2.00

Description

Les météorologistes dans l’Hérault,
organisation et fonctionnement des réseaux d’observation
(XVIIIe-XXe siècle)

* Chef du service des systèmes d’information et des archives communales aux ADH
** Chargée de collecte et de classement d’archives publiques

Extrait

« L’air était presque aussi brûlant que celui qui sort d’une fournaise ardente : tout le monde étouffait et on ne trouvait d’autre asile que les caves. En plusieurs endroits, on fit cuire des œufs au soleil. La plus grande partie des vignes des environs de Montpellier furent brûlées en ce seul jour, ce qui peut-être n’était jamais arrivé ». C’est ainsi que l’épisode caniculaire est vécu en 1705 à Montpellier et décrit dans les Mémoires de la Société royale des Sciences.

La météo est une préoccupation quotidienne qui a conduit les paysans, les marins ou les scientifiques, à observer le ciel et à interpréter les manifestations naturelles pour en anticiper les changements. Depuis l’Antiquité, les hommes observent les phénomènes météorologiques et leur action sur la nature, essaient de les comprendre et surtout de les prévoir. Issus d’observations empiriques du climat, les dictons et les proverbes aident à prévoir le temps à plus ou moins court terme. Les traces des manifestations climatiques sont nombreuses dans les archives : registre paroissial, compoix, registre de délibérations consulaires ou minute notariale, nous renseignent sur les phénomènes météorologiques et les calamités qui touchent les récoltes.

La naissance de la météorologie moderne à partir du XVIIe siècle met fin à l’empirisme. Après avoir évoqué les premières observations réalisées dans l’Hérault au cours du XVIIIe siècle, nous verrons comment s’est mis en place au cours du XIXe siècle un véritable réseau d’observation héraultais, de quelle manière il a contribué au niveau national aux progrès de la météorologie moderne et enfin, comment il s’est structuré au cours du XXe siècle.

Les premières observations (1700-1850)

L’apparition des instruments de mesure

C’est grâce à l’invention d’une série d’instruments de mesure que naît au XVIIe siècle la météorologie moderne : Galilée invente le thermoscope, ancêtre du thermomètre, Torricelli imagine le premier baromètre, Robert Hooke redécouvre le principe de l’anémomètre pour mesurer la vitesse du vent. Les instruments de mesure se multiplient et se perfectionnent. Entre 1657 et 1667, se met en place un premier réseau de mesure mondial coordonné par la Société météorologique de Florence : les stations à Florence, Bologne, Parme, Milan, Innsbruck, Osnabrück, Paris et Varsovie utilisent le thermomètre florentin, développé par les physiciens de l’Accademia del Cimento. Mais, c’est au cours du XVIIIe siècle que les premiers réseaux de mesures vraiment organisés se constituent.

A partir du XVIIe et XVIIIe siècle, Montpellier est marquée par un mouvement scientifique riche impulsé par la Société royale des sciences, fondée en 1706 et qui, après la Révolution, devient l’Académie des sciences et belles lettres de Montpellier. Dès la fin du XVIIe siècle, les travaux météorologiques sont nombreux et importants. Au nom des Lumières, les élites sociales et intellectuelles s’intéressent à la météorologie. L’observation du temps connaît un véritable succès.

Les pionniers de l’observation météorologique à Montpellier

Les premières observations réalisées à Montpellier sont l’œuvre de François-Xavier Bon (1678-1761), premier président de la Cour des comptes, aides et Finances de Montpellier et membre de l’Académie des sciences. Ces relevés 2 sont réalisés de 1705 à 1709 puis de 1737 à 1755. Dès 1699, il observe la pression atmosphérique, puis en 1702, il commence à mesurer les variations de température à l’aide du thermomètre de Sanctorins. En 1705, ses premiers relevés réguliers sont effectués grâce au thermomètre d’Amontons.

Puis, de 1748 à 1766, Jean-Baptiste Romieu, avocat et membre de l’Académie des sciences réalise d’abord des mesures de la température et de la pression atmosphérique entre 1758 et 1759, puis collabore avec Claude Chaptal entre 1760 et 1761. En 1765, il installe un pluviomètre à Montpellier sur une tour de sa maison, dominant la ville. Ces travaux seront repris à son décès en 1767, par Jacques Poitevin. Entre 1758 et 1761, c’est Claude Chaptal, docteur en médecine à l’Université de Montpellier qui procède à des observations quotidiennes 4 depuis la fenêtre de sa maison.

De 1749 à 1756, Jean-Antoine Badon (1715-1792), ingénieur, arpenteur et ancien capitaine garde-côtes poursuit les travaux de François-Xavier Bon. Dès 1756, ses observations deviennent plus précises et portent sur la température qu’il mesure grâce au thermomètre de Réaumur, le vent, la pluie, la neige et l’état du ciel. Ces registres  sont tenus avec soin et régularité pendant près de quarante ans, jusqu’à son décès en 1792.

Jacques Antoine Mourgues (1754-1818), membre de la Société des sciences de Montpellier établit des observations météorologiques 6 de 1772 à 1785 depuis la ville de Montpellier, mais aussi sur son domaine de Montredon à proximité de Marsillargues. Ces recherches sont publiées dans son ouvrage intitulé Essai de statistique publié en 1801.[…]

Informations complémentaires

Année de publication

2020

Nombre de pages

14

Auteur(s)

Céline DEHONDT, Hélène REBOURS

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf