In Memoriam Henri MICHEL

Ce mardi 7 avril Henri Michel nous a quitté. La nouvelle de son décès, aussi inattendu que subit, a sidéré ses amis et ses collègues. Après ce moment de stupéfaction, il fallut se rendre à l’évidence : nous ne verrons plus Henri Michel à Saint-Charles, dans le Centre de Recherche C.R.I.S.E.S., nous ne partagerons plus de repas avec lui dans les restaurants de Montpellier, nous n’entendrons plus sa parole ferme et claire illuminée de ses yeux pétillants. Ce fut alors le moment de la peine et du chagrin.

Il fait partie de ces personnes que l’on considère comme des Arbres du Savoir. Lui, il avait ses racines en Provence et quelques radicelles à Montpellier, sa ville d’adoption qui accueillit sa fructification.

Henri Michel
Henri Michel

Il avait l’autorité que confère la connaissance, mais cette autorité il ne l’exerçait pas comme un rapport de domination, au contraire comme un vecteur de partage.

Rien d’humain ne lui était étranger, et le champ du savoir était pour lui un espace de découverte sans limites. Il se questionnait et nous questionnait perpétuellement. C’était sa didactique, sa maïeutique à lui. Les thèmes abordés englobaient tout aussi bien des réflexions sur l’architecture provençale, les révoltes paysannes au XVe et XVIe siècles en Limousin, l’origine du nom de famille Senès, la meilleure méthode de tailler ses oliviers, des réflexions sur les anciens quartiers de Montpellier (de 1974 à 2008 il produisit pas moins de six études d’importance sur Montpellier), le rôle des archivistes aux Archives départementales de l’Hérault ; chaque rencontre était une manière de séminaire informel et nous ne relatons là que des sujets hors de sa production scientifique universitaire. Sa soif de savoir et de communiquer ce savoir fut jusqu’à la fin le moteur de son existence. Combien d’entre nous n’ont-ils pas reçu encore très récemment des documents, des notices bibliographiques qui devaient faire avancer nos recherches !

C’était Henri Michel.

Dans les années 96-97, Henri Michel fut un des rares à s’offusquer que fut supprimée la Bibliothèque Charles Camproux au bâtiment C de l’UPV, et que soit jeté le fond de Philologie et d’Onomastique. Il proposa alors que certains ouvrages trouvent refuge au Centre d’Histoire Moderne et que soit préservé ce champ du savoir.

Nombreux sont ses anciens étudiants, dont certains firent ensuite carrière dans l’Enseignement, qui évoquent les cours d’Henri Michel, sa voix haute et puissante, son langage élaboré, construit, argumenté, à la différence du paupérisme langagier d’aujourd’hui avec des segments de phrase ponctués d’etc. Pendant tout le temps où il dispensa son enseignement, une partie de ses auditeurs trouvait qu’il avait du charme, l’autre partie qu’il avait de la classe.

Henri Michel était l’homme des grands projets, des projets sur le long terme, de ces projets de recherche qui donnent matière à enseignement historique basé sur des faits premiers, et qui ne consistent pas à faire du discours sur le discours. Il trouva en ce domaine une synergie avec quelques complices dont Arlette Jouanna et Élie Pélaquier, et ils nous offrirent ce magnum opus que sont la recension, l’analyse et la mise à disposition du plus grand nombre des Délibérations des États de Languedoc (1648-1789), dont devraient s’inspirer ceux qui veulent construire l’Histoire de l’Occitanie.

Henri Michel avait un grand cœur. Nous savons l’attention et la prévenance dont il faisait preuve à l’égard de ses collègues et de ses étudiants. S’il avait connaissance des soucis et chagrins qui frappaient quelques uns d’entre nous et qu’il savait partager, lui en revanche était d’une discrétion de violette concernant sa vie personnelle. Nous avons respecté ce choix. Même ceux qui le pratiquaient souvent et depuis longtemps en savaient peu sur lui.

En écrivant ces lignes, nos pensées se portent vers sa fille et son petit-fils qui avaient une grande importance pour lui. Il va nous manquer, mais ce sont eux qui vont ressentir la plus grande douleur de son absence. Nous ne les oublions pas dans notre chagrin.

Relater la vie d’Henri Michel c’est aussi se livrer à l’exposé convenu de son cursus dans l’Enseignement. Nous en tracerons brièvement les grandes lignes, laissant à d’autres le soin de compiler les données produites par Internet.

Né en 1938, il fit ses premières armes dans l’Enseignement secondaire à Bamako (Mali), dans le cadre de la coopération, puis à Granville (Manche) et à l’École Normale de Dijon (Côte-d’Or). Il intégra l’Université par le portail de la Faculté de Lettres de Montpellier à la rentrée de 1967.

Il suivit le cursus, maitre assistant, puis professeur d’Université jusqu’en 2006 où il devint  pensionné de l’Éducation nationale et enfin Professeur émérite quelques années après (2015).

Il fut directeur de pas moins de 19 thèses, dont la dernière, celle de Michel Adgé en 2011 sur le Canal du Midi, est un véritable monument.

Dans le cadre du Centre d’Histoire Moderne et contemporaine de l’Europe méditerranéenne et de ses périphéries ainsi que dans la cadre du Centre d’Histoire Moderne dont il assura la direction de 1997 à 2006, il assuma la publication comme éditeur scientifique de 19 publications comprenant des actes de colloques de haut niveau.

Il offrit ses fruits à l’Arbre du Savoir avec vingt-trois ouvrages traitant des Livres imprimés en France au XVIIIe siècle, de la Contre Réforme aux Lumières, de l’Histoire de la paroisse Saint-Denis de Montpellier, de l’Horloge de Sapience, de Montpellier du milieu du XVIIe siècle à la fin du XVIIIe siècle, des Compoix montpelliérains de l’Ancien Régime, de l’Urbanisme et société à Montpellier, du Journal de la Généralité de Montpellier, de Nîmes et de son Histoire à l’époque moderne, des Évêques de l’Ancienne France, des Maisons et propriétaires montpelliérains au milieu du XVIIIe siècle, du Rapport culturel ville-campagne en Languedoc à l’époque moderne,… dont la déclinaison des thèmes témoigne de son ouverture scientifique.

Arlette Jouanna aurait pu dire de lui comme pour Montaigne qu’il était un « vir bonus, homme de bien, bon citoyen et homme de parole ». Nous souscrivons.

Pierre Casado
Montpellier,
le 16 avril 2026