La vigne dans les domaines et seigneuries de l’Ordre de Malte
en Bas-Languedoc aux XVIIe et XVIIIe siècles

PREMIERE PARTIE
Documentation et méthode

Quand nous avons présenté dans cette Revue, la Commanderie de Pézenas de l’Ordre de Malte aux XVIIe et XVIIIe s., nous y avons évidemment consacré quelques lignes à l’étude de son vignoble 1. Nous nous excusons s’il en résulte dans le présent article quelques redites que nous nous sommes efforcés de limiter au maximum, mais il est bien évident que notre thème d’aujourd’hui nous faisait reprendre contact avec certains aspect majeurs de notre travail précédent.

Il s’agit maintenant d’étudier la vigne de Malte bas-languedocienne telle qu’elle nous apparaît d’après notre documentation spécifique dans sa probable évolution au cours de ces deux siècles. Nous tenterons d’apprécier dans quelles directions et sous quelles influences sa superficie a été susceptible de se modifier et si, au moins localement, ne s’est pas manifestée une certaine progressivité de la technique viticole, par rapport à la pratique traditionnelle.

Nous tenterons, conjointement, de replacer cette étude dans le problème d’ensemble de la vigne en Bas-Languedoc, en nous appuyant sur quelques travaux d’importance qui, à dates plus ou moins récentes sous des angles divers et à des niveaux géographiquement localisés ou élargis, ont traité du sujet.

Notre documentation spécifique concerne une quinzaine de bonnes Commanderies situées à l’intérieur d’une limite fictive qui partirait de Homps et Douzens en vallée d’Aude, se poursuivrait au Nord-Est jusqu’à Jallès, déjà bas-cévenole, qui descendrait ensuite au Sud par Montfrin et les biens de la rive droite du Petit-Rhône, dont le Prieuré de Saint-Gilles stricto sensu, territorialement languedociens. (Le Roussillon, dans la dépendance de la Langue d’Aragon n’appartenait pas à notre recherche). A l’intérieur du cadre ainsi tracé il y aurait à insister sur Perieis, Béziers, Pézenas, Montpellier, Saint-Christol, aux confortables revenus, bien significatifs de la solide implantation des Hospitaliers de Saint-Jean en voisinage méditerranéen.

Bien entendu, se satisfaire d’une simpliste référence au « Chef » de chaque Commanderie risquerait d’être souvent sans grande signification du point de vue qui nous occupe. Mais par ses « membres » chacune se trouve habituellement assez heureusement intégrée aux milieux géographiques caractéristiques du Bas-Languedoc : plaine intérieure, cordons littoraux et – c’est majeur pour notre affaire – reliefs pierreux à l’intérieur. Un exemple bien probant – mais tant d’autres seraient à citer – c’est la multiprésence en Corbières et Minervois, par les « Membres » de leur dépendance, des Chefs de Homps, Grésans et Douzens. (Nous avons tenté sur la carte générale jointe de présenter chaque Commanderie intéressée dans sa structure administrative et territoriale, mais il ne pouvait être question d’y rapporter la nomenclature correspondante). Sous ce point de vue, on obtiendrait une image, sans doute simplifiée mais suffisante, de chaque Commanderie considérée en se reportant au répertoire du Grand-Prieuré de Saint-Gilles aisément consultable aux Archives départementales des Bouches-du-Rhône.

Pour l’essentiel, Chef et Membres sont constitués de biens strictement domaniaux, habituellement gérés par affermage. S’y ajoutent épisodiquement quelques redevances en nature (agriers et dîmes). Mais la présence seigneuriale est, on le sait peu efficace en Bas-Languedoc. Quant à la dîme, elle n’entre ici qu’en volume très limité dans les ressources de l’Ordre.

Toutefois, agriers et dîmes dans les cas précis où on les rencontre au bénéfice de Saint-Jean, mettant en évidence les obligations quantitatives attendues des redevables, sont susceptibles de se charger d’une effective signification quant au dynamisme ou à la stagnation viticole, de l’environnement paysan.

Concernant la nature et la forme de notre documentation maltaise pour l’essentiel nous nous permettons de renvoyer le lecteur à ce que nous en avons dit à propos de Pézenas. On sait déjà l’intérêt considérable des Visites générales et d’amélioration qui, en moyenne, une ou deux fois par décennie, dressent pour Chef et Membres l’inventaire méthodique et rigoureux des biens et droits de chaque Commanderie 2 : recensement et nature des surfaces cultivées, rendements moyens obtenus, vérifications quant à la bonne exécution des Ordonnances de meilleure gestion rédigées à l’occasion de la Visite antérieure, formulation d’Ordonnances nouvelles en prévision de la Visite suivante se rapportant spécialement à la vigne, ici notre souci exclusif, les Visiteurs ne manqueront pas d’évoquer l’âge et la rentabilité des vignobles inspectés : telle vigne est vieillie, serait à « extirper », tandis que telle autre procède d’un « plantier » récent. D’autre part, fréquente référence est faite au matériel « vinaire », cuves et tonneaux, particulièrement quand ils paraissent inadaptés à des vendanges susceptibles de s’accroître sensiblement. Ce sont là de précieux indices quant aux vues des Administrateurs maltais sur les prochaines années. Sans doute, le regroupement de ces nombreux procès-verbaux de Visite ne pouvait-il permettre de procéder à un recensement intégral de la superficie du vignoble de Malte à une date donnée ; nous avons pu, du moins, retenir un certain nombre de résultats partiels, très nettement localisés, dont la précision s’affirme incontestable et qui ont pu s’inscrire à l’intérieur d’une série de tableaux. Nous donnons seulement ici à titre d’exemples, et parmi les plus significatifs, celui de Perieis-Béziers.

Peyries

Nous avons, par ce procédé, tenté de nous rapprocher de la méthode jadis préconisée par P. Vilar 3 : réagissant contre les approximations insuffisamment étayées et parfois discordantes auxquelles ce genre de recherche avait abouti, sous le double point de vue de l’espace et du temps, il mettait en évidence la nécessité d’une « histoire chiffrée », quantitative, procédant par sondages précis, qui calculerait localement, en cesterées, l’évolution de la superficie en vignes à l’intérieur d’une chronologie plus serrée.

Toutefois, notre effort s’est affronté à de graves limites chronologiques et n’a pu s’exercer à plein qu’avec les dernières décennies du XVIIe siècle (à partir de 1675-1680 particulièrement). C’est ainsi que la première mention de vignoble n’a pu être relevée à Périeis qu’en 1631, en 1648 seulement pour Pézenas et Grésans. Le XVIIe siècle, spécialement dans sa première moitié laisse curieusement à désirer quant à l’ampleur et à la précision de notre documentation « viticole ». Il est probable que les Visiteurs d’alors, un certain relâchement administratif aidant, s’affirmaient moins soucieux que le seront leurs successeurs de recensement intégral et méthodique. Et peut-être n’est-il pas trop risqué de ressentir dans cette carence relative l’extrême dominance avec laquelle on considérait dans les Commanderies du Languedoc, le fait céréalier, notamment aux époques où elles contribuaient périodiquement à ravitailler l’Île de Malte, souvent déficitaire, et spécialement La Valette.

Mais au-delà de 1675, notre documentation « maltaise » se présente en heureuse disposition sérielle avec une ampleur et une précision qu’on ne retrouve nulle part à ce degré dans l’un et l’autre des deux Grands-Prieurés. Sans doute cette heureuse situation peut-elle s’interpréter comme révélatrice de l’importance que prend désormais en ces régions le fait viticole.

Nous avons déjà soupçonné dans l’omniprésence bas-languedocienne de l’Ordre, si limitée puisse-t-elle se présenter parfois à l’échelon local, la bénéfique occasion de s’intégrer à l’environnement agraire, et de pouvoir, par confrontation, en tirer des enseignements utiles. Circonstances favorisées par les aspects très concrets que comportent obligatoirement les processus de Visite : examen in situ de l’état des terres et des cultures ; éventuelle remise en question, en présence du voisinage des délicats problèmes, d’arpentage et de bornage (concernant épisodiquement le dîmaire ou la seigneurie mais, plus souvent, le domaine proprement dit). Autant de possibilités d’observer les réalisations de l’environnement paysan et bourgeois et d’en imiter, si on les espère rentables, les initiatives.

Est-ce à dire que le procès-verbal de Visite soit, pour nous, intégralement satisfaisant ? Sans doute se termine-t-il obligatoirement, par la mention précise des conditions de l’affermage en cours (« en général » ou « parcellaire ») ainsi que de son niveau nominal en livres-tournois. Mais l’on ne peut, sauf rarissime exception, en tirer quelque renseignement quant à l’état et à la rentabilité spécifiques du vignoble ; les montants d’affermage indiqués concernant toujours la globalité des ressources du bien considéré. Il n’en reste pas moins que la Visite demeure notre information fondamentale. Elle se complète d’une seconde série documentaire, malheureusement très inégalement représentée selon les Commanderies. Il s’agit des baux d’affermage eux-mêmes ne précisant rien quant à l’apport respectif des divers constituants fonciers mais qui se modelant sur les Ordonnances de Visite détaillent les obligations proprement agraires du fermier – précisions d’autant plus nécessaires que la durée des baux maltais étant, par dispositions statutaires, très courte (3 à 5 ans), la « plantade » travail onéreux à rentabilité relativement éloignée, alors que le renouvellement de son bail, concédé aux enchères, n’est pas assuré, n’attire guère le preneur. Le plus souvent, l’achat des plants revient au Commandeur, mais la plantation elle-même et le bon entretien du vignoble demeurent de sa responsabilité directe tandis qu’il rechercherait plus volontiers dans l’immédiat le bénéfice à tirer d’une honnête récolte céréalière ; la production frumentaire demeurait évidemment et il convient de le rappeler le souci fondamental. Dans le cas de Vauvert, nous dit-on, 73 % des terres cultivées sont vouées aux céréales, la vigne ne couvrant – à quelle époque ? – que 14 % du finage (et c’est peut-être, à notre avis, un pourcentage assez rarement atteint ailleurs !) 4.

La céréale amassée aux bonnes années sur le domaine proche, laïc ou d’Église, éventuellement accrue de la dîme et de l’agrier, permettait alors aux moyennes et fortes exploitations la possibilité d’une profitable vente à l’extérieur et le Bas-Languedoc jouissait de ce point de vue, en dépit de l’extrême irrégularité des récoltes, d’une solide réputation.

S’y ajoutait, en proportion variable selon les époques, la traditionnelle « plantade » (vigne et olivier, avec pour les temps qui nous occupent, la place grandissante du mûrier), la « plantade » était presque la seule des activités agraires, susceptibles de procurer un surplus négociable d’une certaine ampleur au paysan parcellaire, inexorablement maintenu dans une extrême précarité au plan céréalier, et elle en acquérait, de ce point de vue, une signification socio-agraire singulièrement amplifiée.

Mais elle avait toujours connu des phrases alternées de stagnation – voire de recul -, et d’extension associées aux orientations de moyenne et longue durée, à la baisse ou à la hausse des prix du vin. Orientations elles-mêmes sous-tendues par un jeu complexe d’influences : alternances démographiques, circulation plus ou moins aisée des produits et, à plus haut niveau, sans qu’il soit toujours possible d’établir les corrélations nécessaires, le volume et l’aisance de la circulation monétaire locale et générale (on consultera avec grand profit les graphiques des prix en Languedoc, tirés de L. Dermigny, Annales du Midi, 1964), et l’on s’efforcera à l’occasion d’y faire quelques références en exposant maintenant les résultats essentiels de notre enquête « maltaise ».

La Langue de Provence de l'Ordre de Malte (Hospitaliers) de Saint-Jean de Jérusalem)
La Langue de Provence de l'Ordre de Malte (Hospitaliers) de Saint-Jean de Jérusalem). Répartition géographique et structure administrative aux XVIIe et XVIIIe siècles
Limites approximatives Nord et Sud de la Langue de Provence. Chef et Membres. Biens de l'Ordre de Saint-Antoine du Viennois intégrés à l'Ordre de Malte fin XVIIIe. Pour le détail des Commanderies du delta du Rhône, voir cartes spéciales. Limites approximatives des Grands-prieurés de Saint-Gilles et de Toulouse. Domaine approximatif de la vigne “maltaise” en Bas-Languedoc.

Deuxième partie
La vigne de l'ordre en Bas-Languedoc dans ses tendances fondamentales de croissance ou de stagnation (1675-1790)

Évolution du vignoble de Malte 1675-1790

A) Dernières décennies du XVIIe siècle et début XVIIIe (très approximativement 1675-1705-10)

Voici, les conclusions majeures auxquelles notre information nous a conduits.

1° –   Pour l’essentiel, un accroissement parfois considérable de la superficie du vignoble. Citons, en ne retenant que les situations locales incontestables :

  • Cabriac,
  • St-Jean de Libron,
  • Launac,
  • St-Jean d’Esclapas,
  • Jallès-Chef,

2° –   Il nous est souvent possible de préciser le rythme viticole lui-même :

a) déceler la date approximative où telle vigne a pris une consistance suffisante pour être mentionnée :

  • Celeyran (1678),
  • Puech Auger (1702),
  • Canet d’Hérault (1697),
  • Lézignan-la-Cèbe (1697),
  • Cazouls (1697),
  • Mas d’Andos (1696),
  • St-Jean de Tongues (1682).

b) mentionner les efforts de rajeunissement du vignoble prescrits par les Ordonnances de Visite, et effectivement entrepris :

  • Peyriac (1688-96),
  • Bannières (1696-1701),
  • Bernas (1705).

… et l’intention de procéder à de nouvelles plantations (Bruguières 1705).

c) constater l’amélioration du matériel vinaire face à l’extension du vignoble :

  • soit dans le domaine proprement maltais,
  • Bauguières 1691,
  • Peyriac 1688-1696,
  • St-Jean de Tongues 1682,
  • Homps 1682,
  • soit dans les dîmaires (Canet d’Hérault 1678) ou la directe seigneuriale (Peyriac 1688),
  • soit même sur des terres de très ancienne inféodation (Nissan 1648).

Au-delà de cette information significative, mais un peu sèche, ne manquent pas les textes confirmant l’intérêt que l’Administration des biens de Malte en Languedoc apporte à l’accroissement de la plantation : à Puech-Auger (Peyriès) en 1682 (H 152), les visiteurs n’ont guère en vue que d’assurer à de meilleures conditions les besoins des exploitants et par là une hausse du fermage en ordonnant de « planter une vigne pouvant donner du vin au ménage, ce qui augmenterait de beaucoup le revenu du Membre ».

Sans doute en est-il de même à Celeyran (Peirieis) en 1678 : concernant une vigne nouvellement plantée de 12 cesterées « le Commandeur a fourni 400 l., le fermier sera obligé de la cultiver et de l’entretenir.., dans 3 ou 4 ans, ce sera une augmentation de 150 l. de revenu ».

Par contre, la volonté de production spéculative, si elle ne s’explicite pas, n’en est pas moins très vraisemblable, relativement aux vignobles de la Commanderie de Montpellier en 1696 (H 153) : à Launac, la vigne de 96 cesterées (240 jx), en place depuis plus de 20 ans, paraissait bien, du fait de son étendue même, avoir été destinée à fournir un surplus négociable. Mais elle ne donnait plus grand chose et le Commandeur de la Valette l’avait fait arracher. Par contrat du 2 novembre 1691, il est permis aux fermiers de « semer ladite terre jusqu’à replantation ». Les Visiteurs de 1696 décident qu’elle sera reconstituée « au cordeau et en employant de bons plants ». C’est avec la même sollicitude qu’il faudra accroître de 10 cesterées en 4 ans la vigne existante de St-Jean d’Esclapas et les 40 journaux du Mas d’Andos. Dans ce dernier cas, on obligera le fermier à respecter le contrat passé avec La Valette – récemment décédé – et à laisser en sortie de bail une vigne où ne manquera aucune souche.

Si l’Ordonnance ne paraît pas exécutée en 1705 à Saint-Jean d’Esclapas, elle l’est partiellement à Andos, et intégralement à Launac.

Pareille intention est probable quand les Visiteurs de 1678 à Brésines (Peiriès) mentionnaient une « vigne récente plantée depuis 2 ans dans des hermes ne produisant aucun fruit… elle donnera beaucoup de vin, ce sera une augmentation considérable ».

Certes, l’extension et le rajeunissement du vignoble ne vont pas partout au rythme observé dans le voisinage montpelliérain (et sans doute faudrait-il revenir sur le rôle personnel du Commandeur de la Valette). Il est cependant certain qu’il s’agit là d’une réalité qui, dans une grande diversité d’amplitude et des moyens, concerne l’ensemble de notre Languedoc maltais.

Le résultat en a été, selon toute vraisemblance, en dépit de la fréquence des mauvaises récoltes en cette seconde moitié du siècle, un accroissement sérieux de la production moyenne annuelle. Mais, de ce point de vue, les chiffres nous font cruellement défaut, et nous devons nous satisfaire de preuves indirectes : nous avons signalé ci-dessus l’attention à accorder au matériel vinaire. Celui-ci prend, si nécessité, des dimensions nouvelles assez révélatrices : à Homps en 1682, il est question d’une cuve « fort bonne » pouvant contenir 60 charges, et de 15 tonneaux (dont 12 sont neufs) faisant 80 charges 5. A Bauguières, en 1691, La Valette, pour affronter l’extension de son vignoble, a fait construire « 2 grandes cuves de pierre et 1 cuve de bois… un cellier bien équipé… et un pressoir ». Il a planté récemment 66 cesterées – s’ajoutant aux plantations antérieures (à 40 l. la cesterée, coût : 2.640 l. gros investissement pour l’époque).

Il arrive que dans l’obligation de loger une récolte grossie, nos Hospitaliers s’abandonnent à des expédients d’une orthodoxie suspecte, n’hésitant pas à convertir des chapelles en celliers. C’est le cas pour Saint-Jean de Libron et Brésines (Périeis) en 1697, pour Saint-Jean de Ginestet (St-Christol) en 1705.

Cet effort d’équipement quand il se destine au produit de la redevance féodale, est évidemment indicatif de l’évolution, au moins à l’échelon local, du vignoble paysan. Au Canet d’Hérault (Peyriès) en 1678, la Visite fait état « d’une très belle cuve vinaire, refaite à neuf, à l’instante prière du fermier, pour y cuver le vin de la dîme qui s’augmente tous les jours », tandis qu’à Peyriac (Douzens) 10 ans plus tard, est ordonné « de construire une cuve de 30 charges pour recueillir le droit de vendange », (il en était allé de même à Nissan, sur des parcelles inféodées en 1648).

A juger globalement, on peut affirmer que, jusqu’à la Visite Générale de 1705, particulièrement concernant le domaine proche de l’Ordre, un sensible « optimisme viticole », comportant sans doute des fluctuations que nous ne pouvons saisir, persistait à inspirer l’activité du groupe maltais languedocien. Cette même Visite de 1705 ne demande-t-elle pas qu’on plante à Bruguières (Douzens) dans une garrigue, 25 cesterées de vigne, ce qui « sera un revenu considérable, attendu la situation et la débite qu’ont les vins du terroir ? »

C’est là un point de vue qui s’accorde, pour l’essentiel, avec les thèses habituellement défendues par les historiens et géographes qui ont traité de la vigne en Languedoc.

Sur cette extension, largement à intention spéculative, du vignoble languedocien, il est devenu de tradition d’admettre l’influence positive de l’ouverture du port de Sète (1670) et de l’achèvement du Canal du Midi (1681). L’idée a été reprise assez récemment par Roger Dion 6 : jusque là, explique-t-il, l’écoulement de la production languedocienne était sensiblement freiné par la distance et le coût du transport. Ne voyageaient guère, et à l’intention d’une clientèle très riche, que certains vins épicés et liquoreux, de la région montpelliéraine principalement.

Pour cet auteur, Sète et le Canal auraient constitué des événements décisifs (que prolongeront les conséquences spécialement néfastes du Grand Hiver sur les vignobles non méditerranéens).

Mais il y a plus. Au début de ce siècle, l’historien Boissonade 7 soutenait l’idée que le vignoble du Bas-Languedoc aurait tiré large parti d’une situation particulièrement défavorable, depuis 1688 et la reprise de la guerre anglaise, au commerce bordelais. Les ports méditerranéens, et particulièrement les relations entre Sète et Gênes, en auraient reçu une vive impulsion. Il ajoutait que la mauvaise récolte de 1693 aux pays de la Gironde, stimulant la recherche de succédanés, aurait démontré bon gré, mal gré, les qualités de conservation des vins du Bas-Languedoc.

Pierre Vilar, dans la mise au point citée plus haut, retient l’essentiel de ces positions et rappelle les déclarations de l’Intendant Basville en 1697, le vignoble languedocien est six fois plus étendu qu’en 1585, et l’exportation (vins, eaux de vie, liqueurs) atteint des chiffres considérables.

Toutefois, il souligne la nécessité de recherches plus nuancées qui préciseraient la chronologie de ces influences, par le recours à une étude statistique et finement localisée. A partir de la monographie de M. Tudez 8, basée sur l’étude des compoix conservés aux Archives Municipales de Montpellier, il observe que bien avant l’ouverture du port de Sète, la culture de la vigne en vue de l’exportation, s’était imposée autour de Frontignan. Il fait en outre remarquer qu’outre-Pyrénées « sans création de port ni de canal, le phénomène constaté en territoire espagnol répond au phénomène languedocien ».

Il est bien évident qu’une telle viticulture de spéculation ne saurait se concevoir sans certaines impulsions favorables des prix.

Considérons le mouvement languedocien du prix du vin à la charnière des deux siècles. Des travaux relativement récents 9 nous permettent de lui assigner un niveau moyen relativement élevé entre 1692 et 1703, comportant quelques fortes poussées en 1696 notamment d’après l’Intendant Basville, cité par P. Vilar et Tudez : à la suite de cette campagne 1696 au cours de laquelle le muid « du fait de la guerre et des stérilités » aurait atteint 100 l., les eaux de vie se trouvant alors à 25 l. le quintal, et « l’on plante tous les jours ». Sans doute un net tassement se manifeste-t-il dès 1700-01 où, toujours d’après Basville, le muid descend à 25-30 l, les eaux de vie tombant à 9-10 l.

Cependant, P. Vilar s’appuyant sur l’exemple du voisinage catalan, estime vraisemblable qu’une conjoncture favorable à l’essor viticole s’est, tant bien que mal, maintenue en dépit des troubles agraires et religieux, pour les premières années du XVIIIe siècle. Nous remarquerons d’ailleurs que la forte chute des prix de 1706 est immédiatement suivie d’un égal relèvement.

En conclusion sur le cas proprement languedocien, P. Vilar estime qu’au-delà de bien des incertitudes « l’on possède suffisamment de faits et de dates pour établir qu’un grand commerce avait, dès le dernier tiers du XVIIe s., créé les conditions d’une viticulture spéculative ».

L’intérêt que les Visiteurs de Malte apportent à l’extension et au rajeunissement de leur vignoble depuis 1675 environ, et tout spécialement à l’extrême fin du siècle, ne peut que nous faire souscrire à ce point de vue.

Mais ces conclusions que l’on a pu longtemps estimer définitives, ne seraient-elles pas susceptibles d’une remise en cause, au moins partielle. Pour M. Le Roy Ladurie 10, à l’inverse, la période serait très sombre. Étudiant, entre autres, les dîmes du vin à Agde et Béziers, il conclut à une production en baisse sensible dès 1645-50, qui s’écroule au temps du Colbertisme, pour rester basse, en dépit de quelques fluctuations positives, jusqu’au-delà de 1720. Les rapports de Basvile, estime-t-il, sont largement mensongers. « Notre Intendant serait le contemporain d’un « déclin qu’il dissimule aux autorités de Versailles ».

Cette situation s’expliquerait du fait que les prix, en liaison probable avec la relative disette monétaire du temps, ont cessé d’être rémunérateurs. Même la forte hausse qui suit 1690 ne parvient pas à ranimer le vignoble. Les clients du vin, nous dit Le Roy, diminuent en nombre et en pouvoir d’achat. La mentalité d’abandon l’emporte. « Routine, manque de capitaux paralysent les vignerons entre 1660 et 1730. Ils n’ont pas le cœur à planter, les vignes restent fossoyées à la bêche selon la pratique traditionnelle la technique viticole stagne ».

Quant à la stimulation suscitée par les marchés extérieurs, elle demeurerait très limitée à partir d’une mise au point de l’Intendant d’Aguessau, Le Roy Ladurie conclut, pour les environs de 1670, à une exportation sans doute moins confirmée qu’antérieurement dans le produit de haute spécialisation, mais encore territorialement réduite : les vins du Bas-Languedoc ne s’expédient guère que vers l’Italie, le Sud-Est français et les « franges buveuses » du Massif Central. A part le muscat de Frontignan, il s’agit là d’un trafic à prédominance provinciale, à l’inverse de la large diffusion qui s’opère par la côte atlantique.

Et Le Roy Ladurie de s’élever contre une « certaine mythologie » du Canal. « Celui-ci ne portera ses fruits « d’arrière-saison » qu’avec la seconde génération du 18e siècle ».

Cependant une confrontation poussée des divers éléments du dossier, qu’il s’agisse de notre documentation spécifique ou de celle qui nous est apportée, permet de serrer de plus près une réalité complexe, changeante dans l’espace et le temps et de nuancer ce pessimisme global de quelques clartés. Le Roy Ladurie lui-même rejette la thèse d’un immobilisme absolu. En plein marasme viticole écrit-il, s’ouvre ou s’amplifie une initiative salvatrice, et comme un nouveau chapitre d’histoire économique : celui des eaux de vie du Midi français. Sète, vers 1680 commence à devenir un port de l’alcool et il apparaît qu’en 1699 10.000 hl. de vin en sont sortis. A la fin du siècle, nous affirme l’auteur « l’eau de vie sauve les vignobles ».

Ne serait-ce pas là une de ces modernisations destinées à s’adapter à une conjoncture difficile dont Le Roy Ladurie estime qu’il a pu s’en réaliser, au moins au plan local ?

Faut-il attribuer à une viticulture « progressiste » le léger gain en valeur absolue et, plus significatif sans doute, en pourcentage de l’entier Grand-Prieuré de St-Gilles qui caractérise, entre les Visites Générales de 1696 et 1708, la courbe du groupe languedocien, se haussant approximativement de 16 à 18 % de l’ensemble ?

Mais être plus affirmatif sur ces différents points exigerait de mieux connaître, pour les 30 premières années de l’activité de Sète et du Canal, le détail des marchandises transportées.

Il serait, d’autre part, utile que des recherches systématiquement conduites dans les Archives des Évêchés et des Ordres Religieux, viennent infirmer ou renforcer cette impression de dynamisme viticole languedocien qui ressort si nettement de notre fonds maltais à la charnière de ces deux siècles.

Bien entendu, des considérations de nature sociotechnique peuvent être prises en compte avec Le Roy Ladurie, il s’agit particulièrement des réactions d’abandon, estimées par le biais de la rentabilité décimale, de la propriété paysanne devant une situation globalement hostile.

Mais le grand domaine, noble ou d’Église, affermé après enchères, à de solides bourgeois du voisinage urbain 11, n’est-il pas apte à tirer parti des occasions favorables qui peuvent surgir à l’intérieur même d’une conjoncture difficile ? Dans la mesure, où le Canal et Sète ont pu servir à la sortie des vins languedociens, comme ils ont facilité celle de l’eau de vie, ne s’agissait-il pas en bonne partie des produits plus élaborés issus de la grande propriété, celle-ci se trouvant encouragée à étendre et à rajeunir ses vignes puisqu’elle disposait des capitaux nécessaires à une opération coûteuse, trop lourde au vignoble paysan ?

On peut corrélativement retenir l’hypothèse que la situation géographique de certaines de nos Commanderies, de Homps à Béziers particulièrement, à proximité relative du nouveau canal et d’accès plus facile à Sète, ait pu jouer singulièrement en faveur de l’écoulement de leurs productions, et par conséquent de leur extension viticole.

Mouvement comparé des prix du vin dans le vignoble méridional et dans le vignoble continental (1778-1789)
Mouvement comparé des prix du vin dans le vignoble méridional et dans le vignoble continental (1778-1789). (D'après E. Labrousse, La crise de l'économie française)
B) De 1710 à 1728 (dates approximatives)

Toutefois la mentalité d’entreprise et d’initiative spécifiquement « maltaise » paraît bientôt pour l’essentiel, s’affaiblir. Sans doute l’effort d’extension viticole, localement au moins, demeure-t-il sensible et il est bon de l’enregistrer d’autant plus qu’il s’agit de l’année 1713, au plan d’ensemble particulièrement difficile. La Visite générale de Saint-Christol ordonne des plantations nouvelles (10 cesterées à Saint-Jean de Ginestet, 6 à la Mourrade) ; synchroniquement, la Commanderie de Peiriès fait état d’un accroissement et d’un rajeunissement très sensibles de ses vignobles (45 cesterées contre 21 en 1702, dont 4 très récentes à Brésines – 60 cestérées contre 50, dont 10 au plantier à Saint-Jean de Libron).

Mouvement comparé des prix du vin dans le vignoble méridional et dans le vignoble continental (1778-1789).

Cependant, pour l’ensemble du secteur bas-languedocien, notre documentation se fait très vite infiniment plus discrète et paraît s’intégrer, par son caractère négatif, à la tonalité générale de stagnation décrite par Le Roy-Ladurie.

La grande propriété serait-elle à son tour pessimiste ? En 1713, le chiffre global de l’affermage descend à son niveau le plus bas et le groupe languedocien retrouve sa place habituelle à 16 % de l’ensemble du Grand-Prieuré.

Sans doute, dans ce recul, les responsabilités respectives entre les différentes masses de culture sont-elles impossibles à établir de manière précise. Le Grand Hiver (1709) est passé par là et l’olivette, particulièrement, a été très atteinte, pratiquement anéantie.

Cependant, nous disposons d’un texte significatif quant au retrait, au moins local du vignoble lui-même. La Visite d’amélioration de Perieis de 1727 se livre à un intéressant rappel du montant des plus récents fermages lors de « l’entrée en rente du Commandeur Joseph Doria, aux premières années du siècle, le Chef, Saint-Pierre de la Mer et Saint-Jean de Libron s’affermaient 4750 l., alors qu’ils ne valaient plus que 3000 l. au bail de 1725 cette grande diminution s’expliquant, précise notre texte, par le fait que les vignes ont été délaissées et sont extrêmement vieillies.

Les fermiers doivent consentir une dépense considérable pour acheter du vin et le montant de la rente s’en trouve sensiblement diminué.

En définitive, transgressant le seul vignoble « maltais » pour considérer l’ensemble bas-languedocien, nous nous trouverions ici à l’intérieur d’une période, de durée et de profondeur variables selon les conditions socio-économiques locales, de relative inertie viticole s’accordant assez bien avec la courbe descendante des prix du vin qui se précise après 1710, pour parvenir à son niveau le plus déprimé en 1720-21. Le Grand Hiver n’a provoqué ici qu’une hausse, sans doute violente, mais très temporaire. Il paraît bien que les atteintes qu’en a subies la vigne en Languedoc y aient été relativement limitées. Le mutisme, sur ce point, de notre documentation serait-il significatif ? Et c’est aussi le point de vue de R. Dion 12, citant un Mémoire de l’Évêque de Carcassonne se satisfaisant d’une simple référence à un refroidissement tardif de printemps (!).

Cette orientation obstinée des prix à la baisse paraît avoir entretenu (voir notre texte ci-dessus concernant Perieis) une persistante passivité viticole qui expliquerait que le Languedoc n’a pas su prendre, comme il en avait été officiellement sollicité, le relais, notamment sur le plan du ravitaillement parisien, de la vallée de la Garonne beaucoup plus gravement touchée par 1709. C’est du moins l’avis de R. Dion 13. Synchroniquement, la disgrâce de très longue durée qui frappe l’olivier ne semble pas avoir stimulé, en contrepartie, un redémarrage systématique de l’extension viticole.

C) De 1728-1730 à la Révolution

Le Bas-Languedoc maltais, tout en participant de très nette façon à cette stagnation, lui opposait, on l’a vu, pour l’année 1713, quelques très positives exceptions et dès la Visite Générale de 1728 s’affirme une fortuite et heureuse coïncidence entre une procédure purement administrative, et les prémices d’un très net renversement conjoncturel, et vont désormais s’accumuler les textes, prônant extension et meilleur entretien des vignobles.

Nous avons vu ci-dessus que Perieis était descendu de 4750 à 3000 l. Il retrouve son chiffre antérieur par quelques plantations nouvelles dès 1727. Il ne s’agit, très vraisemblablement dans ce cas initial, que d’assurer un « meilleur ménage », mais 10 ans plus tard, les intentions spéculatives sont évidentes on projette en effet de planter 30 cesterées en raisin muscat. La réponse favorable sollicitée de l’Intendant Bernage se faisant attendre, le procureur, précise-t-on, ne se rebutera pas pour y réussir, car « cela augmenterait la Commanderie de 300 à 400 l. par an », soit de 12 % environ.

Dans le même temps (1739), la plantation d’une vigne à St-Jean de Marseillan (Grésans) « où il n’y en a aucune », est présentée comme une amélioration « considérable ».

Et c’est, désormais, tout au long du siècle, et en de nombreux points, que l’Ordre, éventuellement encouragé par l’exemple, voire sous la pression de son environnement paysan, fait confiance au vignoble.

A St-Jean d’Esclapas (Montpellier) en 1751, les Visiteurs d’amélioration constatent que les vignes « y viennent fort bien » ; le Commandeur de Piolenc en a fait planter 20 cesterées depuis 2 ans (beaucoup plus qu’il n’était ordonné), il la fait « cultiver à ses frais pour que les fermiers ne la gâtent pas ». Mais deux ans plus tard, la Visite Générale observe qu’il subsiste beaucoup de terrain inculte et très propre à complanter en vigne « ce qui développerait considérablement le revenu ».

Au Viala (St-Christol), cette même année 1751, on fait état d’un « coteau susceptible d’être planté en vigne.., les voisins en ont de fort belles et le vin s’y vendant fort bien ».

Le 16 septembre 1774, de nouveau à Perieis, le bail de ferme générale prescrivait la plantation de 100 cesterées de vigne rouge, dans une terre bien préparée, aux endroits indiqués.

A Bruguières (St-Christol) en 1777, la vigne plantée récemment ayant réussi et plusieurs terres n’étant propres qu’à cette culture, il est ordonné de poursuivre.

Concernant Brésines (Perieis) en 1778, on signale beaucoup de vignes presque neuves et en bon état. Si l’on fait arracher la vieille vigne de 46 cesterées, il faudra la remplacer par 20 cesterées en 5 ans.

Au Membre de Cabriac (Douzens), en 1778 encore il est question de deux vignes :

  • « la première travaillée « au labourage » (et cette précision technique est ici d’un grand intérêt) âgée de 20 à 30 ans aussi bien venante que possible ».
  • « la seconde très vieille, est complètement dépérie. Mais comme le vignoble est de qualité, de débit avantageux, de modique dépense, il faudrait la remettre dans son ancienne étendue, en remplaçant la partie qui est sur le retour ». Il en sera fait de même à Peyriac.

Au Chef d’Homps, en 1778, il est prescrit d’abandonner une vigne « vétuste » établie d’ailleurs sur une terre propice au froment. On la remplacera par un vignoble à planter sur un sol « ingrat ». Il faut, ajoute-t-on, « accroître la quantité de vigne, c’est d’un bon produit et d’une modique dépense ».

Nous n’avons essentiellement considéré jusqu’ici que les biens de l’Ordre proprement domaniaux, gérés par des fermiers aux obligations strictement fixées et contrôlées d’assez près.

Dans l’ensemble du Bas-Languedoc, la seigneurie n’était, on le sait, représentée que de manière assez épisodique et ne disposait pas de la structure rigoureuse dont elle tirait encore tant d’avantages en maintes régions intérieures. L’Ordre de Malte, à l’inverse, entre autres, des réalités aquitaines, n’y percevait que d’assez minces redevances « féodales ». Mais cela suffisait à projeter d’intéressantes lueurs sur les orientations de la pratique agraire environnante concernant le monde des tenanciers paysans. Pour le sujet d’aujourd’hui un seul cas de ce type mérite d’être retenu. A Nissan (Perieis) l’Archevêque de Narbonne et l’Ordre de Malte prélevaient en coseigneurie, une lourde tasque en nature au terroir de Casaniage, consacré jusqu’ici à une onéreuse et peu rentable culture céréalière (le sol y était difficile et éloigné des habitations). Les tenanciers y suggèrent la solution antérieurement adoptée à Saint-Aulaire où l’archevêque exerçait exclusive seigneurie : les redevables convertiraient ces labours en vignobles, les frais de plantation, très élevés, seraient à leur charge, mais rachetés pour les années à venir par une conversion de la tasque en rente modérée sur les vignes.

L’Ordre se propose de mettre le problème à l’étude, l’exemple de l’Archevêque à Saint-Aulaire pouvant constituer présomption favorable. A notre connaissance, peut-être par lacune de notre documentation, ce projet n’a pas eu de suite. Il n’en était pas moins significatif des tentatives paysannes de rechercher dans le vignoble, le moyen d’améliorer des sols difficiles, tant en allégeant le poids des devoirs seigneuriaux.

Au niveau d’un tout autre type de location de la terre on se souviendra que le revenu du domaine de Saint-Jean de la Cavalerie détenu en albergue noble par les Sarret de Coussergues, était déclaré par les Visiteurs de 1779 consister presque entièrement en vigne 14.

Qu’il s’agisse du domaine des Hospitaliers ou, beaucoup plus rarement, des tenures paysannes voire d’une albergue noble, nos textes nous suggèrent qu’il était question dans la plupart des cas de tirer le meilleur parti de sols « ingrats », jusqu’ici stériles, ou ne pouvant fournir et moyennant des efforts trop rudes, et à grands frais, que d’épisodiques et bien maigres récoltes céréalières.

Et une telle pratique se généralisait hardiment en Bas-Languedoc. Nous en avons une confirmation sans doute localisée, mais d’importance dans la thèse récente de Jean-Jacques Vidal sur Vauvert. « Reste la réserve foncière des Vauverdois la Costière, que l’on peut défoncer quand le besoin s’en fait sentir. Que planter de plus rentable sur ces cailloux que des vignes ? En deux vagues de défrichement de 1550 à 1610, puis surtout de 1713 à 1780, les Vauverdois défoncent plus de 1000 hectares de garrigues et de costières et plantent de la vigne » 15.

Il serait intéressant de préciser à quel rythme ces plantations se sont développées de 1713 aux environs de 1730, face à l’atonie viticole qui, dans ces deux décennies, l’emportait ailleurs. Mais déjà nous avons pressenti avec l’Ordre la possibilité de notables exceptions locales, et Vauvert paraît bien avoir fait preuve d’une assez constante vitalité démographique au dépit de crises très dures et la Costière représentait une tentation et une nécessité.

Il demeure, au niveau d’ensemble bas-languedocien, spécialement au-delà de 1730-40, une extension viticole généralisée, liée au besoin de ressources nouvelles face à une démographie ascendante qui allait bientôt fournir à bon compte, c’est-à-dire à salaire réel quasi stagnant, la main-d’œuvre nécessaire et procurer au négociant urbain, preneur initial de la ferme, des sous-fermiers avides de terre à exploiter, auxquels on pourra faire supporter des conditions très dures.

Cette extension bas-languedocienne s’exaltait jusqu’à imposer son exemple en quelques lieux relativement favorables du delta rhodanien. Nous l’avons étudié par ailleurs 16.

Nous ne rappellerons ici que deux situations concernant certains domaines maltais de la rive droite du Petit Rhône le 4 Décembre 1770, Jean Bourget, négociant d’Arles s’engageait à entretenir à ses frais 8 saumées de vigne que le Grand-Prieur de Piolenc devait faire planter dans le courant du prochain hiver. Une partie de ces plantations concernait le Membre de Générac, mieux situé et plus sec.

Dans un milieu sans doute plus hostile, par le bail du 3 juin 1780, le Grand Prieur des Rolands de Rauville s’engageait à faire cultiver à ses frais la jeune vigne plantée en Mars dernier au Grand Mas d’Argence avant qu’elle soit prise en charge par le fermier. Et pour faire face à la production accrue qu’on en espérait, le Grand Prieur s’obligeait à faire édifier « au plus tard dans la deuxième année du bail les cuves en pierre qui seront nécessaires… ».

Mais il convient de ne pas seulement considérer la simple extension de la vigne en superficie. Synchroniquement s’opérait, au moins localement, et quand le propriétaire pouvait en assumer les frais, une significative innovation technologique visant à remplacer l’antique et pénible travail à la pioche par le labour, en même temps que pour faciliter l’opération, la structure du vignoble se modifiait.

Le 29 Mars 1737, au Grand Mas de Saliers (rive droite du Petit-Rhône) était projetée la conversion d’une grande pièce de terre. La Visite Générale de 1743 précisait qu’il s’agissait d’une « vigne de 40 séterées, divisée en 4 carrés par allées en croix, entourée d’un grand fossé ; et ayant été plantée à la façon de Saint-Gilles, on la laboure… ». Dés 1737, il avait d’ailleurs été précisé qu’elle « serait fumée, provignée, les provins attachés au paligot pour ne pas les abîmer par le labour… ». Une telle politique, aussi souvent affirmée dans nos textes, d’extension, de rajeunissement et de modernisation du vignoble, s’appuie manifestement sur cette montée en longue durée du prix du vin qui se précise depuis les années 30 et qui prend avec le dernier tiers du siècle une vigueur accrue, participant de l’ascension générale des prix, notamment agricoles, sous l’effet probable d’une masse monétaire augmentée en volume et en vitesse de circulation, également incitée à la hausse par l’accroissement de population, en même temps que la consommation par tête s’accroissait, notamment en milieu urbain. Cette sensible extension en surface, doublée, au moins localement, d’un très réel souci d’une meilleure technique viticole s’avérait de moins en moins compatible avec des baux d’affermage statutairement trop courts (et il faudrait tenir compte de la plantation synchrone des mûriers et oliviers !). Certains administrateurs plaidaient énergiquement en faveur d’un allongement des baux à 9 ans en alourdissant, bien sûr, les obligations du fermier. Une des premières réalisations dans ce sens a concerné Saint-Christol, conduite par son Commandeur le célèbre Bailli de Suffren : le 8 Mai 1774, le fermier Barthélémy Bernard devait y planter 2 saumées de vigne « à valat et ensuite close de murailles…, laisser ces vignes bien provignées, sans manque de souches, sans que ledit Bernard prétende à aucune indemnité, attendu que les fruits de cette vigne tourneront à son profit… ».

La substantielle ressource que l’on tirait désormais du vignoble sensiblement étendu et mieux aménagé, allait conduire dans nombre de cas, à l’installer abusivement sur certaines terres traditionnellement céréalières, en dépit de la résistance des Pouvoirs, périodiquement soucieux, notamment devant la montée démographique, de maintenir à honnête niveau la production frumentaire, demeurée évidemment essentielle.

De bonne heure, étaient prises certaines restrictions d’origine gouvernementale, à l’instigation de propriétaires de vin de qualité, inquiets de la prolifération du vignoble courant à intention trop largement spéculative. L’Édit du 5 juin 1731 avait interdit les plantations nouvelles, même sur les terres ayant porté autrefois des vignes, à moins d’être vérifiées impropres à aucune autre culture. C’est ainsi qu’en 1735, concernant la Métairie de l’Étang (Pézenas), on ne plante pas les 15 cesterées ordonnées au « Champ Blanc », estimé très propice au labourage. De même pour 6 cesterées en hermes de la Métairie de Tongues, dont le projet d’une « vigne de muscat ».

En 1751, au Grand Temple de Lunel (Montpellier), il était prévu l’arrachage de deux vignes vieillies (Garrigou et Pierrefiche) et leur remplacement par une nouvelle plantation (le Taquandin). Mais après vérification, l’Intendant a refusé sa permission, « attendu que le terrain a été jugé propre au grain».

Même refus avait été opposé au Chef de St-Christol en 1738, bien qu’ait été invoqué « le plus grand avantage de la Commanderie ».

Mais l’Ordre ne pouvait accepter sans réticences les interdictions gouvernementales. L’extension de la vigne représentait pour lui le moyen le plus rationnel de tirer parti de la gamme très nuancée de ses terres « ingrates » : avec bien des propriétaires, il faisait pression sur les milieux officiels en faveur de cette liberté « que chacun doit naturellement avoir, de faire usage de son fonds de la manière qu’il juge la plus convenable à ses intérêts ». (Lettre du subdélégué de Toulouse à Saint Priest Intendant de Languedoc, le 21 juin 1756).

Concernant la Métairie de Bruguière (St-Christol), la Visite de 1743, demandait qu’on plante en 10 ans deux cesterées de vigne dans les hermes, joignant les trois cesterées déjà complantées… On ferait valoir à l’Intendant qu’il s’agissait d’un incult, incapable de produire du blé. Les sollicitations de ce genre, où l’on présume que la notion d’incult prenait, à l’occasion, une signification abusive, se sont faites certainement très nombreuses.

On en viendra, en haut lieu, à l’interprétation très libérale des Instructions Royales, et l’Édit de 1731 lui-même se trouvera contesté. Le 17 juillet 1759, St-Priest, conformément à l’esprit d’une récente Déclaration, admettait que « chacun pourra désormais user de son fonds de la manière qu’il jugera le plus convenable à ses intérêts ».

En définitive, les restrictions gouvernementales n’ont que très temporairement ralenti l’essor du vignoble maltais en Languedoc. Mais que se passerait-il si les prix venaient à s’effondrer devant l’extension abusive du vignoble et plusieurs années consécutives de fortes récoltes ? Le siècle se termine sur une dépression de sept à huit ans du prix du vin (1779-1787) à l’intérieur même d’un malaise généralisé de l’économie, magistralement étudié il y a plus de trente ans par E. Labrousse. On peut se faire quelque idée de l’ampleur et de la gravité du phénomène en se reportant encore une fois au graphique de L. Dermigny : le prix indiciel du vin en Languedoc y descend presque sans transitions du niveau 170 en 1723 à 70 pour les années 1779 et 1785. Le malaise viticole se présentera, approximativement, d’autant plus profond que la superficie en vignoble notamment le mieux situé climatiquement aura connu une extension majeure. E. Labrousse n’a pas manqué de souligner le fléchissement particulièrement accusé du vignoble méridional. Il suffit pour s’en convaincre de se reporter au diagramme XVII de son étude, reproduit ci-contre, et E. Labrousse de décrire des situations typiques : « à Rieux le vin qui valait ordinairement 40 sols, est tombé en 1785 à 24 sols. Mais il y a plus grave : en 1786, le muid de Montpellier se vend de 12 à 14 l. alors qu’il en valait auparavant de 60 à 100. La chute est, pour le moins, de 5 pour 1 » 17.

Le problème évidemment se pose de rechercher dans quelle mesure le revenu de nos Commanderies languedociennes s’est trouvé affecté par la crise. Question impossible à trancher de façon précise, puisque nous ne pouvons connaître la part respective des céréales et de la vigne dans l’exploitation agraire.

Et il faudrait aussi rappeler que nous avons affaire à de nombreux baux en argent conclus à dates variables, si bien que l’on ignore le nombre de cas où il a pu être tenu compte dans l’établissement des nouveaux affermages de la chute brutale des prix viticoles. Il est évident qu’un certain nombre de ces contrats établis dans les conditions antérieures se sont poursuivis sous la crise. Toutefois la durée très courte pour laquelle beaucoup d’entre eux étaient encore conclus, permet, dans une certaine mesure, de limiter les risques d’appréciation. Il n’est donc pas trop imprudent de présumer que là où s’observe pour ces années une sensible baisse de revenus, la responsabilité de la vigne soit sérieusement engagée. Si la production céréalière reste sans doute le souci majeur, on observera que le prix du blé, bien qu’ayant interrompu sa courbe ascendante, ne s’en maintient pas moins à très honnête niveau. (voir graphique Dermigny).

L’ensemble du revenu du groupe languedocien s’abaisse de 204 130 l. en 1777 à 199 164 l. en 1786. Sans doute, un fléchissement de 2,4 % est-il bien peu de chose ? Mais dans ces mêmes années, la hausse est spectaculaire, à peu près partout, dans tous les autres groupes géographiques de la Langue de Provence. Et nous reportant aux plus représentatives des Commanderies composantes, nous ferons les trois observations suivantes :

1° – Pour une seule se poursuit un mouvement de hausse sensible

  • Pézenas : 1777… 41.600 / 1781… 46.168.

2° – Le plus grand nombre est en stagnation

  • Homps : 16.515 l.
  • Grésans : 20.189 l.
  • St-Christol : 21.150 l.

3° – Certaines de celles où la vigne a connu l’essor le plus accusé, sont en baisse sensible :

  • Montpellier descend… de 24.872 l. à 22.653 l. = -8 %.
  • le Membre de Campagnoles… de 10.850 l. à 8.350 l. = -23 %.
  • Perieis… de 35.045 l. à 24.355 l. = -30 %.

Toutefois ces difficultés relativement mineures et qui allaient être, nous le verrons, de courte durée, ne paraissent guère avoir altéré l’optimisme viticole des Administrateurs de l’Ordre.

Nous n’avons qu’un seul exemple de vigne arrachée et mise en blé (au Mas d’Andos, Commanderie de Montpellier), sans qu’une relation évidente avec le malaise de la vigne puisse être établie.

Bien mieux, au cœur même des années difficiles, persistent les Ordonnances de bon entretien, voire de rénovation où, si transparaissent quelques allusions aux difficultés présentes, se précisent aussi les moyens de le surmonter.

Concernant la Métairie de St-Jean de Tongues (Pézenas) les Visiteurs de 1781 estiment que la plus grande partie du domaine, peu apte au grain, s’affirme par contre spécialement favorable aux vignobles, « moyen presque unique de mise en valeur ». Ils rappellent que le Bailli Prince de Rohan, actuel titulaire, y a fait planter en différentes époques, 30 cesterées ayant très bien réussi et que le succès invite à poursuivre. Mais l’extension de la plantation demande un « vaste emplacement et quantité d’usines ». Le cellier en usage est déjà insuffisant pour le vin habituellement recueilli. Le fermier en est réduit à vendre les raisins « en nature et à vil prix » ou de les transporter à Abeillan et même Pézenas pour les faire fouler (perte de temps, opération coûteuse : 300 l. pour le transport et le loyer des cuves… et le marc est perdu 18.

Il faudrait un nouveau chais avec 3 cuves de pierre, 1 pressoir, 10 tonneaux de 4 muids chacun. Il en coûterait 4.000 l. moyennant quoi le fermier offre d’accroître de 500 l. la rente actuelle pendant le reste de son bail.

Le 10 septembre 1785, le nouveau preneur de la Commanderie de Peirieis s’engage à poursuivre la solide tradition viticole de ses prédécesseurs. Il entretiendra les 30 cesterées de vigne plantées à Puech-Auger par « l’ancien » fermier, il remplacera les souches manquantes par des provins.., si une partie du terrain se révèle impropre, il complantera une superficie égale à l’endroit qui lui sera indiqué. Il soignera les vieilles vignes et celle que le fermier actuel a récemment plantée. En compensation, il jouira d’un bail de 8-9 ans.

La Visite de Campagnoles (St-Félix de Sorgues) en 1786 enregistre que le Commandeur Bailli de Chevrières de Sayve, se charge personnellement de planter une vigne de 18 cesterées qui s’ajouteront aux 50 cesterées installées à Millan dans un vaste tènement inculte de 900 cesterées « servant à nourrir les troupeaux, où on fait dans le temps quelques défrichements ».

Enfin, le 21 mars 1787, un nouvel arrentement de Perieis précise que la « vigne vieille avoisinant le grand chemin de Narbonne sera arrachée par les preneurs qui pourront mener la terre en guéret… et qui seront tenus de restaurer en vignes, et à leurs frais, pareille contenance à l’endroit qui leur sera désigné, en employant du bon plant, à distance nécessaire, dans un sol bien préparé… cette plantation devra être faite 2 ans après « l’arrachement » de la vieille vigne ».

Inutile de recourir à d’autres textes. Des obligations aussi minutieusement établies sont évidemment incompatibles avec une attitude d’abandon, voire de simple passivité.

Cette fois encore, il est bien vraisemblable que la grande propriété viticole a abordé la crise, avec des disponibilités financières importantes, lui permettant de garder confiance.

D’ailleurs au plan national, et pour ce qui nous intéresse, spécialement languedocien, la crise viticole allait être bientôt surmontée. Le graphique de L. Dermigny est très significatif à cet égard. Au-delà de 1785, le prix du vin se relève sensiblement. E. Labrousse (ouvrage cité p. 372 et suiv.) note dés 1787 un réveil du marché languedocien, en dépit des importants stocks existants ; les villes, d’après l’auteur, s’inquiètent de présomptions de hausse prochaine et l’on assiste notamment à de gros achats génois et espagnols (voir aussi le diagramme XVII ci-joint).

Et ce n’est pas un simple hasard si le revenu du groupe languedocien repart allègrement (bientôt perturbé par la tourmente révolutionnaire, mais ce n’est plus notre sujet).

En conclusion de cet article déjà bien long, nous retiendrons donc concernant la vigne maltaise, pour la période étudiée, une sensible extension du vignoble en même temps que des efforts systématiques, au moins à l’échelon local, pour un meilleur aménagement viticole. Sans doute, ce mouvement a-t-il connu très approximativement pour nos commanderies de 1710 à 1730 une phase de stagnation, voire de dépression relative, en vraisemblable liaison avec une conjoncture monétaire et démographique difficile conduisant à une baisse en longue durée des prix, décourageant la mentalité d’entreprise, mais en fin de compte, concernant le « richissime » Ordre de Malte, assez aisément surmonté. Il n’en allait pas de même pour l’environnement paysan, et sans doute y aurait-il à dégager ici l’influence restrictive de la dette usuraire. En 1789, le malaise viticole est partout surmonté, mais le manque à gagner qui en est résulté dans la masse rurale se fait ressentir durement alors qu’éclate l’ultime crise céréalière (1788-89) de l’Ancien Régime 19.

En bref, pour l’ensemble de la période, considérant en priorité notre documentation spécifique, autant que possible confrontée au milieu bas-languedocien, il s’agit d’un vignoble déjà sensiblement accru en superficie courant XVIIe et début XVIIIe, relativement affecté, et pour une vingtaine d’années seulement, par la conjoncture hostile qui, selon une grande diversité locale aurait depuis longtemps déjà touché le vignoble populaire. La forte structure administrative de l’Ordre, l’ampleur de ses moyens financiers, l’affermage souvent confié à de solides notables urbains lui ont permis de « tenir ». Au-delà de 1730, les Hospitaliers participent largement à cette « fureur de vigne » (E. Le Roy Ladurie), sans doute nationale, mais stimulée ici par les conditions géographiques de relief et de climat.

Synchroniquement, s’affirmait au moins localement, une sensible amélioration des procédés de culture.

La fin XVIIIe ne saurait manquer, dans un contexte économique, évidemment tout différent, d’évoquer les problèmes actuels de notre viticulture. La crise de surproduction affectait pour quelques années certaines Commanderies. Mais ce n’était pas raison suffisante pour que les Administrateurs de l’Ordre refusent de maintenir leur confiance au vignoble.

En définitive, la vision sans doute un peu schématique, mais par bien des aspects justifiée, que R. Baehrel nous a jadis présentée quant à l’économie agraire de la Basse-Provence toute proche, insistant sur l’extension et le rôle commercial croissant de la plantation au XVIIIe, par contraste avec un XVIIe davantage fermé et céréalier, ne serait-elle pas applicable au bas-pays languedocien, moyennant bien des nuances à localiser et à dater ? Et la forte montée démographique d’au-delà 1740-50 n’a-t-elle pas en profondeur, constitué la grande force d’incitation à l’entreprise viticole ? 20.

Notes

  1. Études sur Pézenas et l’Hérault (1978 I p. 15-36).

  2. Répertoire de la série H.
a) 56 H Grand-Prieuré de Saint-Gilles des Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem (nomenclature et cartes). p. VII à XII.

  3. P. Vilar, Éventail de l’Histoire Vivante. Hommage à Lucien Febvre, T. I, 1953, p. 121.

  4. Études sur Pézenas, n° 3, 1979. Compte-rendu de la thèse de Jean-Jacques Vidal, sur Vauvert.

  5. A titre simplement indicatif, signalons que la charge d’Arles fait 1 hl. 73 (1,73).

  6. R. Dion : Histoire de la vigne et du vin en France.

  7. Boissonade, article des Annales du Midi, 1905, t. XVI.

  8. M. Tudez, Développement de la vigne dans la région de Montpellier du XVIIe siècle à nos jours.

  9. E. Le Roy Ladurie Paysans de Languedoc, t. II, tableau 25. et L. Dermigny Prix du vin de l’huile et du blé en Languedoc. Annales du Midi, 1964.

  10. E. Le Roy Ladurie : Paysans de Languedoc.

11. Périeis affermé « en général » à Valladon, bourgeois de Béziers. Saint-Christol. affermé « en général » à Mahous, bourgeois de Montpellier.

  12. R. Dion, ouvrage cité.

  13. R. Dion, ouvrage cité, p. 325-326.

  14. Études sur Pézenas, 1978, 1.

  15. Compte-rendu de M. Péronnet, Études sur Pézenas… 1979, n° 3.

  16. L’Ordre de Malte en Camargue aux XVIIe et XVIIIe s. (P.U.G).

  17. E. Labrousse. Crise de l’économie française à la fin de l’Ancien Régime – la Viticulture (Paris, 1944).

  18. Citation déjà faite dans notre travail particulier de la Commanderie de Pézenas, mais son caractère bien significatif nous conduit à la reproduire ici.

  19. E. Labrousse Crise de l’économie…

  20. R. Baehrel : Une croissance la Basse-Provence rurale aux XVIIe et XVIIIe s. (voir analyse et commentaires d’E. Le Roy Ladurie, Études rurales, 1964 – n° 13-14).