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Description

Béziers, 22 juillet 1209 : « Massacrez-les, car le Seigneur connaît les siens ! »

Notes sur un mot historique controversé.

Simon, à cheval, aborde le prêtre et lui demande :

Sire, faut-il abattre les catholiques ?
Bien des nôtres sont dedans ces murs,
Pitié et regret sont-ils ici à propos ? »

L’abbé répond :

« Point n’est besoin,
Abattez hérétiques, catholiques, tous !
Bien qu’ils soient couchés pêle-mêle,
Dieu saura reconnaître les siens ! »

Nikolaus Lenau, Les Albigeois [Die Albigenser, 1842], trad. H. Trebitsch, Paris, 1975, p. 124.

Peu de mots historiques ont eu autant de succès que les paroles attribuées au légat pontifical Arnaud Amaury lors du siège de Béziers le 22 juillet 1209 et que l’on cite d’ordinaire ainsi : « Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens. Ce mot est souvent employé pour résumer la croisade contre les Albigeois et il est une référence obligée dans la plupart des réquisitoires dirigés contre l’intolérance et le fanatisme. Non sans être fréquemment attribué de façon erronée à des personnages tels que saint Dominique ou Simon de Montfort. Il est vrai que l’on ignore généralement que c’est un moine cistercien, Césaire de Heisterbach, qui rapporte ces paroles dans son Dialogue des miracles, écrit entre 1219 et 1223.

Assez paradoxalement, à les mesurer à l’aune de leur succès, ces paroles n’ont pas fait l’objet de recherches spécifiques et approfondies depuis le mémoire proposé en 1862 par Philippe Tamizey de Larroque, gentilhomme campagnard alors à peine quadragénaire, amateur d’histoire et animateur de la société académique d’Agen, et qui s’opposait vivement à leur authenticité. Position reprise jusqu’à une période récente, le plus souvent sans discussion, par les auteurs catholiques. A l’inverse, les chercheurs non catholiques en acceptaient l’exactitude, sans se donner la peine de nourrir beaucoup leurs arguments. Le chercheur allemand Arno Borst lui consacra en 1953 une note qui faisait le point sur son historiographie et posait notamment la question de savoir si une partie de la sentence n’était pas une citation biblique. En 1970 Michel Roquebert reprenait les faits pour énoncer le caractère plausible du mot.

Est-il possible d’apporter aujourd’hui du nouveau à cette question bien controversée. Sans y prétendre, nous voudrions toutefois revenir sur trois points :

  1. La source elle-même, à savoir le récit de Césaire de Heisterbach ;
  2. Les circonstances dans lesquelles ce mot aurait pu être prononcé ;
  3. La question de la citation biblique qui constituerait la seconde partie de la sentence.

Qui donc est ce moine qui rapporte les paroles du légat et dans quelle œuvre le fait-il ? […]

Informations complémentaires

Année de publication

1988

Nombre de pages

8

Auteur(s)

Jacques BERLIOZ

Disponibilité

Produit téléchargeable au format pdf