A FRANÇOISE

… But once a year when caverns yawn
And hidden things awake,
They dance together… tiil dawn…
Tolkien. The adventures of Tom Bombadil.

… Sie sprach zu ihm, sie sang zu ihm
Da war’s um ihn, geschehn
Halb zog sie ihn, halb sank er hin
Und ward nicht mehr gesehn.
Goethe. Der Fischer.

… Et ce fu veritez provee
Que l’uevre an fist Morgue la fee
El Val Perilleus, ou estoit.
Chrétien de Troyes. Erec et Enide.

Tous les pays sont pays de faerie – le mot est français quoique seuls les Anglais en aient repris l’usage -, c’est-à-dire des contrées où le mythe est roi, où l’imagination est reine, où les distances et le temps sont abolis. Partout surgissent des êtres qui hantent le terroir. Ils constituent un héritage fantastique, impossible à dater, apparemment inutilisable et par conséquent répudié par les esprits rationalistes. Que de fois ai-je entendu : « Comment Vous notez ces sottises ? » Diantre oui ! Ces histoires jugées surannées, incompréhensibles, gardent les formes du merveilleux qui nourrissait l’esprit de nos ancêtres. Il faut croire que la patrie de Perrault en fait toujours ses délices et qu’elles ne nous sont pas si étrangères puisque l’on trouve encore de nombreux informateurs obligeants et compréhensifs et que fleurissent des Provence mystérieuse, Auvergne mystérieuse, Pyrénées mystérieuses, etc. Malheureusement nous attendons depuis des années un guide du Languedoc mystérieux. Qu’il n’en existe pas, voilà un vrai mystère. Sans doute serait-il présomptueux de ma part de vous inviter à un voyage sentimental dans toute notre province – il devrait nous mener de Toulouse au Puy en passant par le Bas-Languedoc et les Cévennes – cependant je puis vous convier à partager le plaisir que j’éprouvai en découvrant l’Hérault mythique par des lectures et des conversations. Ce sera à travers un catalogue incomplet mais qui ne le resterait que si nous nous montrions négligents, paresseux ou simplement indifférents.

La croyance à l’existence des géants pourrait s’expliquer, dans notre région, par la découverte d’ossements fossiles sur lesquels nos lointains prédécesseurs ont exercé leur imagination. Ainsi, près de l’habitat celtique de Montredon, dans la commune de Montouliers, fut découverte une tombe « bordée d’ossements de dinothérium, comme si nos préhistoriques avaient voulu placer leurs morts sous la protection de ces géants » 1.

Les montagnes elles-mêmes apparaissent comme des êtres énormes 2. D’où une série de proverbes météorologiques :

Quand Mont Brenguès carga Io capebon
De pluèja pauc o pro 3.
Quand Io puèg de Causses porta Io capelon
Ploura sus colhons de Cessenon 4
Quand Tantaja pren Io capel tomba d’aiga 5.
Quand Io piog de Sant Lop pren son capèl
Lo pastre pot prene son mantel 6

C’est au pic de Vissou que les pèlerins de Salasc s’adressaient pour obtenir la pluie puisque, en allant vers la chapelle Sainte Scholastique, bâtie sur le mont Mars, ils chantaient :

Fai ploure Vissonet
Un pauc pertot… 7

Marins et montagnards s’accordent pour voir une femme couchée, ou encore une femme morte dans le massif du Caroux. Les lettrés l’ont transformée en Cebenna, fille des Titans, qui donna son nom aux Cévennes où elle s’étendit pour mourir 8.

Plus modestement sans doute, des géants anonymes ont leurs tombes. La sépulture du Capucin à Claret est un « important dolmen inclus dans un tumulus de pierre » 9. Deux dolmens de la commune de Cazevieille portent les noms de Grand Juyan de la Figarède ou de Rubia Torta, et Grand Juyan de Roubiac 10, un troisième, le Grand Juyan de la Déridière, appartient aux Matelles 11. Déjà les paysans du Moyen Age, à Saint-Guilhem, appelaient les dolmens des environs « tombeau du Juyant » 12. Celui de Murles est dit « Caisse des morts » 13. Notons en passant que, selon une étymologie populaire, Gigean signifie « ci-gît le géant » ; on doit cependant se méfier de ce genre de calembour impossible en langue d’oc.

Ne les enterrons pas trop vite, avant d’occuper un tumulus de quelque trente mètres de diamètre, le géant de Gellone a eu une activité débordante :

… (Lou) famous bandit Don Juan — (Le) fameux bandit Don Juan
Que panèt naï de dous cents filhos — Qui ravit plus de douze cents filles
Dé Pézenas, Mèzo è Sant Gilles — De Pézenas, Mèze et Saint-Gilles… 14

Il vit la fin de ses exploits avec l’arrivée de Saint Guilhem – Guillaume au court nez ou au cornet – qui, « s’étant introduit dans le château sous les habits d’une servante, s’approcha du géant… et le précipita du haut des rochers » (15). Le saint était lui aussi un héros de bonne taille, « une ancienne tapisserie, aujourd’hui disparue, le représentait franchissant l’Hérault, on montre encore sur un rocher les traces du pied de son cheval » 15. Le sceau de l’église paroissiale, anciennement consacrée à Saint Barthélémy, représente Saint Guilhem à cheval, à l’instar de Saint Georges, terrassant le géant 16.

Les menhirs semblent l’affaire des géantes. « Près de Lodève, une fée, tout en filant, laissa tomber le menhir qu’elle portait sur la tête » 17. On devine la taille peu ordinaire de cette fée. « Lors de la construction de l’église de Saint-Gervais-sur-Mare, les pauvres ne pouvant offrir d’argent, apportaient leur obole sous forme de travail. Les pierres et les dalles étaient prises sur les montagnes voisines. Une femme, fatiguée par le poids d’une pierre la laissa tomber. Elle se planta. C’est le menhir christianisé – du col des Tres Vans » 18.

La christianisation s’étend aux légendes et l’on voit Notre-Dame accomplir des gestes identiques. « Afin de venir en aide aux constructeurs de la cathédrale de Lodève, la Vierge apportait une pierre. Arrivée sur la colline de l’Escandorgue, trois kilomètres au-dessus du Perthus, à l’embranchement des routes de Roqueredonde-Tieudas et des Rives, elle vit que l’édifice était achevé. Après avoir béni la cathédrale d’un geste large, elle reprit le chemin du ciel, laissant là sa pierre » 19.

Le plus connu de tous les géants, dans l’Hérault comme dans toute la France, est incontestablement Gargantua, ou plutôt Gargantuas, car, presque partout l’S final est prononcé en langue d’oc 20. Son portrait s’est précisé à l’aide d’expressions familières, parfois encore en usage : « Es un Gargantuas » se dit « d’un grand bonhomme » 21, « d’un type costaud » 22, « d’un homme de grande taille, aimant parler » 23. On emploie également : « Grand coma un Gargantuas » 24, « Espia aquel Gargantuas ! » 25, « Quane Gargantuas » 26, « Sembla un Gargantuas » 27, « Aquel brandissia las campanas coma ieu los esquilos » 28. On applique aussi son nom aux gros mangeurs « Manja coma un Gargantuas » 29, « Gueita Io aquel Gargantuas, acabara Io plat » « Comandava caranta repais e puei arribava tot sol per dinnar… e manjava tot » 30. Inutile de dire que pour bien manger il faut aussi bien boire. Cela justifie la représentation du Carnaval en Gargantua. Au siècle dernier une carnavalhada piscénoise, los manja lèus, consistait à se déguiser en sauvages et à se présenter au bout d’une fourche du mou de mouton que l’on faisait semblant de manger, ce jeu s’appelait faire Gargantuas 31. Pour les fêtes de Caritach de 1911, un Gargantua fut construit, habillé en gros homme, placé sur un diable, énorme charrette destinée au transport des troncs d’arbres, les sauvages lui entonnaient des abats de boucherie 32. On peut penser que l’association successive au carnaval de Montpellier de Gargantua, Grandgousier et Gargamelle, n’était pas seulement littéraire 33.

Peut-on enrôler le Poulain de Pézenas dans la troupe de Gargantua ? La première fois que je vis ce cheval-jupon géant, porté par neuf hommes et monté par deux cavaliers, Estièinou et Estièinette, je pensai à la grande Jument montée par Grant Gosier et Galemelle 34. Sans aucun doute le Poulain se rattache à la grande famille des chevalets mais il n’est pas impossible que deux mythes se soient rencontrés pour produire cet animal.

Des historiettes circulaient et circulent sur notre géant national : « On raconte à Valergues, qu’un jour Gargantua s’arrêta non loin de la Méditerranée, un pied sur le mont Ventoux et l’autre sur le pic Saint-Loup, auprès de Montpellier. Comme il faisait grand chaud et qu’il avait soif, il but dans la mer et un vaisseau de ligne qui passait par là fut avalé. Grand émoi parmi l’équipage, qui, ne sachant d’où provenait l’obscurité subite qui régnait dans le bâtiment, alluma des torches et visita tous les recoins. Mais une flammèche mit le feu aux poudres ; le vaisseau éclata et Gargantua en fut quitte pour lâcher un gros pet, ce qui le soulagea beaucoup » 35.

« Entre Ganges et Saint-Bauzille-de-Putois, pour boire dans l’Hérault, Gargantua mettait un pied sur le pic d’Anjeau, un autre sur la Seranne » 36. Maurice Chauvet situait de surcroît, sur le terroir de Saint-Bauzille une aiguille de Gargantua 37.

Passant sur le Larzac méridional et pris d’une grande soif, il décida de se désaltérer en buvant l’eau de la Vis. Pour ce faire, il mit un pied sur le rebord de la Seranne et l’autre sur la Brono (corniche) du Puech (ferme de la commune de Rogues). A ce moment, passait sur le chemin de Saint-Maurice à Madières un char tiré par un couple de bœufs. La charge était composée par des buissons destinés à chauffer le four à pain du conducteur. Gargantua, dans sa hâte, avala le char, les buissons, les bœufs, le bouvier et son aiguaïade (aiguillon). Il toussa, râcla du gosier et s’exclama : « Tiens, j’ai avalé une bordo (fétu de paille) » et il continua à boire » 38.

François Dezeuze, dit l’Escoutaïre, avait entendu raconter « par une vieille de Celleneuve que quand Gargantuàs passa à Montpellier, il mit un pied sur le pic Saint-Loup, l’autre sur le truc de Mireval et qu’ainsi posé, il but le Lez d’une haleine » 39.

Il s’est arrêté en Agde, s’est assis sur le clocher de la cathédrale et s’est lavé les pieds dans l’Hérault 40.

Les Saint-Chinianais n’ont pas reçu sa visite mais il est passé dans les environs, posant ses pieds de colline en colline. Ils savent qu’il produisait des raz de marée en se baignant dans la mer et des tremblements de terre en éternuant 41.

Près de Pézenas, Gargantua est considéré comme un bon géant… quoiqu’il ait avalé par inadvertance une diligence et ses trois postillons. Il est vrai qu’il les restitua aussitôt, sains et saufs, dans le tablier de sa femme 42. Il a posé un pied sur l’Arnet, un autre sur la ville et a bu dans la Peyne. Ses enjambées étaient de dix kilomètres 43.

D’autres héros parcourent le département à grands pas, tel Hercule 44 « Autrefois le pic Saint-Loup et l’Ortus ne faisaient qu’un seul bloc. Au mas Rigaud, vivait une bergère, à Faubetou, un jeune berger. Ils partageaient un sentiment plus que tendre qui excita la jalousie du seigneur Gardiol, individu inquiétant. Pour se venger d’avoir essuyé un refus lorsqu’il était venu demander la main à la bergère, le seigneur lâcha contre elle deux énormes molosses. Elle succombait et ses plaintes devenaient de plus en plus faibles. Hercule passant par l’Aigoual l’entendit, en quatre enjambées il fut sur les lieux et ne vit qu’une solution d’un coup de son énorme massue, il fendit la montagne en deux. Gardiol fut enfoui sous les amas de pierres du pic Saint-Loup, la bergère se retrouva au sommet de l’Ortus. Depuis, le seigneur ne cesse de pleurer et ce sont ses larmes qui jaillissent à la fontaine de Mascla. Quelque temps plus tard, Hercule revint à passer par ces parages. Il avait soif. Il mit un pied sur l’Ortus, l’autre sur le pic Saint-Loup et se désaltéra à la fontaine de Mascla » 45. Il passa également par Pomérols, au retour du jardin des Hespérides, et y perdit trois des pommes d’or elles figurent depuis au blason de cette commune 46. A Frontignan, il aurait abusé du muscat mais la légende est tout à fait moderne.

A mi-distance de Saint-Pons-de-Mauchiens et de Montagnac, près de la rivière d’Aspera (ou das Peras) on trouve un creux entre deux collines nommé la Penada dai Michan : l’empreinte du pied du Méchant. Le Diable, trouvant le clocher de Montagnac trop beau voulut le détruire en sautant dessus à pieds joints. Il prit appui sur celui de Caux mais il avait mal calculé son élan et retomba vers Saint-Pons-de-Mauchiens 47. A Saint-Pons, on raconte seulement que le Diable faisait de grandes enjambées, quand un de ses pieds était à la Penada dai Michan, l’autre atteignait Montagnac 48.

Le Diable se montre parfois bon diable, il nous a construit quelques ponts. Le plus connu, et aussi le plus ancien – XIe siècle – est celui de Saint-Jean-de-Fos 49 un autre, placé sur le Jaur, à Olargues, est daté de 1202. Celui de Clairac, sur la Mare – commune de Villemagne l’Argentière – a été construit au XIIIe siècle. Un dernier se trouve près de Bédarieux. J’ignore si on lui en attribue la construction mais le chemin conduisant du Pas de la Lauze au col de l’Ourtigas portait le nom du chemin du Diable 50.

Ce personnage est pourvu d’une foule de sobriquets : Gringot, Grimaout, Loubet (couleur de loup), Jibaudanas (le bossu), Maunet, Negre-tout-Negre ou lou Negre, Tripet, Banudas et Banut (le cornu), Croucut et Croucudas (le crochu), Catala, Guiraud, Ramounet, lou Mauvès, Garanhau (le paillard), et bien sûr Satanas 51. Un dernier surnom, Gripet, est susceptible de plusieurs interprétations. C’est non seulement un diable 52 mais encore « un revenant, un loup-garou, tout ce qu’on voudra » 53. Dans la plupart des cas il m’a été défini comme un diablotin ou un lutin 54. « Les grippets ou grippetons étaient au service des fées, s’introduisant dans les maisons par le trou de la serrure. Ils faisaient des niches aux habitants mais, s’il le fallait, ils devenaient les auxiliaires des mamans en berçant les enfants qui ne voulaient pas dormir » 55. Sous cette forme, les dracs sont très proches des grippets, « ils vivaient près des rivières, leurs refuges de prédilection étaient les grottes et les abîmes. Ils faisaient des farces et causaient des désagréments dans les villages. Ils vivaient en grand nombre à la source du Pontel, dans la vallée de Buèges » 56.

Extrait de Ambroise Paré, “Des monstres”. 1573
Extrait de Ambroise Paré, “Des monstres”. 1573

Les dracs ne se contentent pas de cet aspect inoffensif. « A Navacelle, les habitants racontaient encore, vers 1945, qu’une grotte ouvrant presque au niveau de la Vis, servait de repaire à un Drac, dont ils préféraient ne pas parler » (38). Quoiqu’il ne soit pas décrit, on peut penser à un animal serpentiforme semblable au Coulobre de Riols qui habite une grotte sur le ruisseau de Lugno ou au Dragas de Grabels « tapi au creux de la Mosson, qui enlève les petits enfants et les noie » 57.

« Entre Saint-Jean-de-Fos et le château de Montpeyroux, une espèce d’entonnoir est appelé le puits du Drac ou du Diable. Ce gouffre, dont l’ouverture est masquée par des pierres, reçoit ordinairement toutes les eaux de pluie mais quelquefois, et sans qu’il ait plu dans les environs, le puits donne en telle abondance que le torrent qu’il forme a fait périr des hommes et des animaux. Je dois vous dire quelque chose des dracs qui jouent encore un rôle important dans les superstitions populaires je ne crois pas qu’ils prennent aujourd’hui forme humaine pour aller au marché on ne parle plus de leurs enfants qui auraient épuisé vingt nourrices ; mais on assure encore qu’ils font quelquefois flotter sur l’eau des rivières des bagues et des gobelets d’or pour attirer les enfants et les femmes. Leur demeure est pour l’ordinaire dans les masures abandonnées, ou dans les endroits les plus reculés des maisons. Astruc voit dans les bons dracs, les lares ou pénates ; dans les mauvais, les lémures. Ce nom de drac, lui paraît d’origine grecque, sans doute importé, par les Romains. Les esprits appelés dragons ont, en effet, longtemps passé pour tels qu’on représente encore aujourd’hui les dracs » 58.

Dans l’étang de Thau, les Dracs sont des sorciers qui se nourrissent du sang des victimes attirées sous l’eau 59.

Leur dernière métamorphose est celle du cheval-drac « Le Drac est un être diabolique qui, suivant la tradition, sortait d’un puits, appelait à lui les enfants vicieux et désobéissants pour les faire monter sur son dos indéfiniment allongé et se précipitait avec eux dans son puits. Cette tradition, modifiée selon les lieux, a cours dans tout le Midi. On nous a montré dans notre enfance (c. 1840), au quartier du château de Pézenas, le fameux puits qui a été comblé » 60. Les Pouzoullencs éloignaient leurs enfants du puits communal par la même légende « le Drac en sortait sous forme de Poulain fantastique et se laissait monter. Une place était toujours libre, mais dès que les petits cavaliers étaient au nombre de douze, le poulain se précipitait dans le puits sans laisser trace de son immersion » 61. La gourgue de Conas était hantée à la fois par un Drac et par un animal de nature assez proche : Io Serra. Ils hélaient les enfants et les noyaient « quand ils en avaient un plein dos » 62.

De nos jours, rien ne fait plus peur aux bambins mais dans les générations précédentes, pour les empêcher d’aller vers les endroits dangereux, on évoquait le Babau ou la Baragonha, cette dernière se distingue par une voix formidable. Pour les uns, le Babau est plutôt un chat effrayant et la Baragonha un chien fantastique 63, pour d’autres, ces deux animaux ont l’apparence de dragons 64. La Babota – diminutif de Babau – et la Cata Farrada – là chatte ferrée – seraient des fantômes ou des chimères 65. Mettons dans la même famille le Romamau, caché dans « une grotte des falaises terminales du Causse de Blandas, sous la ferme de la Borie d’Arre, un peu en aval de la grotte du Drac, sur la Vis. C’est un animal terrifiant que l’on se refusait à décrire et auquel on attribuait toutes sortes de méfaits » (38). Une sorte de loup, « qui dévorait bêtes et gens », aurait établi sa tanière au lieu-dit la Roque Debout et terrorisé la région de Vailhan 66.

Las Poous et las Trevas ont aussi leurs origines dans l’imagination ; d’autant plus inquiétantes qu’elles sont peu définies, une ombre, une fumée, un bruit révèlent leur présence. Elles hantent sous forme de Dames Blanches un endroit inculte et un aven de Saint-Maurice, un cimetière de Castanet-le-Haut, un ravin de Saint-Jean-de-Minervois. Las Trevas étaient redoutées au Pas de Larquet, dans la commune du Cros 67. Elles sont passées, la nuit, par les rues de Pézenas 68, à moins que d’aimables farceurs l’aient donné à croire comme cela s’est produit au Cunhet – commune de Riols – où un voleur de poires se revêtait d’un drap de lit et se promenait, toujours de nuit, en disant : « Las ametas prenon las perotas. Les petites âmes prennent les petites poires ». Malheureusement pour lui, il tomba sur un propriétaire sceptique et fut rossé 69.

Mieux décrit, après avoir été chimère ou dragon, le Tamaro est devenu un gibier pour jeunes naïfs ou pour touristes crédules. On le présente partout comme un animal pourvu à la fois de poil et de plume, aux pattes plus courtes d’un côté parce qu’il a pris l’habitude de se déplacer à flanc de colline. Il vit surtout dans les garrigues et les montagnes. Le fin du fin est de l’obliger à se retourner, les pattes les plus courtes se trouvant du côté de la pente, il tombe et l’on peut alors facilement s’en emparer : on l’assomme avec un bâton et on l’enferme dans un sac. Certains le chassent avec un sifflet, d’autres recommandent l’usage de la casserole.., j’aurais pu dresser une carte de ces variantes locales, je me bornerai à affirmer avec les meilleurs auteurs que seul le sac est indispensable 70.

Saint-Gély-du-Fesc aurait eu une Dame Blanche 71, on y parle surtout de Jacoupino ; au siècle dernier elle fabriquait des allumettes de contrebande dans une grotte des environs, aussi, tout le monde la tenait pour une masca, une fée plutôt malfaisante, une sorcière 72. Ce terme de masca a été longtemps accolé au nom de Saint-Pons-de-Mauchiens. C’est que « sur les hauteurs qui avoisinent le château et le hameau, se trouvaient des bois de pins, arbres très résineux, il arrivait parfois que des branches pourries, échauffées par les rayons du soleil, laissaient échapper pendant la nuit des lueurs phosphorescentes. Ces lueurs effrayèrent nécessairement des hommes qui n’en connaissaient pas la cause et donnèrent lieu à des suppositions superstitieuses. On imagina que ces hauteurs étaient habitées par des fées ou sorcières, et on appela ce village le pays des mascas. Ces dénominations avaient cours au XIIe siècle et peut-être avant. Nous pensons que Mauchiens et Mascas ou Masques ont la même étymologie et le même sens, il suffit de se rappeler que dans la langue du Pays cos veut dire chien et mas veut dire mauvais » 73. Les Mascas sont parties, les Fadas sont restées, elles résident au bois des Tannes, entre Saint-Pons-de-Mauchiens et Saint-Pargoire. « Une petite grotte sur la rive gauche de la Saudarède, et une petite conque où se ramassent les eaux étaient autrefois la demeure des fées. Les vieilles personnes racontent très sérieusement aux petits enfants qu’on a vu les fées étendre à droite et à gauche leur beau linge blanc » Les gens de Campagnan et de Saint-Pargoire l’ayant aperçu de loin, étaient venus le voir, quand ils arrivaient aux Tannes, le linge avait disparu 74.

« Fadas et mourgues font leur lessive au clair de lune avec un battoir d’or. La nuit, elles essaient de dérober le linge qui sèche dans les villages, mais si l’on parvient à prendre une pièce de leur propre trousseau et à la garder, on est assuré de faire fortune » 75. Celles de Roquessels le lavaient en effet de nuit, en revanche, à Nézignan-l’Evêque, cela se faisait de jour, sous terre, et la lessive séchait la nuit aux rayons de la lune. Près de la Granja de las Fadas de Bessan on a vu du linge blanc et des fées qui disparaissaient dans un « nuage noir à faire peur » dès qu’on tentait de les approcher 76.

Partout elles occupent des traucs, morrel, espandido, puèg, rocs, oustals, baumas de las Fadas. La célèbre Grotte des Demoiselles est une authentique Bauma de las Fadas 77.

Le voyage s’achève, quoique la quête des renseignements puisse encore se poursuivre. Nous n’avons examiné que quelques-unes des croyances populaires, elles sont de nos jours aussi innocentes que les superstitions domestiques mais leur antiquité les rend plus vulnérables et elles rejoignent aisément la poésie populaire 78. Des récits fort ressemblants pourraient être recueillis dans bien des provinces. Ils gardent cependant pour nous une saveur inimitable parce qu’ils révèlent un peu le cœur de notre pays, parce qu’ils en constituent, en partie, les clefs d’or.

Claude ACHARD

Je ne voudrais pas laisser croire que j’ai seul tenu la plume. Je tiens à remercier tous ceux qui ont bien voulu me répondre et dont les noms sont indiqués dans les notes. Je remercie plus particulièrement Mademoiselle Georgette Milhau qui a eu la gentillesse de me permettre de nombreux emprunts à son article : La carte mythologique du département de l’Hérault, paru au Bulletin de la société de mythologie française. J’ai également consulté avec profit l’excellent manuel bibliographique de Jacques Vallon l’Hérault préhistorique et protohistorique, Tome XIII des mémoires publiés par la société archéologique de Montpellier. Sans l’aide de mon ami Daniel Fabre j’aurais ignoré bien des sources écrites, qu’il trouve ici le témoignage de ma reconnaissance.

Une autre version de cette étude parait dans le tome CXIII du Bulletin de la Société de Mythologie française (Lycée Félix Faure, 60021 Beauvais ; abonnement 25 F. par an, CCP Sté Mythologie française 33.205.38 W La Source).

Notes

  1 J. Miquel. Essai sur l’arrondissement de Saint-Pons. Saint-Pons préhistorique et Gallo-Romain. Bull. de la société languedocienne de géographie. 1894. Tome XVII. p. 319.

  2 Paul Sébil lot. Gargantua dans les traditions populaires. Paris. éd. Larose et Maisonneuve. 1883. p. 268.

  3 Quand le Mont Brengues se charge d’un chapeau, nous aurons de la pluie peu ou prou. Communication de M. le maire de Brenas.

  4 Quand le pic de Causses porte le chapeau, il pleuvra sur les couillons de Cessenon. Aline Galy. Le folklore de Cessenon. Revue Folklore. Carcassonne. 1960.

  5 Quand le pic Tantajo prend le chapeau, il tombe de l’eau. Albert Fabre. Histoire du canton de Bédarieux. Montpellier Firmin et Montane. 1913.

  6 Quand le pic Saint-Loup prend son chapeau, le berger peut prendre son manteau. Mistral. Trésor du Félibrige. t. II. p. 231.

  7 Témoignage de Louis Ollier, ouvrier agricole. Salasc.

  8 Maurice Chauvet, Charles Donnadieu de Lavit, Jean Prioton, chanoine Giry, docteur Grenier. Au Caroux, montagne de lumière, Saint-Pons, Librairie cévenole, 1976, p. 14. Voir les légendes de Pyrène et d’Atlas. On peut voir, depuis le pont d’Olargues, le buste d’une autre femme couchée : il s’agit de la partie de l’Espinouse qui va d’Olargues à Montahut, (témoignage de José Tarbouriech, Brassac près Saint-Pons-de-Thomières).

  9 M. Louis et D. Peyrolle. Recherches préhistoriques dans le département de l’Hérault. Revue des Musées, n° 27.

  10 Cazalis de Fondouce. L’Hérault aux temps préhistoriques. Société languedocienne de géographie. 1905. pp. 94-95.

  11 P. et C. Pannoux. La préhistoire dans la région des Matelles. Bull. de la Société de Préhistoire française. 1954.

  12 Gaston Combarnous. Index des noms de lieux et de personnes dans le cartulaire de Gellone. Imp. Chalaguier, Clermont-l’Hérault. 1975. p. 98.

  13 Cazalis de Fondouce. op. cit.

  14 Hercule Birat. Poésies narbonnaises en français et en patois, suivies d’entretiens sur l’histoire, les traditions, les légendes, les moeurs, etc., du pays narbonnais. Tome II. Dialogos éntrè la mountagno dé Minerbe dito Mountaout è lou pic dé Noro. p. 275. Le nom de Don Juan peut surprendre, il a été imposé par les Voyages pittoresques du baron Taylor.

  15 François Dezeuze, dit l’Escoutaïre. Guide illustré de Saint-Guilhem. Montpellier. s.d. respectivement p. 33 et p. 70. « Le culte de Saint Guilhem est encore vivant dans le pays et les habitants montrent le rocher d’où il franchissait d’un bond de son cheval le lit, en somme assez étroit, de l’Hérault ». Guide Bleu. Cévennes-Gorges du Tarn. Paris. Hachette. 1951. p. 383. On se demande si le rédacteur de cette notice est jamais passé par Saint-Guilhem pour juger commodément de l’étroitesse du lit de l’Hérault. Posons à l’occasion la question est-il souhaitable de transformer un exploit mythique en exploit possible ? Saint Guilhem a eu à lutter contre le géant, d’où le nom de cabinet du géant donné à une ancienne tour du château. Il eut aussi à se mesurer au Diable. « L’auteur de la Chevalerie Vivien sait les traditions que redisent les gens du pays. Il sait comment Saint Guillaume a combattu un géant et comment il a construit un pont sur un torrent : un démon défaisait la nuit l’ouvrage du saint ouvrier ; mais Guillaume le guetta et le jeta dans l’abime :
Ce dit la geste del temps ancianor — L’histoire du temps le plus ancien dit
C’onques ne fu nus hom de tel vigor ; — Que jamais n’exista homme d’une telle vigueur ;
A Saint Guillelme ce dient li plusor — A Saint-Guilhem, bon nombre de gens disent
Que il gita le jaiant de sa tor ; — Qu’il jeta le géant de sa tour ;
Par vive force le destruit a dolor ; — De vive force il le supprima en le faisant souffrir ;
Et fist le pont Guillelmes par iror. — Et par colère, Guilhem construisit le pont.
Et li deables par nuit depeça tot : — Et le diable démolissait tout de nuit :
Il le gaita, c’onques n’en ot peor, — Il le guetta, jamais il n’en eut peur,
Et le gita en la plus grand rador. — Et le jeta au plus fort du courant.
Encor i pert et i parra toz jorz : — On l’y voit encore et on l’y verra toujours :
Illuec est l’eve en icele brunor ; — En ce lieu l’eau est restée très noire ;
L’abisme semble et si tornoie entor. — Cela ressemble à l’enfer et elle tournoie autour.
                — Le Moniage Guillaume ajoute :
L’aighe i tornoie entor et environ. — L’eau y tournoie tout autour.
Grans est la fosse, nus n’i puet prendre fons … Le gouffre est profond, nul ne peut en atteindre le fond.
Maint pelerin le voient qui la vont. — Maints pélerins le voient qui y vont.
Et Saint Guillaume sovent requis i ont : — Et ils ont souvent requis Saint Guillaume
Caillaus et pierres getent el puis parfont… — Ils jettent des pierres et des cailloux dans le puits profond…
Le pont garde le nom du pont du Diable et le folklore local y voit toujours « l’œuvre de Saint Guilhem ». (Joseph Bédir. Les légendes épiques. Le cycle de Guillaume d’Orange. Tome I. Paris Champion. 1894. pp. 104-108). Pour le surplus voir note 49.

  16 A propos de Saint Guilhem et du géant, voir les bulletins de la société de mythologie française n° VIII. 1951. pp. 17-18, par Mme Durand-Tullou ; et n° XLI. 1961. pp. 21-22, par M. Gachelin. Preuve supplémentaire du gigantisme de Saint Guilhem, on a montré jusqu’en 1793 un humérus de bonne taille, conservé dans un reliquaire. « Or, le Guillaume des trouvères s’appelle Guillaume Fièrebrace, et l’on peut choisir l’une de ces deux explications : ou bien il tire ce surnom du bras merveilleux que l’on montrait dans l’église de Gellone, ou bien c’est l’inverse : les moines ont pris son humérus à son squelette et l’ont enchâssé parce que son surnom de Fièrebrace était célèbre ». (Joseph Bédier. op, cit. p. 135). Cet auteur indique à la page précédente « qu’un procès-verbal, signé de deux médecins et d’un chirurgien atteste la présence du corps complet du saint dans sa bière, en 1679, praeter es unum brachii dextri, quod humerum appelant – à l’exception d’un des os du bras droit que l’on appelle humérus ».

  17 Mlle Georgette Milhau. Carte mythologique du département de l’Hérault. Bulletin de la société de mythologie française n° XIII. 1953. p. 15.

  18 Communication de M. René Gayraud, Saint-Gervais-sur-Mare.

  19 Mlle Georgette Milhau. op. cit. « La Vierge a laissé tomber une peyre levada, tandis qu’elle filait, à Labastide-Rouairoux, dans le Tarn. Elle a déposé près du Puys-Saint-Georges trois pierres qu’elle destinait à la construction de la cathédrale d’Albi ; apprenant que l’édifice était terminé, elle les abandonna là après les avoir groupées en forme de table ». Charles Portal. Historique de la région albigeoise. Albi. 1913. p. 3. Ces légendes peuvent être rapprochées de la croyance qui transforme en demoiselles ou pierres des fées les colonnes de matières pierreuses surmontées d’une pierre plate, fréquentes dans les reliefs dolomitiques. Les terrassiers appelaient dames les buttes témoins laissées sur un terrain déblayé.

  20 Le “S” sonore provient de l’influence de la bibliothèque Bleue où le nom de Gargantua était orthographié comme un cas sujet de l’ancienne langue.

  21 Aigues-Vives. Cazouls-d’Hérault.

  22 Saint-Martin-de-Londres.

  23 Capestang. Vailhan. Gigant signifie aussi bien hâbleur que géant.

  24 Grand comme un Gargantua. Dio-et-Valquières.

  25 Regarde-moi ce Gargantua ! Les Rives.

  26 Quel Gargantua ! Saint-Pons-de-Mauchiens. Mèze.

  27 Il ressemble à un Gargantua. Cabrières.

  28 « Celui-là, il portait les cloches comme je porte les clochettes ». « Il commandait quarante repas puis il arrivait tout seul pour dîner et mangeait absolument tout ». Communication de M. René Gayraud, recueillie auprès d’un vieux domestique pratiquement illettré. « Les références à la force de Gargantua revenaient souvent dans ses propos ». L’allusion aux cloches peut faire penser, plutôt qu’au chapitre où Gargantua emprunte les cloches de Notre-Dame, à celui où Pantagruel « vint au lieu où était la cloche de Saint-Aignan (d’Orléans) et la leva de terre avecques le petit doigt aussi facilement que feriez une sonnette d’esparvier ». (Pantagruel. chap. 7).

  29 Les Aires, Notre-Dame-de-Londres, Gallargues, Saint-Just, etc.

  30 Témoignage de M. Jean Caudet. Pézenas.

  31 Témoignage de M. Pierre Carlan, jardinier. Pézenas.

  32 Idem. Mme Sol, 94 ans, m’a indiqué un jeu semblable pour Bouillargues, dans le Gard. Le mannequin de Carnaval était appelé le Gargantuas. Les victuailles qu’on lui plaçait dans la gueule étaient destinées au banquet de la jeunesse. Langogne possède une énorme tête de Gargantua depuis la fin du siècle dernier. A l’extrémité du Languedoc, à Saint-Didier-en-Velay, on chantait à la paillasse Gargantua / quand tu auras / trop mangé / tu mourras. etc.

  33 La campana de Magalouna, journal dirigé et imprimé par François Dezeuze à Montpellier. Lou jujoment dau Caramentran Gargantuàs 1° au Clapas (n° 113 du 1er au 15 mars 1897) Lou proucès de Gargamella reina dau Carnaval (n° 135 du 20 février au 15 mars 1898). etc.

  34 Les grandes et inestimables chronicques du grant et énorme géant Gargantua… Chapitre : « Comment Merlin fit une merveilleuse jument pour porter le père et la mère de Gargantua ».

  35 Paul Sébillet. op. cit. pp. 270-271.

  36 Recueilli à Montoulieu. Légendaire du Languedoc Roussillon. Enquête ethnographique collective. lmp. Dehan. Montpellier. 1972. p. 51.

  37 Maurice Chauvet. Fleuve d’Or… Route Enchantée… éd. des Arceaux. Montpellier. Paris. Nîmes. 1947. p. 12.

  38 Communication de Mme Durand-Tullou.

  39 François Dezeuze, dit l’Escoutaïre. Rabelaes à Mount-Peliè. F. Dezeuze éd. Mount-Peliè. 1920. notes p. 223. Rabelais fait visiter le Languedoc à Pantagruel : « Puis vint à Montpellier où il trouva fort bons vins de Mirevaulx et joyeuse compagnie ; et se cuida mettre à estudier en médecine : mais il considéra que l’estat estoit fascheux par trop, et mélancholique, et que les médecins sentoient les clystères comme vieux diables. Pourtant vouloit estudier en loix mais voyant que là n’estoient que trois teigneux et un pelé de légistes, se partit dudit lieu. Et au chemin fit le pont du Guard, et l’amphithéâtre de Nimes, en moins de trois heures, qui toutesfois semble œuvre plus divine que humaine… » Pantagruel. chap. 5.

  40 Recueilli par Mme Françoise Piquemal. Agde. « S’es assetat sul cloquièr de la catedrala e s’es lavat les peds dins Erau ».

  41 Recueilli par Mlle Christine Pibre. Saint-Chinian.

  42 Témoignage de Mme Chassefière. Pézenas.

  43 Recueilli par Mme Cuillé. Pézenas.

  44 Paul Sébillot ne signale pas Hercule parmi les géants assimilés à Gargantua, en revanche, le seul personnage de la mythologie classique : Jupiter, est cité en Provence. (Gargantua dans les traditions populaires. Paris. 1883. p. 305).

  45 Communications de M. Léon Durand. Saint-Mathieu-de-Tréviers.

  46 Maurice Pezet. Sur ,les traces d’Hercule, éd. des Deux Mondes. Paris. 1962. p. 145. La voie hérakléenne, devenue voie domitienne, passe près de Pomerols.

  47 Témoignage de M. André Nos. Montagnac.

  48 Témoignage de M. Louis Pauzes. Saint-Pons.de-Mauchiens. Il est curieux de constater qu’on trouve, à peu près à la même hauteur, sur la rive droite de l’Hérault, dans la commune de Nizas, une croix de la Penada avec empreinte du pied et du genou de Sainte Perpétue.

  49 La légende du pont du Diable de Saint-Jean-de-Fos peut résumer toutes les légendes de ce genre : « Quand Guillaume, duc de Toulouse, dit le marquis au court nez, qui allait souvent visiter son ami Saint Benoît au couvent d’Aniane, voulut construire un pont sur l’Hérault au lieu ordinaire de sa traversée, le diable renversait la nuit ce qui avait été édifié à grand peine pendant le jour. Guillaume finit par se lasser il appela le diable et fit un pacte avec lui aux conditions ordinaires le premier passager lui appartiendrait. Le saint duc, plus rusé que Satan, fit connaître le marché à tous ses amis pour les préserver puis il lâcha un chat, qui le premier traversa le pont et dont le démon fut bien obligé de se contenter. Depuis ce temps, dans ce pays, les chats appartiennent au diable et les chiens à Saint Guilhem ». (Paul Sébillot : Les travaux publics et les mines dans les traditions et les superstitions de tous les pays. Paris. 1894. p. 151. cité par Joseph Bédier. op. cit. P. 108).

  50 Béziers et le Biterrois. XLIIIe congrès de fédération historique du Languedoc méditerranéen et du Roussillon. Montpellier. 1970. Article de Claude Lapeyre. Le Plo des Brus, p. 35. Le Diable est aussi destructeur : tous les ans, le soir de Noël, il va ôter une des pierres de la tour de Brison, à Brissac (Guide des Cévennes mystérieuses. éd. Lou Rajol. 1976. Alès).

  51 Sobriquets employés par euphémisme, relevés dans les œuvres de Louis Rouquier, de Puisserguier. Razimaduros (1922), Countes à fioc de sal (1922), Countes à la troubilho (1925), Countes à l’alholi (1926), Countes pounchuts (1928), Las tentassius de Sant Antoni (1938). Un bois du Soulié est dit Bois du Cornut.

  52 Dans la région de Saint-Pons-de-Thomières, le Diables nom Griffet (témoignage de M. José Tarbouriech).

  53 Amelin. Guide du voyageur dans le département de l’Hérault. Gabon et Cie. Paris. Montpellier. 1827. Notice sur Saint-Drézéry, p. 62 « N’allez pas dans ces cantons prononcer le nom de Gripet, à ce seul mot les femmes frémissent et les enfants meurent de peur ».

  54 Témoignage de M. Barascut. Vallhan. Témoignage anonyme, Roujan…

  55 Mlle Georgette Milhau. op. cit. p. 16.

  56 Idem. Pour quelques informateurs, le drac est un esprit follet.

  57 Maurice Chauvet. op. cit. p. 178.

  58 Renaud de Vilback. Voyage dans les départements formés par l’ancienne province de Languedoc. Esquisse sur l’histoire de Languedoc. Description de l’Hérault. Paris. Delaunay. 1825. pp. 504-505.

  59 Recueilli par Mlle Nathalie Genge, Mèze. On peut appeler ces dracs « ondins » sans risque d’erreur grave.

  60 Émile Mâzuc. Grammaire languedocienne. Dialecte de Pézenas. Toulouse 1899. Définitions du Drac p. 271, du Babaou p. 244, de la Baragogno p. 245, de las Poous p. 315, de la Treva p. 337. Le mot Babauvient de la répétition enfantine du mot Pòu (peur).

  61 Alfred Crouzat. Histoire de la ville de Roujan et du prieuré de Cassan, suivie d’une notice sur les diverses communes du canton. Béziers. lmp. Vve Millet. 1859. p. 186. « La crainte du Drac », qui est très commune en Languedoc, a pris de même naissance dans le paganisme. L’idée qu’on se forme des Dracs, c’est que ce sont des esprits follets, capricieux, inquiets, ordinairement malfaisants les meilleurs d’entre eux se plaisent du moins à faire des malices et des tours de Page. On Croit pourtant qu’ils prennent quelquefois certaines gens en amitié et qu’ils leur rendent d’assez grands services. Du reste on leur donne le pouvoir de se rendre invisibles ou de se montrer sous telle forme qu’il leur plaît. Du temps de Gervais de Tillebery, Maréchal du Royaume d’Arles, qui écrivait en 1211, on était persuadé dans le bas Languedoc, « que les dracs prenaient la forme humaine, quand il leur plaisait, et qu’ils allaient sous cette forme au marché, sans crainte d’être reconnus, – Selon cet auteur – la demeure ordinaire des Dracs était dans le creux des rivières, où ils tâchaient d’attirer les femmes et les enfants par l’appât d’une bague ou d’un gobelet d’or, qu’ils faisaient nager sur l’eau. Il ajoute – qu’ils recherchaient surtout les nourrices, dont ils avaient besoin pour nourrir leurs enfants, et il raconte à ce sujet une histoire, ou plutôt une fable, à laquelle il paraît ajouter foi ». On ne connaît plus dans le Languedoc les enfants des Dracs, ni le besoin qu’ils ont de nourrices mais on raconte encore ce que Gervais de Tillebery dit des bagues et des gobelets d’or que les Dracs font nager sur les gouffres des rivières, pour y attirer les femmes et les enfants. Cependant l’opinion commune est que les Dracs fixent ordinairement leur demeure dans quelque vieille maison inhabitée, ou dans quelque endroit reculé des maisons qui sont habitées, et que c’est de là qu’ils font des excursions dans le voisinage, quand il leur plaît. C’est là ce qu’on appelle, dans le bas Languedoc Treva. La peur qu’on avait autrefois des Dracs, y est bien diminuée ; mais elle n’est ni finie ni prête à y finir. Les enfants et les domestiques tremblent encore dans la nuit au seul nom du Drac plusieurs s’imaginent même l’avoir vu, et il n’y a presque point de village, où il n’y ait quelque maison décriée, sous prétexte qu’elle sert de repaire au Drac ». (Astruc, Mémoires pour l’histoire naturelle de la province du Languedoc. Paris. 1740. Part. III. Chap. VIII. pp. 512-513). « Le Drac était le génie des eaux, il était entouré de lutins qu’on appelait les draquets il était espiègle, mais rarement méchant. Chaque cours d’eau avait son Drac qui s’amusait à couper les lignes, faisait s’échapper les poissons, jetait à l’eau les pécheurs. Certains ruisseaux possédaient cependant des Dracs méchants et dans ceux-là on allait souvent à la recherche des noyés » (Claudine et Daniel Fabre. Récits et Contes populaires du Languedoc. Tome III. Le Narbonnais. Gallimard. Paris. 1978. p. 134). « Depuis quelques jours le Drac rôdait dans le pays. Comment était-il ? Au juste on n’en savait pas grand chose, personne ne l’ayant bien vu, et, de plus, ce monstre ne voyageait que de nuit ! On pouvait à quelque chose près dire qu’il avait une carapace de tortue, une tête énorme de serpent avec des plumes au sommet, une queue de lézard. Quant aux yeux.., ah ! ces yeux qui vous traversaient.., du phosphore !… Il avait mangé, dans des pays lointains, des enfants, quelquefois des hommes, faute de quoi, il se rabattait sur des brebis » (Julien Barthés. Le facteur est galant homme. 1973. p. 41. Ce roman se passe à Prémian). L’abbé Couzinié cite Peyrot, de Millau, à propos du Drac : « Nous fasquet creiré un ser qu’abio troubat lou drac deguizat en chobal qué fazio pototrac » (Dictionnaire de la langue Romano-Castraise. Castres. 1850. p. 171).
« Lou pous dou Drac, lue-dich, à Cambeira, dins lou Carsi, prouvinço ounte courre sus lou drac no legèndo retipant aquelo dou Rèi del Fouletoun, de Goethe » (Antoni Conio. Lou Dragoun en Prouvènço. Avignoun. J. Roumanille. 1920. p. 95).
Le Docteur Charles Pélissier décrit l’âne-drac de La Paume (Aude) comme « une bestiole de la forme et de l’aussado d’uno saumeto… negre de pelage, sans cap de taco blanco ; abio l’esquino, las patas e las aurelhos d’un ase, mès soun mourra planiè e soun frount large èroun pus lèu lous d’un vudèl… lou rèple de la bestio s’estirabo cado cop que ne mountabo un e demourabo toujour un roudal ount un autre poudio s’asseire aisidoment… Arc la Bestio semblabo nada dins l’aire, anabo coumo un foulhet, sans que sous quatre pèds faguessoun cap de bruch ni de ressou ; sas nasicos jitaboun de flambo de foc, de belugos de foc gisclaboun de soun pelage negre » (L’elh de la Pounso, Racountes e legendos de la Basso-Courbièiro. Narbouno. Estampariè dal Lengodoc. 1925. pp. 36-39). La revue Folklore, de Carcassonne, a Signalé également plusieurs chevaux et ânes-dracs. Le lutin de Fontarèches (Gard) « se transformait en âne, il invitait tous les jeunes gens du village à monter en même temps sur son dos qui s’allongeait à volonté mais lorsque tous ces cavaliers étaient bien installés, il allait, d’un seul coup et par une violente ruade, renverser tout ce monde dans le lavoir communal » (André Bernardy, Les sobriquets collectifs. Gard et pays de langue d’oc. Ateliers Henri Péladan. Uzès. 1962. p.134). Antonin Perbosc a relevé quatre histoires de ce genre, la première, empruntée à Mistral (Armana prouvençau, 1885, p. 62), se passe en Avignon, la seconde provient du Rouergue, la troisième, de Montauban, la dernière, de Pinsaguel (Haute-Garonne). Les cavaliers peuvent être neuf, douze treize ou vingt-deux, dans tous les cas, ils sont sauvés grâce au signe de la croix qui fait disparaître l’animal diabolique (Revue du Folklore français et du folklore colonial. Tome XII. n° 1. Janvier-Mars 1941. Lib. Larose. Paris. p. 9-10, in Mythologie populaire : Le Drac, l’étouffe-Vieille et le Matagot, d’après les traditions occitanes). « L’âne qui s’allonge – Un groupe de jeunes bergères prenait joyeusement ses ébats sur les pelouses en bordure du lac de Bethmale. Un âne superbe broutait non loin de là. « Nous allons monter sur l’âne et chevaucher autour du lac », dit la plus hardie. Et toutes de courir vers la monture. La plus leste se hisse la première sur l’impossible baudet, puis deux, puis trois. Lorsque la dixième fut dessus, les deux qui restaient à terre, s’aperçurent que l’âne s’allongeait à volonté comme un souple caoutchouc. Vite, l’alarme est donnée. Poussant des cris d’horreur, les jeunes imprudentes, en se signant, sautent épouvantées de cette terrible bête, qui disparaît environnée de flammes et d’éclatements de tonnerre. Où les aurait entraînées l’esprit malin ? Depuis, les ânes ont mauvais renom à Bethmale » (Charles Joisten, qui cite l’abbé Castet, Les êtres fantastiques dans le folklore de l’Ariège. pp. 16-82 de la revue Via Domitia. Toulouse. Décembre 1962. Année XI. fasc. 4). A. Delrieux signale un cheval-drac à Molompize dans le Cantal au bord de l’Alagnon ; L. Bonneaud en a retrouvé un autre près du Lot, au pied des rochers de Saint-Cirq-Lapopie (Bulletins de la Société de Mythologie française, respectivement n° XXXIV, 39 et n° XLIX, 42).

  62 Témoignage de Mlle Boudou. Conas, hameau rattaché à Pézenas.

  63 Témoignage de M. Jean Caudet. Pézenas.

  64 Témoignages recueillis à Fontès et Roujan.

  65 Louis Rouquier. Countes à la troubilho. p. 199. Louis Rouquier écrit par ailleurs Babarougno. Du côté de Montpellier, on entend prononcer plutôt Maragogno. Témoignage de Mme Chassefière. Pézenas. Autre chimère, la Roumeco, hantait un puits chez Jan Castagno, à Alès : « Gare la Roumecasso embé sous ièls rounds et jaunas coumo de safran ». Elle servait à l’éloigner du puits dans son enfance (E zou ! Tabo ! rouman. J. Brabo, éd. Alès. 1930. pp. 31-32).

  66 Témoignage de M. Barascut. Vailhan. La légende est née de la découverte d’une faille qui avait servi de sépulture protohistorique.

  67 Mlle Georgette Milhau. op. Cit. et J. Miquel et J. Coulouma. Le préhistorique dans le bassin de la Cesse. Compte rendu du 10e congrès préhistorique de France. Nîmes-Avignon. 1931. Le ravin de la Peur borde le camp du Ramio daté de l’âge du bronze.

  68 Témoignage de Mme Chassefière. Pézenas.

  69 Témoignage de M. José Tarbouriech. Brassac, hameau rattaché à Saint-Pons-de-Thomières.

  70 Témoignages sans nombre. Un restaurant de Sète porte ce nom pour avoir été construit à flanc de colline. Un hôtel de Béziers le porte aussi à l’instar d’un établissement du même type baptisé « Le Dahu », dans les Alpes. On ne saurait trop louer cet attachement au folklore.

  71 Maurice Chauvet, op. cit. pp. 182-183.

  72 Communication de M. Léon Durand. Saint-Mathieu-de-Tréviers.

  73 Abbé Constant Blaquière. Histoire de Saint-Pons-de-Mauchiens. Montpellier. lmp. de la manufacture de la Charité. 1899. p. 11 et 18. Le Rec de las Mascas porte un château ruiné dans la commune de Poujols.

  74 Témoignage de M. Louis Pauzes. Saint-Pons-de-Mauchiens.

  75 Témoignage de M. Jean-Michel Gayraud, pour Roquessels, de Mlle Boudou, de Conas, pour Nézignan-l’Evêque.

  76 La Granja de las Fadas : un fragment de poème en langage de Bessan (Hérault), dû à M. H. Bousquet, garde d’artillerie en retraite. Présenté par Alphonse Roque-Ferrier. Revue des langues romanes, t. XIV. 1878. p. 27. note 1. « Les fées sont des femmes d’un ordre supérieur à la nature humaine, dont le pouvoir, les connaissances, les talents excèdent de beaucoup les bornes du pouvoir, des connaissances et des talents des hommes exemptes de plusieurs infirmités qui nous sont propres, mais soumises à beaucoup de besoins, à beaucoup de passions, à beaucoup d’accidents et enfin à la mort inégales entre elles en âge, en beauté, en pouvoir, en lumières, ordinairement bienfaisantes, quand elles sont jeunes et belles sujettes à être chagrines, bourrues, malfaisantes, quand elles sont laides, ou prêtes à le devenir en commençant à vieillir. On a prétendu qu’elles aimaient à se montrer habillées de blanc, et cette opinion a été cause qu’on les a souvent appelées Dames Blanches. Gervais de Tillebery, maréchal du royaume d’Arles, qui vivait au commencement du XIIIe siècle, rapporte dans un ouvrage adressé à l’Empereur Othon IV « que les fées se choisissaient des Amants parmi les hommes, à qui elles procuraient toutes sortes de biens tandis qu’ils leur étaient fidèles, mais aussi qu’elles accablaient de malheurs et qu’elles faisaient mourir même, quand ils s’avisaient de les quitter pour se marier, ou qu’ils avaient l’indiscrétion de se vanter de leurs faveurs ». On fait encore les mêmes contes en Languedoc, et on les fait avec la même confiance que cet auteur les a faits lui-même. Cette croyance aux fées a été assez universelle en Europe, mais elle paraît avoir été particulièrement établie dans le Languedoc. Il n’est point de village dans cette province où il n’y ait quelque vieux château, ou quelque Antre, honoré de la demeure de quelque fée, ou du moins quelque fontaine qui a servi à ses bains. Les plus ignorants et les plus grossiers y savent par cœur un grand nombre de contes de fées qui se perpétuent par une tradition orale, qu’on raconte toujours avec les mêmes circonstances, et qu’on ne manque jamais d’orner de certaines vieilles phrases, qui paraissent consacrées. Cependant il faut convenir que le peuple même n’y parle plus guère à présent des fées que comme de quelque chose qui a existé autrefois et qui n’existe plus. Il semble par conséquent que cette croyance commence à s’affaiblir, mais je ne voudrais pas répondre qu’elle ne se renouvelât bientôt, si l’ignorance reprenait jamais le dessus » (Astruc. op. cit. pp. 510-511).

  77 Trauc de las Fadas : à Fos, à Poujols, à Gabian – dite grotte des Pasquales, à Pézenas, près des Ruffes (témoignage de M. Pierre Savy), à Puisserguier – selon Louis Rouquier, Countes pounchuts, p. 71 -, à Caux – voir Commandant H. M. Maders, Histoire populaire de Caux. n° 1. 1973. p. 19. Aven de la Dame à Brissac.
Mourrelde las Fadas : Entre Siran (Hérault) et Pépieux (Aude).
Espandido de las Fadas près du lieu dit la font du loup à Castelnau-de-Guers ; un autre lieu dit est appelé la Grange des Filles, sans qu’on puisse savoir s’il s’agit d’une habitation des fées ou de l’emplacement d’un couvent (témoignage de P. Christol).
Puèg de Montfo : la colline des fées, à Magalas. Site protohistorique fort connu.
Roc de las Fadas : à Roquebrun. Aumelas, Vendémian, Mons. Une légende se rattache à ce dernier : « On rencontre au pied de Taouteylle deux menhirs. L’un est encore dressé entre les cols de Candoubre et de Taouteylle. L’autre, beaucoup plus accessible, à cinquante minutes de marche environ de Bardou, gît à la droite du sentier venant de Grousset, à une dizaine de mètres du col de Candoubre. Rien ne manque pour reconnaître un menhir dans cette longue pierre. Sa forme d’abord, bien caractéristique, et ses dimensions. Son nom ensuite : la Pierre de la Fée. Sa légende enfin : les architectes du vieux pont d’Olargues (C’est un des ponts du Diable) l’avaient choisie pour en faire la clef de voûte de leur ouvrage et la Fée, bien entendu, devait assurer le transport sur le chantier. Il faut croire que les constructeurs ont modifié leur plan, puisque la pierre est toujours à Candoubre, attendant d’être redressée » (P. Granier. Espinouse la belle oubliée. Saint-Pons. Librairie cévenole. 1961. p. 91).
Oustals de las Fadas : le dolmen de la Prunarède – commune de Saint-Maurice-Navacelle -, un des dolmens de Soumont, dolmen de Cesseras.
Baume de las Fadas : outre la grotte de Saint-Bauzille-de-Putois, rendez-vous des fées de toute la région, celle de Montpeyroux, celle de Caunas, près de Lunes, celle des Rives, près de l’aven de Boucaraoula, celle de Montesquieu, dite aussi grotte de Caramaou.
Cami de las Fadas : l’ancien chemin de Pézenas à Abeilhan (témoignage de M. Antoine Soutadé), qui passe près de la fons de las Fadas (plan cadastral).
Las Fadas : lieu dit près du mas de Bedos, commune de la Vacquerie.
Rec de las Fadas : commune du Bousquet d’Orb (témoignage de M. Auguste SaIs).
Baignoire des Fées au déboucher des gorges de Casseloubre, commune de Saint-Gervais-sur-Mare (communication de M, René Gayraud).
Pierre des Fées à Lacan, commune de Saint.Guilhem. En 1865, après avoir été retaillé, ce menhir fut transporté au hameau des Lavagnes pour servir de support à une croix de mission.
→ Les fées se manifestent au fond du gouffre de Rabanel, près de Brissac, mais uniquement les jours de grand vent (Guide des Cévennes mystérieuses. op. cit.).
→ Les dolomies du cirque de Mourèze, creusées par l’érosion, étaient prises autrefois pour des ruines « du temps des fées et des géants ». (Gaston Combarnous. Mamette de Salagou. p. 72. éd. Arauris. Montpellier. 1973).
Lac de la Signolle ou de la Signora, synonyme de fée, au sommet de la montagne du Suc, commune de Brissac.
Fontmourgues, à Saint-Jean-de-Fos.
Sot des Mourgues à Pégairolles.de.l’Escalette.
Ruisseau des Mourgues près de Sorbs.
Puech des Mourgues où l’on a retrouvé l’oppidum d’Ambrussum, commune de Villetelle.
Les Mourgues : lieu dit de Saint-Michel où se dresse le dolmen appelé Peyre Cabucelada (la pierre qui sert de couvercle, voir la note 19).
→ Eugène Thomas, dans son dictionnaire topographique du département de l’Hérault, donne p. 129 quelques lieux dits de ce nom : Les Mourgues sont un hameau de Lunel, une ferme de Marsillargues, une ferme de Montpellier, une montagne de Saint-Bauzille-de-Montmel. On peut y ajouter un lieu dit, disparu dans le cadastre de Saint-Georges-d’Orques mais qui existait au compoix de 1593. Dans le cas de Saint-Geniès-des-Mourgues, ce mot se traduit par « moines ».

  78 Paul Valéry écrit dans sa préface à la traduction des Bucoliques : « …toute cette contrée est hantée ou habitée de déités ou de divinités qui tiennent chacune quelque rôle dans cette étrange économie de la nature qui s’observait au Latium, et qui combinait singulièrement la mystique et la pratique de l’existence. La fonction commune de cette population mythique était de rendre vivantes les relations des hommes avec les productions, les métamorphoses, les caprices et les lois, les bienfaits et les rigueurs, les constances et les hasards qu’ils observaient dans le monde autour d’eux. Rien n’est inanimé, en ce temps-là ; rien n’est insensible et sourd, si ce n’est volontairement, pour ces paysans latins, qui donnent leurs vrais noms aux sources, aux bois, aux grottes, et savent comme il faut parler aux choses, les invoquer, les adjurer, les prendre à témoin et il se fait ainsi entre elles et l’homme un commerce de mystère et de services, que nous ne pouvons plus concevoir que nous ne pensions « Poésie », – c’est-à-dire en faisant évanouir toute la valeur et le sérieux de ce système d’échanges. Mais ce que nous appelons « Poésie » n’est précisément que ce qui nous reste d’une époque qui ne savait que créer. Toute poésie dérive d’une époque de connaissance créatrice naïve, et s’est détaché peu à peu d’un état premier et spontané où la pensée était fiction dans toute sa force ».