artisanaux d’appoint, etc. et que, dans les communautés voisines, tant en Languedoc qu’en Rouergue, les chiffres de la population étaient relativement de même niveau, on doit reconnaître qu’il y avait là un potentiel de main-d’œuvre important et que les conséquences de cette population sur les marchés et les foires étaient certaines, aussi bien pour les ventes que pour les achats 25.
Étant donné sa situation, au pied des montagnes limitant le Rouergue, Ceilhes était vraisemblablement un dernier relais, en Languedoc, disposant des nécessaires moyens d’accueil, d’hébergement, de ravitaillement et d’affenage pour les hommes et les animaux, de manipulation pour les marchandises à charger ou décharger.
A une altitude variant de 430 à 700 mètres, assise sur des terrains qui, de l’ouest à l’est, se rattachent, pour partie, à l’extrémité orientale de la Montagne Noire (Monts de Lacaune), pour partie aux avant-Causses (Causse du Guilhaumard et son annexe au sud, Montredon), bénéficiant d’abondantes eaux courantes utilisables et des petites plaines alluviales de l’Orb, en amont et en aval du bourg, l’économie des deux paroisses de Ceilhes et de Rocozels, unies en une communauté d’habitants (on disait aussi, comme en Lodévois : une « université ») était fondée sur une polyculture de prospérité modeste dans l’ensemble, étant donné le relief, le climat, la nature des sols en général et les méthodes d’exploitation.
A l’ouest, de vastes forêts de feuillus couvraient spécialement les pentes et les vallons du Faoulat et de ses satellites : hêtres, châtaigniers et chênes blancs. Loin au nord et au nord-est, aux confins des terres de Montagnol, de Laval et de Montpaon, se trouvaient les principaux terrains de parcours qui, à l’horizon, au nord, allaient jusqu’au plateau de Tesseyère. Il y en avait aussi au sud-est et au sud, aux confins des communautés de Joncels et d’Avène. Du 13e au 16e siècles, on relève de nombreux conflits pour l’usage de ces dépaissances, dont un, qui dura de 1245 à 1277 avec la communauté de Montpaon.
En avant des zones calcaires du nord et du nord-est, comme dans celles de l’est et du midi, on pratiquait beaucoup l’épierrement pour gagner le maximum possible de terres cultivables. De très nombreux monceaux de pierres (des « clapas ») en témoignent encore. Des « faysses » retenues par des murettes permettaient ainsi de cultiver, parfois assez haut, les flancs de ces montagnes 26. Par ailleurs, quelques petits plateaux défrichés (des « plos »), que l’on voit notamment à l’ouest et au nord-ouest, étaient évidemment exploités, comme ils le sont encore.
Mais les terres de vallée étaient évidemment les plus précieuses. La plaine principale et ses abords, autour de celui des deux châteaux qui était le plus proche du bourg, constituait le domaine de Bouloc, directement mis en valeur par le seigneur ou son fermier 27. Elle était irriguée en grande partie grâce à l’eau de l’Orb amenée par un très ancien « bésal » partant de la « pansière » construite face au village, à très peu près à l’emplacement du barrage actuel.
C’était une terre alluviale privilégiée qui comportait des cultures de céréales (touzelle, froment et seigle), des prairies naturelles et des arbres fruitiers (pommiers, pruniers et cerisiers). A l’est immédiat du village, les terrains de la Fabrègue étaient également irrigués par l’eau de l’Orb captée en amont. Par contre, la plaine de Salvagnac ne l’était pas plus qu’à présent.
Les vignes, nombreuses, (environ 200 parcelles au 17e siècle) étaient cultivées à l’abri de la « bise » (vent du nord) sur les versants de « Troncalède », vers Rocozels, et des « Vignes », à l’est 28.
A l’exception des terrains de plaine, des terres riches et fraîches des jardins (les « orts ») et des chenevières (les « cambiniéres »), surtout aux abords immédiats du village ou au voisinage d’un point d’eau, les autres parcelles étaient exploitées pour le froment, le seigle, l’avoine, l’orge, la paumelle et les cultures alimentaires (raves, fèves, pois, lentilles, etc.). On sait que le haricot n’apparut qu’au 16e siècle et la pomme de terre à la fin du 18e, tous deux importés d’Amérique, mais que la pomme de terre, ce « remède contre la famine », ne se répandit vraiment qu’au 19e siècle.
Dans l’économie agricole, il faut souligner le grand rôle des communaux, à l’ouest, au nord et au nord-est. Ils n’étaient pas seulement importants pour la dépaissance du bétail « gros et menu » et le glandage. Ils jouaient aussi un rôle essentiel pour la cueillette (baies sauvages, faînes, châtaignes, champignons) la chasse, la litière des bêtes ; le bois, pour le chauffage, l’outillage et la construction. Le cheptel comprenait sans doute des bœufs, des mulets et des ânes, pour les labours et les charrois des vaches, des porcs et, surtout, un fort contingent d’ovins, précieux pour le lait, la laine, la viande et l’engrais, et dont l’effectif atteignait probablement plusieurs milliers de têtes 29. Il y avait sans doute aussi de nombreuses chèvres 30.
Pour être plus complet, il convient d’ajouter à ce tableau les animaux de basse-cour et les abeilles dont les produits (cire et miel) apparaissent fréquemment dans les registres de reconnaissances féodales.
Des ménagers, fermiers et métayers — peu nombreux — aux simples journaliers, en passant par les laboureurs, les travailleurs et les brassiers, sans oublier les femmes, les adolescents et même les jeunes enfants, qui représentaient un effectif important malgré les ravages de la mortalité infantile, la population agricole était très largement dominante. Ici comme ailleurs, en zone rurale, chacune des familles et la communauté elle-même s’efforçait de vivre en autarcie, dans toute la mesure du possible.
Il est certain qu’étant donné la rareté du numéraire le troc fut longtemps pratiqué et si l’on payait exceptionnellement en argent, les prix étaient dérisoires pour nos yeux d’aujourd’hui. La conséquence directe des foires et des marchés avait été, précisément, de briser cette autarcie, de provoquer un brassage des hommes et des produits et d’élargir les possibilités d’échanges.
Et pourtant ceux-ci n’étaient guère facilités par la complexité moule des diverses mesures en usage. Elles variaient avec chaque village. Parfois même, dans une communauté, on utilisait des mesures différentes pour une même marchandise. Pour les grains, tantôt on mesurait « à ras » et tantôt « à comble » les mesures variaient suivant la nature des céréales il y avait, par exemple, les mesures « bladières » et les mesures « sivadières ». A Ceilhes, certaines mesures en usage étaient du Languedoc, d’autres de Montpellier, d’autres de Montpaon, d’autres locales, etc.
Certes, l’artisanat était développé et chacun était d’ailleurs plus ou moins son propre artisan. Mais, d’une part, beaucoup d’artisans, répertoriés comme tels, travaillaient également la terre et, d’autre part, nombreux étaient ceux qui devaient exercer plusieurs métiers pour subvenir, tant bien que mal, à leurs besoins. Enfin, dans son ensemble, l’artisanat était naturellement fondé sur l’agriculture et sur l’élevage, qu’il s’agisse de transformer leurs produits ou de satisfaire leurs besoins 31.
Cela n’était pas nouveau, mais, à la fin du 17e siècle, les métiers liés à l’utilisation de la laine étaient, de loin, les plus nombreux : 27 cardeurs résidants et quelques forains, 7 tisserands, un « blanchier », 5 pareurs, 6 marchands 32. On fabriquait pour Lodève des cadis blancs et des tricots (ou croisés) destinés aux troupes. En 1747, ces tricots avaient même fait l’objet d’un règlement par ordonnance royale 33 et, en 1756, le deuxième duc de Fleury, seigneur de Ceilhes et 1er gentilhomme de la chambre du roi, avait proposé l’établissement dans son château de Bouloc, d’une manufacture royale de draps londrins seconds 34.
On tissait également le chanvre et le genêt d’Espagne récoltés sur place. On en faisait des toiles grossières pour l’habillement (les sargues) ou le linge de maison (draps de lit, nappes, serviettes). A la fin du 17e siècle, il y avait à Ceilhes 3 marchands de toile 35.
Avec le lait de brebis, outre les petits fromages frais (les « fromageons » ou « pérals ») qu’on savait conserver en les faisant sécher, on fabriquait un fromage fermenté spécialement destiné à la conservation et qui devait, par la suite, entrer dans l’orbite de Roquefort 36. Avec les raclures de ce fromage on faisait la « rebarbe » et, avec le petit lait, la « recuite »).
Notons enfin, dans les environs, au fil des siècles, quelques verriers, l’un très ancien dans le massif du Faoulat un autre, pour le verre blanc, dans la vallée de la Vérène, vers le Pas de Ceilhes ; un dernier enfin, pour le verre noir, à Marqués, à mi-chemin d’Avène, sur la rive droite de l’Orb 37.
Tous ces produits, ajoutés aux denrées agricoles et, avant tout et de loin, au bétail, étaient de nature à alimenter foires et marchés. Mais il y avait plus à Ceilhes pour attirer la clientèle environnante. En effet, le village comptait d’autres artisans : 6 tailleurs d’habit, 2 cordonniers, 2 bastiers (c’est-à-dire des bourreliers), 2 maréchaux de forge, 2 maçons, un plâtrier, un couvreur, un serrurier et 5 menuisiers-charpentiers. Il y avait même 3 chirurgiens qui étaient aussi apothicaires et que l’on trouve classés parmi les « marchands et artisans » 38.
Et nous n’aurions garde d’omettre les hommes de loi : le viguier juge du seigneur le procureur du roi ; un avocat au Parlement de Toulouse et plusieurs notaires. Ces derniers étaient indispensables pour tous les actes de la vie, même les plus banaux, en cette époque où l’instruction était si déficiente et les illettrés si nombreux. On faisait appel au notaire depuis la simple reconnaissance de dette de quelques dizaines de sols jusqu’au testament solennel, sans oublier le contrat de mariage qui était des plus répandus.
Le dépouillement systématique des archives notariales de Ceilhes depuis le 16e siècle nous a montré qu’il y eut jusqu’à trois études simultanément au 17e siècle et que, surtout les jours de foire, elles étaient beaucoup fréquentées. On profitait de la circonstance pour venir, en famille, régler toutes ses affaires. La zone d’actions du notariat de Ceilhes s’étendait des environs de Cornus, en Rouergue, au nord, à la région de Lurias et de Saint-Martin-de-Clémensan, au sud (aujourd’hui : Saint-Martin-d’Orb, commune du Bousquet d’Orb 39.
Enfin, éléments importants et significatifs pour un lieu de foire ou de marché, le village comptait 7 cabaretiers-aubergistes et même 5 musiciens (violon, hautbois et basse) dirigés par un « chef de bande » 40.
Conclusion
Ainsi, grâce à une situation géographique favorable aux échanges de tous ordres — économiques ou humains — et à l’élevage des ovins, bénéficiant par ailleurs d’une évolution démographique positive, d’activités artisanales et « tertiaires » appréciables, les foires de Ceilhes ont pu se maintenir, dans l’ensemble, jusqu’à la fin de l’Ancien Régime.
Il nous reste à voir ce qu’il en est advenu à partir de la Révolution de 1789, en fonction de grands bouleversements qui ont marqué les 19e et 20e siècles.
Charles BONAMI
Notes *
(*) Pour alléger ces notes, nous avons utilisé les abréviations usuelles :
AN : archives nationales ; AD : archives départementales ; BN : bibliothèque nationale ; BM bibliothèque municipale ; Ms : manuscrit.
1 Ceilhes-et-Rocozels, canton de Lunes, arrondissement de Lodève, Hérault. Dans la présente livraison, nous limitons notre sujet à l’Ancien Régime. Pour la période contemporaine, il donnera lieu à une publication ultérieure.
2 P. Huvelin : Essai historique sur le droit des marchés et des foires (Paris 1897).
3 J. Combes : Montpellier et les foires de Pézenas et de Montagnac (14e-1 5e s.) dans Congrès de la Fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon (Carcassonne 1952), Foires régionales au Moyen Age dans Bulletin du Centre régional de la productivité et des études économiques (Montpellier 3e trim. 1954). L. Dermigny : Les foires de Pézenas et de Montagnac au 18e s. dans Congrès Fédération historique du Languedoc… (Carcassonne 1952).
4 Citons, par exemple l’ordonnance de Charles IX (Orléans, juin 1560) art. 2, 23, 24, 25 ; l’ordonnance de Henri III (Blois, mai 1579) art. 38 ; le règlement du 28 Avril 1673 ; les arrêts du Parlement de Paris des 8 février 1708 et 30 avril 1717 ; etc.
5 Histoire générale du Languedoc (édit. Privat, Toulouse 1872. XI 140).
6 Étant donné son importance et les moyens que, sur l’emplacement d’un gué, sa construction primitive avait exigés — vraisemblablement au 13e siècle — on peut penser que celle-ci avait bénéficié de ressources pieuses et qu’il en fut de même lors de l’élargissement de l’ouvrage, au 16e siècle, au moment où la chapelle voisine fut édifiée pour la protection des voyageurs. En effet, à partir du 12e siècle, lorsque se réveilla l’intérêt pour les communications, l’attention se porta spécialement sur les ponts qui devinrent œuvres de charité chrétienne (E. Vignon : Études historiques sur l’administration des voies publiques. Paris 1862, 2 vol., I, pp. 6 sq). Notons qu’ici, il s’agissait du chemin conduisant, d’une part à l’abbaye de Joncels, dont relevait l’église paroissiale de Ceilhes, et à la vénérable cathédrale de Lodève, lieu de pèlerinage aux reliques de Saint-Fulcran. Par ce même chemin, on allait aussi au Mas-de-Mourié et à son ancienne église de Notre-Dame-des-Neiges, qui était également un lieu de pèlerinage. A-Ceilhes, comme ailleurs dans le Midi, les faubourgs étaient dénommés « barris ». Ils s’étaient créés sous l’empire de la démographie après que les temps fussent devenus moins dangereux au-delà des murailles trop étroites du bourg, bâties au 14e siècle, il y avait les barris des Aires et du Peyral, au nord et au nord-ouest ; les barris de Jure et de la Fabrègue, à l’est et au sud-est. Seul ce dernier a conservé, jusqu’à une époque récente, la dénomination de « barri », à l’exclusion de tout autre. Le « pas de Ceilhes » est sur la Vérène, affluent de l’Orb au nord-est. Au Moyen-Âge, cette rivière était dénommée la Muse.
7 Pour le transport du sel, nous nous référons à l’arrêt du 18 août 1693 (AD Hérault : B* 7 f° 278vo). Peccaïs était un ancien village fortifié, à 8 km au sud-est d’Aigues-Mortes. Ses salines étaient les plus importantes du Languedoc. Elles faisaient partie du groupe (du Vidourle au Rhône) qui alimentait le Bas-Languedoc, le Rouergue, l’Auvergne, le Lyonnais, la Bourgogne, les Suisses et la Savoie. Le groupe occidental (du Roussillon au Vidourle) comprenait notamment les salines du diocèse de Narbonne (Madirac, Peiriac et Sigean). Elles alimentaient le Haut-Languedoc et leur sel était moins apprécié. De part et d’autre, les itinéraires étaient spécialisés et ceux qui ne les respectaient pas étaient considérés comme de « faux-sauniers ». Les salines de Peccaïs avaient été achetées par le roi au seigneur d’Uzès en 1290. En Languedoc, l’achat du sel était libre, moyennant un droit. La ferme du sel dans la province était estimée à un revenu annuel pour le trésor royal de 2 millions et demi de livres. A Peccaïs, il se débitait environ 4000 tonnes par an (D’après BN Ms : Languedoc-Bénédictins vol 6 f° 24).
8 AN T 166/68. Nous avons là la première mention des syndics de Ceilhes rencontrée au cours de notre dépouillement des archives seigneuriales. Dans ce même fonds, les consuls n’apparaissent expressément qu’en 1296, ce qui, en Languedoc, est tardif. Mais, par la suite, bien que les fonctions des consuls et des syndics soient très différentes en principe, nous constatons à Ceilhes une large confusion des termes. On ne peut donc exclure que les consuls aient existé avant 1296.
9 E. Martin Histoire de Lodève 2 vol. (Montpellier 1900) I 258 sq ; Plantavit de la Pause Chronologie… (1634) 220 ; Abbé Andrieu : Camarès (Rodez 1931) 45 sq.
10 AN : T 166/87 f° 43. D’une manière générale, le règne d’Henri IV avec Sully, fut favorable au commerce et aux foires, facilitées d’ailleurs par l’Édit de Nantes (1598) et la fin des troubles religieux.
11 AN : T 166/87.
12 Il s’agit d’ici d’Amadis du Caylar, dit « le cadet d’Espondeilhan ». Il avait épousé, en 1593, Jeanne de Rocozels, fille de Charles, et était, de ce fait, seigneur de Ceilhes et de Rocozels, pour 3 parts sur 4. Jeanne était l’aînée de Catherine à laquelle, à la mort de son mari elle abandonna tous ses droits. Ainsi fut créée la branche des Rosset-de-Rocozels en 1598.
13 Ibid. Aux bans et étaux était attaché le droit d’étalage. Toute une série d’autres droits était, par ailleurs, liée aux foires et marchés, outre le droit de tenir ceux-ci : à droit de pesage, de mesurage des grains, etc.
14 Ibid et AD 571 AD Hérault B 8 ; BN : F 23616 (19). Après 1696, les droits de foire furent encore révisés tout au long du 18e siècle, en 1724, 1775 et 1776.
15 AD Hérault : C 2957 f° 228 (Dénombrement en exécution de l’Édit de décembre 1686).
16 AN : F12106 et 107, respectivement ffos 98 et 486 (Procès verbaux du Conseil et Bureau du Commerce 1783-1788).
17 BM Montpellier Ms 235 f° 383 (Mémoire du chevalier de Laurès).
18 BN : Fonds Languedoc-Doat 148 f° 70ro. La mention est de septembre 942. Cette église avait été probablement précédée par une chapelle wisigothique.
19 AD Hérault C 2340.
20 AN : T 166/66,67, 69, 71 pour les années 1489, 1511, 1605 et 1680.
21 C-M. Saugrain Dénombrement du royaume (Paris 1709).
22 AD : Hérault C 6549.
23 Ibid.
24 AN : Ba 21 Béziers.
25 A titre indicatif : en 1761, Avène 1155 hab., Roqueredonde 308.
26 Dans la région, une « faysse » est, sur le flanc d’une colline ou d’une montagne, une bande de terrain, plus ou moins étroite, soutenue par une murette, ce qui permet d’en réduire la pente et de la protéger en même temps contre le ruissellement des eaux de pluie. C’est la culture en terrasse, comme dans toute la région méditerranéenne.
27 L’autre château était celui de Rocozels. Jusqu’à l’unification des seigneuries, en 1667-1668, le seigneur résidant à Bouloc, tout en ayant des droits de coseigneurie, était vassal de celui de Rocozels. Vers la fin du 17e siècle, la résidence de Rocozels fut abandonnée pour le château de Bouloc qui fut transformé (C. Bonami, L’ancien château de Bouloc-les-Ceilhes, Rodez 1974).
28 A propos des vignes, il est significatif que, dans l’extrême complexité des mesures de l’Ancien Régime, il ait existé un muid « de Cellhes », mesure de capacité pour le vin. Il équivalait à 7/10e d’hectolitre environ et était divisé en 16 setiers ; un setier contenait 52 feuillettes. A Avène, on utilisait le muid de Caussignojouls (6 hl 31.151) ; à Roqueredonde et à Romiguières, c’était le quarton de Saint-Pons (3 hl 70). Signalons aussi la présence de noyers et, au 17e siècle, espèces méridionales qui ont disparu de la flore locale : amandiers, figuiers et même oliviers (Archives de l’Hérault 2E21/135. Conclusion du registre notarial de 1710).
29 Bien que moins abondants que sur le Larzac (jusqu’à 15000 bêtes à La Cavalerie en 1781), les troupeaux d’ovins étaient importants dans la région. Pour Ceilhes, nous ne disposons pas de statistique, mais les bergeries (les « lasses ») étaient nombreuses, tant dans le bourg que dans les barris, à Rocozels et dans la constellation des hameaux, masages, métairies, etc. de la communauté. Il y en avait aussi, dispersées sur les flancs des montagnes. Là, du printemps à l’automne, elles servaient de refuges contre la pluie ou même d’abris pour la nuit, certains troupeaux ne rentrant qu’aux approches de la mauvaise saison. On peut voir encore quelques vestiges de ces anciennes bergeries champêtres, utilisées jusqu’au début de notre siècle, en même temps que les ruines, beaucoup plus rares il est vrai, de quelques séchoirs à prunes ou à châtaignes (les « sécadous »). A Avène, ces séchoirs étaient sensiblement plus nombreux il y en avait jusque dans le haut du village. Il ne semble pas qu’il y ait eu transhumance des troupeaux locaux au-delà du plateau de Tesseyère, prolongement méridional du Causse du Larzac et qui, au Moyen-Âge, fit l’objet de conflits avec la communauté de Montpaon avant d’être, en définitive, attribué à celle de Ceilhes (Cf. p. 14 supra). C’est sur ce même plateau que, jusqu’à la guerre de 1914-1918, de grands troupeaux du « pays-bas », de Montbazin par exemple, venaient estiver. A cette époque, ils arrivaient à Ceilhes par Avène, remontaient encore la vallée de l’Orb et, à Saint- André de Thès, s’enfonçaient dans la vallée confluente de la Vérène d’où l’accès au plateau est plus facile que par la face sud plus abrupte.
30 Pas plus que pour les ovins, nous ne disposons de statistique concernant les chèvres. Mais, d’après les nombres connus pour 1727 à Avène (710) et à Joncels (560), on peut avancer, sans risque d’erreur, qu’elles étaient nombreuses à Ceilhes, malgré la « guerre » qui leur fut faite du 16e au 18e siècle, jusqu’à la Révolution en raison des dommages qu’elles causèrent à la végétation. Peut-être d’ailleurs, Ceilhes était-il au nombre des lieux où elles étaient tolérées, car la « guerre » sévissait plutôt dans le « Pays-Bas » (on disait aussi le « plat-pays ») (E. Ségui : Le guerre aux chèvres, dans Cahiers d’histoire et d’archéologie IX, Nîmes 1946).
31 Les éléments qui suivent sur les « marchands et artisans » sont tirés de l’état dressé en 1691 par Jean-de-Julien, « juge de Ceilhes pour le seigneur » (c’est-à-dire viguier), en exécution d’un édit de mars de la même année et destiné à l’intendant (Archives de l’Hérault C 2773).
32 Le blanchier était chargé du blanchiment des étoffes. Le pareur intervenait après le foulage et avant la teinture pour garnir le drap avec des têtes de chardons et le tondre avec les forces, sortes de grands ciseaux. On sait que le traitement de la laine pour aboutir au drap exige des opérations nombreuses et complexes dégraissage, lavage, battage, triage, cardage, filage, ourdissage, encollage, tissage, épotoyage, foulage, parage, blanchiment, finissage. Même si, sur le plan artisanal, toutes ces opérations n’étaient pas rigoureuses, il fallait, cependant, veiller à obtenir une qualité suffisante car les artisans de Ceilhes, comme ceux des environs (Avène, Vinas, Joncels, etc.) travaillaient pour les drapiers de Lodève et de Clermont et étaient soumis à des inspections. Par ailleurs, les draps de Ceilhes, cadis et serges, étaient vendues aux foires de Pézenas et de Montagnac et même quelques marchands de Lyon et d’ailleurs, venaient en acheter sur place (AD. Hérault C 2333, 2334, 2378 et 2499).
33 Ordonnance du 12 Janvier 1748 (AD. Hérault : C 2499).
34 AD. Hérault : C 2172. Les londrins seconds étaient des draps fins destinés au Levant. Ils étaient imités des produits anglais. On en fabriquait à Lodève, Clermont, Bédarieux, etc. Les manufactures royales jouissaient, pour une durée généralement limitée à 15 ans, mais renouvelable, de privilèges très recherchés quant à la nature de leur production, une ère géographique donnée et une « marque ». Mais leur principal avantage était peut-être d’échapper aux règles corporatives des métiers et de fabriquer et vendre librement. Elles correspondaient au régime habituel de la grande industrie au 18e siècle, Leur prolifération fut cependant freinée par les lettres patentes du 5 Mai 1779. Concourant à un effort de liberté, elles étaient malheureusement données à la faveur. C’est pourquoi, sans chercher plus loin, les Cahiers de 1789 en demandèrent l’abolition, comme de tous les privilèges. (P. Bonnassieux Examen des cahiers de 1789 au point de vue commercial et industriel, Paris 1884).
35 La liste de 1691 est manifestement incomplète. Toutes les professions touchant à la fabrication des draps n’y figurent pas, à commencer par les foulonniers. Or, il y avait à Ceilhes plusieurs moulins foulons, parfois jumelés avec des moulins « bladiers » (pour le grain). Il est probable, par ailleurs, que les opérations préalables au cardage étaient assumées par les femmes paysannes elles-mêmes ou par des collaborateurs des cardeurs qui n’ont pas été décomptés. Nous ne voyons pas non plus d’autres métiers artisanaux tels que les meuniers (les « mouliniers ») alors qu’il y avait plusieurs moulins à grain. Il manque également les charbonniers pour le charbon de bois, etc.
36 L’histoire du Roquefort est une très longue histoire, même si l’on ne remonte pas, comme beaucoup d’auteurs, archéologues ou historiens, au Néolithique supérieur ou à Pline l’Ancien. Ce fromage est mentionné à l’époque de Charlemagne et, à partir du 11e siècle, on en connaît de nombreux témoignages écrits. Le 15e siècle vit s’affirmer le privilège des affineurs de Roquefort et le 17e la lutte contre le faux Roquefort. Mais, jusqu’à ce que l’obligation d’envoi des fromages à Roquefort pour affinage Soit devenue effective, bien après la création progressive des « laiteries » locales, (en fait : des fromageries), de nombreuses grottes de la région en Rouergue et en Languedoc, étaient utilisées à cette fin, par exemple, aux Gardies, commune de Roqueredonde à Lunas ; à Cénomes, etc. C’était les caves dites « batardes » dont le rôle était important aux 18e et 19e siècles.
37 AN : T 166/80, acte du 11 décembre 1554 ; D. Dutil : L’état économique du Languedoc à la fin de l’Ancien Régime (Paris 1911).
38 AD Hérault : C 2773. Certains artisans exerçaient plusieurs métiers pour pouvoir vivre « du jour à la journée ». D’une manière générale, leur situation était peu brillante, Ils survivaient, sans plus. A propos des chirurgiens, par exemple, le rapport du viguier déclare qu’ils exercent, tantôt la pharmacie et tantôt la chirurgie. L’un d’eux, « étant seul avec sa femme est assez aisé » le second « à peine à vivre » avec sa famille quant au troisième, il est seul « et ne travaille que rarement n’ayant guère rien dans sa boutique et fort peu de pratiques ; il ne débite que quelque droguerie et épicerie… ». Notons que les apothicaires apparurent d’abord au 12e siècle, unis aux épiciers. Au 14e siècle, la Faculté de médecine exigea un droit de regard sur les produits vendus par eux. Au 18e, ils apparaissent encore comme des artisans manuels subordonnés aux médecins. Ce n’est qu’en 1777 que les apothicaires furent constitués en un corps indépendant dont la mise en place n’était pas terminée en 1789. Quant aux chirurgiens, ils n’obtinrent leur statut définitif qu’au 18e siècle. Au Moyen Age, ils étaient seulement considérés comme des travailleurs doués de dextérité et de force. C’étaient des barbiers-chirurgiens qui utilisaient des tours de main anciens. Mais il ne s’agissait que de petite chirurgie et de saignées. Peu à peu, la profession se dégagea et, vers le milieu du 17e, ils étaient devenus « chirurgiens de robe longue ». A la fin de ce même siècle, la chirurgie était devenue un art libéral. C’est en 1748 que la Société de chirurgie devint Académie royale.
39 AD Hérault : 2E/21 passim. A partir du moment où ils apparurent, avec la renaissance du droit romain, vers les 13e/14e siècles, les notaires eurent tendance à se multiplier (notaires royaux, notaires apostoliques, etc.). A Lodève, en 1333, on en comptait jusqu’à 20 (Hébrard : Le Notariat à Lodève, Lodève 1901). Pour Ceilhes, jusqu’au milieu du 16e siècle, nous ne connaissons que des mentions éparses, qu’il s’agisse de notaires dits « de Ceilhes », ou même « de Rocozels », ou de notaires de Lodève, de Saint-Félix (de Sorgues), de Brusque, de Belmont (sur Rance), etc. auxquels on faisait appel.
40 AD Hérault : C 2773.
