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Description

Le vin des gaulois. Archéologie du vignoble Languedocien

Les archéologues s’attachent depuis des décennies à mesurer la place de la vigne et du vin dans les sociétés antiques. Ils l’ont d’abord fait à travers l’étude des cartes de production et de diffusion des amphores qui contenaient ce breuvage. Ils se sont ensuite penchés sur les bâtiments et l’équipement technique permettant la vinification et le stockage du vin. Plus récemment ils se sont attelés (l’image s’impose !) à l’identification des techniques de plantation et de culture de la vigne. Cette « archéologie agraire » s’est considérablement développée au cours des vingt dernières années, particulièrement en basse Provence et bas Languedoc. Ces travaux ont produit une somme considérable de données matérielles et d’hypothèses qui renouvellent la vision de la viticulture antique, vision longtemps confinée à l’exégèse des textes agronomiques latins. Si les ouvrages de Varron (II-Ier s. av. J-C.), Pline et Columelle (Ier s. ap. J-C.) puis Palladius (IVe s.) demeurent des sources incontournables, leur lecture et leur interprétation sont désormais revues à la lumière des découvertes archéologiques qui soulignent la singularité de ces textes, écrits à propos de l’Italie romaine, et clarifient certaines ambiguïtés.

Les recherches concernant la viticulture gauloise ont fait l’objet de plusieurs bilans auxquels je renvoie pour l’accès à la documentation de fonds (Monteil et alii 1999 ; Brun, Laubenheimer 2001). Je m’appuierai sur ces travaux pour dresser un état de l’art, marquer les avancées et pointer les questions qui restent posées. Tout en conservant l’approche micro-régionale qui préside au présent dossier, il s’agit d’embrasser largement les campagnes de la Gaule Narbonnaise afin de cerner, dans cette géographie, nuances et contrastes. Les recherches conduites entre Vistre et Vidourle, de Nîmes à Montpellier, ont participé au renouvellement documentaire et méthodologique régional. Ces travaux bousculent d’anciennes hypothèses trop vite érigées au rang de certitude, et établissent la singularité de ces terroirs ; ainsi l’approche locale vient-elle nuancer et nourrir l’interprétation régionale. Après l’aggiornamento opéré au niveau de la province de Narbonnaise, la progression des recherches impose désormais un changement de focale portant une attention accrue aux situations et aux choix locaux, afin de sortir des généralités pour entrer dans l’analyse des systèmes agraires.

Nous allons suivre la progression du vignoble en bas Languedoc durant plus de quinze siècles, depuis les premières plantations jusqu’à la charnière de l’an Mil, en ce haut Moyen Âge qui, au rebours d’idées reçues, assume sans faiblir l’héritage de l’Antiquité. Pour autant, l’histoire de la viticulture antique apparaît tout autre qu’un fleuve au cours tranquille…

INFLUENCES, CONCURRENCES : DE LA GRÈCE À MARSEILLE ET À ROME

La naissance de la viticulture en Gaule méridionale repose sur l’idée, nourrie par la lecture des auteurs antiques, selon laquelle les Gaulois du Midi auraient appris à cultiver la vigne à l’exemple des vignerons marseillais, qui eux-mêmes tenaient cet art des colons grecs ayant fondé la ville vers 600 avant J.-C. Cependant, avant la fondation de Marseille les Gaulois avaient pris goût à la consommation du vin que diffusaient commerçants puniques, grecs et étrusques : des amphores provenant d’Étrurie, de Carthage et de Grèce ont été retrouvées dans les principaux habitats du littoral gaulois. Les travaux archéologiques ne cessent de conforter cette analyse et le Languedoc oriental paraît à cet égard tout à fait représentatif de la situation régionale : à Nîmes, à Calvisson et Espeyran, à Ambrussum comme à Lattes, Lansargues ou Le Cailar, dans les sites fortifiés comme à la campagne, des milliers de fragments de coupes à vin et d’amphores étrusques et grecques, témoignent de ces échanges économiques et culturels.

L’histoire de la viticulture gauloise commence vers la fin du VIe siècle, lorsque, grâce à son dynamisme, la viticulture de Massalia supplante les importations méditerranéennes et parvient à commercialiser son vin dans tout le Midi puis dans une large partie de la Gaule. Massalia occupe ainsi le rôle d’avant-poste dans la diffusion du vin, accompagnant l’avancée de la culture méditerranéenne, comme le fera plus tard le vin des Romains. Phénomène culturel, la viticulture était indissociable de la ville où l’aristocratie cultivait l’art de vivre et celui de boire ; que boire, sinon du vin ? […]

Informations complémentaires

Année de publication

2011

Nombre de pages

19

Auteur(s)

Claude RAYNAUD

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf