Les plafonds peints médiévaux de la région de Pézenas

Le Languedoc est particulièrement riche en charpentes médiévales décorées dites « plafonds à la française ». C’est la sous-face décorée de ce type de plancher que nous appelons le plafond dans le langage quotidien. Les peintures sont exécutées selon la technique de la détrempe qui est très rapide et donne des coloris vifs et chatoyants. La palette comporte des blancs, des noirs, des rouges, des bleus, des verts et des jaunes.

Deux de ces charpentes sont proches de Pézenas. Elles se trouvent respectivement à Saint-Pons-de-Mauchiens et à Gabian.

Saint-Pons-de-Mauchiens

Ce petit village d’origine fort ancienne 1 faisait partie du Pagus Biterrensis 2 sous le nom de Milicianum villa. Son église est mentionnée dans le testament de Guillem, vicomte de Béziers, en 990 : « ecclesia quae vocant S. Pontii, cum ipso poio et ipsa villa quae vocant Malos Canos ». Le Mémorial des Nobles 3 renferme un acte de septembre 1199 par lequel Guilhem VIII, seigneur de Montpellier, inféode tout ce qui est devant l’église de Sainte Marie et du bienheureux Pons, dans Saint-Pons-de-Mauchiens, à Pierre de Roquefiche et l’autorise à y construire un château et des fortifications. Cette inféodation mentionne que Guilhem donne en fief à Pierre de Roquefiche « totum castlarem et totum podium, cum toto plano quod est ante ecclesiam sancte Marie (et) beati Poncii », c’est-à-dire toute l’étendue qui se trouve devant l’église. L’examen attentif du plan de l’agglomération (fig. 1a) montre que la zone à peu près plane qui se trouve devant l’église est le lieu-dit « la cour » où se trouve notre maison dite des « Consuls ». Sur la crête de la colline se trouvaient les Guilhem, sur les flancs, Pierre de Roquefiche et Pierre de Fleix.

Le bâtiment appartenait-il toujours à la famille de Roquefiche au XlVe siècle ? C’est possible puisque, en 1374, un Pierre de Roquefiche rend hommage à l’évêque Hugues de Montruc, évêque d’Agde ; Saint-Pons-de-Mauchiens relevait-il alors du diocèse d’Agde ? La partition des fiefs ne contribue pas à la solution du problème et l’on ignore comment Saint-Pons passa des mains des Guilhem et de leurs héritiers : les rois de Majorque, à celle des évêques d’Agde.

Un réaménagement dû soit à la vétusté et à l’inadaptation au progrès de l’armement et de la poliorcétique, soit au désir de posséder un cadre de vie plus souriant et plus luxueux opèrera une reprise et une transformation des bâtiments avec l’édification d’une cheminée monumentale et la construction d’un plancher décoré qui divise en deux la hauteur de l’édifice et fait l’objet de notre étude.

Il est curieux de constater à ce sujet que le nombre des parcelles du cadastre moderne contenues dans l’enceinte médiévale de Saint-Pons : 188, correspond exactement au nombre de feux recensés lors du dénombrement de 1346 4. La maison « des Consuls » recouvre quatre parcelles (n° 404, 405, 406 et 407), la tour de l’enceinte occupe la parcelle n° 404, la salle plafonnée, les n° 405, 406 et 407. La nouvelle disposition des lieux semble donc postérieure à 1346. Comme ce fut souvent le cas, on aura regroupé plusieurs petites maisons adossées au rempart pour édifier un hôtel 5.

Le plancher couvre la salle où se trouve la cheminée, or celle-ci est très proche par la disposition de son foyer (fig. 2c) qui ne fait pas saillie dans la pièce et de sa souche carrée coiffée d’un mitron rond (fig. 2b), de celle de la livrée de Thurroye à Villeneuve-Lès-Avignon 6. Cette dernière est dans l’aile nord qui paraît avoir été édifiée pour le cardinal Guy de la Tour d’Auvergne, archevêque de Lyon, cardinal de Sainte-Cécile de 1349 à 1373.

L’espace est divisé en cinq travées par quatre fortes poutres reposant sur des corbeaux sculptés (fig. 1c), et ces poutres en reçoivent une autre plus légère (fig. 1b). C’est sur cette dernière que reposent les solives entre lesquelles se glissent les métopes peintes. Ce système constructif est encore très proche de celui utilisé pour couvrir la Chambre du Cerf, au Palais des Papes d’Avignon, en 1343.

Le long des murs gouttereaux, un longeron présente le même profil que la poutre médiane, il reçoit les abouts des solives avec leurs métopes et coiffe une planche découpée d’arcs polylobés terminés en accolade et sculptés (fig. 1d), dans le style de l’art international du XIVe siècle. Le château de Tarascon possède une planche décorée dans le même esprit (fig. 1c) et qui joue le même rôle qu’à Saint-Pons.

Dans le cas de Saint-Pons-de-Mauchiens, une décoration peinte vient rehausser la sculpture : l’espace situé entre les accolades est garni de filets qui suivent la découpe du bois en la stylisant et un petit triangle occupe le centre du motif. Des filets et une suite de carrés faits au pochoir complètent la décoration peinte de la charpenterie qui consiste en de légers rinceaux colorés lovés dans les cavets.

Son trop mauvais état de conservation ne permet pas une étude exhaustive du décor peint. En attendant la restauration de cet ensemble, nous pouvons déjà faire quelques remarques les métopes présentent une alternance de blasons et de scènes historiées. Tous les panneaux comportent un cadre formé de deux minces filets noirs. Les blasons sont tous logés dans un cadre quadrilobé et des rinceaux mal conservés meublent le champ.

Si tous les blasons ne sont pas actuellement lisibles, quelques uns se laissent deviner, permettant une datation assez serrée de l’ensemble : – un écu d’azur à la bande d’or, à la bordure de gueules chargée de besants d’argent est l’un des blasons attribués à Simon de Cramaud nommé évêque de Béziers en 1383 : le Libre de Memorias de Jacme Mascaro 7 nous dit que « Aquel an mezeis M CCC LXXX III, fouc fach evesque de Bezes mossenhor Symon de (Grimoard, frayre de mossenhor Sant Anthony) mots rayés et remplacés par : Cramaut. Et pres la pocessio de l’avesquat Io segon jour de setembre ».

Originaire de Limoges, Simon de Cramaud fut évêque d’Agen (1382-1383), de Béziers (1383-1384), de Poitiers (1385-1391), de Carcassonne (1391-1409), de Reims (1409-1412), à nouveau de Poitiers (1412-1424) en même temps qu’il était administrateur nommé par Jean XXII (1412-1415) 8. Créé cardinal en 1413, il meurt en 1429. Un chapeau ecclésiastique à houppes surmonte son écu. – un écu noirci et rendu illisible présente encore tout de même un chef d’azur chargé de trois étoiles d’or. Sur le champ de l’écu, on croit deviner la tête d’un lion : ce pourrait être le blason du cardinal Guido de Malesec de Châlus, originaire de Tulle, en Corrèze 9. La maison de Malesec, baron de Châlus, portait d’or au lion de gueules, au chef d’azur chargé de trois étoiles d’or.

Guido fut professeur à l’Université de Toulouse et docteur en décrets, archidiacre de Corbières, au diocèse de Narbonne, évêque de Lodève le 27 Mai 1370, chapelain et grand référendaire du pape Urbain V, évêque de Poitiers le 9 avril 1371, cardinal-prêtre au titre de Sainte-Croix de Jérusalem le 20 décembre 1375, légat du Saint-Siège apostolique en Angleterre en 1378, évêque commendataire de Béziers le 17 Août 1383, cardinal-évêque de Palestine en décembre 1383, grand archidiacre de l’église de Toulouse, prieur commendataire de Montaut et de Saint-Orens, au diocèse d’Auch, etc. Il mourut à Paris le 8 Mars 1412.

Parallèlement aux blasons, les métopes offrent des scènes de divertissements en plein air comme le jeu de boules (métope 25, fig. 1f, n° 4) ou la quintaine (métope 93, fig. 1f, n° 5), des travaux des champs comme la fenaison (métope 27, fig. 1f, n° 10), des thèmes moraux comme la chute d’Orgueil, illustrée par un personnage devant un porc (métope 61, fig. 1 f, n° 1) ou le Monde renversé évoqué par un homme qui a peur d’un escargot métope 85, fig. 1 f, n° 2) 10. Ce dernier thème apparaît dans les marges des manuscrits à la fin du XIIIe siècle et disparaît graduellement au cours du XIV11.

Cette charpente décorée n’avait fait jusqu’ici l’objet d’aucune étude. P. de Lagarde l’a juste mentionnée 12. La présence des blasons de Simon de Cramaud, évêque de Béziers de 1383 à 1384 et de Guido de Malesec de Châlus, évêque commendataire de cette cité en 1383 nous autorise à penser que ce plafond a été commandé et exécuté vers 1383-1384.

Saint-Pons-de-Mauchiens

Fig. 1 a - plan de Saint-Pons-de-Mauchiens.
b - plan de la Maison des Consuls avec son plafond.
c - corbeau soutenant une poutre transversale.
d - planche découpée de Saint-Pons-de-Mauchiens.
e - planche découpée de Tarascon.
f - sujets de métopes de Saint-Pons-de-Mauchiens.

façade de la Maison des Consuls sur le rempart
Fig. 2 a -façade de la Maison des Consuls sur le rempart.
b - vue extérieure de la cheminée avec son mitron rond.
c - la cheminée dans la salle de la Maison des Consuls.

Gabian

C’est le château de l’Évêque de Béziers qui nous intéresse. A. Fabre 13 le qualifie « de plaisance » mais il était fortifié comme le montrent les traces du chemin de ronde que l’on peut voir encore sur sa façade arrière qui domine la Thongue. On retrouve d’ailleurs les accès à ce chemin de ronde dans les parties hautes de la salle qui conserve encore une fraction de son plafond peint. L’allure générale de la maison bâtie sur le rempart de la ville permet d’avancer le XIIIe siècle comme date de construction de la façade sur la rivière et du chemin de ronde qui la couronne.

La seigneurie de Gabian appartenait en 1138 à Raymond Bernard qui assista à la fondation de l’abbaye de Valmagne. L’évêque n’est qu’un des co-seigneurs, suivant le régime du pariage usuel en Languedoc. Ce n’est qu’en 1227 que Bernard de Cuzac acquit plusieurs directes aux co-seigneurs et devint ainsi, par achat, gouverneur de Gabian, ainsi que le montre un acte de 1227. En 1230, l’évêque Bernard de Cuzac se qualifie de « seigneur de Gabian » et ses successeurs agissent de même jusqu’à la Révolution. C’était une seigneurie de quelque importance puisque le dénombrement de 1346 14 lui attribue 227 feux.

Le plafond décoré qui nous intéresse couvrait une vaste salle du premier étage, d’environ 14 m sur 8. Ce plancher « à la française » a succédé, comme au château de Capestang (fig. 4a et b) à une charpente de couverture portée par des arcs diaphragmes dont les retombées sont typiques du XIIIe siècle, Il est actuellement dissimulé sous un faux-plafond et seule une partie aménagée en grenier reste accessible (fig. 3a).

Poutres, métopes et couvre-joints étaient peints ainsi qu’une frise couvrant les solives situées le long des murs.

Sur la centaine de métopes que devait compter cet ensemble à l’origine, neuf seulement subsistent dont l’une est masquée par un petit escalier d’accès au comble, ainsi que la portion de frise visible. Le reste du décor a été arraché au début de ce siècle et vendu pour 500 Fr.-or, au cardinal de Cabrières. Toutes les recherches pour savoir ce qu’il en est advenu, sont restées vaines.

Signalons encore l’existence de cinq métopes déposées au petit musée de Gabian. Elles ont malheureusement été repeintes et vernies, nous préférons donc ne pas en tenir compte pour l’étude et ne les mentionnerons qu’en complément.

Nous pouvons quand même nous faire une idée de ce qu’étaient les panneaux disparus car A. Fabre en a donné un dessin : ces petits panneaux représentaient des musiciens jouant du rebec et de la flûte à bec ainsi que des dames qui portent les mêmes costumes que celles du château de Capestang.

Gabian
Fig. 3 Gabian. a - plan du plafond vu par en-dessous.
b - blasons figurés sur le plafond.
Capestang
Fig. 4 a - Capestang, coupe longitudinale.
b - Capestang, coupe transversale.
c - Gabian, monstre peint sur les poutres.
d - Capestang, monstre peint sur les poutres

Sept panneaux laissés en place présentent des écus :

  1. écu d’azur à trois fleurs de lys d’or, surmonté d’une couronne d’or : c’est le roi de France, Charles VII qui régna de 1422 à 1461 (fig. 3b, n° 1).
  1. écu parti, en 1 d’azur à trois fleurs de lys d’or (qui est de France), en 2 parti d’argent à la croix d’or cantonnée de quatre croisettes de même (Jérusalem) et d’azur aux fleurs de lys d’or sans nombre, au lambel de gueules en chef (Anjou-Sicile) : c’est la reine Marie d’Anjou, fille de Louis II d’Anjou roi de Sicile et de Yolande d’Aragon, qui épousa le roi Charles VII en 1413 et mourut en 1463 15 (fig. 3b, n° 2).
  2. écu écartelé en 1 et 4 d’azur à trois fleurs de lys d’or, en 2 et 3 d’or au dauphin d’azur : c’est le blason du dauphin Louis, futur Louis XI (1423-1483), mis en possession du Dauphiné en 1440 16 (fig. 3b, n° 3).
  3. écu d’azur à trois fleurs de lys d’or (qui est de France), au chef cousu de gueules à la comète d’or (qui est des Baux). Nous n’avons pas pu identifier sûrement le possesseur de ce blason, mais la présence des armes des Baux n’a rien d’étonnant car la famille de Clermont à contracté à plusieurs reprises dés alliances avec la maison des Baux. Tristan de Clermont (mort en 1434) avait épousé Catherine des Ursins, or cette famille est une branche des Baux installée en Italie et l’une de leurs filles épousa François des Baux (fig. 3b, n° 4).
Gabian
Fig. 5 Gabian. a - renard peint sur une planche.
b - tête coiffée d'un bonnet.
c - console
  1. écu fascé de gueules et d’or, au chef d’argent à sept queues d’hermine : maison de Clermont-Lodève 17 (fig. 3b, n° 5).
  2. écu d’azur (ou sinople ?) à quatre fasces vivrées d’or : inconnu (fig. 3b, n° 6).
  3. écu illisible, en partie masqué.

Sur la frise fixée sur le mur surplombant la rivière, en face de l’escalier actuel.

  1. écu d’azur à trois fleurs de lys d’or, à la bande de gueules brochant : Charles I -duc de Bourbon, familier de Charles VII, 1401-1456 (fig. 3b, n° 8).
  2. d’azur à trois fleurs de lys d’or, au lambel à trois pendants d’argent en chef et à la bande d’argent brochant Jean d’Orléans, comte de Dunois, dit « le Bâtard d’Orléans » (1403-1468) 18 (fig. 3b, n° 9).

Deux animaux l’accompagnent, à gauche un renard passant vers la droite (fig. 5 a), à droite un dragon passant à gauche.

Après la poutre, un dragon à queue enroulée le précède.

  1. écu d’azur à trois fleurs de lys d’or, au Iambe) d’argent à trois pendants, chacun chargé d’un croissant de gueules : Jean d’Orléans (1393-1467), comte d’Angoulême de 1407 à 1467 (fig. 3b, n° 10).

Vient ensuite un animal évoquant un canard brun au bec jaune, passant vers la gauche, sur fond diapré de légers rinceaux bruns (fig. 6a).

Le long du mur opposé, vers le village, un animal peu lisible précède :

Une tête humaine coiffée d’un bonnet (fig. 5b) vient ensuite, puis :

  1. écu (très effacé) d’argent à six mouchetures d’hermine posées 3 et 3 qui peut être l’hermine plein de Jean V de Bretagne, beau-frère de Charles VII, sur un fond bleu diapré (fig. 3b, n° 11).

Deux métopes sont en outre conservées à l’extrémité de la poutre dégagée, vers le village :

  1. écu parti d’or et de gueules, au chef de sable chargé de trois besants d’or (inconnu), et un panneau noirci semble présenter une biche.
Gabian
Fig. 6 Gabian. a - canard peint sur une planche.
b - bœuf ailé (métope au musée de Gabian).
c - blason des Lausières (métope au musée de Gabian)

Les blasons figurant sur les métopes sont présentés dans un encadrement curviligne quadrilobé semblable à celui que l’on peut voir sur une feuille insérée dans le Liber Instrumentorum Memorialium, le Cartulaire des Guilhem de Montpellier, lors de la réparation faite au manuscrit en 1443. De larges rinceaux fleuris garnissent le champ du panneau.

Tous les éléments de la charpente étaient peints, à l’origine, sauf les solives et les merrains laissés à l’état brut.

Un motif géométrique fait de pyramides à degrés blanches sur fond noir décore l’encadrement des merrains, la moulure inférieure de la frise ainsi que le couvre-joint inférieur des métopes.

Les tores des poutres, les baguettes supérieures de la frise et des métopes portent un motif signalé fait de feuilles découpées alternativement rouges et noires séparées par un mince filet noir, le tout s’enroulant en spirale autour de la moulure.

Le cavet des poutres a reçu un fond blanc mais son décor n’est plus visible, sous le cavet court un bandeau à fond blanc semé de petites feuilles de houx bleu foncé.

La mince plate-bande qui sépare les encadrements des merrains est à fond rouge avec un décor de feuilles de houx vertes et de petites fleurs à cinq pétales jaunes, à cœur bleu foncé.

Les consoles qui soutiennent les poutres sont peintes et sculptées selon deux modèles différents. Le premier comporte un tore à baguette, proche parent des moulures en pierre de la partie gothique de la cathédrale d’Alet (Aude). La composition admet un axe de symétrie de part et d’autre du tore, nous avons un boudin, un cavet venant en contre-courbe, un listel et un autre tore plus petit que le premier. Un motif géométrique lancéolé rehaussé de rouge décore les joues. L’autre console (fig. 5c) comporte une baguette losangique sur le tore central et un motif de fleur de lys excisé, rehaussé de peinture.

Sur la poutre, au-dessus de la console, nous avons comme à Capestang une gueule de monstre engoulant rappelant le Léviathan de l’Apocalypse, à l’œil rouge, ou souvenir de la gueule d’enfer des mystères médiévaux (fig. 4c et d).

Cinq métopes ne sont plus en place dans l’immeuble, mais sont actuellement conservées dans le musée de Gabian et présentent quatre écus et un animal :

  1. écu d’argent à l’arbre arraché au naturel, qui est de Lauzières, sur fond jaune aux feuillages verts. n° G 192, dimensions : 41,8 x 20 x 1,2 cm (fig. 6c).
  2. animal fantastique, un bœuf au naturel doté d’ailes rouges, passant à droite, sur fond brun. n° G 188, dimensions : 30 à 42 x 20 x 1,5 cm (fig. 6b).
  3. écu de sinople (?) à quatre faces vivrées d’or, sur un fond jaune aux feuillages verts. n° G 190, dimensions : 41,7 x 20,5 x 1,6 cm.
  4. écu d’argent à l’arbre arraché au naturel qui est de Lauzières, sur fond jaune aux feuillages verts. n° G 189, dimensions : 39 x 19,6 x 1,2 cm.
  5. écu de gueules à l’aigle d’or (?) rehaussé de traits noirs, sur fond vert foncé aux feuillages traités en arabesques jaunes. n° G191, dimensions : 40,5 x 20 x 1,5 cm.

La maison de Lauzières, fort ancienne, était originaire du bourg de Lauzières qui n’est plus qu’un écart de la commune d’Octon, dans le diocèse de Lodève, et portait d’argent à l’osier de sinople, alias d’argent au chêne arraché de sinople 19. En 1451, elle ajouta son nom à celui de Thémines, écartelant alors ses armes de Thémines, Cardaillac et Clermont-Lodève.

La correspondance chronologique entre ces éléments permet de placer l’exécution du plafond de Gabian entre 1440, date à laquelle le dauphin Louis (futur Louis XI) prend possession du Dauphiné, et 1451 qui marque l’alliance de Lauzières et de Thémines. C’est-à-dire sous l’épiscopat de Guillaume de Montjoie, évêque de Béziers de 1424 à 1451, qui fut conseiller du roi Charles VII et du dauphin et reçut dans son palais, en 1442, Marie d’Anjou, reine de France.

Sans doute commandé ,à l’occasion de cette visite, ce plafond peint exécuté pour Guillaume de Montjoie présentait donc les armes des grands personnages du temps : le roi, la reine, le dauphin et la famille royale, ainsi que des seigneurs du voisinage : Clermont-Lodève, Lauzières, etc. Il est intéressant de constater la présence des insurgés de la Praguerie, alors pardonnés.

Il semble que les panneaux historiés (animaux, musiciens) aient été achetés tout faits alors que les blasons paraissent d’une main différente, moins habile, et commandés pour les besoins du décor.

Ces deux charpentes, l’une des environs de 1383 et l’autre de 1442, constituent des témoignages intéressants du goût des populations médiévales pour un cadre de vie gai sous un décor chatoyant. Nous y remarquons la place prise à Saint-Pons-de-Mauchiens par les divertissements de plein air : jeu de boules, jeu de la quintaine, et de la musique. Nous retrouvons cette dernière à Gabian et nous devons souligner l’omniprésence obsédante de l’héraldique. Le microcosme social figuré à Gabian dans le souci d’honorer de nobles visiteurs se manifeste déjà dans la salle de la Maison des Chevaliers à Pont-Saint-Esprit et dans celle de la Diana à Montbrison. Dans ces deux derniers cas, nous avons affaire à de vastes salles conçues pour y tenir des réunions salle de Justice ou salle des États. Nous ignorons la destination exacte des deux salles étudiées mais leurs dimensions leur permettaient de servir éventuellement de salle de réunion 20.

Notes

  1 Blaquières Abbé C., Histoire de Saint-Pons-de-Mauchiens, Montpellier, 1899. Bonnet E., Antiquités et monuments du département, t. III, 2e fascicule de la Géographie générale du département de l’Hérault, Montpellier, 1905, p. 320, 326, 517, 638, 660 et 730. Peyron J., Ce qui reste des châteaux du temps des rois de Majorque dans la baronnie de Montpellier, Boletín de la Sociedad Arqueológica Luliana, 1976, p. 224 et 225.

  2 Thomas E., Dictionnaire topographique de l’Hérault, Paris, 1865.

  3 Liber Instrumentorum Memorialium, cartulaire des Guilhem de Montpellier publié par la Société Archéologique de Montpellier, Montpellier, 1884-1886, p. 711 à 713 (f° 169 r°).

  4 Archives Municipales de Pézenas, inventaire Resseguier, n° 749.

  5 C’est ce que fit Jacques Cœur pour la construction de son palais à Bourges.

  6 Benoit F., La livrée de Pierre de Thury à Villeneuve-Lès-Avignon, Congrès Archéologique de France, Avignon et le Comtat-Venaissin, 1963, p. 192.

  7 Édition par Ch. Barbier dans la Revue des Langues Romanes, 4e série, t. 4, 1890, p. 83 (f° 72 v°).

  8 Reynard-Lespinasse H., Armorial historique du diocèse et de l’état d’Avignon, Mém. Soc. Franc. Numismatique et Archéo., section d’art héraldique, Paris, 1874, p. 58.

  9 Despetis J., Nouvelle chronologie des évêques d’Agde d’après les cartulaires de cette église, Mém. Soc. Archéo. Montpellier, 2e série, t. VIII, 1920, p. 87.

  10 Un chasseur fuyant devant un escargot figure dans l’un des médaillons sculptés sur le soubassement de la cathédrale de Lyon que l’on date généralement du XIVe siècle. Cf. Debidour V-H., Le bestiaire sculpté en France, Paris, 1961, p. 272.

  11 Randall L. M-C., The snail in gothic marginal warfare, Speculum, Juillet 1962, p. 358 à 367.

  12 Lagarde P. de, Guide des chefs-d’œuvre en péril, Paris, 1967, p. 97.

  13 Fabre A., Histoire des communes du canton de Roujan, Montpellier, 1894, p. 168. Sur Gabian, consulter également : Cabié E., Le château de Rayssac près Albi, ancienne commanderie des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem. Revue Hist., Sc. et Lit, du dép. du. Tarn, 2e série, t. XVI, 1899, p. 5, n. 1 et Lagarde P. de, op. cit., p. 94.

  14 Archives Municipales de Pézenas, n° 749 de l’inventaire établi par Resseguier.

  15 Revue Française d’Héraldique et de Sigillographie, 4e année, 1948, p. 94.

  16 Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu’à nos jours, publiée par MM. Firmin-Didot, Paris, 1862. « A la suite de l’ordonnance du 2 novembre 1439 qui réservait au roi seul le droit de lever des soldats et de mettre des tailles, les seigneurs se révoltèrent. Ils n’eurent pas de peine à entraîner le dauphin… qui était avide d’agitation. Cette honteuse révolte qu’on appela « praguerie » échoua promptement. Louis se réconcilia avec son père et fut mis en possession du Dauphiné (28 Juillet 1440) ».

  17 Martin E., Chronologie et généalogie des Guilhem, seigneurs de Clermont, diocèse de Lodève, et des diverses branches de leur famille, Marseille, 1892.

  18 Vallet de Viriville, Documents relatifs à la biographie de Jean, bâtard d’Orléans, comte de Dunois et de Longueville, Le Cabinet Historique, 1857, p. 3 à 11 et p. 105 à 120.

  19 Mitry Général Comte de, Généalogie de la Maison de Lauzières de Thémines en Languedoc et en Guyenne, Moulins, 1923. Dardé de Lauzières, maître d’hôtel de Charles VIII en 1483, fut l’héritier de son aïeule et de Raymond de Penne, seigneur de Thémines, son grand-oncle maternel qui ordonna par son testament du 21 juin 1451 qu’il quitterait son nom et les armes de Lauzières pour prendre celles de Thémines, Cardaillac et Penne.

  20 C’est pour nous un agréable devoir de remercier ici Mme et M. Dercher, propriétaires du château de Gabian, ainsi que M. Mailhé qui nous a permis de photographier les métopes déposées au musée de Gabian. Notre gratitude s’adresse également au Service du Recensement de la Conservation régionale des Bâtiments de France à Montpellier.