Le vin des gaulois. Archéologie du vignoble Languedocien
Le vin des gaulois. Archéologie du vignoble Languedocien
Les archéologues s’attachent depuis des décennies à mesurer la place de la vigne et du vin dans les sociétés antiques. Ils l’ont d’abord fait à travers l’étude des cartes de production et de diffusion des amphores qui contenaient ce breuvage. Ils se sont ensuite penchés sur les bâtiments et l’équipement technique permettant la vinification et le stockage du vin. Plus récemment ils se sont attelés (l’image s’impose !) à l’identification des techniques de plantation et de culture de la vigne. Cette « archéologie agraire » s’est considérablement développée au cours des vingt dernières années, particulièrement en basse Provence et bas Languedoc. Ces travaux ont produit une somme considérable de données matérielles et d’hypothèses qui renouvellent la vision de la viticulture antique, vision longtemps confinée à l’exégèse des textes agronomiques latins. Si les ouvrages de Varron (II-Ier s. av. J-C.), Pline et Columelle (Ier s. ap. J-C.) puis Palladius (IVe s.) demeurent des sources incontournables, leur lecture et leur interprétation sont désormais revues à la lumière des découvertes archéologiques qui soulignent la singularité de ces textes, écrits à propos de l’Italie romaine, et clarifient certaines ambiguïtés.
Les recherches concernant la viticulture gauloise ont fait l’objet de plusieurs bilans auxquels je renvoie pour l’accès à la documentation de fonds (Monteil et alii 1999 ; Brun, Laubenheimer 2001). Je m’appuierai sur ces travaux pour dresser un état de l’art, marquer les avancées et pointer les questions qui restent posées. Tout en conservant l’approche micro-régionale qui préside au présent dossier, il s’agit d’embrasser largement les campagnes de la Gaule Narbonnaise afin de cerner, dans cette géographie, nuances et contrastes. Les recherches conduites entre Vistre et Vidourle, de Nîmes à Montpellier, ont participé au renouvellement documentaire et méthodologique régional. Ces travaux bousculent d’anciennes hypothèses trop vite érigées au rang de certitude, et établissent la singularité de ces terroirs ; ainsi l’approche locale vient-elle nuancer et nourrir l’interprétation régionale. Après l’aggiornamento opéré au niveau de la province de Narbonnaise, la progression des recherches impose désormais un changement de focale portant une attention accrue aux situations et aux choix locaux, afin de sortir des généralités pour entrer dans l’analyse des systèmes agraires.
Nous allons suivre la progression du vignoble en bas Languedoc durant plus de quinze siècles, depuis les premières plantations jusqu’à la charnière de l’an Mil, en ce haut Moyen Âge qui, au rebours d’idées reçues, assume sans faiblir l’héritage de l’Antiquité. Pour autant, l’histoire de la viticulture antique apparaît tout autre qu’un fleuve au cours tranquille…
1. Influences, concurrences : de la Grèce à Marseille et à Rome
La naissance de la viticulture en Gaule méridionale repose sur l’idée, nourrie par la lecture des auteurs antiques, selon laquelle les Gaulois du Midi auraient appris à cultiver la vigne à l’exemple des vignerons marseillais, qui eux-mêmes tenaient cet art des colons grecs ayant fondé la ville vers 600 avant J.-C. Cependant, avant la fondation de Marseille les Gaulois avaient pris goût à la consommation du vin que diffusaient commerçants puniques, grecs et étrusques: des amphores provenant d’Étrurie, de Carthage et de Grèce ont été retrouvées dans les principaux habitats du littoral gaulois. Les travaux archéologiques ne cessent de conforter cette analyse et le Languedoc oriental paraît à cet égard tout à fait représentatif de la situation régionale : à Nîmes, à Calvisson et Espeyran, à Ambrussum comme à Lattes, Lansargues ou Le Cailar, dans les sites fortifiés comme à la campagne, des milliers de fragments de coupes à vin et d’amphores étrusques et grecques, témoignent de ces échanges économiques et culturels.
L’histoire de la viticulture gauloise commence vers la fin du VIe siècle, lorsque, grâce à son dynamisme, la viticulture de Massalia supplante les importations méditerranéennes et parvient à commercialiser son vin dans tout le Midi puis dans une large partie de la Gaule. Massalia occupe ainsi le rôle d’avant-poste dans la diffusion du vin, accompagnant l’avancée de la culture méditerranéenne, comme le fera plus tard le vin des Romains. Phénomène culturel, la viticulture était indissociable de la ville où l’aristocratie cultivait l’art de vivre et celui de boire ; que boire, sinon du vin ?
Les archéologues suivent la diffusion de ce breuvage grâce à l’identification des emballages jetés et brisés : des amphores façonnées dans une argile bien particulière que l’on ne trouve qu’aux alentours de Marseille. Acheminées par voie maritime, fluviale et terrestre jusqu’aux sites les plus retirés, remontant la vallée de la Saône et jusqu’au Rhin, ces amphores ont laissé dans les sites archéologiques de Gaule des millions de fragments qui constituent de précieux témoins sur la propagation d’un produit pas tout à fait comme les autres : breuvage certes, aliment aussi, le vin est plus encore un signe culturel et social, un rempart contre la « barbarie ». Cette valeur culturelle ressort de nombreux écrits antiques : l’usage que l’on fait du vin, entre consommation raffinée et ivrognerie, permet de distinguer le civilisé du « barbare » 1.
La Gaule entre ainsi dans le concert des « nations civilisées » et en devient rapidement l’un des bastions. La vigne en effet s’y implante largement et durablement. Si ce constat ressort désormais de l’évidence, à travers la diffusion des amphores de Marseille, la localisation et l’organisation des premiers vignobles n’apparaissent pas encore clairement. C’est seulement à partir du IVe ou du IIIe siècle, que des vestiges de plantation ont pu être identifiés dans les fouilles, en premier lieu près de Marseille sur le site de Saint-Jean-du-Désert (Boissinot in Brun, Laubenheimer 2001, 47-48), puis près de Lattes lors des travaux préalables à la construction de Port Ariane (Daveau dir. 2007). En ces lieux, deux opérations d’archéologie préventive ont mis au jour des dizaines de tranchées de défonçage du terrain ainsi que des milliers de fosses de plantation et de provignage (fig. 1 et 2). Creusées à la pioche, larges de 20 à 25 cm pour 40 à 60 cm de longueur, les tranchées et les fosses dessinent le plan de vignobles plantés en rangs régulièrement espacés. À Port Ariane, la plantation a été réalisée au carré à intervalle de 0,96 m entre chaque pied et chaque rang, selon une organisation qui a longtemps prévalu en bas Languedoc. Ces vignobles, les plus anciens connus en Gaule à ce jour, témoignent d’emblée d’une maîtrise de la plantation et de la conduite d’un vignoble à forte densité, comptant près de 10 000 pieds à l’hectare à Port Ariane. S’ajoute à cela l’extension de la plantation, qui a pu être reconnue sur plus de 2,4 ha sans que les limites du vignoble aient été atteintes par les fouilles. On est donc confronté, dès la période préromaine, au déploiement d’un vaste vignoble autour de Marseille et Lattara, comme autour des autres agglomérations où, seul, le hasard des zones fouillées peut expliquer l’absence de ces découvertes. À Nîmes, c’est seulement quelques décennies plus tard que des traces de plantation viticoles sont identifiées, mais on ne peut douter que le développement des fouilles livre à l’avenir des attestations antérieures (Monteil et alii 1999).
Si le Lunellois n’a pas encore donné lieu à de telles découvertes, il est très probable que comme Lattes, l’oppidum d’Ambrussum possédait, dans la plaine du Vidourle, son propre vignoble. C’est en effet dans les plaines que semble s’implanter ce premier vignoble, essentiellement destiné à l’approvisionnement des agglomérations autour desquelles il restait cantonné, sur des surfaces encore modestes.
Défoncement du sol, fertilisation, conduite de la vigne, densité et organisation du vignoble sont désormais connus grâce à l’analyse méthodique des fosses et tranchées ainsi que de leurs sédiments. Ainsi apparaît la cohérence des pratiques culturales qui, au-delà de la diversité des cas d’espèce, traduisent l’émergence d’une viticulture solidement organisée, bien loin des tâtonnements que l’on aurait pu attendre. Faut-il expliquer une telle maîtrise par l’application rigoureuse de préceptes donnés par les colons grecs et italiques, ou bien considérer que la première phase d’essais et de tâtonnements, échappe encore à l’archéologie ? On peut penser en effet que des plantations antérieures ont existé, dont la disposition moins régulière et la moindre extension rendent plus difficile l’identification. Voilà une question stimulante pour la poursuite des études sur ces premiers siècles de la viticulture gauloise : transfert immédiat de la technique grecque, ou bien tâtonnements et adaptation progressive aux conditions locales et aux savoir-faire indigènes ?
Après plusieurs siècles d’hégémonie sur le marché gaulois, le commerce du vin marseillais voit sa diffusion se rétracter progressivement à partir du IIIe siècle av. J-C., tandis que s’affirme la présence du vin de Campanie — la région de Pompéi —, le vin romain diffusé dans un nouveau type d’amphore, lui aussi reconnaissable à la composition de l’argile dans laquelle elles ont été façonnées. En moins de deux siècles, le vin de l’Italie romaine supplante le vin de Marseille. Témoignant de cette intense commercialisation, des Alpes aux Pyrénées des dizaines d’épaves de navires jalonnent le littoral méditerranéen, chacune contenant plusieurs milliers d’amphores de vin italien : pour tous ces naufrages, combien de vaisseaux parvinrent à bon port ? Sans que l’on puisse parler de concurrence politique — Marseille fut longtemps l’alliée de Rome — les négociants italiens prennent le pas et la production des amphores massaliotes décline puis s’éteint vers le milieu du Ier siècle avant J.-C. Les archéologues s’interrogent sur cette évolution : fut-elle provoquée par une réorientation de l’agriculture marseillaise au détriment du vignoble, par une véritable concurrence commerciale, ou bien par un changement du goût, la production romaine étant désormais plus prisée ? Ce dernier argument, sans être démontré, attire l’attention sur l’importance du goût dans le processus de production ; puissance montante, en passe de dominer la Méditerranée, Rome parvint-elle — probablement sans l’avoir cherché — à imposer le goût de son vin aux régions conquises ? Produit à haute valeur culturelle, le vin ne pouvait manquer de se trouver impliqué dans le mouvement de l’histoire politique (Tchernia 1986). En ce sens, on peut dire que la Gaule méridionale, bien avant d’être annexée, fut conquise par les négociants romains.
La concurrence de Rome ne fut probablement pas le seul facteur d’affaiblissement du négoce marseillais car, concurremment au déclin de la diffusion des amphores massaliètes, le Midi voyait se concrétiser les indices d’un essor et d’une diffusion de la viticulture. À Marsillargues, à Lattes et à Maguelone, les « carottes sédimentaires » prélevées dans les dépôts lagunaires et étudiées par les environnementalistes, montrent de façon convergente que les pollens de vigne deviennent réellement abondants dans les couches alluviales datant du second Age du Fer, principalement à partir du IIIe siècle avant J.-C. L’archéologie confirme amplement cette observation puisque c’est à cette époque que se multiplient, dans les sols de terre battue des habitats, surtout à Lattes, les découvertes de pépins de raisins de vitis vinifera : la vigne à vin. Parallèlement, on observe dans les maisons, à Lattes ou à Nages, moins nettement à Ambrussum, la diminution des amphores massaliètes et la multiplication des doliums, grandes jarres servant à conserver l’huile, les céréales et surtout le vin.
Cause ou effet de l’affaiblissement marseillais ? Est-ce le développement de ces vignobles locaux qui brida la diffusion du vin de Massalia, ou bien inversement une baisse de l’offre marseillaise qui suscita la plantation ? On ne peut encore trancher entre les deux hypothèses. Quoi qu’il en soit, l’essor du vignoble des peuples Volques marque l’infléchissement d’une agriculture vivrière et le début d’un nouveau modèle économique pour la région, un siècle et demi avant la conquête romaine. L’emprise croissante de la production vinicole connaît une étape décisive lorsque des potiers établis à Agde, produisent au IIe siècle des amphores imitant les modèles jusqu’alors importés du monde gréco-italique. Ces amphores — et bien sûr le vin qu’elles contenaient — connaissent une diffusion dans la vallée de l’Hérault où elles concurrencent les produits italiques, marquant le début d’un renversement de la situation. À la même époque, c’est aussi dans la vallée de l’Hérault qu’est attesté le plus ancien chai connu en Gaule Narbonnaise, près d’Aspiran (Mauné 2009, 6-8).
Sans que l’on mesure encore pleinement la part du vignoble dans l’économie régionale, cette culture s’implante solidement et durablement, diffusant sa production au point qu’au Ier siècle avant J.-C. le Sénat romain s’inquiète de la concurrence gauloise et prend des mesures pour la limiter afin de ménager les profits des négociants italiens, comme le montrent ces mots de Cicéron :
« Nous sommes les plus justes de tous les hommes, nous qui défendons aux nations qui habitent au-delà des Alpes de cultiver l’olivier et la vigne : nous voulons ainsi augmenter la valeur de nos oliveraies et de nos vignobles. On dit que cette conduite est sage, non qu’elle est juste » (De Republica, III, 9, 16). Cette interdiction fut-elle réellement appliquée et suivie d’effets ? On peut en douter car rien ne change : captant progressivement le marché régional au détriment des importations italiques qui s’étiolent au Ier siècle avant J.-C., le vin gaulois prend ensuite une part croissante sur le marché romain, au début de l’Empire. Là prend fin le second cycle de l’histoire viticole, celui du vin des Romains, et débute le cycle de la viticulture gauloise. L’histoire du vignoble antique est ainsi faite : un peuple installe son excellence et/ou sa puissance commerciale, s’ouvre des marchés sur lesquels il suscite l’imitation, puis la concurrence, puis l’éviction.
2. Rome et le vignoble de la gaule narbonnaise
Selon un scénario qui se répète à travers l’histoire du vin, le vignoble colonial en vient donc à concurrencer celui de la métropole. Peu à peu, au cours du Ier siècle avant J-C., les arrivages d’amphores de vin de la péninsule italique faiblissent puis s’étiolent, tandis qu’émerge une puissante viticulture dont le signe le plus palpable est l’apparition, sous Auguste, d’une nouvelle gamme d’amphores gauloises. Échappant à l’emprise marseillaise, ces productions s’établissent aux quatre coins de la province et manifestent l’extension du vignoble. Au cours des années 20 à 40 après J.-C., dans les domaines viticoles ou dans des ateliers spécialisés, des potiers commencent à produire par milliers ces emballages destinés au transport du vin. Dans un premier temps, les potiers imitent les formes italiques, notamment l’amphore dite Dressel 2/4, un type produit dans plusieurs régions méditerranéennes et destiné, semble-t-il, au transport des vins de qualité. Et de fait, c’est sur une amphore gauloise de ce type que fut découverte, à Rome, l’inscription désignant un « vin vieux de cinq ans de Béziers » (Mauné 2009, 28-32). Imitation encore, des amphores du type Pascual 1, mis au point par les producteurs de la province voisine de Tarraconnaise, sont produites dans l’atelier de Saint-Bézard, près d’Aspiran, où officie le fabricant Laetus, connu aussi pour son activité à Barcino-Barcelone. Qui plus est, ces imitations sont réalisées avec une argile granuleuse qui rappelle la couleur et l’aspect des modèles Tarraconnais, au point qu’on en vient à envisager la volonté, de la part des potiers gaulois, de capter des marchés par une stratégie opportuniste, nous parlerions aujourd’hui de contrefaçon !
Puis, la production prenant de l’ampleur au Ier siècle après J.-C., les potiers s’affranchissent des imitations pour produire des emballages originaux, d’une technique très maîtrisée : des amphores ventrues à fond plat, pesant une dizaine de kilos et contenant une trentaine de litres (fig. 3). Produites selon quelques modèles standardisés par une centaine d’ateliers répartis dans toute la province de Narbonnaise, ces amphores vont imposer l’image — nouvelle — du vin gaulois. Fragiles du fait de leur forme ventrue et de leur pied étroit et instable, ces amphores réalisent par contre l’exploit technique d’abaisser le poids de l’emballage au tiers de celui du contenu, tandis que les amphores romaines représentaient jusqu’alors un poids égal à celui du liquide. Tenant compte de la fragilité de ces nouveaux emballages perdus, les Gaulois mettent au point un paillage qui les protège des chocs, comme on le fera plus tard pour les bonbonnes de verre. Outre ce gain appréciable en regard de la charge à transporter, le changement de forme et de taille des emballages pose la question de l’identification des produits : les viticulteurs gaulois prirent-ils l’initiative de ce changement pour construire l’image de leur production, ou bien leur fut-il imposé par les négociants italiens soucieux d’éviter les contrefaçons de la concurrence ? Aucun document ne permet de trancher mais on comprend à cette observation que le vin est déjà, aussi, une affaire d’image, l’image d’une qualité et d’une origine revendiquées. Ainsi le vin de Gaule Narbonnaise prend sa place sur le marché méditerranéen et s’exporte très loin : les amphores gauloises sont attestées sur de nombreux sites, surtout urbains, au nord jusqu’aux camps légionnaires de la frontière du Rhin, en Britannia, la Grande-Bretagne, au sud en Italie et en Hispanie, puis en Afrique du Nord, en Égypte et même au-delà du monde romain, jusqu’au Soudan et en Inde !
Le déploiement d’un vignoble en Gaule méridionale n’a pas manqué d’attirer l’attention des agronomes de l’époque, sénateurs influents et généralement propriétaires de vignobles, curieux des pratiques de la concurrence. Ainsi au Ier siècle, Pline l’Ancien s’intéresse à la conduite du vignoble gaulois :
« En certaines provinces, la vigne se tient droite sans échalas, ramassant l’arc de ses sarments et grossit aux dépens de sa longueur. Ailleurs, les vents interdisent cette technique, par exemple en Afrique et dans certaines régions de la Narbonnaise, où l’on permet le développement des seuls coursons; elle se traîne à terre comme les herbes, sans cesser de ressembler aux vignes nouvelles… » (Hist. Nat., XIV, 13-14). Adaptation de la conduite au régime des vents, voilà qui est bien observé; on a aussi proposé de voir dans ce choix des Gaulois l’héritage des vignerons grecs qui taillaient la vigne au plus près du sol, contrairement à leurs confrères étrusques qui, en Italie, pratiquaient la conduite en hauteur, sur des échalas ou sur les arbres.
La qualité des vins et les contrefaçons, supposées ou avérées, n’échappent pas à la curiosité de Pline :
« Luna donne le meilleur vin d’Étrurie, Gênes de Ligurie, Marseille des Pyrénées aux Alpes avec ses deux qualités dont l’une, plus chargée, qu’elle appelle vin de sève, sert aussi aux coupages. La réputation du vin de Béziers ne dépasse pas les Gaules. Des autres vins de Narbonnaise on ne peut rien affirmer car il s’en est monté des fabriques où on le maquille à la fumée ; plût au ciel que ce ne fût pas aussi avec des herbes et des ingrédients nocifs, puisque des négociants usent même d’aloès pour en altérer le goût et la couleur » (XIV, 68).
Inquiet tout autant de la concurrence que de la production des denrées de première nécessité, l’empereur en vient même à édicter une mesure protectionniste, comme le rapporte Suétone à propos d’un édit de l’empereur Domitien en 70 ap. J.-C. : « une année où le vin était en abondance, alors que le blé manquait, estimant que la culture exagérée de la vigne faisait négliger les terres, il interdit d’en planter davantage en Italie et donna l’ordre de couper les ceps dans les provinces, en n’en laissant que la moitié; mais il ne fit pas exécuter cet édit. »
Les historiens discutent encore du sens de cet édit et de son abandon : protectionnisme, mesure en faveur de l’approvisionnement ? L’État se préoccupe de régler la production, bien en vain semble-t-il car on n’a encore jamais cultivé la vigne, en Gaule Narbonnaise, autant qu’en cette fin du Ier siècle. Le processus économique est évidemment porté par un changement culturel : si la production explose c’est qu’elle est tirée par une consommation qui s’étend en gagnant les couches sociales les plus modestes. Si les meilleurs crus restent réservés à une clientèle aristocratique, le vin devient un produit d’usage courant pour une part croissante de la population et prend place parmi les habitudes alimentaires, au point de figurer sur le décor de nombreuses pièces de vaisselle et d’objets de la vie quotidienne.
C’est entre les années 80 et 130 de notre ère que l’on connaît la plus forte production d’amphores et que les domaines viticoles atteignent leur plus vaste extension dans la Gaule Narbonnaise. Partout dans « la Province », comme la nomment parfois les Romains pour marquer leur attachement à cette région, naissent de grandes exploitations viticoles.
Ces villas sont particulièrement nombreuses dans la région de Béziers et Narbonne — déjà une spécialisation ! C’est dans cette région que se trouve le plus ancien domaine viticole connu en Gaule, la villa de Saint-Bézard, près d’Aspiran (Hérault), fouillée par S. Mauné. Là, au début du Ier siècle après J.-C. Quintus lulius Primus, propriétaire d’origine italienne, bâtit au cœur de son vignoble une vaste demeure dotée de thermes et attenante à un chai de 155 doliums, pouvant contenir au total 2 000 hectolitres de vin. Encore cette capacité est-elle un minimum, la moitié des bâtiments restant à fouiller, ce qui laisse envisager une contenance deux fois supérieure (Mauné 2009). Fouloir en maçonnerie, pressoir à vis en bois, pompe à piston : l’installation est dotée des techniques italiennes les plus élaborées. Près de là, des potiers sont installés et produisent, à partir de l’argile locale, toute la vaisselle liée au transport et à la consommation du vin: amphores, jarres, cruches, pichets…
Près de Paulhan, la villa de Vareilles, récemment fouillée par S. Mauné à l’occasion de la construction de l’autoroute A75, offre l’exemple le plus impressionnant de ce type d’exploitation. Construit vers l’an 40 après J.-C., cet établissement dispose dans un premier temps d’un chai de 350 doliums qui lui donnent une contenance d’environ 7 000 hectolitres, tandis que plusieurs pressoirs assurent la transformation de la récolte. Prospère, l’exploitation s’étend vers la fin du Ier siècle puis encore au début du IIe siècle où est bâti un nouveau chai, l’ensemble allant jusqu’à compter 475 doliums, soit une capacité de 8 500 hectolitres (fig. 4). En moins d’un siècle, l’établissement de Vareilles devient l’une des plus importantes exploitations viticoles connues à ce jour, surpassant les capacités couramment observées dans les villas romaines, entre 700 et 2 000 hectolitres (Mauné 2003).
À côté de cette production massive dans le cadre de l’économie domaniale, la viticulture était aussi le fait de petits vignerons aux exploitations dispersées dans la campagne ou regroupées en petites agglomérations. À côté des grands établissements comme Vareilles ou Saint-Bézard, la région biterroise comptait aussi des fermes viticoles comme celle des Jurières-Basses, près de Puissalicon, dont S. Mauné estime la capacité de stockage entre 200 et 300 hl. Cette diversité des exploitations en dit long sur l’enracinement de la viticulture à tous les niveaux de la société.
Avec les installations viticoles, les ateliers d’amphores, à l’exemple de celui d’Aspiran, témoignent de l’ampleur de cette viticulture dont tout indique la puissance commerciale. Quel meilleur témoignage en donner que la carte de la soixantaine d’ateliers découverts en Gaule méridionale, d’où est issu l’essentiel de la production, celle du type Gauloise 1 ? Si elle n’est pas complète, car on peut attendre de nouvelles découvertes, cette carte n’en demeure pas moins très suggestive et montre une répartition inégale des ateliers. D’un côté se distinguent des régions à forte densité, Biterrois et vallée de l’Hérault à ‘ouest, basse vallée du Rhône à l’est, possédant chacune plus d’une dizaine d’ateliers. Entre les deux, la région entre Nîmes et Lattes reste vide. Cette différence de densité des ateliers, si elle reflète correctement la réalité, semble donc opposer des régions à haute production et des régions où la viticulture resterait au second plan, ne suscitant pas de grandes installations (fig. 5).
Aux abords mêmes de Nîmes, la viticulture n’apparaît pas prépondérante. Sans être catégorique, car de futures découvertes pourraient apporter des éléments contradictoires, on doit souligner les modestes capacités des domaines agricoles de l’aire nîmoise. Aux portes de Nîmes, le domaine de Codols possédait un chai mais sa capacité de stockage n’a pu être mesurée, faute d’installation identifiable. Dans le couloir rhodanien, le domaine de la Ramière à Roquemaure, disposait dans la seconde moitié du Ier siècle d’un chai d’une capacité de 360 hl, capacité portée à près de 780 hl après un agrandissement réalisé à la fin de ce siècle. On reste bien en deçà des milliers d’hectolitres évoqués à propos des domaines biterrois. C’est probablement l’effet d’un autre choix économique, celui de diversifier une production qui reposait en large part sur l’arboriculture. En effet, des dizaines de grandes fosses de plantations d’arbres (des oliviers ? on ne peut l’affirmer) ont été identifiées aux abords du domaine de la Ramière, marquant l’emplacement de deux vergers qui composaient, avec la vigne et les cultures annuelles, une exploitation de polyculture.
Ainsi se nuance l’image d’une viticulture, certes puissante et localement dominante, mais qu’il faut se garder de calquer sur l’image du vignoble de masse des XIXe et XXe siècles. Lorsque l’on observe la carte des zones à forte production d’amphores, l’attractivité des axes de transport apparaît, particulièrement la voie du Rhône et le littoral, ainsi que la proximité urbaine : le vin est un produit de marché, il faut pouvoir le transporter aisément et loin.
L’approche régionale révèle aussi la diversité des situations et invite à s’interroger sur la répartition géographique du vignoble autant que sur sa structure foncière et son mode d’exploitation. Si la viticulture domaniale impose d’emblée sa puissance et son haut niveau d’équipement, quelle était la part de la petite exploitation: le ratio entre ces deux types ainsi qu’avec la production des agglomérations, encore mal cernée, permet-il de définir différents vignobles au sein de la province de Narbonnaise ? Venons-en maintenant à l’échelle locale pour affiner l’observation. Produit de terroir et expression de structures socio-économiques, la vigne s’accommode mal de la généralisation. De ce point de vue, le Lunellois offre un observatoire intéressant, autant du fait de la densité des recherches réalisées que de la singularité de ses orientations agricoles.
3. Quel vignoble en lunellois ?
Charbons de bois résidus de foyers, pépins de raisin, pollens : sans surprise les analyses montrent que l’on cultivait la vigne à Ambrussum, à Lunel-Viel ou à Dassargues (près de Lunel), durant l’époque romaine (André et alii 1995). L’agglomération de Lunel-Viel est même l’un des lieux où les archéologues ont mis au point la méthode d’identification des fosses de plantation de vigne, dès 1989 (Raynaud dir. 2007, 49). Malheureusement, les secteurs fouillés autour de ce village, qui recouvre une petite bourgade gallo-romaine, n’ont pas permis d’identifier une installation vinicole, de sorte que l’on reste incertain quant à l’organisation de la viticulture locale : grands propriétaires ou petites exploitations ?
La même question se pose à Ambrussum où les fouilles pratiquées durant plus de 40 ans n’ont pas livré un seul bâtiment vinicole: dans ce cas, l’étendue des recherches laisse à penser que cette absence doit refléter une certaine réalité. La vigne était cultivée sur les berges du Vidourle, on ne peut en douter, mais à quelle échelle ? L’analyse paléo-botanique des résidus carbonisés découverts dans les dépotoirs a permis de découvrir bon nombre de pépins de raisin et de préciser que ces raisins étaient conservés en grappes, comme s’il s’agissait de raisins secs (Fiches, dir. 1989, 175). Production locale ou achat au marché ? On peut en effet s’interroger sur l’activité agricole pratiquée dans cette agglomération tournée vers l’accueil des voyageurs sur la via Domitia.
Dans les niveaux d’occupation d’une maison occupée au Ier siècle, a été découverte une étiquette d’emballage, tablette de plomb portant la mention VVAS ASEN. IO AMINI A AOIDONNE : si le premier mot ne pose aucun problème de lecture, uvas, des raisins, la suite de texte, qui désignait peut-être la qualité du produit et sa provenance, n’a pu être traduite (Fiches 1986, 104) (fig. 6). Ces raisins provenaient-ils d’une vigne voisine ou d’un vignoble plus éloigné, comment s’organisait cette production ? Ce qui apparaît néanmoins et qui ne peut nous surprendre, c’est que le vignoble n’était pas totalement tourné vers la vinification ; une part au moins de la production était destinée à la table. Spécialité lunelloise ou plus largement partagée dans la région ? Attendons d’autres documents pour avancer sur cette piste.
Une autre observation permet de compléter l’image de la viticulture locale : en dépit des prospections systématiques pratiquées en Lunellois durant plusieurs décennies, on ne connaît pas le moindre atelier d’amphores dans la vallée du Vidourle et à sa périphérie. Malgré l’intensité des investigations, la viticulture semble donc rester une activité secondaire. Au cours des années 1990, un programme de fouilles sur l’équipement agricole antique a mis au jour plusieurs installations de dépiquage des céréales, contre une seule aire de vinification sur le site de la Mougère, près de Mauguio (fouille K. Roger). En ce lieu, à l’écart de tout établissement, une petite installation munie d’un pressoir, était encadrée d’une quarantaine de doliums pouvant contenir 400 à 500 hectolitres au total. L’état d’arasement des vestiges par les labours modernes rend difficile l’interprétation de cette installation mais on sait, grâce à l’identification de tranchées de plantation, qu’elle se trouvait au cœur du vignoble, un vignoble bien restreint si l’on en juge par la modestie de l’ensemble. S’agissait-il d’une aire de stockage provisoire à distance d’un domaine où la récolte était ensuite acheminée, ou bien d’une petite exploitation dont les bâtiments n’auraient pas été identifiés ? Si l’on hésite entre les deux hypothèses, l’impression qui domine est celle d’un faible investissement dans l’équipement viticole (fig. 7).
C’est la même lecture qui s’impose près de Lunel, au Mas de Fourques où préalablement à la construction d’un lycée, une fouille préventive conduite par M. Ott a mis au jour trois bâtiments attribuables à une petite exploitation occupée aux Ier et IIe siècles ap. J.-C. Construit vers les années 70 ap. J.-C., de façon sommaire et sans confort, un petit bâtiment d’habitation était encadré à l’est par une étable et à l’ouest par un chai (fig. 8). Ce bâtiment, qui n’a pu être fouillé complètement, couvrait au minimum 220 m² et contenait une quarantaine de doliums (dont 27 dans la partie fouillée) d’une contenance de 12 à 16 hl chacun, soit au total une capacité de stockage de 480 à 640 hl. Un dépôt de résine a pu être identifié sur les parois d’un dolium, technique d’étanchéité qui permet d’identifier une production vinicole car elle ne s’impose pas pour la conservation de l’huile. Une cuve de recueil du moût, d’une contenance de 11 hl, occupait le centre de l’une des deux pièces dégagées, ainsi que le soubassement d’un pressoir.
La taille et l’aménagement du bâtiment le situent dans la catégorie des petites installations viticoles connues à l’époque romaine. En prenant comme base de calcul un rendement entre 30 et 40 hl/ha, fourchette communément admise pour la viticulture antique (évaluation peut-être surévaluée car issue des exemples d’Italie), on peut estimer que le vignoble exploité couvrirait entre 12 et 21 ha. Cette évaluation est évidemment sujette à discussion, le chiffre même du rendement pouvant varier du simple au double selon que l’on envisage des plantations sur la Costière voisine, à faible rendement, ou au contraire dans la plaine vers le sud, plus généreuse en quantité.
Où se trouvait ce vignoble ? Si quelques tranchées de plantation de vigne ont pu être identifiées à proximité des bâtiments, l’essentiel des vignes n’est pas localisé. Une trentaine de fosses de plantation d’arbres fruitiers (oliviers, amandiers ?) encadraient les constructions et l’allée d’accès. Avec l’étable voisine, ces arbres fruitiers complètent l’image d’une petite exploitation familiale de polyculture, aux antipodes de la production spécialisée des villas du Biterrois.
Des villas en Lunellois, on en connaît peu et aucune n’a encore fait l’objet de fouilles : pourquoi ? Balayons d’emblée l’explication géographique : dans la plaine littorale, à moins d’une journée de marche de Nîmes comme de Lattes, tout près de la lagune et de la mer, parcourue par plusieurs axes majeurs de circulation, la région lunelloise était connectée au réseau et dotée en terroirs propices à l’établissement de grands domaines, tout autant que le Biterrois ou la vallée du Rhône. Pourquoi la production de cette région se singularise-t-elle de la sorte ? : serait-ce en raison d’une structure sociale et foncière ? Retard, sous-développement ? Ces notions modernes sont peu opérantes à l’égard de l’économie antique.
En réalité, depuis plus de trente ans que sont fouillées les agglomérations d’Ambrussum puis de Lunel-Viel, apparaît une société gallo-romaine empreinte de tradition. Cela se marque tant au niveau de la vie quotidienne et de la conception des maisons, qu’en regard des noms de leurs habitants qui conservent une forte dominante gauloise et paraissent moins influencés par la mode des noms romains que d’autres territoires, tels ceux de Béziers ou Narbonne, plus « italianisés », voire même italiens pour certains grands propriétaires. Peut-être doit-on parler en territoire nîmois d’un traditionalisme économique qui s’expliquerait par un phénomène politique et social : tandis qu’à Béziers l’état romain avait massivement saisi les terres des Gaulois après la conquête, pour les attribuer à des citoyens italiens, la cité de Nîmes n’avait pas connu un tel phénomène. Ainsi peut-on mesurer un mode de développement original, fondé sur un contexte sociopolitique marqué par le dynamisme des communautés rurales qui, anciennes comme Ambrussum ou nouvelles comme Lunel-Viel, conservaient une place dominante dans les campagnes. Par sa structure foncière et ses choix culturaux, cette région laissait au second plan le grand domaine spéculatif et les cultures de marché.
Et pourtant, il y avait bien des doliums à Ambrussum ! Deux exemplaires furent découverts anciennement, dans une fouille dont on n’a pas le plan, de sorte que l’on ne connaît pas leur fonction : vin, huile, production, commercialisation ? (fig. 9). N’en doutons pas, on buvait du vin dans les maisons d’Ambrussum et de Lunel-Viel où des dizaines de milliers de fragments d’amphores gauloises ont été découverts, sans qu’aucun indice n’atteste cette production localement. Ces emballages montrent que le vin régional circulait autant à l’intérieur de la province que vers l’Italie et les provinces de l’Empire.
Où se trouvaient les vignobles qui ont laissé leurs pollens et leurs charbons de bois ? Et les serpettes de vendangeurs découvertes dans les couches gallo-romaines à Lunel-Viel, à quoi servaient-elles ? À vendanger, assurément, mais de petites vignes (fig. 10). Les fouilles conduites dans ce village ne laissent aucun doute à cet égard: des tranchées de défonçage et de plantation y ont été creusées au Ier siècle ap. J.-C.
La fouille de ces traces permet d’affiner la connaissance du vignoble, son évolution, sa densité et sa conduite. La multiplication des chantiers de fouille depuis une vingtaine d’années permet de s’en faire une idée approximative. Si les tranchées de plantation sont bien présentes aux abords de l’habitat de Lunel-Viel, elles sont par contre absentes dans les tènements plus éloignés où des fouilles ont révélé des aménagements agricoles plutôt tournés vers la culture des céréales. Plus que le choix des terroirs et des sols, c’était probablement la proximité des habitations qui dictait l’implantation du vignoble dans la couronne des cultures de proximité, au plus près des habitations, voire même dans les jardins.
On ne sait encore rien des vignes d’Ambrussum mais il serait étonnant qu’une fouille prochaine n’en révèle pas l’emplacement. Sur les coteaux, de Saint-Christol à Saussines, on ne dispose jusqu’à ce jour que de peu d’informations. Seule, une fouille de diagnostic réalisée avant l’aménagement du Pioch Lion, à Boisseron, a mis au jour une plantation de vigne gallo-romaine (Y. Manniez, INRAP). Les prospections et sondages réalisés dans ces collines laissent envisager la précarité de l’occupation gallo-romaine. Contrairement à la plaine où le peuplement s’enracine, sur ces coteaux aucune implantation agricole ne paraît durable : ce secteur semble avoir connu une désertion précoce, peut-être consécutive à l’érosion des sols. Les recherches restent à approfondir afin de connaître l’évolution de ces terroirs, devenus aujourd’hui les plus propices à une viticulture de qualité.
Ainsi, l’archéologie du Lunellois invite à nuancer l’idée première d’une viticulture omniprésente dès l’époque gallo-romaine. Si la vigne est cultivée dans la basse vallée du Vidourle, elle semble rester au second plan, après les cultures vivrières. Certains indices montrent cependant que des îlots viticoles existaient. Ainsi près de Valergues, des prospections permettent d’envisager la présence d’un domaine viticole sur le site des Cazals, où l’accumulation des fragments de dolium marque l’emplacement d’un chai. D’autres domaines sont envisageables aux abords de l’étang de l’Or, à Saint-Just, ou à l’est de Marsillargues autour du Mas de Favet. Des fouilles en ces lieux préciseraient le paysage agricole gallo-romain.
La plantation de la vigne à Lunel-Viel au Ier siècle
La fouille des soubassements d’une maison du IIe siècle a mis au jour des vestiges antérieurs à la construction : un ensemble de saignées entamant profondément le sol. Au sein de ces multiples creusements apparaissent des axes perpendiculaires dessinant un quadrillage régulier.
Longues de 0,5 à plus d’un mètre, larges de 12 à 14 cm et profondes de plus de 50 cm, ces saignées ont été creusées à la pioche pour y planter des pieds de vigne. Dans un premier temps, la plantation se fait en rangs espacés de 2 mètres, puis la vigne est multipliée par provignage (ou marcottage), technique qui consiste à enterrer dans une tranchée une branche du pied mère qui donne naissance à un pied secondaire, le provin. Ce provignage s’opère latéralement, dans des saignées perpendiculaires aux rangs initiaux, ce qui permet de resserrer l’intervalle des rangs à 1 m, doublant la densité des pieds qui peut atteindre de 5 000 à 10 000 à l’hectare.
Ameubli à la pioche, le sédiment de ces tranchées contient de petits fragments de poterie du Ier siècle, vestiges d’un apport de compost destiné à fertiliser le sol. Tous ces éléments rejoignent les conseils donnés par les agronomes latins pour favoriser la plantation de la vigne.
Soixante ans environ après sa plantation, cette partie de la vigne fut arrachée pour y construire une nouvelle maison du village gallo-romain, mais d’autres vignes restèrent longtemps cultivées autour de cet habitat (Raynaud dir. 2007, 49).
4. Crise et restructuration à la fin de l'empire
Culture de marché, la vigne peut offrir des profits substantiels lorsque celui-ci offre de bons débouchés, mais elle connaît aussi, comme toutes les activités spéculatives, de douloureux retours de conjoncture. Les viticulteurs gaulois en firent l’expérience au terme d’un siècle de prospérité.
Après avoir connu sa plus large expansion au début du IIe siècle, le domaine viticole de Vareilles entre en déclin à partir des années 150 : chais abandonnés les uns après les autres, canalisations bouchées, bâtiments dégradés. Puis c’est l’abandon et la démolition vers les années 230. Ainsi les considérables investissements réalisés un siècle auparavant, marquant la réussite du vignoble, se trouvent-ils réduits à néant. À la villa de Saint-Bézard, où l’occupation se poursuit jusqu’à la fin de l’Antiquité, les pressoirs et le chai sont condamnés dans la seconde moitié du IIIe siècle et le domaine se recentre sur d’autres activités. Un scénario voisin frappe à la même période des exploitations viticoles plus modestes qui déclinent puis s’effacent, comme l’établissement du Mas de Fourques, près de Lunel. D’autres se maintiennent en abandonnant ou en réduisant la production viticole. Ainsi la villa des Prés-Bas à Loupian, fameuse pour ses mosaïques, se restructure profondément dès le IIe siècle et semble elle aussi réduire sa production viticole.
Sans surprise, les ateliers d’amphores gauloises subissent la même évolution et disparaissent les uns après les autres, les derniers éteignant leurs fours au IIIe siècle. À Lunel-Viel comme à Ambrussum, les dépotoirs qui ont livré des centaines de milliers de fragments d’amphores et constituent les « archives économiques » du Lunellois, soulignent cet affaissement de l’approvisionnement en vin régional, dès la fin du IIIe siècle (fig. 12). La diffusion des amphores gauloises hors de la province épouse cette évolution: encore bien représentées en Italie au début du IIIe siècle, en Afrique du nord et jusqu’en Égypte, ces exportations fléchissent ensuite et s’effacent progressivement après les années 250.
Comment interpréter ce processus : crise viticole ou crise générale de la production? La première hypothèse retient généralement l’attention des archéologues qui insistent sur la fragilité d’exploitations trop spécialisées, pour l’opposer à la stabilité d’exploitations aux activités plus diversifiées. Une mévente ou la chute du prix du vin aurait condamné les domaines viticoles, tandis que les exploitations de polyculture résistaient mieux et pouvaient se restructurer. Pourtant, des exploitations aussi peu spécialisées que celle du Mas de Fourques, à Lunel, ont aussi disparu dans cette « crise » dont les péripéties restent difficiles à cerner et plus encore à expliquer.
Ce qui est plus net c’est la cause de la « crise » : la concurrence. Dès la fin du IIe siècle et plus encore au IIIe siècle, la vigne, poursuivant son périple continental, gagnait des régions plus septentrionales, occupant jusqu’aux coteaux de Moselle. Progressivement, les producteurs de ces régions parvinrent à évincer les vins méridionaux sur l’énorme marché des légions qui gardaient la frontière du Rhin. Et comme un malheur ne vient jamais seul, la tenaille se refermait au sud avec l’arrivée, au début du IIIe siècle, de volumes croissants de vin de la province de Byzacène, l’actuelle Tunisie ! La part des amphores gauloises dans la consommation amorce un long déclin : dès le début du IVe siècle, les amphores dites « africaines » sont plus nombreuses et deviennent bientôt majoritaires. Ainsi donc, perdant des marchés au nord, la viticulture de Gaule Narbonnaise doit affronter une redoutable concurrence sur ses propres terres : produits à plus de 2000 km de distance, les vins africains traversent la mer et irriguent une région jusqu’alors grosse productrice.
Comment expliquer ce paradoxe ? Le problème tient d’abord à la chronologie des deux processus : arrivée croissante de vin africain et déclin de la production méridionale. Malgré l’affinement des datations archéologiques, il reste difficile de dire quand se croisent les deux phénomènes : est-ce le déclin de la production régionale qui ouvre la voie aux produits nord-africains, ou bien la concurrence de ces derniers qui ruine le vignoble ? La mesure de ce déclin s’avère d’autant plus difficile du fait d’un changement technique intervenu dans le conditionnement du vin : invention gauloise, le tonneau supplante progressivement le dolium. Dès la fin du IIe siècle le domaine de Loupian restructure son chai, remplaçant les antiques doliums par une cuverie en bois, cessant de produire des amphores pour commercialiser son vin en tonneaux, qui alors se généralisent. Comment s’en étonner: c’est un contenant hautement performant, léger, de grande capacité, facile à manipuler, résistant aux chocs et réutilisable ; l’étonnant est que l’on n’y ait pas pensé plus tôt ! Or, le tonneau n’aime guère les archéologues et leur tend un piège : désaffecté, ses douelles sont recyclées ou servent de combustible ; abandonné, il se décompose dans le sol. Comment dès lors comparer le volume d’une production africaine qui conserve cet emballage archaïque, l’amphore, à la production gauloise qui opte pour un emballage périssable que les archéologues ne retrouvent qu’exceptionnellement ?
On ne peut encore répondre à cette question mais un constat s’impose malgré tout: si la production gauloise devient difficile à mesurer et même à identifier à partir du IIIe siècle, le déclin viticole paraît indiscutable. Indiscutable et durable, puisque la dépendance à l’égard des importations s’accroît encore à la fin du IVe puis au Ve siècle avec l’arrivée des amphores des provinces orientales, particulièrement la Palestine avec le vin de Gaza que l’on consommait à Nîmes et à Narbonne, plus localement à Maguelone, Loupian et Lunel-Viel, certes en petites quantités. Si elle décline, la production régionale se poursuit néanmoins, comme le montrent de nombreux indices. Pour n’en citer qu’un, prenons le témoignage d’un grand personnage : Sidoine Apollinaire, aristocrate qui décrit dans sa correspondance les domaines de ses amis Tonantius et Ferreolus, dans le Gard, et cite la présence de vignobles dans leurs exploitations, au Ve siècle. Resserré, peut-être limité à l’usage d’une classe aisée, mais aussi valorisé par sa valeur liturgique dans une Gaule en voie de christianisation, le vignoble demeure présent dans les campagnes. L’installation vinicole de la villa de la Gramière fouillée par L. Buffat, près de Castillon-du-Gard, témoigne de la permanence de cette viticulture domaniale jusqu’aux derniers temps de l’Antiquité.
Ainsi s’achève le second cycle de la viticulture gauloise, sur une crise et sur la fin d’une production de masse, effondrée sous son propre poids ou sous l’effet de la concurrence, on ne sait trop… Les effets de cette crise durent marquer différemment les zones de spécialisation viticole comme le Biterrois, où les abandons de domaines furent massifs, tandis que dans les zones de polyculture comme la vallée du Vidourle, l’effondrement économique semble moins radical. La concurrence, une fois de plus, occasionne la perte de marchés et engage même le recours aux importations. Mais, dira-t-on, tout ce vin africain et oriental, contre quelle production régionale était-il acquis ou échangé ? Céréales, élevage, artisanat ? L’archéologie bute sur cette question, à ce jour insoluble, de la commercialisation des autres denrées.
la vigne au haut Moyen Âge dans la plaine du Vidourle à Dassargues
Sans textes et sans plan cadastral, comment mesurer la place de la vigne au sein du terroir ?
Le plan du secteur nord des fouilles de Dassargues montre la méthode. En mettant au jour des fossés de délimitation (traits noirs) et des chemins de service (en gris), les archéologues délimitent le découpage parcellaire. Grâce à l’étude des fragments de poteries et par le carbone 14, cet ensemble d’aménagements est daté entre le VIIe et le XIe siècle. Dans ces parcelles, on peut observer la présence ou l’absence de tranchées de plantation de la vigne (en rouge); on mesure ainsi la proportion respective des cultures annuelles, céréales ou légumineuses (en ocre), et de la vigne (en vert).
Ce plan reste très partiel mais il donne une estimation raisonnable. Sur une surface d’un demi-hectare retenue pour la démonstration, la vigne occupe trois parcelles couvrant 22,8 ares au minimum, contre cinq parcelles pour les labours, soit 30 ares. Dans ce secteur de plaine, le vignoble est donc bien représenté puisqu’il couvre plus de 40% de la surface cultivée. Ce n’est qu’un exemple évidemment, mais les autres secteurs de fouille donnent une proportion voisine. Comme à l’époque romaine, la vigne est bien établie dans la plaine du Vidourle. Par contre, ni les textes ni les fouilles n’accordent une place à l’olivier qui reste, comme à l’époque romaine, une culture très secondaire.
5. Le haut Moyen Âge n'est pas une rupture
À propos de l’histoire du vignoble dans le haut Moyen Âge, s’impose souvent l’idée selon laquelle l’Église, avec ses évêchés et ses abbayes, aurait favorisé, pour les besoins liturgiques, la permanence de la viticulture. Une telle vision repose sur une interprétation catastrophiste établie au XVIIIe siècle par les historiens et ressassée depuis dans les manuels scolaires.
Cette vision tient à l’idée d’une décadence universelle et d’un effondrement économique, social et culturel, idée elle-même fondée sur les témoignages littéraires des contemporains, tous dignitaires religieux. Pour ne prendre qu’un exemple, l’un des plus fameux témoignages est celui de l’évêque Grégoire de Tours qui, à la fin du VIe siècle, écrit dans son Histoire des Francs (VIII, 30) :
« Ceux (une armée franque) qui avaient attaqué Nîmes (la région est sous domination wisigothe), après avoir dévasté toute la région, brûlé les maisons, incendié les moissons, saccagé les oliviers et coupé les vignes… ».
Au cours des dernières décennies, relisant ces textes de façon critique et les confrontant aux découvertes archéologiques, les historiens ont mesuré le caractère orienté et souvent excessif de ces écrits anciens qui cultivaient le sensationnel à l’égard de ravages bien réels mais dont l’étendue apparaît plus limitée qu’en première lecture. Imagine-t-on une armée en campagne occupée, des mois durant, à détruire les millions de ceps que comptait alors le vignoble de la Septimanie ? C’est une vue de l’esprit que ne peut retenir quiconque s’est trouvé confronté, matériellement, au long et pénible travail d’arrachage de la vigne : cette destruction ne pouvait être que symbolique et localisée au passage de l’armée.
Tout ne disparut pas après l’effondrement de l’Empire et l’économie, certes déclinante et plus cloisonnée qu’auparavant, ne fut pas engloutie dans l’anarchie. Dans chaque région, autour des villes et des vallées stratégiques accablées de raids guerriers, existaient des secteurs prospères dont le peuplement et l’organisation entamaient une lente mutation. Dans ce cadre, les terroirs conservèrent l’essentiel de leur cohésion et de leur activité.
Sur ce point, l’archéologie a joué un rôle décisif au cours des quinze dernières années, particulièrement en Lunellois qui a bénéficié de recherches modifiant notre perception de la période du Ve au Xe siècle. Dans un premier temps, l’inventaire méthodique du canton, commune par commune, a révélé la densité des habitats toujours occupés à la fin de l’Antiquité, mais aussi la création de nouveaux centres de vie, précisément au Ve siècle, moment où l’on attendrait l’effondrement. Cette période se distingue aussi par une géographie du peuplement en mutation. Le meilleur témoignage de cette transformation se lit dans les destinées contraires des deux agglomérations d’Ambrussum et de Lunel-Viel : tandis qu’Ambrussum décline depuis le IIIe siècle, avant d’être abandonnée au Ve siècle, Lunel-Viel connaît la stabilité et semble devenir le chef-lieu du territoire. Or, si Ambrussum occupe les collines et Lunel-Viel la plaine, l’évolution du réseau suit la même tendance : tandis que les collines se désertifient, la plaine se densifie. De Gallargues à Marsillargues, jamais la basse vallée du Vidourle n’avait été aussi peuplée qu’entre les Ve et Xe siècles.
La vie rurale durant ces périodes wisigothique et carolingienne est désormais mieux connue grâce aux recherches réalisées autour de l’habitat de Dassargues, près de Lunel. Ce lieu est mentionné dans une charte révélant que le 17 janvier de l’an 788, un prêtre nommé Elderedus a fait donation à l’abbaye de Psalmodi, de biens situés dans la villa de Dassargues. Le texte de cette donation précise que sont concernées : l’église Sainte Marie qu’Elderedus a fait lui-même construire, des maisons voisines ainsi que des terres et des vignes. La charte ne précise pas la proportion des différentes cultures mais des fouilles archéologiques comblent cette lacune.
En 1992 et 1993, les travaux préalables à la création du centre commercial des Portes de la Mer ont occasionné une grande fouille préventive couvrant près de trois hectares (Garnier et alii 1995). Ce fut l’occasion d’étudier non seulement l’habitat du haut Moyen Âge mais — plus original — une vaste étendue du terroir environnant. On y a retrouvé tout un aménagement agricole : chemins, fossés de drainage, cabanes, aires de travail, silos, ainsi qu’une multitude d’informations sur l’économie rurale, notamment des outils. Desservies par les chemins, délimitées par les fossés, des parcelles agricoles ont été identifiées : dans plusieurs d’entre elles on a pu identifier des plantations de vigne du IVe, du Ve siècle, puis des replantations successives durant le haut Moyen Âge. Indiscutablement, dans la plaine du Vidourle, on n’a jamais cessé de cultiver la vigne entre la période romaine et le Moyen Âge.
D’autres éléments liés à la viticulture du haut Moyen Âge ont été mis au jour près de Lattes sur le chantier de Port Ariane : conservées dans l’eau, des racines de vigne ont pu être datées par carbone 14 entre les VIIIe et IXe siècles. Le contexte de découverte ne permet pas d’être catégorique mais ces pieds de vigne appartenaient très probablement à une vigne cultivée (Daveau dir. 2007, 567-570).
Les découvertes archéologiques invitent donc à relire les textes médiévaux et à reconsidérer l’évolution du vignoble régional. Si elle ne donne pas de détail sur l’organisation du terroir, la donation d’Elderedus en 788 montre ce qui se passe alors à Dassargues : un prêtre fait don à son abbaye de biens familiaux et des cultures qui s’y trouvent, dont des vignes.
Cet exemple de donation montre, parmi des milliers d’autres mentionnées dans les archives de la période, que la plantation de la vigne ne doit rien à l’action de l’abbaye qui ne fait que recevoir ce don pieux, comme elle a reçu la majeure part de ses possessions. Partout dans la région, les familles aisées comme les petits agriculteurs cultivaient la vigne, ainsi qu’ils l’avaient cultivée durant la période romaine. Si les monastères et les évêchés ont joué un rôle dans l’histoire du vignoble, cette action ne peut être que plus tardive, dans une éventuelle amélioration de la production qui reste à démontrer sur d’autres éléments que des idées reçues. L’histoire ne se satisfait pas de « ce qui va de soi » ! Cessons d’imaginer monastères et évêchés du haut Moyen Âge comme des îlots de prospérité dans un océan de misère et d’incurie. Les découvertes archéologiques, comme la relecture des textes, soulignent au contraire la permanence de la vigne à travers les siècles du haut Moyen Âge. Les questions qui se posent touchent plutôt aux orientations de cette viticulture et à sa place au sein du paysage: une fois corrigée l’idée reçue d’une viticulture antique triomphante et omniprésente, le contraste s’atténue entre Antiquité et Moyen Âge.
Conclusion
La connaissance de la viticulture antique sort considérablement enrichie et nuancée par vingt années de recherche. Une chronologie affinée, des connaissances précises sur les techniques de plantation et de production, l’identification des exploitations, les nuances locales du système agraire et les cycles économiques apparaissent désormais. D’autres questions se posent avec insistance, notamment celles des cépages cultivés et des vins produits. À la question des cépages, les études pluridisciplinaires conduites avec les biologistes apportent de premiers éléments de réponse ; ainsi la parenté présumée des vins blancs réputés du Biterrois et de la fameuse clairette d’Aspiran, est en passe d’être confirmée par les analyses biométriques des pépins de raisins, et — mieux encore — par l’extraction d’ADN fossile de grains de raisin conservés dans l’eau de puits gallo-romains. Quant aux vins, si les amphores n’ont encore livré aucun résidu de vin gaulois, on peut mentionner les expériences réalisées au domaine des Tourelles, près de Beaucaire, pour recréer le goût du vin romain à partir des recettes d’Apicius. Voilà de quoi satisfaire à la fois la curiosité et le palais de l’honnête homme !
Bibliographie
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Garnier et alii 1995 : B. Carnier, A. Garnotel, C. Mercier et Cl. Raynaud, De la ferme au village : Dassargues du Ve au XIIe siècle (Lunel, Hérault), Archéologie du Midi Médiéval, 13, 1995, p. 1-78.
Mauné 2003 : St. Mauné, La villa gallo-romaine de Vareilles à Paulhan (Hérault). Un centre domanial du haut Empire spécialisé dans la viticulture ?, Revue Archéologique de Picardie, 203, 1-2, p. 309-337.
Mauné 2009 : S. Mauné, Recherches récentes sur les ateliers de potiers en Gaule Narbonnaise (Ier s. av.IIIe s. ap. J.-C.), Habilitation à Diriger des Recherches, Montpellier, 2009, 3 volumes.
Monteil et alii 1999 : M. Monteil, S. Barberan, M. Piskorz et L. Vidal, Culture de la vigne et traces de plantation des IIe-Ier s. av. J-C. dans la proche campagne de Nîmes (Gard), Revue Archéologique de Narbonnaise, 32, 1999, p. 67-123.
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Raynaud dir. 2007 : Cl. Raynaud, Archéologie d’un village languedocien. Lunel-Viel du Ier au XVIIIe siècle, Monographies d’Archéologie Méditerranéenne, Lattes, 2007.
Tchernia 1986 : A. Tchernia, Le vin de l’Italie romaine, essai d’histoire économique d’après les amphores, Rome-Paris, 1986, 410 p.
Notes
1. Sous la plume de l’historien les mots « barbare » et « barbarie » ne relèvent d’aucun jugement de valeur ; ils ressortent d’une terminologie antique, celle que les civilisations de culture écrite appliquent aux peuples ne parlant ni le grec ni le latin.
